La tournée royale au Canada en 1951, qui a eu lieu du 8 octobre au 12 novembre, a été la première visite de la future reine Elizabeth II au pays. Elle était accompagnée de son époux, le prince Philip, duc d’Édimbourg, et le couple a parcouru le Canada pendant 33 jours, visitant les dix provinces. Le couple s’est également rendu à Washington DC durant ce voyage.

Préparatifs
En 1947, le roi George VI, la reine Elizabeth (future reine mère) et leurs filles, la princesse Elizabeth et la princesse Margaret, effectuent une tournée en Afrique du Sud. Ce voyage doit être le premier d’une série de tournées à l’étranger pour reconnaitre les contributions des nations du Commonwealth à la Deuxième Guerre mondiale. En raison de sa santé déclinante, George VI ne peut plus entreprendre d’autres tournées et il est donc représenté par sa fille, la princesse Elizabeth, et son époux, le prince Philip.
Leur voyage au Canada est prévu pour octobre 1951, mais il est presque annulé en raison de l’opération pulmonaire que doit subir le roi le 23 septembre. Elizabeth et Philip s’envolent pour Montréal à bord d’un Stratocruiser de la BOAC, et ils arrivent à l’aéroport international Montréal-Dorval (maintenant l’aéroport international Montréal-Trudeau) le 8 octobre 1951. Il s’agit alors de la première tournée royale au Canada qui commence par un vol transatlantique. Le couple est accueilli par le gouverneur général, le vicomte Alexander, et le premier ministre Louis St-Laurent.

Itinéraire
Le 9 octobre, la princesse Elizabeth (qui porte sa broche en forme de feuille d’érable en diamants) et le prince Philip assistent à un souper officiel au Château Frontenac, un hôtel situé dans la ville de Québec. Ce souper est organisé par le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, qui déclare que les Canadiens francophones du Québec « sont fidèles à la Couronne depuis des siècles, la reconnaissant comme un symbole d’autorité et de liberté ».
Le 13 octobre, Elizabeth et Philip arrivent à Ottawa. Ils visitent la Colline du Parlement, le Monument commémoratif de guerre du Canada et le Musée des beaux-arts du Canada, où Elizabeth offre un tapis brodé par sa grand-mère, la reine Mary, qui a elle-même effectué une tournée au Canada en 1901 (voir Tournée royale de 1901). Ils rencontrent également 14 000 écoliers au parc Lansdowne, ils assistent à des déjeuners offerts par le premier ministre Louis St-Laurent et Charlotte Whitton, mairesse d’Ottawa (la seule femme maire d’une grande ville canadienne à l’époque), et ils participent à un souper officiel et à une danse carrée à Rideau Hall.
Elizabeth et Philip rencontrent des chefs autochtones à Belleville et visitent les villes de Kingston et de Trenton. Le 12 octobre, ils arrivent à Toronto, où 300 000 personnes se sont massées le long du parcours entre l’aéroport Malton (maintenant l’aéroport Pearson de Toronto) et l’hôtel de ville City Hall (qui est maintenant Old City Hall). Le couple royal assiste au match d’ouverture de la saison de hockey au Maple Leaf Gardens et à une réception officielle à l’hôtel de ville, et il passe également en revue le 48e régiment des Highlanders du Canada.

De plus, le couple royal visite la ville de Hamilton, la ville de Niagara Falls et Windsor, où la Ford Motor Company leur offre une voiture miniature à piles pour leur fils, le futur roi Charles III, qui est alors âgé de deux ans. Ils se rendent ensuite à Winnipeg, où ils assistent à une représentation du Winnipeg Ballet (maintenant le Royal Winnipeg Ballet). La tournée royale continue vers l’ouest, visitant Regina, Moose Jaw, Calgary, Banff, Kamloops, Vancouver et Victoria. Le couple royal traverse ensuite les Rocheuses par le col Yellowhead pour aller à Edmonton, Saskatoon, North Bay et Montréal, où 70 000 personnes se rassemblent sur la place Dominion pour les accueillir.

