Réfugiés au Canada

Les réfugiés sont des migrants qui ont fui leur pays d’origine pour échapper à des persécutions ou à un danger et qui ont trouvé asile dans un autre pays. Le Canada est depuis longtemps une terre d’accueil pour des migrants du monde entier à la recherche d’un refuge. Cependant, des politiques d’immigration discriminatoires ont aussi empêché certains demandeurs d’asile ayant besoin de protection d’entrer au Canada (voir Politique canadienne sur les réfugiés).

Les réfugiés sont des migrants qui ont fui leur pays d’origine pour échapper à des persécutions ou à un danger et qui ont trouvé asile dans un autre pays. Le Canada est depuis longtemps une terre d’accueil pour des migrants du monde entier à la recherche d’un refuge. Cependant, des politiques d’immigration discriminatoires ont aussi empêché certains demandeurs d’asile ayant besoin de protection d’entrer au Canada (voir Politique canadienne sur les réfugiés).


Réfugiés de la mer du Viêt-Nam, 1984

Une femme et son bébé au camp de Chi Ma Wan, Hong Kong.
© UNHCR/L.Solmssen


Concepts clés sur la migration et les réfugiés

Migrant Au sens large, les migrants sont des ressortissants étrangers ou des personnes nées à l’étranger qui vivent dans un pays autre que leur pays d’origine. On peut définir un migrant comme une personne qui se déplace d’un endroit à un autre, notamment en franchissant les frontières internationales.

Demandeur d’asile – Les demandeurs d’asile sont des migrants qui recherchent une protection hors de leur pays d’origine. Toutefois, contrairement aux réfugiés, les demandes de protection des demandeurs d’asile ne sont pas encore approuvées.

Réfugié – Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) définit un réfugié comme une personne qui a fui un conflit ou des persécutions pour obtenir une protection dans un autre pays. En tant que tels, les réfugiés sont généralement des demandeurs d’asile ayant reçu le droit d’asile dans un autre pays (statut de réfugié).

La Convention relative au statut des réfugiés de 1951 définit un réfugié comme une personne qui «craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays».

Du 16e au 19esiècle: premières cohortes de réfugiés au Canada

Le Canada est une nation de migrants colons. Ces migrants incluent les colonisateurs originaux du pays. Ceux-ci commencent à arriver d’Europe au 15esiècle. Graduellement, ils s’approprient les terres autochtones. Après l’établissement des colonies, la première cohorte importante d’immigrants arrive au Canada pendant et après la Révolution américaine(1775-1783).

Les loyalistes de l’Empire Uni et les loyalistes noirs font partie des premiers contingents de réfugiés arrivés au Canada. Les loyalistes et les loyalistes noirs ont pris parti ou ont combattu pour les Britanniques durant la Révolution américaine. Après la défaite de l’Angleterre, certains fuient au Canada de crainte d’être persécutés en raison de leurs allégeances politiques. Parmi les loyalistes, on retrouve des Quakers, des mennonites et d’autres groupes non conformistes qui craignent d’être persécutés par le nouveau gouvernement américain.

Après la guerre de 1812, plus de 500 noirs s'installèrent à Hammonds Plains. Ce tableau montre une famille noire vivant le long de Hammonds Plains Road, le Bedford Basin est à l'arrière-plan (aquarelle de Robert Petley, 1835; avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/C-115424).
Richard Pierpoint
Image: Malcolm Jones/Canadian War Museum/1.E.2.4-CGR2.
Peter Verigin, chef religieux
La personnalité forte et originale de Verigin a permis aux Doukhobors de surmonter leurs difficultés au cours des premières décennies qu'ils ont passées au Canada (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-8882, photo 1902).
Les Doukhobors russes
Les immigrants russes doukhobors sur un bateau en route pour le Canada, 1898 (Bibliothèque et Archives Canada/ C-5208).

Avant 1860, des milliers de Noirs asservis fugitifs fuient les États-Unis pour se réfugier au Canada. Pour ceux qui fuient l’asservissement, le Canada est vu comme la destination finale du chemin de fer clandestin. Pendant cette période, on estime à 30 000 le nombre d’Afro-Américains qui arrivent au Canada pour obtenir une protection.

Deux groupes de réfugiés, les mennonites et les doukhobors, arrivent de Russie à la fin des années 1890 et au début des années 1900. Ces deux groupes sont persécutés dans la Russie tsariste. Le gouvernement canadien recherche désespérément des cultivateurs pour coloniser l’Ouest, et installe ces groupes principalement dans les provinces des Prairies.

