Nunavut

Le Nunavut, ou « notre terre » en inuktitut, couvre plus de 2millions de km2 et compte une population de 35 944 habitants (recensement de 2016), dont 85% environ sont inuits. Le territoire comprend, en gros, la partie du Canada continental et de l’archipel Arctique située au nord et au nord-est de la limite forestière. Le Nunavut est le territoire le plus étendu et situé le plus au nord du Canada, et la cinquième division administrative la plus grande au monde. Ses habitants, les Nunavummiut, vivent dans 25 communautés répandues sur ce vaste territoire, la majeure partie dans la capitale, Iqaluit, qui compte 7 740 habitants (2016). La création du Nunavut en 1999 (la région faisait partie jusque‑là des Territoires du Nord-Ouest) a représenté le premier changement important de la carte politique du Canada depuis l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération en 1949. Au-delà du fait qu’elle changeait les frontières politiques internes du Canada, la création du Nunavut a représenté un moment d’une importance politique marquante: grâce à son activisme politique et de longues négociations, un petit groupe autochtone marginalisé est parvenu à surmonter de nombreux obstacles pour établir pacifiquement un gouvernement qu’il contrôle au sein de l’État canadien, devenant ainsi maître de son territoire, de ses ressources et de son avenir. De ce point de vue, la création du Nunavut apparaît comme un moment charnière dans l’évolution du Canada, voire même dans l’histoire des peuples autochtones du monde entier.

Le Nunavut, ou « notre terre » en inuktitut, couvre plus de 2millions de km2 et compte une population de 35 944 habitants (recensement de 2016), dont 85% environ sont inuits. Le territoire comprend, en gros, la partie du Canada continental et de l’archipel Arctique située au nord et au nord-est de la limite forestière. Le Nunavut est le territoire le plus étendu et situé le plus au nord du Canada, et la cinquième division administrative la plus grande au monde. Ses habitants, les Nunavummiut, vivent dans 25 communautés répandues sur ce vaste territoire, la majeure partie dans la capitale, Iqaluit, qui compte 7 740 habitants (2016). La création du Nunavut en 1999 (la région faisait partie jusque‑là des Territoires du Nord-Ouest) a représenté le premier changement important de la carte politique du Canada depuis l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération en 1949. Au-delà du fait qu’elle changeait les frontières politiques internes du Canada, la création du Nunavut a représenté un moment d’une importance politique marquante: grâce à son activisme politique et de longues négociations, un petit groupe autochtone marginalisé est parvenu à surmonter de nombreux obstacles pour établir pacifiquement un gouvernement qu’il contrôle au sein de l’État canadien, devenant ainsi maître de son territoire, de ses ressources et de son avenir. De ce point de vue, la création du Nunavut apparaît comme un moment charnière dans l’évolution du Canada, voire même dans l’histoire des peuples autochtones du monde entier.


Géographie

Les régions physiographiques du Nunavut

Le Nunavut couvre 1 936 113 km2 de terres et 157 077 km2 de mers dans le nord du Canada, soit 21 % de la superficie totale du pays. Il comprend une partie du Canada continental, la majeure partie de l’archipel Arctique et toutes les îles de la baie d’Hudson, de la baie James et de la baie d’Ungava. Le Nunavut est divisé par trois des sept régions physiographiques du Canada : les basses-terres de la baie d’Hudson, le Bouclier canadien et les terres de l’Arctique.

Les basses-terres de la baie d’Hudson forment un bassin sédimentaire au milieu du Bouclier canadien, qui couvre une bonne partie du Canada continental, certaines îles autour de la baie d’Hudson et quelques régions de l’archipel Arctique. Les basses-terres du Bouclier canadien reposent sur un socle rocheux vieux d’au moins un milliard d’années. Elles sont couvertes d’une fine couche de terre, et sont souvent plates et mal drainées. Cette région physiographique se caractérise surtout par les milliers de lacs et de rivières qui parsèment sa surface.

La région physiographique des terres de l’Arctique couvre toute la moitié nord du Nunavut et englobe l’essentiel de l’archipel Arctique du Canada. La frange orientale de l’archipel est une zone montagneuse dont certains sommets atteignent presque 2 000 mètres au nord, et dont la côte est découpée de nombreux fjords. Ce paysage diffère radicalement de celui des îles du centre et de l’ouest, qui sont relativement plates et peu élevées. Sur les îles du nord, la nuit dure 24 heures durant les mois d’hiver, tandis que durant les mois d’été, le jour dure 24 heures. 

Toundra
La toundra clairsemée et sans arbres du Nunavut.

Une grande partie du Nunavut est couverte par la toundra, le terme par lequel on désigne des terres dénudées, rocheuses et sans arbres. Le sol de la toundra est gelé en permanence, d’où son nom pergélisol. Le réchauffement climatique est plus rapide et plus intense dans l’Arctique que dans la plupart des autres régions du globe. Au Nunavut, il se traduit par la hausse des températures, la fonte du pergélisol, le recul des glaces de mer, la retraite des glaciers et la diminution des plateformes de glace. Tous ces changements menacent les ours polaires, les phoques, les morses, les caribous et de nombreuses autres espèces dont dépend traditionnellement la subsistance des Inuits. (Voir aussi Géographie du Nunavut.)

Histoire

Cultures pré-Dorset et Dorset

Au cours de la dernière époque glaciaire, le Nunavut est recouvert en grande partie d’une épaisse couche de glace. Il y a entre 15 000 et 10 000 ans, les glaciers fondent et le paysage accueille bientôt des caribous et des bœufs musqués, tandis que les morses, les phoques et les baleines colonisent les passages entre les îles. Bien que les peuples autochtones suivent les migrations de caribous jusqu’à la limite des arbres, ils ne s’aventurent jamais jusqu’au littoral arctique ou sur les îles situées au-delà.

Il y a environ 5 000 ans, des hommes commencent néanmoins à explorer les terres et les mers qui forment aujourd’hui le Nunavut. Entraînés dans une vague migratoire probablement venue de la Sibérie, les paléo-Esquimaux de la culture pré ‑Dorset franchissent par petits groupes les côtes et les îles de l’Arctique, adaptant au fur et à mesure leurs outils et leurs techniques de chasse à la géographie et aux écosystèmes qu’ils rencontrent, et poussant de la sorte jusqu’au Groenland et au Labrador. Au Nunavut, ils chassent le bœuf musqué et le caribou à l’arc; les poissons, les phoques, les morses et même de petites baleines au harpon à partir du rivage ou de glaces flottantes. Pour s’abriter, ils confectionnent des tentes avec des peaux d’animaux. Le fin tranchant de leurs outils en pierre est si remarquable que les archéologues assimileront la culture pré-Dorset à la « tradition arctique des petits outils ».

La culture pré-Dorset fait place il y a 2 500 ans à la culture Dorset, caractérisée par des outils très différents, notamment des lames triangulaires et des lampes en saponite. Les Dorsétiens chassent les mammifères marins, dont le narval et le morse. Contrairement à leurs prédécesseurs, ils vivent dans des maisons plus permanentes, faites de neige, de pierres et de tourbe.

