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Réfugiés de la Deuxième Guerre mondiale au Canada

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le Canada accueille peu de réfugiés en raison de sa politique d’immigration restrictive et de l’opposition du public. Toutefois, après le conflit, de 1947 à 1962, environ 250 000 réfugiés émigrent au Canada. Les déplacements de populations pendant et après la guerre, ainsi que leur réinstallation au Canada, transforment la politique sur les réfugiés du pays, jusque-là limitative. Ces événements mènent à la création du ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration en 1950 et à l’émergence de la société canadienne multiculturelle moderne.

Photo noir et blanc de deux enfants

Politique d’immigration du Canada

Au fil de son histoire, l’Amérique du Nord britannique connaît plusieurs vagues de réfugiés, notamment des loyalistes de l’Empire-Uni à la suite de la Révolution américaine. Après la Confédération, le Canada accueille des réfugiés ukrainiens et russes dans la foulée de la Guerre civile russe de 1917 et des conflits subséquents en Europe de l’Est. Dans les années 1930, cependant, la politique d’immigration canadienne est plutôt restrictive et il n’existe aucune politique uniforme concernant l’admission des réfugiés. Par conséquent, les communautés persécutées dans leur pays d’origine, telles que les mennonites et les doukhobors, doivent se plier aux critères existants pour les immigrants au Canada, au lieu de bénéficier d’une admission motivée uniquement par des raisons humanitaires. Le Canada s’oppose à la ratification du passeport Nansen, un document développé par la Société des Nations pour protéger les apatrides contre l’expulsion forcée vers leur pays d’origine après la Première Guerre mondiale.

En 1931, un décret en conseil du gouvernement du premier ministre R.B. Bennett limite l’immigration aux sujets américains et britanniques ayant des ressources financières suffisantes pour subvenir à leurs besoins jusqu’à ce qu’ils trouvent un emploi, aux conjoints et aux enfants mineurs de résidents canadiens, ainsi qu’aux futurs agriculteurs disposant des moyens nécessaires pour exploiter une ferme au Canada. Cette politique d’immigration est la plus restrictive de l’histoire canadienne. Une opposition générale à l’admission d’un grand nombre de réfugiés juifs, en particulier au Québec, vient s’ajouter à cette politique. Tout cela influence la décision du premier ministre William Lyon Mackenzie King et de son ministre de l’Immigration, Frederick Blair, de refuser l’entrée de 907 réfugiés juifs à bord du MS St. Louis le 7 juin 1939.

Une foule de personnes sur un bateau à côté de la rambarde.

Comité national canadien pour les réfugiés

En juillet 1938, le président américain Franklin Roosevelt se rend à Évian-les-Bains, en France, pour rencontrer des délégués de 32 pays et aborder la crise croissante des réfugiés en Europe. Seule la République dominicaine se montre ouverte à l’idée d’accueillir un plus grand nombre de réfugiés. Lors de cette réunion, le délégué canadien Humphrey Hume Wrong, du ministère des Affaires étrangères (aujourd’hui Affaires mondiales Canada), prend la parole et affirme que le Canada ne peut pas accueillir davantage de réfugiés.

Tous les Canadiens éminents ne sont pas d’accord avec Wrong. La même année, la Ligue de la Société des Nations du Canada, présidée par la première sénatrice du Canada, Cairine Wilson, crée le Conseil canadien des réfugiés et des victimes de persécution. Ce conseil deviendra plus tard le Comité national canadien pour les réfugiés (CNCR). Cette initiative est une réponse à l’annexion par l’Allemagne nazie des Sudètes en Tchécoslovaquie, qui entraîne le déplacement de 80 000 personnes. Le gouvernement canadien propose d’accueillir 1 200 familles à la condition que le Royaume-Uni prenne en charge les frais de leur traversée de l’Atlantique. Finalement, seuls 303 familles et 72 hommes célibataires de Sudetenland sont admis au Canada après cette proposition.

Le CNCR s’inquiète également de la persécution des Juifs en Europe, et demande au gouvernement canadien d’ouvrir ses portes aux réfugiés juifs, à l’instar du Congrès juif canadien. Il cherche également à sensibiliser l’opinion publique en publiant des documents sur les difficultés rencontrées par les réfugiés. Malgré les efforts du CNCR, le Canada accueille moins de 5 000 réfugiés juifs entre 1933 et 1945, ce qui constitue le plus faible nombre parmi les pays développés.

Conférence de Québec (1943)

Deuxième Guerre mondiale

Plusieurs obstacles entravent l’accueil massif de réfugiés au Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Les exigences financières imposées aux nouveaux immigrants empêchent les réfugiés dont les biens et l’argent ont été confisqués par le régime nazi de s’établir au pays. En 1941, les bureaux canadiens de l’immigration à Paris, Anvers, Rotterdam, Liverpool, Glasgow et Belfast ferment leurs portes, et toutes les questions relatives à l’immigration et la réinstallation des réfugiés sont centralisées à Londres. À l’instar de Mackenzie King et de Blair, Vincent Massey, haut-commissaire du Canada en Grande-Bretagne et futur gouverneur général, s’oppose à l’accueil massif de réfugiés juifs au Canada et exprime des préjugés antisémites.