19e et 20esiècles : Politiques d’exclusion des migrants au Canada

Les migrants n’ont pas toujours été aussi bien accueillis dans la société canadienne. Au cours des 19e et 20esiècles, les politiques d’immigration sont souvent restrictives en matière de race et d’origine ethnique (voir aussi Politique canadienne sur les réfugiés). Ces politiques de discrimination raciale sont utilisées pour refuser l’asile à beaucoup de migrants. En particulier, les migrants chinois au Canada sont visés par des politiques d’immigration racistes. Beaucoup de migrants quittent la Chine dans la foulée des perturbations politiques et socio-économiques entraînées par les interventions des puissances impérialistes occidentales. Toutefois, les migrants chinois sont perçus comme une menace par des politiciens canadiens, qui mettent en place des restrictions racistes à l’immigration chinoise. En 1885, la taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois est créée, une taxe coûteuse visant exclusivement les immigrants chinois entrant au Canada. En 1924, la Loi de l’immigration chinoise est adoptée, rendant l’immigration chinoise pratiquement illégale, sauf dans quelques cas.

Dans les années 1930, alors que les Juifs d’Allemagne cherchent un refuge pour échapper aux persécutions des nazis, le gouvernement du Canada se montre peu réceptif. En 1939, des centaines de réfugiés juifs à bord du vaisseau MS St.Louis se voient refuser l’accès et doivent retourner en Europe. Beaucoup des passagers seront par la suite persécutés et tués en Europe, occupée par les nazis. L’antisémitisme se propage au Canada et l’opinion publique se montre peu favorable à l’admission des réfugiés. Finalement, le Canada accepte à peu près 4000 réfugiés juifs d’Europe, mais ce nombre reste très limité comparativement à d’autres pays. Les États-Unis en accueillent 240 000, l’Angleterre 85 000, la Chine 25 000 et le Mexique et la Colombie, à peu près 40 000 ensemble.

Cette attitude d’exclusion persiste jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, alors que l’Europe connaît sa plus importante série de mouvements de réfugiés. Le Canada devient alors beaucoup plus réceptif aux réfugiés, en grande partie en raison de la croissance de son économie et de la nécessité d’accroître son bassin de main d’œuvre. Des centaines de milliers de personnes déplacées arrivent au Canada, souvent avec l’appui financier du gouvernement canadien pour payer leur voyage. Le Canada commence aussi à jouer un rôle de plus en plus actif auprès du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en accueillant des réfugiés.

Fin du 20esiècle : les réfugiés de la Guerre froide

Le Canada établit sa réputation d’ouverture aux réfugiés pendant la Guerre froide. À la fin des années 1960, le gouvernement canadien s’éloigne graduellement des politiques d’immigration fondées sur la discrimination raciale. En 1969, le Canada signe aussi la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés ainsi que son Protocole de 1967, qui régit le droit international en matière de droits des réfugiés.

En 1956, quelques mois après le soulèvement contre l’occupation soviétique en Hongrie, le gouvernement canadien succombe à la pression de l’opinion publique, principalement des groupes ethniques et religieux, et annonce qu’il recevra un grand nombre de réfugiés hongrois. Plus de 37 500 d’entre eux arrivent au Canada. Cet accueil, au moment où s’élèvent les tensions de la Guerre froide, donne au bloc de l’Ouest une occasion de critiquer l’invasion de la Hongrie par l’Union soviétique et ses alliés. En 1968, suite à l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie pendant le Printemps de Prague, quelque 11 000 Tchèques sont reçus au Canada. En 1972, Le Canada accepte aussi 7000 Sud-Asiatiques de l’Ouganda fuyant la répression du régime autoritaire d’Idi Amin Dada.

Des réfugiés hongrois

Réfugiés hongrois arrivant en 1957 après l'échec du soulèvement démocratique contre les Soviétiques en Hongrie.
(Archives de l'Ontario 476)


Un groupe plus controversé de réfugiés est celui des Américains résistant à la guerre. Ces personnes, aussi qualifiées de « déserteurs », traversent la frontière pour réchapper au service militaire obligatoire pendant la guerre du Vietnam. Après la guerre, plusieurs d’entre eux retournent au pays, mais beaucoup restent au Canada où ils ont refait leur vie. Les réfugiés chiliens et latino-américains qui fuient le Chili sont aussi source de controverse. Ces réfugiés ont dû quitter leur pays en 1973 après le coup d’État d’Augusto Pinochet contre le gouvernement marxiste de Salvador Allende. Toutefois, le gouvernement du Canada ne veut pas s’aliéner le nouveau régime chilien ou le gouvernement des États-Unis. Pour cette raison, le Canada limite le nombre d’entrées au pays, n’acceptant que quelque 7000 Chiliens au cours de ce conflit qui durera 30 ans.

