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Otto Neumann Sverdrup

Otto Neumann Knoph Sverdrup, explorateur de l’Arctique et auteur (né le 31 octobre 1854 à Bindal, en Norvège; décédé le 26 novembre 1930 à Bærum, en Norvège). Sverdrup a dirigé la deuxième expédition du navire Fram de 1898 à 1902 dans l’Arctique canadien et a revendiqué les îles Sverdrup au nom de la Couronne norvégienne. L’expédition de Sverdrup a déclenché une série d’expéditions dans l’Arctique canadien afin de défendre la souveraineté du Canada dans le Grand Nord. Malgré les objections de Sverdrup, la Norvège a fini par céder les îles Sverdrup au Canada en 1930.

Otto Sverdrup sur le <em>Fram</em>

Jeunesse

Otto Sverdrup est le fils d’Ulrik Frederik Suhm Sverdrup (1833-1914) et de Petrikke Neumann Knoph (1831-1885). Il grandit sur la ferme de ses parents à Bindalen, où il excelle dans le ski, le tir et la voile. À 17 ans, il entreprend une carrière de marin et travaille sur différents navires américains et norvégiens. En 1878, il se qualifie comme lieutenant de navire et devient capitaine au début des années 1880.

Expéditions avec Fridtjof Nansen

En 1885, Otto Sverdrup déménage à Steinkjer, où son père a acheté une nouvelle ferme. À Steinkjer, Sverdrup se lie d’amitié avec l’avocat Alexander Nansen, qui le met en contact avec son demi-frère cadet, Fridtjof Nansen, pour diriger une expédition planifiée en vue de traverser l’intérieur du Groenland. En 1888, Fridtjof Nansen, Sverdrup, deux autres Norvégiens et deux Samis traversent à ski le Groenland d’Umivik à Gothaab (aujourd’hui Nuuk) en six semaines, puis passent l’hiver à Gothaab.

De 1890 à 1893, Sverdrup supervise la construction du Fram (qui signifie « en avant » en norvégien), un navire spécialement mis en service et conçu pour résister à la pression exercée par les glaces arctiques. L’intention est d’utiliser les courants océaniques de l’Arctique pour se déplacer tout en étant emprisonné dans les glaces. De 1893 à 1896, Sverdrup est capitaine du Fram durant l’expédition de Nansen dans l’Arctique. En mars 1895, il demeure aux commandes du navire avec l’équipage tandis que Nansen et Hjalmar Johansen débarquent pour tenter d’atteindre le pôle Nord en traîneau à chiens. Le Fram reste prisonnier des glaces jusqu’en 1896, année où Sverdrup réussit à ramener le navire depuis Svalbard jusqu’en Norvège, et rentre chez lui une semaine après Nansen.

Mariage et enfants

Le 12 octobre 1891, Sverdrup épouse sa cousine germaine Gretha Andrea Engelschiøn (1866-1937) à Kristiania (aujourd’hui Oslo). Sverdrup renégocie son salaire au moment de son mariage pour garantir la sécurité financière de sa famille. Otto et Gretha ont trois enfants, Audhild (1893-1932), Otto (1897-1978) et Hjordis (1904-1953).

Carte des expéditions d’Otto Sverdrup

Deuxième expédition Fram

De 1898 à 1902, Otto Sverdrup dirige la deuxième expédition Fram, à laquelle participent cinq scientifiques et 10 membres d’équipage, à destination des îles de l’Arctique au nord du continent canadien. L’objectif initial est de faire des relevés dans le nord du Groenland et d’explorer les côtes peu connues du nord et de l’est, mais Sverdrup se heurte à de mauvaises conditions météorologiques, à l’instar de l’explorateur polaire américain Robert Peary lors d’une expédition au Groenland en 1899. Sverdrup décide plutôt de naviguer jusqu’au détroit de Jones et à la côte ouest inexplorée de l’île d’Ellesmere. La deuxième expédition Fram est commanditée par le diplomate norvégien Axel Heiberg ainsi qu’Amund et Ellef Ringnes, de la brasserie Ringnes Brothers. Le gouvernement norvégien prête le Fram à Sverdrup et lui fournit les fonds nécessaires pour réparer et modifier le navire.

La deuxième expédition Fram permet de cartographier la côte ouest de l’île d’Ellesmere, la Terre du roi Christian et l’île Devon ainsi qu’un groupe d’îles inconnues des Européens que Sverdrup nomme en l’honneur de ses commanditaires Axel Heiberg, Amund Ringnes et Ellef Ringnes. Ces îles deviennent connues sous le nom d’îles Sverdrup. Durant cette expédition, Sverdrup et son équipe recueillent 50 000 spécimens de plantes et 2 000 spécimens d’animaux. La recherche scientifique de la seconde expédition Fram est publiée dans une série de cinq volumes. Les échantillons géologiques de Sverdrup révéleront plus tard la présence de pétrole et de gaz dans la région, ce qui accroît l’importance économique des îles Sverdrup.

Îles Sverdrup

Otto Sverdrup revendique les îles Sverdrup pour la Couronne norvégienne. Son livre dans lequel il raconte l’expédition, New Land: Four Years in the Arctic, se termine en ces mots  : « Une superficie approximative de cent mille milles carrés a été explorée et, au nom du roi norvégien, réclamée. » En 1902, le roi de Norvège Oscar II est aussi roi de Suède et il manifeste peu d’intérêt pour l’intégration des îles Sverdrup à son territoire. La Norvège devient indépendante de la Suède en 1905, et le nouveau roi Haakon VII semble aussi avoir peu d’intérêt pour les îles Sverdrup. En 1928, Sverdrup écrit au ministère des Affaires étrangères de la Norvège pour lui demander soit de faire valoir sa revendication sur les îles Sverdrup, soit de demander au gouvernement canadien de rembourser les coûts de la deuxième expédition Fram.