Bien que Canada accueille environ 7 500 enfants britanniques en 1939 et en 1941 pendant la guerre, il n’y a pas beaucoup de soutien politique pour un programme plus vaste de réinstallation des réfugiés européens. (Voir aussi Petits immigrés anglais au Canada.) À l’été 1943, Mackenzie King s’adresse à la Chambre des communes au sujet de la Politique canadienne sur les réfugiés. Il affirme que, la plupart des réfugiés se trouvant dans des pays contrôlés par l’Allemagne nazie et d’autres puissances de l’Axe, « il n’y a rien que les gouvernements alliés puissent faire pour sauver ces malheureux, sauf gagner la guerre aussi rapidement et aussi complètement que possible ».

En ce qui concerne les réfugiés ayant déjà trouvé refuge dans des pays européens neutres, Mackenzie King fait valoir que leur situation constitue une crise mondiale exigeant un consensus international. Il souligne en outre que la plupart des 39 000 immigrants installés au Canada entre 1932 et 1943 sont des réfugiés. Les réfugiés européens qui sont accueillis au Canada pendant les premières années de la Deuxième Guerre mondiale sont considérés comme étant bénéfiques pour l’économie canadienne en temps de conflit. C’est le cas, notamment, des scientifiques et ingénieurs polonais ayant fui leur pays.

En 1944, le CNCR convainc Mackenzie King d’accepter l’immigration de réfugiés ayant fui vers l’Espagne et le Portugal. Quatre cents Juifs arrivent ainsi au Canada depuis Lisbonne à bord du navire portugais Serpa Pinto. Cet accueil d’un petit nombre de réfugiés de guerre a eu lieu la même année où les membres des Forces armées canadiennes sont autorisés à parrainer des épouses de guerre et des enfants nés à l’étranger et s’inscrit donc dans une vague plus importante d’immigration européenne au Canada.

Opinion publique canadienne

Certains Canadiens éminents estiment que le pays doit accueillir davantage de réfugiés. Parmi eux se trouve Gladys Strum, la seule femme élue au Parlement canadien lors des élections fédérales de 1945. Elle représente la circonscription de Qu’Appelle, en Saskatchewan, en tant que députée de la Fédération du Commonwealth coopératif (un prédécesseur du Nouveau Parti démocratique). Elle s’exprime à de nombreuses reprises en faveur de l’immigration accrue de réfugiés européens et adopte dix enfants de Tchécoslovaquie et d’Espagne. Georges Vanier, qui deviendra plus tard gouverneur général, et son épouse, Pauline, militent pour la réinstallation d’un plus grand nombre de réfugiés au Canada avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale. En avril 1945, Vanier se rend au camp de concentration de Buchenwald avec des membres du Congrès américain. La détresse qu’il y découvre l’émeut profondément.

Malgré la vaste couverture médiatique des horreurs des camps de concentration nazis à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, un sondage d’octobre 1946 révèle que 49 % des Canadiens se disent opposés à toute immigration juive dans leur pays. Cependant, l’opinion publique évolue progressivement à mesure que de nouveaux réfugiés arrivent au Canada après le conflit. Le boom économique d’après-guerre incite les entreprises canadiennes à plaider pour une immigration plus importante, incluant l’accueil de plus de réfugiés.


Citoyenneté canadienne

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 1945, le Canada apporte des changements radicaux à ses politiques en matière de citoyenneté, d’immigration et de réfugiés. Le 1er janvier 1947, la Loi sur la citoyenneté entre en vigueur, créant ainsi le statut juridique de citoyen canadien, distinct de celui de sujet britannique au sein du Commonwealth. Les résidents du Canada peuvent désormais obtenir la citoyenneté canadienne, quel que soit leur pays d’origine. En 1950, le ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration (aujourd’hui Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada) voit le jour. Il lance le Plan d’indemnité de passage afin d’aider financièrement les réfugiés d’Europe qui n’ont pas les moyens de payer leur propre transport. Les immigrants d’Afrique et d’Asie sont exclus de ce programme jusqu’en 1970.

En 1947, la Loi de l’immigration chinoise de 1923, qui interdit toute immigration chinoise, est abrogée. Par conséquent, l’immigration chinoise reprend dans les années 1950, principalement en provenance de Hong Kong, alors sous contrôle du Royaume-Uni.

Personnes déplacées

En 1947, un million de personnes déplacées, dont 200 000 Juifs, vivent dans ou à proximité des camps de réfugiés mis en place par l’Organisation internationale pour les réfugiés des Nations Unies. Mackenzie King continue d’exprimer publiquement ses réticences quant à l’accueil d’un grand nombre de réfugiés européens. Toutefois, le Canada, qui a contribué à la création des Nations Unies, subit des pressions internationales pour aider à résoudre la crise des réfugiés en Europe. En 1947, une série de décrets spéciaux en conseil permet l’admission au Canada de personnes déplacées d’origine européenne.

