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Le Canada et la Révolution américaine

La Révolution américaine (1775-1783) était une rébellion qui a été menée par treize colonies britanniques le long de la côte est de l’Amérique du Nord. Les révolutionnaires ont tenté d’obtenir le soutien des colons du Québec et de la Nouvelle-Écosse, mais n’ont pas réussi. En 1775, des armées rebelles ont envahi le Canada, occupant Montréal et attaquant la ville de Québec, mais elles se sont retirées l’année suivante. Des corsaires américains ont également pillé les ports de l’Atlantique, et des sympathisants de la Révolution en Nouvelle-Écosse ont tenté de déclencher une rébellion dans cette colonie. La Révolution américaine a eu une influence considérable sur l’avenir du Canada. Des dizaines de milliers de loyalistes, y compris des loyalistes noirs, ont fui les États-Unis et se sont installés en Amérique du Nord britannique. Cela a mené à la création du Haut-Canada et du Nouveau-Brunswick. Les Haudenosaunee (Iroquois), qui étaient des alliés de la Grande-Bretagne, ont également perdu des territoires lorsque leurs terres ont été cédées aux États-Unis à la fin de la guerre. Plusieurs d’entre eux se sont réinstallés le long de la rivière Grand ou de la baie de Quinte.

Ce texte est l’article intégral sur la Révolution américaine. Si vous souhaitez en lire un résumé en langage simple, veuillez consulter l'article : Le Canada et la Révolution américaine (résumé en langage simple).

Les treize colonies en 1775

Fin de la guerre de Sept Ans

La fin de la guerre de Sept Ans est l’une des causes qui mènent à la Révolution américaine. Avec le traité de Paris de 1763, la France cède officiellement la Nouvelle-France aux Britanniques et se retire en grande partie du continent. Le retrait de la France en tant que puissance d’Amérique du Nord donne aux colons anglo-américains une plus grande confiance, car ils n’ont plus besoin de la protection de l’armée britannique. De plus, les coûts de la guerre mènent le gouvernement britannique à imposer de nouvelles taxes à ses colons américains, ce qui suscite un grand mécontentement.

Acte de Québec et frustrations américaines

L’adoption de l’Acte de Québec en 1774 par le Parlement britannique attise davantage la colère dans les 13 colonies américaines. L’Acte assure une liberté religieuse pour les catholiques et restaure le droit civil français dans la colonie conquise de Québec, ce qui suscite la fureur chez les protestants américains qui s’opposent au catholicisme. L’Acte élargit également considérablement le territoire du Québec pour y ajouter, entre autres, les terres inoccupées de la vallée de l’Ohio. Ceci contrarie les aspirations des Américains, comme le futur chef rebelle George Washington, qui sont d’étendre les colonies américaines vers l’ouest. Ces frustrations éclatent en une guerre ouverte entre les rebelles des États-Unis et les forces britanniques, à Lexington au Massachusetts, le 19 avril 1775.

Les rebelles américains mènent une campagne de propagande pour obtenir du soutien dans ce qui est maintenant le Canada. (Voir aussi Benjamin Franklin et les tentatives américaines d’annexion du Canada.) Ils s’attirent de la sympathie à l’intérieur du Québec, particulièrement à Montréal, où on observe une certaine activité proaméricaine. Cependant, officiellement, le clergé canadien-français, les propriétaires fonciers et les citoyens dirigeants adoptent une politique de soutien aux Britanniques. Par ailleurs, la plupart des gens du peuple dans les colonies canadiennes et des Maritimes restent neutres et réticents à s’impliquer dans la Révolution qui se déroule au sud. Le gouverneur canadien sir Guy Carleton (lord Dorchester) a également peu de succès dans ses tentatives de lever une milice pour aider à contrer les rebelles américains.

Invasion du Québec

En mai 1775, les forces rebelles commandées par Ethan Allen et Benedict Arnold s’emparent des forts de Ticonderoga et de Crown Point dans le nord de New York. Ce succès enhardit le Congrès continental qui vote, le 27 juin 1775, en faveur de l’invasion du Canada. Ils planifient une invasion se déroulant sur deux fronts : une colonne commandée par Richard Montgomery qui doit remonter la rivière Richelieu, s’emparer des forts de l’Île-aux-Noix, de Saint-Jean et de Chambly, puis attaquer Montréal. La deuxième colonne, menée par Benedict Arnold, doit traverser le pays en direction de la ville de Québec.

Invasion de Québec
Fort Chambly

Les forces de Richard Montgomery établissent une base à l’Île-aux-Noix en septembre et capturent le fort Chambly en octobre. Les rebelles s’emparent ensuite du Fort Saint-Jean, près de Montréal, en novembre, ce qui pousse sir Guy Carleton à abandonner Montréal et fuir à Québec. Les Américains occupent Montréal sans combats le 28 novembre.

Pendant ce temps, la deuxième force d’invasion, menée par Benedict Arnold, réussit malgré les épreuves, les cartes erronées, la quasi-famine et les désertions, à conduire quelque 700 hommes à travers les régions sauvages du Maine jusqu’au fleuve Saint‑Laurent et à la forteresse de Québec. Benedict Arnold et ses troupes attendent à l’extérieur de Québec jusqu’en décembre, lorsque Richard Montgomery se joint à lui avec ses 300 hommes.