Thulé

Il y a environ 1 000 ans, une autre vague migratoire se déplace du sud de la mer de Béring jusqu’à l’est de l’Arctique. Ces nouveaux arrivants, les « gens de Thulé », sont des chasseurs maritimes dotés des outils, des embarcations et des techniques nécessaires à la capture des baleines de grande taille qu’ils rencontrent dans les eaux de l’archipel Arctique. Grâce à des objets perfectionnés tels que le kayak en peau de phoque, le canot ouvert appelé umiaq, les harpons, les lances de pêche et de chasse, les arcs et les flèches, un type de couteau appelé ulu, les lampes et récipients en saponite et les lunettes de neige, les gens de Thulé peuvent se déplacer et chasser pour subsister. En plus des baleines, ils pêchent des poissons et chassent le phoque, le caribou et des mammifères plus petits. Les volumes abondants de nourriture que leur procure la chasse au phoque permettent aux gens de Thulé de vivre dans des communautés plus larges et plus permanentes, souvent des communautés constituées d’une douzaine ou plus de maisons faites de pierres, de terre et d’os de baleine. Dans ces villages, les gens ont amplement de temps libre pour confectionner leurs outils complexes, souvent en métal, et donner cours à leur vibrante culture, en créant notamment des sculptures élaborées.

En s’enfonçant dans l’archipel Arctique, les gens de Thulé rencontrent les Dorsétiens. Dans la tradition orale inuite, les Dorsétiens s’appellent Tuniit ou Sivullirmiut (premiers habitants) et sont décrits comme des géants pacifiques, plus grands et plus forts que leurs contemporains de Thulé. Il y a peut-être eu des mariages mixtes ou des conflits entre les deux groupes, mais en général, il semble que les rencontres soient restées sans suite. Préférant rester à distance des nouveaux venus et de leur culture, les Dorsétiens se replient vers des zones plus marginales et inhospitalières, où la survie devient encore plus difficile. Les archéologues débattent encore aujourd’hui de cette idée, mais il se pourrait qu’un petit groupe de Dorsétiens, les Sadlermiut, ait survécu dans une petite communauté isolée, dispersée sur les îles Coats, Walrus et Southampton dans la baie d’Hudson (près de l’endroit où se trouve aujourd’hui la localité de Coral Harbour) avant de mourir victimes d’une épidémie survenue au début du 20e siècle.

La culture Thulé change radicalement il y a environ 500 ans. Le climat se faisant plus rigoureux, les gens désertent presque entièrement le nord de l’archipel. Leurs villages permanents ont déjà commencé à se scinder tandis qu’ils passent à un style de vie plus nomade, gouverné par des modes de subsistance saisonniers qui varient selon le milieu. Les gens de Thulé vivent désormais en petits groupes familiaux qui se font et se défont dans une société dépourvue de toute hiérarchie.

Inuits

La culture Thulé prend fin avec l’apparition des différentes sociétés inuites qui peuplent aujourd’hui le Nunavut. Dans toute la région du Kitikmeot, les Inuinnait et les Netsilingmiut prospèrent dans un mode de vie parfaitement adapté aux conditions environnementales du centre de l’Arctique. Suivant le cycle annuel des saisons, ils passent l’hiver dans de grands villages constitués d’igloos sur la glace de mer, d’où ils partent chasser le phoque, puis ils retournent sur la terre ferme au printemps, en petits groupes, pour chasser le caribou et pêcher jusqu’à la fin de l’été. Toujours en quête des meilleurs lieux de pêche et de chasse, ils parcourent de grandes distances durant leurs déplacements saisonniers, ce qui les classe parmi les plus grands nomades de l’Arctique nord-américain.

Dans les régions côtières du Kivalliq, les Kivallirmiut, ou « Inuits du Caribou », s’adaptent à la vie dans l’arrière-pays, où ils chassent le caribou et les oies et pêchent la truite. Cette dépendance à l’égard de ressources terrestres plutôt que côtières les rend uniques parmi les sociétés inuites. Durant la chasse d’automne, des groupes se rassemblent à quelques bons endroits de chasse pour refaire leurs provisions de nourriture en vue de l’hiver. Les peaux de caribou leur servent à confectionner des vêtements et des récipients, des tentes durant les mois d’été et des huttes de neige durant l’hiver.

Dans la région du Qikiqtaaluk, les différents groupes d’Inuits de l’île de Baffin et les Iglulingmuit s’adaptent eux aussi à leur milieu, où ils chassent le morse, le phoque et le caribou et pêchent l’omble chevalier.

Dans tout le Nunavut, les Inuits établissent des cultures riches et dynamiques et des systèmes de connaissances traditionnelles fortement liées à leurs milieux respectifs. Cela ne les empêche pas de participer à de vastes réseaux d’échanges commerciaux où ils échangent des peaux, du bois de grève, de la saponite, du silex, du cuivre, des vêtements et des outils. (Voir aussi Peuples autochtones de l’Arctique.)

Exploration européenne

Les Vikings sont les premiers Européens à explorer l’Arctique de l’Amérique du Nord. Après avoir colonisé la côte sud-ouest du Groenland à partir de l’an 980 de notre ère, des groupes s’aventurent par intermittence jusqu’à l’extrémité est de l’archipel Arctique jusqu’en 1450, en quête de ressources et de partenaires commerciaux. La plupart des spécialistes s’accordent sur le fait que les Vikings appelaient l’île de Baffin « Helluland ». Des vestiges archéologiques montrent qu’ils se sont avancés dans la région, et qu’ils ont fait connaissance et marchandé d’abord avec les Dorsétiens, puis avec les gens de Thulé.

Lors des premières incursions menées dans l’archipel au 16e et au début du 17e siècle, des explorateurs européens cherchent une route vers l’Asie, un passage maritime censé relier l’Atlantique au Pacifique par le nord de l’Amérique du Nord. Ainsi s’ouvre la longue quête du « passage du Nord-Ouest ». Au cours de trois expéditions menées à la fin des années 1570, Martin Frobisher explore le Groenland, que les Vikings ont déserté au début du 15e siècle, pénètre dans la baie qui porte aujourd’hui son nom au sud-est de l’île de Baffin et revendique la région au nom de la reine Élisabeth Ire. En 1620, John Davis, Robert Bylot et William Baffin suivent ses traces et poussent plus loin au nord jusqu’aux détroits de Davis, de Smith, de Jones et de Lancaster, dressant au passage la carte de la côte est de l’île de Baffin. Peu après, les Anglais se concentrent sur la partie sud de l’archipel et Henry Hudson explore en 1610 l’immense baie qui portera plus tard son nom. À la fin du siècle, la Compagnie de la Baie d’Hudson nouvellement formée domine l’exploration dans le nord, mais comme la traite des fourrures l’accapare dans la zone subarctique, elle ne voit pas l’intérêt de soutenir des expéditions dans l’archipel Arctique. Grâce à l’aide non négligeable des Autochtones et à leur technologie, Samuel Hearne atteint en 1771 le littoral arctique en suivant le fleuve Coppermine jusqu’à l’endroit où se trouve aujourd’hui Kugluktuk.

Après la défaite finale de Napoléon à Waterloo en 1815, la Marine royale britannique domine les mers. Sans aucune guerre à mener, et les voies maritimes anglaises étant désormais sécurisées, elle a du mal à trouver un débouché pour ses énergies. Les explorations polaires subventionnées par l’État lui offrent à la fois un objectif et un banc d’essai pour ses navires et ses hommes, tout en ajoutant à la puissance et au prestige de l’Empire britannique. Entre 1818 et 1845, la Marine royale explore de grandes parties de l’Amérique du Nord arctique en envoyant des navires et équipages dans les glaces et le labyrinthe de l’archipel (voir Exploration de l’Arctique).

