Article

Henry Larsen

Henry Asbjorn Larsen, explorateur de l’Arctique, auteur, agent de la Gendarmerie royale du Canada (né le 30 septembre 1899 à Hvaler, en Norvège; décédé le 29 octobre 1964 à Vancouver, en Colombie-Britannique). Il a été capitaine et navigateur du navire St. Roch de la GRC de 1927 à 1954 et chef de la division arctique de la GRC de 1948 à 1961. Il a été la première personne à faire le tour du continent nord-américain, à franchir le passage du Nord-Ouest d’ouest en est et à effectuer la traversée en une seule saison.

Henry Larsen

Jeunesse

Henry Larsen est le fils d’Otto Ludvig Larsen Bruun (1859-1934) et d’Olava Severine Olsen (1869-1938). Comme ses parents ne sont pas mariés, il est élevé par une tante et un oncle maternels à Varmland, en Suède. Vers 1906, il retourne dans sa ville natale pour y faire ses études. Enfant, il excelle en histoire et en géographie et il est passionné de lecture. Il écrit plus tard dans ses mémoires, The Big Ship, « J’ai été immédiatement fasciné par les livres d’auteurs tels que Fridtjof Nansen, Roald Amundsen et Otto Sverdrup, et bien sûr Vilhjalmar Stefansson. Lorsque j’ai lu le récit du courage de [Martin] Frobisher et de la tragédie de [Sir John] Franklin, j’ai souhaité pouvoir suivre les traces de ces hommes courageux. »

Navigateur

À l’âge de 14 ans, Henry Larsen s’embarque sur l’Anna, un bateau de pêche au hareng, commandé par l’un de ses oncles. Pendant la Première Guerre mondiale, il fait partie de l’équipage du Baunen, un voilier norvégien de commerce transatlantique.

De 1919 à 1920, il étudie à l’école de navigation de Christiana (aujourd’hui Oslo), en Norvège, puis effectue deux ans de service militaire obligatoire dans la marine norvégienne. En 1922, il devient quatrième lieutenant sur le vapeur Theodore Roosevelt de la compagnie maritime Fred Olsen. Il fait la connaissance de Roald Amundsen lors de son embarquement à Seattle. De 1924 à 1927, il est navigateur sur le Maid of Orleans dans l’Arctique pour le compte du négociant dano-américain Christian Klengenberg.

Le St. Roch

St. Roch

En 1927, Henry Larsen obtient la nationalité britannique au Canada, ce qui lui permet de s’engager dans la GRC. En 1947, il devient citoyen canadien. Bien qu’il soit le plus jeune membre de la GRC à l’époque, son expérience dans l’Arctique lui vaut d’être désigné comme capitaine et navigateur du St. Roch. Ce navire est le premier bateau de police canadien dédié à la surveillance de l’Arctique. Larsen surnomme ce bateau à coque ronde de 104 pieds (31,7 mètres) le « vilain petit canard ». Dans ses mémoires, il écrit : « Pour un navire polaire flambant neuf comme le St. Roch, l’équipement était étonnamment inadéquat. »

Entre 1928 et 1948, le St. Roch effectue dix expéditions en Arctique, passant l’hiver dans le nord presque chaque année. Contrairement au voyage de Roald Amundsen à travers le passage du Nord-Ouest, dont les objectifs sont scientifiques, Larsen et son équipage se concentrent sur l’établissement et le renforcement de la souveraineté du Canada dans l’Arctique. Leurs tâches sont multiples : percevoir les taxes, appliquer les lois sur la chasse, transporter des vivres et du courrier dans les collectivités éloignées, effectuer des recensements et conduire les élèves à l’école, les malades à l’hôpital et les accusés au tribunal. Larsen raconte plus tard que les marins des autres navires surnomment l’équipage de sept à neuf hommes du St. Roch « les marins à cheval », car « nous devions porter l’uniforme de la Gendarmerie royale du Canada le plus souvent possible à bord ». En 1937, le capitaine Larsen fait visiter le St. Roch au gouverneur général lord Tweedsmuir à Coppermine (aujourd’hui Kugluktuk, au Nunavut).

Inuits

Henry Larsen respecte la culture inuite. Il admire l’ingéniosité, la bonne humeur et l’hospitalité des Inuits qu’il rencontre lors de ses périples. Préoccupé par l’impact de l’application du droit canadien sur les pratiques traditionnelles, il écrit dans ses mémoires : « Durant mes années dans l’Arctique, j’ai souvent eu l’impression que c’était un véritable crime de ne pas laisser ces enfants de la nature vivre leur vie selon les coutumes et les règles que suivaient leurs ancêtres depuis des générations. » Son respect des coutumes locales lui vaut l’affection des Inuits, qui le surnomment « Hanorie Umiarjuaq », ce qui signifie « Henry au grand navire ».

Henry Larsen posant avec des femmes et des enfants inuits

Mariage et enfants

Le 7 février 1935, Henry Larsen épouse Mary Hargreaves (1909-2000). Ils ont trois enfants : Doreen, Gordon et Beverly. Ils vivent à Victoria, en Colombie-Britannique, qu’il considère comme « la plus belle ville du Canada ». En 2000, ses enfants dévoilent un buste à son effigie dans sa ville natale de Hvaler, en Norvège.