Réfugiés de la mer du Viêt-Nam, 1978
La fuite des réfugiés vietnamiens débute après la chute de Saïgon en 1975. En dépit des dangers que la mer de Chine du sud présente et de la piraterie, des dizaines de milliers de Vietnamiens prennent le risque de s'y aventurer. En 1978, cet exode prend des proportions dramatiques. Ce groupe de 162 personnes est arrivé sur un petit bateau qui a coulé à quelques mètres des rives de la Malaisie.
Le camp pour réfugiés de Pulau Bidong, 1979
Pulau Bidong, un bateau et des résidents du camp pour réfugiés, 1979
Réfugiés de la mer du Viêt-Nam, 1979.
Des \u00ab boat people \u00bb dans la mer de Chine du sud, Indonésie.
Réfugiés cambodgiens, 1981
Des enfants au camp de Khao I Dang, Thaïlande.
Des réfugiés cambodgiens, 1980
Situé à l'est de la Thaïlande, sur des plaines peu boisées et à quelques kilomètres de la frontière cambodgienne, le Centre de détention Khao-I-Dang a été créé en novembre 1979 après la chute des Khmers rouges. Administré par le ministère thaïlandais de l'intérieur et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, il a été conçu pour servir de centre de détention provisoire pour les réfugiés en attendant qu'ils soient rapatriés au Cambodge ou réinstallés dans des tiers pays.
Réfugiés vietnamiens
Vilien Chen et son père dans un article du Vancouver Province de 1979. L'article décrit l 'arrivée à Vancouver de réfugiés vietnamiens en provenance de Hong Kong. Vilien a trois ans sur la photographie. Image: Vilien Chen/Passages Canada.
Accueil des réfugiés de l'asie du sud-est à la base militaire de Griesbach, août 1979
La base militaire de Griesbach à Edmonton est l'un des nombreux points d 'arrivée des réfugiés de l'Asie du Sud-Est.
Accueil des réfugiés de l'asie du sud-est à la base militaire de Griesbach, août 1979
La base militaire de Griesbach à Edmonton est l'un des nombreux points d 'arrivée des réfugiés de l'Asie du Sud-Est.
Accueil des réfugiés de l'asie du sud-est à la base militaire de Griesbach, août 1979
La base militaire de Griesbach à Edmonton est l'un des nombreux points d 'arrivée des réfugiés de l'Asie du Sud-Est.
Accueil et intégration des réfugiés vietnamiens au Canada, 1979
Afin de faciliter l'intégration des réfugiés nouvellement arrivés au Canada, le Centre d'orientation et de formation des immigrés (COPI) met sur pied des classes de langue et des sorties, pendant lesquelles les réfugiés peuvent apprendre à connaître leur nouveau pays, leurs habitants et les coutumes locales.

Ceci contraste fortement avec l’action humanitaire du Canada lorsqu’il accueille des réfugiés du Sud-est asiatique, dont des « boat people » cambodgiens, vietnamiens et laotiens durant les années 1970 et 1980. Touchés par la détresse des centaines de milliers de personnes qui fuient le communisme en prenant la mer avec des bateaux de fortune, beaucoup de Canadiens offrent de payer leur voyage jusqu’au Canada. Entre 1978 et les années 1980, quelque 200 000 Asiatiques du Sud-est s’installent au Canada.