Lorsqu’arrivent les années 1840, John Ross et William Parry ont déjà exploré par voie de mer des parties de l’est et du centre de l’archipel, tandis que les explorateurs de la Compagnie de la Baie d’Hudson ont enrichi leurs connaissances des tronçons ouest du passage du Nord-Ouest par voie de terre. Le gouvernement britannique estime donc avec assurance qu’une nouvelle expédition dirigée par John Franklin, qui a alors 59 ans, permettra de conquérir enfin le passage. Ses deux navires, l’Erebus et le Terror, sont les premiers à franchir le détroit de Peel, mais ils se retrouvent piégés par les glaces près de l’île du Roi-Guillaume (grâce aux indices relevés dans les récits traditionnels inuits, l’Erebus est retrouvé en 2014, le Terror en 2016). John Franklin meurt en juin 1847 et les marins restants abandonnent les navires au printemps suivant, dans une fatale tentative de marcher vers le plus proche village, à des centaines de kilomètres au sud. Ils meurent tous de faim et d’épuisement. Les expéditions britanniques successives envoyées pour élucider ce qui est arrivé à l’expédition, qui semble avoir disparu sans laisser de traces, sillonnent le centre de l’archipel de long en large, à bord de navires et de traîneaux, cartographiant par le fait même une grande partie de la région et découvrant pas moins de trois passages du Nord-Ouest. (Voir aussi Exposition : Exploration de l’Arctique.)

La recherche de John Franklin internationalise l’exploration dans l’archipel Arctique. L’Anglais E.A. Inglefield et les Américains E.K. Kane, I. Hayes et C.F. Hall naviguent dans le passage entre le Groenland et l’île d’Ellesmere, tandis que G.S. Nares dirige l’expédition polaire britannique qui fait l’arpentage de la côte est de cette île en 1875 et 1876. Cette année‑là, P. Aldrich contourne l’île d’Ellesmere par le nord et nomme le point le plus au nord de ce qui est aujourd’hui le cap Columbia en territoire canadien. Le Norvégien Otto Sverdrup explore la côte ouest d’Ellesmere entre 1898 et 1902. Lui et ses hommes arpentent également toute la côte de l’île Axel Heiberg, et à l’ouest, ils découvrent et cartographient les îles Amund Ringnes, Ellef Ringnes et King Christian. Entre 1903 et 1906, un autre explorateur norvégien, Roald Amundsen, utilise un moteur à combustion interne pour propulser son navire de 47 tonnes, le Gjøa, à travers le passage du Nord-Ouest, devenant le tout premier à réussir l’exploit.

De gauche à droite : Tulugaq et Tassiuq, photographiés à Qatiktalik (Cape Fullerton), au Nunavut, vers 1904-1905.
Femmes inuites en costume de gala, Qatiktalik (Cape Fullerton), env. 1903-1904.

Entre 1913 et 1918, l’équipe Nord de l’Expédition canadienne dans l’Arctique, dirigée par Vilhjalmur Stefansson, trace le contour du plateau continental canadien et découvre quelques-unes des dernières grandes masses terrestres du globe encore inconnues, les îles Lougheed, Borden, Mackenzie King, Meighen et Brock, en se laissant dériver dangereusement, mais délibérément sur la glace flottante. Pendant ce temps, l’équipe Sud explore une grande partie de la région du Kitikmeot, où elle entre en contact avec des groupes d’Inuinnait dont elle étudie en détail la culture et la langue.

À cette époque, de nombreux groupes d’Inuits ont rencontré des explorateurs européens et ont commencé à échanger des fourrures et d’autres articles traditionnels contre de la nourriture européenne et des outils en métal. Les Inuits jouent un rôle important auprès de nombreuses expéditions, en tant que chasseurs, guides et interprètes, allant jusqu’à aider les Européens à dresser leurs cartes. De nombreux explorateurs doivent leur succès, et leur vie, aux Inuits qui leur enseignent à se déplacer efficacement, à bien se vêtir en fonction du temps et à vivre à même les ressources du milieu.

Baleiniers, marchands de fourrures et missionnaires

Les explorateurs ont établi les premiers contacts avec de nombreux groupes d’Inuits, mais l’arrivée des baleiniers, des marchands de fourrures et des missionnaires a des répercussions beaucoup plus importantes. À la fin du 18e siècle, les Européens commencent à chasser la baleine dans l’est de l’Arctique et en 1840, les baleiniers américains, anglais et écossais ont déjà plusieurs stations qui fonctionnent à longueur d’année dans la baie Cumberland, où ils embauchent des familles inuites à l’occasion. Cette présence européenne prolongée apporte plus de commerce aux Inuits de la région, mais aussi plus de maladies. Les vastes opérations de chasse à la baleine entraînent également une surexploitation, ce qui pousse les équipages à se tourner vers la chasse au caribou et au bœuf musqué, épuisant ainsi de nombreux animaux essentiels à la subsistance des Inuits. À la fin du siècle, l’industrie baleinière dans l’est de l’Arctique touche à sa fin.

Leo Manning, directeur du poste de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson à Kugluktuk, au Nunavut, dresse la liste des articles échangés, 1949.

À la fin du 19e siècle, des marchands de fourrures commencent à s’installer dans le territoire qui constitue aujourd’hui le Nunavut. Au début du 20e siècle, des postes de traite sont établis à des endroits où se trouve aujourd’hui un bon nombre de communautés du Nunavut. La participation des Inuits au commerce des fourrures transforme leur vie petit à petit. Comptant désormais sur une source constante de revenus en espèces, les Inuits peuvent acheter auprès des négociants en fourrures un flux régulier de matériel de chasse, de nourriture en conserve et de produits de luxe divers. Ces marchandises, qui comprennent du matériel moderne tel que des fusils, des réchauds et des pièges en acier, modifient leur style de vie et leurs techniques de chasse. Pour entretenir leurs sentiers de piégeage entre avril et novembre, de nombreux Inuits du centre de l’Arctique s’installent dans des sites de piégeages côtiers plutôt que dans les camps d’hiver de chasse au phoque sur la glace de mer, mettant ainsi fin au cycle saisonnier que leurs ancêtres ont suivi pendant des siècles. L’accent mis sur la traite des fourrures fait en sorte que les Inuits ne chassent plus uniquement pour se nourrir, se vêtir et s’abriter, mais également pour approvisionner des étrangers en biens. Ceci modifie les modèles traditionnels de traite et de migration, et certains Inuits choisissent de s’installer plus près des postes de traite.

De gauche à droite : Révérend W. James, Esa Tarraq, Winnie Attungala, David Annanaut et Ruth Tulurialit (le nom des jeunes garçons assis est inconnu). James, un missionnaire, enseigne la lecture du syllabaire inuktitut à ses élèves. Baker Lake, Nunavut, 1948.

Sur les traces des baleiniers et des marchands de fourrures arrivent des missionnaires, catholiques et protestants, qui fondent des églises, des dispensaires et des écoles de mission, souvent en concurrence les uns avec les autres. De nombreux missionnaires prônent des pratiques et des idéaux qui ébranlent le système de croyances des Inuits et qui visent à mettre fin à certaines pratiques traditionnelles. Dans l’est et l’ouest de l’Arctique, on traduit le Nouveau Testament en dialectes inuits à l’aide d’un système d’écriture syllabique.

Bien que ces développements changent la façon de vivre des Inuits et apportent parfois des difficultés supplémentaires, rien ne se compare en gravité aux épidémies que les Européens ont apportées avec eux. La rougeole, la tuberculose et la grippe tuent de nombreux Inuits.