De 1947 à 1962, près de 250 000 réfugiés sont admis au Canada grâce au parrainage du gouvernement, à des programmes de main-d’œuvre contractuelle et au soutien de parents canadiens, d’organismes de bienfaisance et d’organisations religieuses. Les Canadiens d’origine ukrainienne, installés au pays depuis le début du 20e siècle, font pression sur le gouvernement canadien pour qu’il accueille des réfugiés ukrainiens après la Deuxième Guerre mondiale. De 1945 à 1952, environ 35 000 à 40 000 Ukrainiens s’installent au Canada, principalement dans des centres urbains comme Toronto et Montréal, plutôt que dans les provinces des Prairies, la destination privilégiée des immigrants ukrainiens au début du siècle.

De 1945 à 1952, le Canada accueille plus de 157 000 (et peut-être jusqu’à 187 000) personnes déplacées. Elles viennent principalement d’Europe de l’Est et d’Europe centrale. Ce sont des Polonais (23 %), des Ukrainiens (16 %), des Allemands et des Autrichiens (11 %), des Juifs (10 %), des Lettons (6 %), des Lituaniens (6 %), des Hongrois (5 %), des Tchèques (3 %), des Néerlandais (3 %) et des Russes (3 %).

La première vague de personnes déplacées est principalement composée d’hommes arrivant seuls pour des contrats de travail d’un an. Bien qu’une grande proportion d’entre eux soient des réfugiés détenteurs d’un diplôme d’études postsecondaires et de qualifications professionnelles avancées, ces contrats visent principalement des emplois nécessitant du travail manuel, comme l’exploitation minière, l’exploitation forestière, l’agriculture, l’industrie de la confection et le travail domestique. Selon John Holmes, le premier secrétaire du Haut-commissariat du Canada au Royaume-Uni à Londres, « on supposait que les personnes déplacées autorisées à venir seraient sélectionnées comme on choisit de bons bovins de boucherie, en privilégiant les jeunes hommes robustes capables d’effectuer des travaux manuels et qui ne seraient pas encombrés par des parents âgés ». Une fois leurs contrats de travail terminés, les anciens déplacés ont la possibilité de parrainer leur famille et de chercher un emploi correspondant à leurs qualifications.

Photo noir et blanc d’immigrants et de fonctionnaires.

Convention de 1951 relative au statut des réfugiés

La Convention de 1951 définit juridiquement le réfugié comme « toute personne qui, par suite d’événements survenus avant le 1er janvier 1951 et craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». Le Canada ne ratifie cette convention qu’en 1969, craignant que le protocole des Nations Unies ne l’empêche d’expulser des communistes et d’autres immigrants considérés comme indésirables par le gouvernement canadien pendant la Guerre froide.

Révolution hongroise

Le déplacement de plus de 200 000 Hongrois, à la suite de l’invasion soviétique de la Hongrie en 1956, entraîne des changements durables dans la politique canadienne sur les réfugiés. Ces réfugiés d’origine hongroise bénéficient d’un transport gratuit plutôt que de prêts pour leur voyage vers le Canada, ainsi que d’une aide financière pour subvenir à leurs besoins pendant leur première année au Canada. En ce qui a trait à l’accueil, à l’installation et au soutien des réfugiés hongrois, le gouvernement canadien travaille en étroite collaboration avec des organismes communautaires, des groupes religieux et des organismes sans but lucratif. Il crée ainsi des précédents importants pour les vagues subséquentes de réfugiés au Canada.

Legs

La réinstallation au Canada de près de 250 000 réfugiés de la Deuxième Guerre mondiale a des effets durables sur la politique canadienne sur les réfugiés, et favorise l’émergence d’une société multiculturelle moderne. En ratifiant la Convention de 1951 sur le statut des réfugiés des Nations Unies en 1969, le Canada se taille une réputation de havre de sécurité pour les réfugiés qui perdure encore aujourd’hui.

En 1982, la parution de l’ouvrage None Is Too Many: Canada and the Jews of Europe 1933–1948 d’Irving Abella et de Harold Troper attire l’attention du public sur le refus du Canada d’accueillir des réfugiés juifs tant avant qu’immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale. Cet ouvrage influence la décision du ministre de l’Emploi et de l’Immigration de l’époque, Ronald Atkey, d’autoriser l’immigration de dizaines de milliers de réfugiés d’origine vietnamienne au Canada.

La contribution des réfugiés de la Deuxième Guerre mondiale à la société canadienne d’aujourd’hui est largement reconnue partout au pays. Une plaque installée en 2014 par le gouvernement du Canada au Musée canadien de l’immigration du Quai 21, à Halifax, rend hommage à l’arrivée des personnes déplacées au Canada après la Deuxième Guerre mondiale. On y lit : « L’arrivée des personnes déplacées enrichit leurs nouvelles communautés et plaide par l’exemple pour l’avènement d’une plus grande diversité culturelle. »

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