Le 31 octobre, Elizabeth et Philip se rendent à Washington DC en avion pour une visite de trois jours aux États-Unis. À Washington, Elizabeth anime une réception pour les ambassadeurs du Commonwealth aux États-Unis et un souper de gala pour le président américain Harry S. Truman et la première dame à l’ambassade du Canada. Elizabeth déclare : « Lors de notre voyage au Canada, j’ai beaucoup entendu parler de la chaleureuse bienveillance du peuple des États-Unis envers le peuple du Canada. »
À leur retour au Canada, Elizabeth et Philip visitent la province de Québec et les provinces maritimes. À Halifax, ils sont accueillis par 50 000 personnes malgré des pluies torrentielles et des vents violents. Dans son discours de clôture à la radio, diffusé de la résidence du gouverneur général à St. John’s, Elizabeth déclare : « Nous avons été accueillis avec une telle chaleur humaine que nous avons réellement eu le sentiment d’être chez nous au Canada. » Le couple royal quitte Portugal Cove-St. Philip’s à Terre-Neuve-et-Labrador le 12 novembre, à bord du RMS Empress of Scotland.
Selon l’historien Pierre Berton, Elizabeth serre des mains à un rythme de 30 000 fois par semaine, elle entend l’hymne national joué 150 fois et elle rencontre 53 maires lors de la tournée royale de 1951.
Le saviez-vous?
Alors que la plupart des voyages royaux au Canada ont toujours eu lieu au printemps et en été, la princesse Elizabeth et le prince Philip ont dû affronter les rigueurs de l’hiver en 1951. À Winnipeg, une bulle de plastique transparente a été installée au-dessus de la voiture décapotable pour protéger le couple royal du froid tout en permettant au public de pouvoir les apercevoir. Au Québec, ils ont profité de quelques jours de vacances en novembre à Sainte-Agathe-des-Monts dans les Laurentides, où ils ont fait de la luge et ont construit un bonhomme de neige qu’ils ont surnommé « Monsieur Churchill » en hommage au premier ministre britannique.
Réaction du public
Environ 4500 journalistes accrédités couvrent la tournée, qui est considérée à l’époque comme l’événement médiatique le plus médiatisé de l’histoire du Canada. La couverture médiatique canadienne est très positive, mais elle souligne la réserve de la princesse Elizabeth qui contraste avec le charme et l’humour extravertis du prince Philip. Le 11 octobre 1951, la Presse canadienne rapporte : « Elizabeth se comporte avec une allure royale, avec dignité et un charme agréable et discret. Son sourire est magnifique, mais certains estiment qu’elle ne sourit pas assez à la foule. » Suite à la couverture médiatique, Elizabeth confie à son secrétaire particulier, Martin Charteris : « J’ai mal aux joues à force de sourire. »
La couverture médiatique internationale met l’accent sur l’immense foule de Canadiens venus accueillir le couple royal. Le photographe de presse britannique Stanley Devon rapporte : « Je peux affirmer que j’ai couvert tous les grands événements royaux en Grande-Bretagne depuis 1930. J’ai vu le mariage de la princesse Juliana à La Haye. Mais rien de tout ça n’est comparable à l’entrée de la princesse Elizabeth et du duc à Toronto… la foule était plus dense qu’à Londres le jour de la Victoire en Europe. »
Impact culturel
Le documentaire de l’Office national du film du Canada, Royal Journey (v.f. Voyage royal), qui est le premier long métrage jamais tourné en Eastmancolor, remporte le prix du meilleur long métrage documentaire aux Palmarès du film canadien de 1952, et le prix du meilleur documentaire qui est décerné par la British Academy of Film and Television Arts en 1953.
Un tableau de l’artiste Hilton Hassell représentant la princesse Elizabeth et le prince Philip dansant une danse carrée à Rideau Hall devient un motif très populaire pour les cartes de Noël canadiennes en 1958 et l’image la plus célèbre de cette tournée royale.