Réponse du Canada

En 1880, le gouverneur général du Canada, Lord Lorne, reçoit un décret du gouvernement britannique cédant « tous les territoires et toutes les possessions britanniques en Amérique du Nord, qui ne sont pas déjà compris dans le Dominion du Canada, et toutes les îles adjacentes à ces territoires ou possessions », sauf pour Terre-Neuve, qui ne rejoint le Canada qu’en 1949. En 1895, le Canada crée les quatre districts provisoires de l’Ungava, du Yukon, de Mackenzie et de Franklin, mais fait peu d’efforts pour arpenter les îles de l’Arctique à la fin du 19e siècle. L’affirmation de Sverdrup selon laquelle les îles Sverdrup appartiennent à la Couronne de Norvège choque le premier ministre Wilfrid Laurier et déclenche une série d’expéditions nautiques canadiennes pour cartographier les îles de l’Arctique et affirmer la souveraineté du Canada sur la région. Celles-ci comprennent l’expédition Neptune de 1903 à 1904, menée par le géologue Albert Peter Low, et des expéditions annuelles dans l’Arctique, de 1904 à 1911, menées par Joseph-Elzear Bernier, qui établit des camps de la Gendarmerie royale du Canada dans l’Arctique. (Voir aussi Expédition canadienne dans l’Arctique et Patrouille de l’Arctique de l’Est.)

Île d’Ellesmere

Vie ultérieure

En 1906, Otto Sverdrup achète une plantation à Baracoa, Cuba. La plantation n’est pas financièrement viable, et Sverdrup retourne en Norvège. En 1914, le tsar Nicolas II de Russie charge Sverdrup de commander le baleinier Eclipse et d’aller chercher les explorateurs russes de l’Arctique disparus, Georgy Brusilov et Vladimir Rusanov. Sverdrup ne retrouve pas les explorateurs disparus, mais il secourt l’équipage de deux navires de transport naval russes coincés dans les glaces près du cap Tcheliouskine. Dans ses dernières années, Sverdrup recueille des fonds pour la préservation du Fram, qui est maintenant exposé au Musée du Fram à Oslo.

Souveraineté du Canada

En 1925, le Canada fait valoir sa revendication sur les îles Sverdrup sur la base du principe sectoriel, déclarant que toutes les terres situées dans le secteur entre les frontières est et ouest du Canada et le pôle Nord appartiennent au Canada, sauf le Groenland, qui appartient à la couronne danoise. En 1928, la Norvège renouvelle sa revendication sur les îles Sverdrup. Celui qui allait devenir premier ministre, Lester B. Pearson, était alors premier secrétaire du ministère des Affaires étrangères. Il élabore alors un long rapport intitulé « The Question of Ownership of the Sverdrup Islands », dans lequel il soutient que la Norvège n’avait jamais occupé ou administré les îles. Le 11 novembre 1930, la Norvège reconnaît la souveraineté du Canada sur les îles de Sverdrup, mais ne reconnaît pas le principe sectoriel. Une semaine plus tard, le Royaume-Uni reconnaît la souveraineté de la Norvège sur l’île Jan Mayen, une île volcanique située dans l’océan Arctique à l’est du Groenland.

Sverdrup s’oppose à ce que la Norvège cède les îles Sverdrup au Canada, et il reçoit un règlement financier du gouvernement canadien. Le 23 septembre 1930, le sous-secrétaire d’État canadien aux Affaires extérieures, Oscar Douglas Skelton, écrit au représentant britannique à Oslo, sir Charles Wingfield, « Nous voulons faire en sorte que la subvention de 67 000 $ consentie par le Parlement du Canada au commandant Sverdrup soit versée le plus tôt possible, sous réserve de la conclusion d’une entente satisfaisante sur le titre des îles. » Le règlement prévoit l’acquisition des cartes, des dossiers et des journaux de la deuxième expédition Fram. Sverdrup décède deux semaines après que le Canada eut officiellement pris possession des îles Sverdrup. Les documents de Sverdrup sont retournés en Norvège après la Deuxième Guerre mondiale et font maintenant partie de la Bibliothèque nationale d’Oslo.

Otto Sverdrup

Héritage

Sverdrup reçoit des médailles d’or de la Norwegian Geographical Society (1889) et de la Royal Geographic Society (1903). Dans son autobiographie non publiée, l’explorateur canado-norvégien de l’Arctique Henrik Larsen s’exprime au sujet de Sverdrup : « Il était le plus compétent et pratique de tous les explorateurs norvégiens de l’époque, mais étant à la fois timide et réticent, il se contentait de demeurer en retrait et était bien entendu éclipsé par des hommes comme Nansen et Amundsen. » Les techniques de survie dans l’Arctique mises au point par Nansen et Sverdrup, éclairées par les pratiques inuites, sont adoptées par l’explorateur norvégien Roald Amundsen durant son périple dans le passage du Nord-Ouest de 1903 à 1906 et son expédition vers le pôle Sud en 1911.

En 1999, une équipe conjointe de scientifiques norvégiens et canadiens passe un an sur île d’Ellesmere, reprenant l’itinéraire parcouru par Sverdrup dans le cadre de l’expédition du Centenaire Otto Sverdrup. En 1992, le touriste norvégien Asbjorn Astrom boulonne des plaques de métal travaillées commémorant Sverdrup à des rochers sur l’île d’Ellesmere, un geste qui soulève la critique du chroniqueur touristique canadien Jerry Kobalenko. En 2004, le Canada, le Groenland et la Norvège émettent conjointement un rare timbre à l’occasion du 150e anniversaire de Sverdrup.

Arctique, carte de l'exploration de l'