Même si la vie n’est plus pareille depuis l’arrivée des baleiniers, des marchands de fourrures et des missionnaires, et depuis l’avènement d’une nouvelle économie, et de nouvelles religions et technologie, de nombreux Inuits du Nunavut parviennent à préserver leurs modes de vie traditionnels durant une bonne partie du 20e siècle. Entre leurs nouveaux sentiers de piégeage et les meilleurs lieux de chasse et de pêche, ils continuent de se déplacer sur de longues distances. « On travaillait fort à l’époque. On voyageait beaucoup, confie l’aîné Ekalun au magazine Weekend, en 1970. Si la chance était avec nous, on avait beaucoup à manger. Sinon, on avait faim. On avait souvent faim. Puis la chance revenait, alors tout le monde se réjouissait et dansait. »

Administration canadienne

Pendant une bonne partie du 19e siècle, le gouvernement britannique et son ministère des Colonies ne passent que très peu de temps à réfléchir à leur revendication sur les îles. Alors que les explorateurs ont planté des drapeaux et fait des revendications, la Grande-Bretagne n’a jamais annexé officiellement les îles de l’Arctique à son empire. Dans les années 1870, on commence toutefois à s’inquiéter d’éventuelles revendications de la part des Américains sur îles de l’archipel. En 1880, la Grande-Bretagne cède ses droits sur les îles au Canada, qui n’en fait que peu pour consolider son contrôle administratif ou pratique sur l’archipel. Au tournant du siècle, l’activité d’explorateurs étrangers dans les îles de l’Extrême-Arctique et les inquiétudes persistantes quant à la validité de ses revendications juridiques poussent le gouvernement canadien à accroître sa présence dans l’Arctique nord-américain. Joseph-Elzéar Bernier patrouille dans les eaux de la baie d’Hudson et des îles arctiques, affirmant l’emprise du Canada et sa surveillance légitime de la région. Il intercepte les baleiniers étrangers et leur impose l’achat d’une licence, il collecte des droits de douane, effectue des études géographiques et plante le drapeau sur de nombreuses îles.

En 1919 et 1920, des inquiétudes suscitées par le refus présumé du gouvernement danois de reconnaître la souveraineté du Canada sur l’île d’Ellesmere entraînent un regain d’activité de l’État dans la frange orientale de l’archipel. En 1922, le gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King institue une patrouille navale annuelle dans l’est de l’Arctique et installe de nouveaux détachements de la Gendarmerie royale du Canada à Pond Inlet, sur l’île de Baffin, et à Craig Harbour, sur l’île d’Ellesmere. Lorsqu’une expédition américaine annonce en 1925 son projet d’explorer la région située au-delà de l’île d’Ellesmere sans demander la permission du gouvernement canadien, Ottawa multiplie les postes et les patrouilles de police autour des îles et décrète que tout explorateur ou scientifique désirant voyager dans l’archipel doit d’abord en obtenir l’autorisation. En 1930, des négociations avec le gouvernement norvégien se concluent par la reconnaissance de la souveraineté canadienne sur les îles Sverdrup.

À mesure qu’il étend son administration à travers le Nunavut, le gouvernement canadien s’efforce aussi de définir sa relation avec les Inuits. Bien que l’effondrement de la traite des fourrures dans les années 1930 ait poussé le gouvernement fédéral à venir en aide à certains groupes inuits, la politique officielle continue de promouvoir un mode de vie traditionnel et autonome pour les Inuits jusque dans les années 1950 afin d’économiser sur les coûts administratifs. En 1939, dans l’affaire Re Eskimo, la Cour suprême du Canada juge que, d’un point de vue constitutionnel, les Inuits doivent être considérés comme des Indiens au Canada et qu’ils sont donc sous la responsabilité juridique du gouvernement fédéral, qui n’a pourtant toujours pas de politique globale à leur égard. En 1951, le gouvernement modifie la Loi sur les Indiens pour en exclure les Inuits. Pendant ce temps, loin des événements qui se déroulent à Ottawa, la plupart d’entre eux continuent de vivre selon leurs traditions, mais la fréquence des rapports avec les gens du sud augmente lentement.

Deuxième Guerre mondiale

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’armée américaine élabore plusieurs projets de défense ambitieux pour ce qui est aujourd’hui le Nunavut, notamment la route Crimson, un itinéraire de rechange pour acheminer des avions et du matériel vers la Grande-Bretagne. Des bases aériennes sont construites, avec toutes les installations de soutien et l’infrastructure nécessaires. La route Crimson nécessite des installations à Churchill, au Manitoba, sur l’île Southampton dans la baie d’Hudson, à Fort Chimo (Kuujjuaq), à Iqaluit (alors Frobisher Bay pour les non-Inuits), sur l’île Padloping dans la baie Merchants du détroit de Davis, et en d’autres endroits du Nord. Cette forte présence militaire américaine a un impact durable sur les Inuits qui vivent à proximité. Pendant la guerre, le gouvernement canadien commence aussi à attribuer des médaillons numérotés aux Inuits pour les identifier et les localiser, les réduisant à des numéros pour des raisons de commodité administrative. Cette pratique n’est abandonnée qu’en 1971, lorsque les Inuits choisissent tous un nom de famille.

Le saviez-vous?
Le 27 janvier 2020, Parcs Canada a reconnu l’aînée inuite Qapik Attagutsiak comme étant une « héroïne de chez nous » en raison de son importante contribution à l’effort canadien lors de la Deuxième Guerre mondiale. Elle avait participé à la campagne nationale organisée pour recueillir des ossements, des graisses, des métaux et du caoutchouc destinés à la production de guerre. Vivant alors sur une île près d’Igloolik, à l’ouest de l’île de Baffin (Nunavut), elle ramassait des os de morse et de phoque qui servaient à fabriquer de la colle pour avions, des engrais et de la cordite, un type d’explosif utilisé dans les munitions. À l’âge de 99 ans, Qapik Attagutsiak a été honorée au Musée canadien de l’histoire, à Gatineau (Québec), par Nellie Kusugak, commissaire du Nunavut, et Jonathan Wilkinson, ministre de l’Environnement et du Changement climatique.

Réseau DEW

Carte du Réseau nord-américain d'alerte avancée (DEW), composé de 30 stations radars réparties entre le Groenland et l'Alaska.

Comme les relations se détériorent entre l’Union soviétique et les États-Unis après la Deuxième Guerre mondiale, il devient évident pour les planificateurs de la défense que l’Arctique constitue la ligne de front si un autre conflit mondial éclate. Dans les années qui suivent, des bases aériennes et des stations militaires sont construites dans tout le Nunavut, un gigantesque effort qui culmine en 1955 avec l’aménagement du Réseau d’alerte avancé DEW (de l’anglais Distant Early Warning, pour « détection lointaine avancée »), une chaîne de radars capable de détecter rapidement toute incursion de bombardiers soviétiques. La construction des stations radars fait converger vers l’Arctique canadien des centaines de navires, d’avions et de travailleurs, qui apportent des bâtiments, des tours d’acier, des bidons d’huile, de l’équipement électronique, de la peinture, du bois, des câbles et du matériel de construction de tout genre. Avec les autres activités de défense suscitées par la guerre froide, ce vaste projet change à jamais le visage du Nunavut et la vie des Inuits.

La construction militaire incite fortement les Inuits à s’installer dans des communautés permanentes. Attirés par les emplois qu’offre l’armée, beaucoup d’entre eux quittent la terre et s’installent autour des chantiers. S’ils sont nombreux à être affectés aux travaux d’entretien et aux travaux manuels, d’autres sont formés pour devenir mécaniciens, charpentiers, chauffeurs ou conducteurs d’engins lourds. Les travailleurs inuits continuent à chasser et à pêcher dès qu’ils en ont l’occasion, mais dans les familles, il devient courant de compléter le régime alimentaire par des rations obtenues auprès du personnel des stations radars. L’économie salariale ne tarde pas à miner l’organisation sociale traditionnelle des Inuits, à transformer leur vie familiale, leurs modèles parentaux (les hommes s’absentant des semaines durant) et les rôles respectifs des hommes et des femmes. Pour de nombreux Inuits, le réseau DEW entraîne un changement radical et marque le passage soudain de la vie nomade autonome à la vie sédentaire en communauté, et d’une économie basée sur les salaires. De nouveaux vêtements, de nouveaux logements, et de nouvelles technologies mènent tous à des changements rapides dans le style de vie, et ce, en très peu de temps.