En 1986, en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la protection des réfugiés, le Canada reçoit la médaille Nansen du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

La Médaille Nansen
La Médaille Nansen du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés est décernée annuellement afin de reconnaître l'engagement d'une personne ou d'une association ayant \u0153uvré auprès des réfugiés.
La gouverneure générale Jeanne Sauvé acceptant la Médaille Nansen, 1986
En 1986, la Médaille Nansen est décernée au peuple canadien en reconnaissance à sa contribution essentielle et constante à la protection des réfugiés, tant dans leur pays qu'à travers le monde.
La gouverneure générale Jeanne Sauvé acceptant la Médaille Nansen, 1986
En 1986, la Médaille Nansen est décernée au peuple canadien en reconnaissance à sa contribution essentielle et constante à la protection des réfugiés, tant dans leur pays qu'à travers le monde.\r\n

21esiècle : réfugiés et demandeurs d’asile de la période récente

Des années 1990 au début des années 2010, le Canada adopte plusieurs politiques ayant pour but de restreindre le nombre de réfugiés. Après les attentats du 11 septembre, la sécurité nationale devient prioritaire et de nouvelles ressources sont attribuées à la surveillance des frontières. Il y a aussi une tentative générale de réduire le nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile. Pour cette raison, les réfugiés sont souvent présentés, à tort, comme ayant partie liée à la criminalité et au terrorisme.

Cette attitude est particulièrement caractéristique du gouvernement conservateur de Stephen Harper. En 2009-2010, des centaines de demandeurs d’asile tamouls du Sri Lanka arrivent au Canada à bord du MV Ocean Lady et du MV Sun Sea. Le gouvernement réagit en plaçant les demandeurs d’asile en détention; certaines familles sont emprisonnées pendant des années sans grand soutien. Les demandeurs d’asile tamouls sont décrits comme des réfugiés « non légitimes » liés au trafic de personnes et au terrorisme. Néanmoins, nombre de ces demandeurs d’asile seront par la suite reconnus comme réfugiés dans le cadre du système canadien de détermination du statut de réfugié, car on considère qu’ils risquent de subir des persécutions de la part du gouvernement du Sri Lanka.

La guerre civile destructrice qui se poursuit en Syrie a amené plus de 4millions de personnes à fuir le pays, et plus de 7 millions d’autres sont toujours déplacées à l’intérieur de la Syrie même. En novembre 2015, le premier ministre Justin Trudeau, qui vient d’être élu à la tête d’un nouveau gouvernement libéral, annonce sa réponse à la crise des réfugiés syriens : le Canada s’engage à accueillir 25 000 réfugiés syriens avant la fin de 2015. Les citoyens canadiens accroissent leur soutien aux réfugiés, par des aides financières privées, la contribution à des activités de réinsertion ou la création de cliniques sanitaires et juridiques pour les réfugiés. En 2017, le Canada reçoit quelque 54 000 réfugiés syriens. Si le Canada a accueilli plus de réfugiés syriens que les États-Unis, ce nombre reste inférieur à la contribution de plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Europe. Par exemple, en 2017, on estime que 3,4 millions de réfugiés syriens ont été reçus en Turquie, et un autre million au Liban. En Europe, l’Allemagne a reçu plus d’un demi million de demandeurs d’asile, tandis que la Suède, un pays dont la population représente moins du tiers de celle du Canada, a reçu 110 000 migrants. (Voir Réponse canadienne à la crise des réfugiés syriens.)

À la suite de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2017, des milliers de demandeurs d’asile se présentent à la frontière canado-américaine pour demander le statut de réfugiés. Ces demandeurs d’asile veulent se réfugier au Canada en raison de la rhétorique hostile et des politiques d’immigration du nouveau régime, qui risquent de leur porter préjudice. Beaucoup de ces migrants traversent illégalement la frontière afin de contourner l’Entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis (ETPS). Des migrants en situation irrégulière traversent souvent dans des points de passage non officiels, comme le chemin Roxham, où ils sont arrêtés par la police. (Voir Immigration irrégulière au Canada.) Toutefois, une fois au Canada, ils peuvent faire une demande de statut de réfugiés et plaider leur cause devant un tribunal.

Le saviez-vous?
L’ETPS considère les États-Unis comme un « tiers pays sûr », où les demandeurs d’asile peuvent faire une demande de statut de réfugiés. Pour cette raison, les demandeurs d’asile arrivant des États-Unis ne peuvent demander protection en tant que réfugiés dans un poste-frontière officiel. Il en est ainsi malgré que la politique d’immigration des États-Unis soit plus hostile à l’égard des réfugiés que celle du Canada.

En 2018, le Canada a reçu plus de réfugiés que tout autre pays. Selon le rapport annuel sur les tendances globales publié par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), le Canada a accueilli 28 100 réfugiés sur les 92 400 réfugiés qui se sont installés dans 25 pays. Le rapport indique aussi que plus de 18 000 réfugiés sont devenus citoyens canadiens cette année, faisant du Canada le pays ayant le deuxième taux le plus élevé de réfugiés à obtenir la citoyenneté.