Durant une tempête de neige, le 31 décembre, les Américains attaquent Québec, qui est défendu par une garnison de 1800 soldats britanniques et miliciens dirigés par Guy Carleton. Les Américains attaquent en provenance de deux directions. Benedict Arnold et ses hommes réussissent à pénétrer une certaine distance dans la basse‑ville, mais Benedict Arnold lui-même est blessé à la cheville et évacué du champ de bataille. Ses troupes finissent par se rendre plus tard, confrontées à une contre‑attaque.

Les troupes de Richard Montgomery sont repoussées après que le général et ses principaux officiers sont tués par des tirs de fusils lors du premier assaut de l’autre côté de la basse‑ville. Au total, 60 Américains sont tués et 426 sont faits prisonniers à Québec. Du côté des Britanniques, six hommes sont tués et 19 sont blessés.

Montgomery, mort de

Siège et repli

Sous le commandement de Benedict Arnold, les soldats américains qui n’ont pas été capturés tentent de maintenir un siège dans la ville tout au long de l’hiver, mais sans grand succès. Le groupe est facilement mis en déroute lorsque le dégel du printemps permet l’arrivée de troupes britanniques de renfort de 4000 hommes, dirigées par le général britannique John Burgoyne. Les Américains abandonnent Montréal le 9 mai 1776. Les troupes restantes sont vaincues à Trois‑Rivières en juin. Les survivants se replient alors vers New York, ce qui met fin à l’invasion.

L’invasion américaine laisse des souvenirs amers chez les Canadiens et pousse plusieurs sympathisants américains à s’exiler du Québec. Cependant, le soutien actif aux rebelles américains est limité : le clergé et les propriétaires fonciers demeurent farouchement loyaux à la Couronne et, après quelques délais dans le choix de camp, les marchands font de même, bien qu’un bon nombre de ces derniers partagent le ressentiment des Américains face à l’obligation de payer des impôts à la Grande‑Bretagne.

Les envahisseurs américains s’attendaient à ce que les Canadiens français prennent les armes contre les Britanniques et se battent à leur côté, mais ils ont gravement mal jugé leur sentiment canadien. La plupart des habitants ordinaires demeurent résolument neutres, refusant de prendre les armes autant contre leurs dirigeants britanniques que les rebelles américains.

Le général John Burgoyne et ses soldats britanniques poursuivent les Américains en retraite hors du Canada, menant une contre-offensive vers le sud en passant par le lac Champlain jusque dans l’état de New York. Cependant, John Burgoyne s’avance trop. Par conséquent, lors de la première grande victoire américaine de la Révolution américaine, ses troupes sont vaincues et elles se rendent à Saratoga le 17 octobre 1777.

Actions des rebelles en Nouvelle‑Écosse

Comme dans les conflits précédents tels que la guerre de Sept Ans, la Nouvelle‑Écosse demeure un champ de bataille incertain pendant la Révolution, en partie en raison de la population acadienne francophone. L’Assemblée provinciale de Halifax vote en faveur de la loyauté à la Couronne, mais des assemblées municipales illégales apportent un soutien secret aux rebelles de la Nouvelle‑Angleterre.

Presque tous les avant-postes côtiers importants situés à l’extérieur de Halifax sont victimes de la guerre de course américaine. En 1776, une force composée de rebelles de la Nouvelle‑Angleterre et de Néo‑Écossais désabusés, qui espèrent déclencher une rébellion et s’emparer de toute la colonie, lance une vaine attaque contre le Fort Cumberland (Fort Beauséjour). La garnison du fort résiste jusqu’à ce que des troupes britanniques arrivent de Halifax. Ces dernières vainquent les assaillants et mettent fin à la rébellion.

Débarquement des loyalistes, 1783

Legs des loyalistes

Bien que les rebelles américains échouent dans leurs efforts pour étendre leur rébellion à la Nouvelle‑Écosse et au Canada, ils gagnent néanmoins la guerre contre la Grande-Bretagne dans les 13 colonies. D’éminents colons américains signent la Déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776. Après un conflit prolongé, les forces britanniques se rendent en octobre 1781. Deux ans plus tard, le traité de Paris reconnait officiellement les États-Unis d’Amérique.

La principale conséquence pour les colonies britanniques du nord est l’émergence d’un État républicain, un voisin continental puissant duquel les Canadiens, les habitants des Maritimes et leurs dirigeants coloniaux continuent à se méfier pendant des décennies.

La Révolution engendre également l’exode de plus de 80 000 réfugiés loyalistes hors des États-Unis, dont près de la moitié migrent au Québec et dans les Maritimes. L’arrivée des loyalistes influence grandement la politique et la culture de ce qui devient éventuellement le Canada, et détermine également un développement très différent de celui des États-Unis. (Voir Canada et États-Unis.)

Alliés autochtones

Les Sept Nations du Canada et les Haudenosaunee (Six Nations ou Iroquois) soutiennent la Grande-Bretagne, bien que des factions des deux confédérations soutiennent la cause révolutionnaire. Des guerriers autochtones comme Joseph Brant (Thayendanegea) sont d’importants alliés durant la guerre de la Révolution. Le traité de Paris de 1783 ignore cependant leur contribution et le territoire des Haudenosaunee est cédé à la nouvelle république. En échange de leur loyauté, ils reçoivent une compensation financière et des terres; plusieurs d’entre eux s’établissent le long de la rivière Grand et de la baie de Quinte.

Lecture supplémentaire

  • J.B. Brebner, The Neutral Yankees of Nova Scotia (1937); M. Jensen, The Founding of a Nation (1968); G. Lanctôt, Canada and the American Revolution (trans 1967); G.F.G. Stanley, Canada Invaded, 1775-1776 (1973).

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