La phase de construction du réseau DEW ne dure que quelques années, après quoi quelques Inuits trouvent des emplois à plein temps dans les stations, tandis que la plupart sont licenciés. Comme la traite des fourrures permet cependant encore de gagner de l’argent, un bon nombre d’entre eux continuent à exploiter leurs sentiers de piégeage. Mais pour la plupart, la traite ne peut remplacer un emploi à plein temps. Certains Inuits trouvent du travail auprès de divers organismes gouvernementaux établis dans le Nord, d’autres sont réduits à vivre d’emplois occasionnels et d’aide sociale. Les emplois se font rares et, dans les décennies à venir, le chômage devient un grave problème dans chaque communauté.

Paternalisme et État-providence

Dans les années 1950 et 1960, le gouvernement canadien cherche à étendre son emprise administrative dans le Nord et intervient de plus en plus dans la vie quotidienne des Inuits. Ottawa abandonne son ancienne politique qui veut que « les Indigènes restent indigènes  » et devient beaucoup plus paternaliste dans son approche, ce qui a souvent des conséquences désastreuses. Dans les années 1950, Ottawa déplace de force les Inuits d’Inukjuak, dans le nord du Québec, à Grise Fjord et à Resolute, prétendument pour leur offrir de meilleures terres de chasse et une plus grande prospérité. De nombreux Inuits et historiens diront plus tard que le gouvernement voulait en fait établir une présence humaine permanente dans l’Extrême-Arctique afin de renforcer la souveraineté du Canada dans la région. Durant la construction du réseau DEW, le gouvernement fédéral commence à affecter des Agents des services du Nord pour administrer les nouvelles communautés qui se forment au Nunavut. De plus, le gouvernement met en œuvre des programmes de sécurité sociale en matière de logement, d’éducation, de santé et de développement économique. Cependant, pour recevoir une éducation, de nombreux jeunes inuits doivent fréquenter des pensionnats indiens et des foyers fédéraux loin de leurs communautés, où ils subissent des abus émotionnels, physiques et sexuels, ainsi que des pratiques d’assimilation qui attaquent leur langue, leur culture et leurs croyances.

Le logement reste le problème le plus pressant pour les communautés en pleine expansion. La capacité d’accueil des logements adéquats est vite dépassée par l’afflux des nouveaux arrivants dans les communautés, et les Inuits qui sont au chômage ou qui n’ont accès qu’à des emplois occasionnels ne peuvent pas s’offrir une maison. La surpopulation devient un problème majeur. Après que des rapports sur les conditions de vie déplorables soient arrivés à Ottawa, un programme de logement, administré par le gouvernement, est lancé pour envoyer des maisons préfabriquées aux communautés, au début des années 1960. À mesure que les communautés se développent, les méthodes de subsistance traditionnelle s’avèrent de plus en plus difficiles à perpétuer, compte tenu des longs trajets à parcourir pour accéder aux ressources disponibles, et la nécessité de s’impliquer dans l’économie basée sur un travail salarié.

Le gouvernement canadien lance ses politiques nordiques sans consulter les Inuits. L’approche paternaliste d’Ottawa est soulignée en 1952 lors d’une réunion du Comité des affaires esquimaudes, où un haut fonctionnaire déclare que « la seule raison pour laquelle les Esquimaux n’ont pas été invités à la réunion est que (…) il était estimé que peu d’entre eux, voire aucun, n’avaient encore atteint le stade où ils pourraient prendre une part responsable dans une telle discussion ». Un conseil territorial administre, à partir d’Ottawa, l’ensemble des Territoires du Nord-Ouest, qui s’étendent alors sur un tiers du territoire canadien. Peu à peu, cependant, les Inuits deviennent plus impliqués sur le plan politique. Ils s’impliquent dans le gouvernement local, et dans les organisations administratives comme les conseils de ville et de village et les régies du logement. En 1950, ils acquièrent le droit de vote aux élections fédérales, et en 1966, Simonie Michael devient le premier Inuit élu au Conseil des Territoires du Nord-Ouest. D’autres changements surviennent en 1967 lorsque le gouvernement territorial déménage d’Ottawa à Yellowknife, mais ce nouveau siège reste tout de même très éloigné pour les Inuits de l’est de l’Arctique.

Création du Nunavut

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, des Inuits de l’Arctique canadien commencent à s’organiser pour discuter de revendications territoriales et de meilleurs modes de gouvernance. En 1971, l’Inuit Tapirisat du Canada est formé et s’implique fortement dans la préparation de la première proposition de revendications territoriales des Inuits en 1976. Cette proposition prévoit une revendication territoriale et la création d’un nouveau territoire, administré par un nouveau gouvernement. Sur ce territoire, les Inuits exerceraient un contrôle politique de par leur nombre et leur droit de vote. La proposition est rapidement retirée cependant, en raison de sa complexité, du manque de contribution de la communauté, et de la crainte que la proposition ait été trop influencée par les conseillers du sud. D’abord, la Commission des revendications territoriales des Inuits des Territoires du Nord‑Ouest (1977), puis le projet de revendications territoriales du Nunavut (1979), et enfin la Fédération Tunngavik du Nunavut (1982) sont formés tour à tour pour s’occuper des négociations territoriales. Lors de ces négociations, les Inuits s’opposent constamment au gouvernement fédéral sur la question de la division politique des Territoires du Nord-Ouest, ce qui mène à la création d’un nouveau territoire. Ce n’est qu’après des années de débats que l’idée du Nunavut est acceptée par le gouvernement fédéral, mais ce dernier persiste à vouloir en négocier la création indépendamment des revendications territoriales.

Peter Ittinuar, premier représentant élu du district de Nunatsiaq, au Centre des sciences de l'Ontario, le 13 octobre 1978.

L’idée d’un Nunavut séparé se développe progressivement. En 1979, les Territoires du Nord-Ouest sont divisés en deux circonscriptions fédérales avec la création de celle de Nunatsiaq à l’est, qui correspond à ce qui sera plus tard le Nunavut. Le premier député élu dans cette circonscription, Peter Ittinuar, est aussi le premier Inuit à siéger à la Chambre des communes. Au référendum de 1982, 56 % des électeurs se prononcent en faveur de la division des Territoires du Nord‑Oouest. Dans l’est de l’Arctique, où la population inuite est la plus élevée, le pourcentage en faveur de la division atteint 80 %. L’Assemblée constitutionnelle du Nunavut est créée pour planifier la division. Bien que la ligne de démarcation entre le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest fait l’objet d’intenses débats, la frontière proposée est acceptée lors d’un nouveau référendum en 1992.