Passage du Nord-Ouest

En 1940-1942, le capitaine Larsen et l’équipage du St. Roch font partie de la première expédition à traverser le passage du Nord-Ouest d’ouest en est. (Roald Amundsen et son équipage, à bord du GjoaI, le traversent d’est en ouest de 1903 à 1906.) Larsen écrit : « Le Canada était en guerre et le gouvernement avait pris conscience de la nécessité de démontrer la souveraineté du Canada dans les îles arctiques. » Le trajet s’étire en raison des conditions climatiques difficiles et des missions de surveillance nécessaires dans l’Arctique par manque de navires canadiens pendant la Deuxième Guerre mondiale. En 1942, Larsen et les huit membres de son équipage, dont, à titre posthume, Albert « Frenchy » Chartrand, mort d’une insuffisance cardiaque pendant le voyage, reçoivent la médaille polaire du roi George VI pour leur exploit.

En 1944, Henry Larsen est promu inspecteur de la GRC. Cette même année, il devient le premier capitaine à mener une expédition dans le passage du Nord-Ouest en une seule saison. Il traverse le détroit de Lancaster vers l’ouest jusqu’à l’île Melville, puis le détroit de McClure jusqu’au détroit du Prince-de-Galles, et atteint Vancouver en 86 jours. Il écrit dans ses mémoires, The Big Ship : « J’étais convaincu que cela deviendrait la route nordique de l’avenir. L’essentiel était que quelqu’un tente l’expérience, et s’il était prouvé qu’un petit navire comme le St. Roch pouvait le faire, d’autres suivraient sûrement. » Son exploit passe presque inaperçu à l’époque en raison du contexte de la Deuxième Guerre mondiale. Toutefois, son itinéraire gagne en importance stratégique à mesure que le changement climatique rend le passage du Nord-Ouest plus navigable pour les routes maritimes.

Mission secrète

Dans les années 1990, des dossiers des archives de la GRC révèlent qu’Henry Larsen a reçu l’instruction de mener une mission secrète pendant les hostilités peu de temps après sa traversée du passage du Nord-Ouest. Le gouvernement canadien s’inquiète de l’éventualité d’une occupation du Groenland par l’Allemagne nazie et de l’utilisation de ses fjords pour y abriter des U-boats en vue d’attaquer les couloirs de navigation transatlantiques. Une occupation allemande du Groenland risque également d’interrompre l’approvisionnement en cryolite (un minéral essentiel à la fabrication de l’aluminium) de l’Aluminum Company of Canada (Alcan). Celle-ci fournit de l’aluminium aux Alliés pour la production d’avions de chasse. Les mines d’Invittuut, près de cap Desolation au Groenland, renferment la plus grande réserve mondiale de cryolite naturelle.

En 1940, Larsen reçoit des instructions de Stuart Taylor Wood, un commissaire de la GRC. Après avoir traversé le passage du Nord-Ouest, le St. Roch et son équipage doivent rejoindre une patrouille de reconnaissance, « Force X ». Cette unité doit atteindre le Groenland avant l’arrivée d’une force d’occupation canadienne composée de 250 soldats. Toutefois, lorsque le St. Roch émerge du passage du Nord-Ouest en 1942, les États-Unis sont entrés en guerre, ce qui rend inutile l’occupation canadienne du Groenland. Le St. Roch met alors le cap sur Halifax.

Écriture

En 1948, Henry Larsen publie le récit de ses voyages dans le passage du Nord-Ouest pendant la guerre, The North-West Passage, 1940–1942 and 1944. Il rédige aussi des articles à ce sujet pour le RCMP Quarterly en 1945 et le Geographical Journal en 1947. Son autobiographie, The Big Ship, est publiée à titre posthume en 1967. Dans cet ouvrage, l’auteur décrit en détail ses amis inuits ainsi que leur mode de vie.

Dernières années

Après la guerre, Henry Larsen devient la première personne à faire le tour de l’Amérique du Nord. En 1949, il traverse le canal de Panama à bord du St. Roch de Vancouver à Halifax, puis, en 1955, lors du dernier voyage du navire, de Halifax à Vancouver.

En 1957, il représente le Canada lors de l’inauguration d’un monument en hommage à Otto Sverdrup, à Steinkjer, en présence du futur roi Olav V de Norvège. C’est sa première visite en Norvège depuis 34 ans. En 1959, il est le premier récipiendaire de la médaille Massey, une récompense décernée par la Société géographique royale du Canada. Il reçoit aussi la médaille d’or de la Royal Geographical Society de Grande-Bretagne, qui souligne ses réalisations personnelles remarquables. En 1962, il évoque ses voyages à bord du St. Roch dans un documentaire de l’Office national du film du Canada. En 1961, il prend sa retraite de la GRC en tant que surintendant. Il meurt d’un cancer des os en 1964. Peu de temps avant sa mort, il écrit à un ami qu’il « entreprendra bientôt cette dernière grande patrouille en traîneau ».

Expédition de Larsen

Legs

Une école primaire d’Ottawa et une autre de Larsen Sound au Nunavut portent son nom. Le St. Roch fait partie de la collection du Vancouver Maritime Museum, tout comme une statue d’Henry Larsen. La chanson de bord « Take It Day to Day », de Stan Rogers fait également référence à Larsen : « The pack-ice'round us cracks and groans;/The old St. Roch, she creaks and moans… We're as far North now as I want to come/But Larsen's got us under his thumb ». (La banquise autour de nous craque et gémit. Le vieux St. Roch craque et gémit… Nous sommes maintenant aussi loin au nord que je le souhaitais, mais Larsen nous tient sous sa coupe.)

En 1987, la Garde côtière canadienne baptise un brise-glace NGCC Henry Larsen. En 2000, la GRC rebaptise l’un de ses navires le St. Roch II et recrée le premier voyage de Larsen pour célébrer le nouveau millénaire. En 2016, Daphne Bramham écrit un article dans le Vancouver Sun intitulé « Oubliez Franklin, Henry Larsen est le véritable héros de l’Arctique canadien ».