Les revendications territoriales aboutissent enfin à une entente de principe en 1990. Un document intitulé Accord sur les revendications territoriales du Nunavut (ARTN) est signé en septembre 1992 par la Fédération Tunngavik et les négociateurs fédéraux. Le référendum tenu dès le mois suivant mobilise un nombre record d’électeurs, qui approuvent l’Accord par une majorité écrasante de 84,7 %. La Loi concernant l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, le règlement de revendications territoriales autochtones le plus conséquent de l’histoire du Canada, qui ratifie l’Accord, et la Loi sur le Nunavut, qui crée le nouveau territoire, sont adoptés ensemble le 10 juin 1993 (la Loi concernant l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut entre en vigueur le 9 juillet suivant). L’ARTN accorde aux Inuits le droit de chasser, de pêcher et de faire du piégeage dans tout le territoire. Il répartit les terres du Nunavut en trois catégories : 1) les « terres de la Couronne », des terres publiques où les Inuits ont aussi un droit de participation à la gestion; 2) 318 084 km2 de terres où ils détiennent des droits fonciers sur la surface du sol, mais pas sur ce qui se trouve en dessous; 3) 37 883 km2 de terres où ils détiennent des droits fonciers sur la surface et le souterrain. Les Inuits prennent part au choix des terres de chaque catégorie. Afin de les dédommager pour les terres publiques sur lesquelles ils n’exercent aucun droit foncier, le gouvernement fédéral convient de payer la somme de 1,17 milliard de dollars sur 14 ans à des organisations inuites reconnues.

Après la ratification des deux lois en 1993, c’est leur mise en œuvre qui retient l’attention. Elle est dirigée par le commissaire en chef John Amagoalik, tandis que le processus de règlement des revendications territoriales est confié à Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI). Au cours des années qui suivent, ces groupes créent de nouveaux ministères et forment des employés. Le 15 février 1999, les premières élections ont lieu au Nunavut afin d’élire ses premiers membres de l’Assemblée législative. Après les élections, l’Assemblée choisit Paul Okalik comme premier ministre du territoire tandis le gouvernement fédéral choisit Helen Maksagak comme première commissaire du Nunavut. Le 1er avril 1999, le Nunavut se sépare officiellement des Territoires du Nord-Ouest pour devenir le plus jeune territoire canadien.

Le saviez-vous ?
Le jour du Nunavut est célébré chaque année le 9 juillet, même si le Nunavut est officiellement devenu un territoire le 1er avril 1999. On a choisi cette date du 9 juillet parce qu’elle commémore l’adoption de la Loi concernant l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut (1993), un accord historique entre les habitants du Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest et le gouvernement fédéral qui a ouvert la voie à la création du nouveau territoire en 1999.

Démographie

Le Nunavut est le moins peuplé des territoires et des provinces du Canada jusqu’en 2016, un titre qu’il cède alors au Yukon. Actuellement, le territoire connaît la plus forte croissance démographique du pays, rapportant une augmentation de 12,7 % entre les recensements de 2011 et de 2016 (sa population est passée de 31 906 à 35 944 habitants). La majeure partie de cette augmentation de population est attribuable au fait que le Nunavut a le taux de fécondité le plus élevé au Canada, soit une moyenne de 2,9 enfants par femme, ce qui est également bien au-delà de la moyenne nationale de 1,5. Cette croissance rapide vaut au Nunavut une autre distinction importante : il a la plus jeune population au pays, avec environ 30 % des Nunavummiut ayant moins de 14 ans en 2016.

Langue et ethnicité

On trouve quatre langues officielles au Nunavut : l’inuktitut, l’inuinnaqtun (un dialecte de l’inuktitut parlé dans le Kitikmeot), l’anglais et le français. L’inuktitut ou l’inuinnaqtun est la langue maternelle de 65,1 % des Nunavummiut. L’anglais est parlé dans l’ensemble du territoire, mais Iqaluit abrite aussi une importante communauté francophone. Le Nunavut a adopté la Loi sur la protection de la langue inuite, la seule à ce jour au Canada qui vise à protéger et à revitaliser une langue autochtone, et qui s’assure que le gouvernement du Nunavut prenne des mesures positives pour faire progresser la langue inuite au sein du gouvernement, de l’éducation et des autres services publics.

Selon le recensement de 2016, près de 84 % des résidents du Nunavut sont d’origine inuite. Après les Inuits, les deux origines ethniques mentionnées le plus souvent sont les Écossais et les Irlandais, à 9,2 % et 4,9 % de la population, respectivement.

Religion

En 2001, dernière année où on a recueilli des statistiques à ce sujet, plus de 93 % des Nunavummiut se déclaraient chrétiens.

Collectivités

Liste des 10 plus grandes collectivités du Nunavut

Nom

Population

Iqaluit

7 740

Rankin Inlet

2 842

Arviat

2 657

Baker Lake

2 069

Cambridge Bay

1 766

Igloolik

1 682

Pond Inlet

1 617

Kugluktuk

1 491

Pangnirtung

1 481

Cape Dorset

1 441

Source : Statistique Canada, recensement de 2016

Le Nunavut compte 35 944 habitants répartis dans 25 communautés, dont la taille varie entre quelques centaines d’habitants et 7 740 à Iqaluit, la capitale du territoire. La plupart de ces communautés sont isolées géographiquement et ne sont accessibles que par voie aérienne ou maritime.

Le territoire est divisé en trois régions administratives : le Qikiqtaaluk, le Kivalliq et le Kitikmeot. La région du Qikiqtaaluk est la plus peuplée des trois, et elle s’étend sur les régions les plus au nord, à l’est et au sud du Nunavut. On y compte 13 communautés : Iqaluit, Cape Dorset, Hall Beach, Igloolik, Arctic Bay, Resolute, Pond Inlet, Grise Fiord, Clyde River, Pangnirtung, Sanikiluaq, Qikiqtarjuaq et Kimmirut. La région du Kivalliq comprend toutes les terres continentales situées à l’ouest de la baie d’Hudson, ainsi que l’île Southampton et l’île Coats. On y trouve sept communautés : Rankin Inlet, Chesterfield Inlet, Baker Lake, Coral Harbour, Whale Cove, Naujaat (Repulse Bay) et Arviat. La région du Kitikmeot couvre les parties sud et est de l’île Victoria, l’île du Roi-Guillaume, la partie sud de l’île Prince-de-Galles et la partie continentale adjacente jusqu’à la presqu’île de Boothia. On y compte sept communautés : Cambridge Bay, Kugluktuk, Taloyoak, Gjoa Haven, Kugaaruk, Umingmaktuuq et Bathurst Inlet (ces deux dernières ne sont habitées qu’occasionnellement).

Bien que la santé, l’éducation et l’emploi se soient améliorés en de nombreux endroits, les habitants restent aux prises avec des difficultés qui affectent gravement leur niveau de vie : prix élevé de la nourriture et d’autres produits de base, pénurie et surpeuplement des logements, coûts de construction élevés, problèmes de prestation des services essentiels, manque de personnel soignant dans les petites communautés, accès Internet inadéquat, et croissance économique lente.

Économie

Les emplois salariés au Nunavut sont depuis toujours concentrés dans l’extraction des ressources. Après le déclin de l’industrie baleinière à la fin du 19e siècle et la disparition de la traite des fourrures dans les années 1930, il ne se fait que peu de développement économique au Nunavut. Les décennies qui suivent la Deuxième Guerre mondiale voient déferler une vague de prospection minière et pétrolière. Le gouvernement canadien et plusieurs entreprises privées explorent les ressources naturelles de la région en ne consultant que très peu les Inuits qui y vivent. Avec l’expansion des communautés dans les années 1960, le gouvernement contribue à mettre sur pied des coopératives (comme la coopérative de pêche de Cambridge Bay) afin de créer des emplois pour les Inuits. Depuis lors, l’économie s’élargit et comprend aujourd’hui des pêches commerciales côtières et hauturières, l’exploitation de ressources renouvelables, l’art et l’artisanat, le tourisme et un secteur des services en plein essor. En général, les Inuits accueillent favorablement le développement, pourvu qu’il respecte la terre et offre des débouchés économiques.

Plusieurs organismes de développement ont pour mandat de saisir les occasions économiques pour le compte des Nunavummiut. Au niveau territorial, la Société de développement du Nunavut est un organisme public chargé de créer des emplois et de promouvoir la diversité et la stabilité économiques pour tous. Atuqtuarvik Corporation, le Groupe d’investissement NCC Inc. et Nunasi Corporation sont des sociétés d’investissement inuites qui ont été créées pour veiller aux intérêts de tous les bénéficiaires de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. Trois sociétés régionales, Qikiqtaaluk Corporation, Sakku Investments Corporation et Kitikmeot Corporation, encouragent aussi le développement dans leur région respective.

Pétrole et gaz naturel

L’essor de l’économie mondiale d’après-guerre, alimenté par l’abondance de pétrole à bon marché, a un effet spectaculaire sur le Nunavut. Dans les années 1950 et 1960, l’exploration pétrolière se répand dans l’archipel Arctique et des puits d’essai sont forés sur plusieurs îles, notamment Cornwallis, Bathurst, King Christian et Melville. Les efforts s’intensifient avec la crise pétrolière des années 1970.

L’île Cameron est le seul endroit du Nunavut où est pratiquée la production commerciale de pétrole. De 1985 à 1996, Suncor utilise le pétrolier MV Arctic pour transporter de Bent Horn, dans le sud-ouest de l’île jusqu’à Montréal, les 2,8 millions de barils de pétrole léger qu’elle a tirés du gisement avant de l’abandonner.

La prospection pétrolière et gazière se poursuit au Nunavut. En 2016, craignant que cela cause du tort à la vie marine, les gens de Clyde River portent devant la Cour suprême la décision de l’Office national de l’énergie d’autoriser des essais sismiques dans la baie de Baffin et le détroit de Davis afin de déceler des gisements extracôtiers. En décembre 2016, le gouvernement fédéral décrète l’interdiction de tout forage pétrolier et gazier dans les eaux de l’Arctique, une décision qui doit être revue tous les cinq ans.

Énergie

Parmi les provinces et les territoires du Canada, le Nunavut est le seul à compter exclusivement sur l’importation de combustibles fossiles pour combler ses besoins d’énergie. Toute l’électricité du Nunavut est fournie par la Société d’énergie Qulliq (SEQ), une société territoriale appartenant au gouvernement du Nunavut, qui la produit en brûlant du diesel dans 26 centrales autonomes, soit une dans chacune des 25 communautés, et deux à Iqaluit. Le Nunavut dépend entièrement de l’importation de millions de litres de produits pétroliers pour répondre aux besoins quotidiens de ses habitants.

Mines

La mise en valeur des ressources minérales au Nunavut a toujours été difficile en raison des conditions extrêmes et du manque d’infrastructure. Pourtant, plusieurs mines lucratives sont ouvertes sur le territoire au cours des dernières décennies. Les anciennes exploitations minières du Nunavut sont : la mine Lupin, près du lac Contwoyto (or, plomb et zinc), la mine Nanisivik, sur l’île de Baffin (plomb et zinc), la mine de Rankin Inlet (nickel, cuivre et platine) et la mine de diamants Jericho, à 420 km au nord-est de Yellowknife. Il y a actuellement trois grandes exploitations minières au Nunavut. Meadowbank, d’Agnico-Eagle, et Hope Bay, de TMAC Resources, sont deux mines d’or situées respectivement dans le Kivalliq et le Kitikmeot. La mine de Mary River, exploitée par Baffinland Iron Mines, fournit un minerai de fer de si haute qualité qu’il est envoyé sur le marché sans traitement préalable.

La prospection se poursuit dans tout le territoire, en particulier dans la ceinture de roches vertes du Kitikmeot, une vaste région géologique qui compte un grand nombre de gisements. Les exploitations minières soulèvent souvent des préoccupations environnementales, comme la perte d’habitats pour le caribou et d’autres animaux. Elles ont également le potentiel de fournir des centaines d’emplois aux Inuits et des redevances d’exploitation au gouvernement territorial.

Chasse traditionnelle

La chasse occupe toujours une place importante dans l’économie du Nunavut. La capture des animaux fournit non seulement des aliments traditionnels pour enrichir le régime alimentaire, mais aussi de la fourrure, des peaux et des os pour la confection de vêtements, de jeux et d’objets d’art.

Pêches

L’omble, la crevette et le turbot font l’objet de pêches commerciales établies. La pêche du turbot en particulier emploie beaucoup de gens dans la région de Baffin. D’après les études menées sur les stocks de poissons commerciaux, le Nunavut prévoit que le secteur de la pêche sera un important secteur de son économie.

Tourisme

Le tourisme au Nunavut a tendance à se concentrer sur les activités de plein air et la beauté naturelle du territoire, ainsi que sur la culture inuite. La gamme d’activités touristiques comprend l’écotourisme (en particulier l’observation de la faune), l’exploration des parcs territoriaux et nationaux, la chasse sportive, la pêche, et les activités culturelles, éducatives et d’aventure. Le nombre de navires de croisière visitant les eaux du Nunavut augmente depuis quelques années, en grande partie en raison de la réduction de la couche de glace et d’une saison de navigation plus longue.

Arts et artisanat inuits

La production d’objets d’art inuit occupe une place importante dans l’économie. Dans l’ensemble des communautés du Nunavut, le secteur des arts crée près de 1 100 emplois à temps plein, et des possibilités supplémentaires pour quelque 2 000 Nunavummiut qui vendent leurs œuvres de porte en porte. Bien que le Nunavut soit réputé pour ses sculptures en pierre, en os et en ivoire, ainsi que pour la sérigraphie pratiquée en de nombreux endroits, les artistes du territoire produisent également des objets tissés, des vêtements, des bijoux, des objets en métal et des dessins de grandes dimensions. Le secteur se diversifie par ailleurs d’année en année. Par exemple, à Kugluktuk, les résidents produisent une laine de très haute qualité, le qiviut, tirée du bœuf musqué et destinée à l’exportation.

Population active

En 2016, le taux de chômage au Nunavut était de 14,9 %, soit le plus élevé au pays. Le plus important employeur est le gouvernement du Nunavut. L’un des objectifs de l’Accord sur les revendications territoriales est d’augmenter les emplois pour les Inuits au sein du gouvernement à un « niveau représentatif », ce qui signifie que la proportion d’employés du gouvernement inuit reflète la proportion de résidents inuits sur le territoire. En 2018, cependant, les Inuits représentaient près de 85 % de la population, mais seulement 50 % des employés de l’État. De nouveaux emplois sont créés dans les secteurs de la construction, des mines, de la prospection minière, des pêches et du tourisme.

Gouvernement territorial

Édifice de l'assemblée législative du Nunavut, à Iqaluit

L’Assemblée législative unicamérale du Nunavut compte actuellement 22 sièges. Il n’existe pas de parti politique au niveau territorial et les candidats se présentent à titre personnel. Après les élections générales, les membres de l’Assemblée (les députés) prennent part à un scrutin secret, le Nunavut Leadership Forum, pour élire le président de l’Assemblée, le premier ministre et le Cabinet, la branche exécutive du territoire. Le premier à occuper le poste de premier ministre a été Paul Okalik, de 1999 à 2008, suivi d’Eva Aariak, de 2008 à 2013, puis de Peter Taptuna, de 2013 à 2017. Paul Quassa a occupé le poste pendant moins d’un an, de 2017 à 2018, avant de perdre un vote de censure. Il a été remplacé par Joe Savikataaq en juin 2018. (Voir aussi Tableau : Premiers ministres du Nunavut.)

Le Nunavut a un système de gouvernement consensuel, qui combine les principes de la démocratie parlementaire et les valeurs inuites de coopération, d’égalitarisme et de prise de décisions communautaire, ce qui est différent du système de partis politiques qui existe partout ailleurs au Canada, à l’exception des Territoires du Nord-Ouest. L’Assemblée n’a pas besoin de l’unanimité pour prendre ses décisions, bien qu’elle l’obtienne souvent. Les ministres sont censés voter dans le même sens que le Cabinet, mais les simples députés votent selon leurs propres opinions.

Le Nunavut a aussi un commissaire, nommé par le gouvernement canadien. Son rôle est symbolique, un peu comme celui du lieutenant-gouverneur dans une province. Le commissaire fait prêter serment aux membres de l’Assemblée législative et du Conseil exécutif, ouvre les sessions de l’Assemblée, sanctionne les projets de loi et agit généralement comme chef d’État symbolique du territoire. Helen Mamayaok Maksagak a été la première à occuper ce poste, suivie de Peter Taqtu Irniq, d’Ann Meekitjuk Hanson, d’Edna Ekhivalak Elias, de Nellie Taptaqut Kusugak et, depuis 2021, Eva Qamaniq Aariak[t1] .

À présent, le Nunavut est en plein processus de dévolution, une série de pourparlers entre Ottawa, le gouvernement du Nunavut et Nunavut Tunngavik Incorporated qui doivent se conclure par le transfert des terres et des ressources publiques de la Couronne au gouvernement du Nunavut. La dévolution permettra aux Nunavummiut de s’exprimer davantage sur les problèmes qui les touchent et de prendre des décisions quant à la façon dont ces terres et ces ressources seront utilisées. Pour eux, c’est la clé de l’autosuffisance économique et de ce qu’ils appellent Avatittinnik Kamatsiarniq, c’est‑à‑dire la bonne intendance de l’environnement. (Voir aussi Gouvernements territoriaux au Canada.)

Administration locale

L’un des principaux objectifs du Nunavut a toujours été de décentraliser la gouvernance exercée à partir d’Iqaluit, la capitale du territoire. Les régions du Kitikmeot, du Kivalliq et du Qikiqtaaluk (aussi appelé Qikiqtani) n’ont pas de gouvernement autonome, mais chacune a son association inuite régionale qui sert de base à l’administration locale : elle gère les terres inuites pour le compte des bénéficiaires inuits, s’investit dans la protection, l’administration et la promotion des droits et des avantages inuits et cultive le bien-être économique, social, politique et culturel de sa région.

Magistrature

Le Nunavut est unique au Canada en ce sens qu’il dispose d’un tribunal unifié, ou à palier unique, la Cour de justice du Nunavut. Contrairement aux autres provinces et territoires qui ont des tribunaux provinciaux inférieurs et supérieurs distincts, les juges nommés par le gouvernement fédéral entendent toutes les causes de première instance et d’instance supérieure. En plus de présider des audiences à Iqaluit, ils visitent les communautés du Nunavut en fonction des besoins de chacune, une fois toutes les six semaines pour certaines, et moins d’une fois tous les deux ans pour d’autres. Ce tribunal itinérant comprend un juge, un greffier, un sténographe, un procureur et au moins un avocat de la défense, et il tient ses audiences à la salle communautaire, au gymnase de l’école ou dans tout autre local disponible. Il arrive souvent que des aînés siègent avec les juges dans la salle d’audience.

Soins de santé

Le Nunavut compte actuellement un hôpital, l’Hôpital général Qikiqtani, à Iqaluit, et deux grands dispensaires dans les centres régionaux de Rankin Inlet et de Cambridge Bay, qui sont desservis par des médecins. Les autres communautés peuvent compter sur les services d’infirmières communautaires et les visites annuelles de médecins. Ces centres sont administrés par le ministère de la Santé du Nunavut. Pour recevoir des soins spécialisés ou avancés, les Nunavummiut doivent souvent se rendre dans des établissements de soins tertiaires situés à Yellowknife, Edmonton, Winnipeg ou Ottawa. Le gouvernement du Nunavut offre aussi de nombreux services de santé publique et mène des campagnes de promotion de la santé : services auxiliaires de santé maternelle et infantile, cliniques de vaccination, suivi des maladies chroniques, santé sexuelle, lutte contre le tabagisme, hygiène dentaire, nutrition et sécurité alimentaire. Partout au Nunavut, les médecines et les techniques de guérison traditionnelles continuent de jouer un rôle vital dans la santé des Nunavummiut.

Les Nunavummiut font face à de nombreux problèmes de santé, souvent causés par des logements surpeuplés et mal aérés et par l’accès limité à des soins médicaux. Plus de 60 % des Nunavummiut fument, ce qui entraîne des taux élevés de cancer des poumons et de maladies respiratoires. Le Nunavut présente aussi des taux élevés de diabète, d’obésité, de maladies transmises sexuellement, de tuberculose et de suicide, ainsi que le plus haut taux de mortalité infantile au pays. En raison du prix élevé de la nourriture, les deux tiers des enfants inuits d’âge préscolaire vivent dans des foyers qui sont en situation d’insécurité alimentaire.

Éducation

Depuis les années 1970, les Inuits prennent de plus en plus le contrôle de l’éducation au Nunavut. Dans les années 1980, trois commissions scolaires inuites se partagent la responsabilité du recrutement, des politiques et des programmes en Arctique de l’Est. À la suite de la création du Nunavut, le ministère de l’Éducation dissout ces commissions et les remplace par des bureaux régionaux, mais il continue d’appliquer la loi héritée des Territoires du Nord-Ouest. En 2008, le Nunavut adopte sa propre loi sur l’éducation qui exige que l’enseignement soit offert en deux langues à tous les élèves avant 2020 (une langue inuite, et soit le français ou l’anglais), que la culture inuite soit incorporée dans tous les aspects du système d’éducation (notamment la consultation de la communauté et des aînés) et qu’on accorde un soutien supplémentaire pour faire en sorte que les élèves restent impliqués dans le processus scolaire.

Les progrès vers ces objectifs sont lents et le ministère de l’Éducation est abondamment critiqué pour le manque d’efficacité du système, plusieurs voix s’élevant en faveur d’une plus grande influence inuite, d’une meilleure adaptation aux besoins particuliers des élèves, et d’un contrôle accru au niveau local. En 2015, le Nunavut compte dans sa population en âge de travailler le plus faible pourcentage de diplômés du secondaire au Canada, malgré des dépenses plus élevées en éducation, toutes proportions gardées. À peine plus de la moitié, soit 54 %, de la population âgée de 25 à 64 ans ont terminé l’école secondaire.

Fort du succès des initiatives d’éducation des adultes lancées dans un grand nombre de communautés du Nord dans les années 1960 et 1970, le Collège de l’Arctique voit le jour en 1984, avec des campus à Fort Smith et à Iqaluit. En 1986, la Loi sur le Collège de l’Arctique lui confère le mandat d’offrir l’enseignement postsecondaire et l’éducation des adultes dans tous les Territoires du Nord-Ouest. Créé en 1995 en prévision du partage des Territoires du Nord‑Ouest, le Nunavut Arctic College est aujourd’hui le seul établissement d’études postsecondaires du territoire, avec une gamme de programmes menant à des grades, à des diplômes et à des certificats dans un large éventail de domaines : langue et culture, affaires, beaux-arts, technologies environnementales, services à la personne, métiers d’apprentissage et éducation de base des adultes. Les deux programmes menant à des grades universitaires, formation des enseignants et sciences infirmières, sont offerts en partenariat avec l’Université de Regina et l’Université Dalhousie, respectivement. Le Collège compte cinq campus : le campus Nunatta à Clyde River, le campus scientifique de l’Institut de recherches du Nunavut à Iqaluit, le campus du Kivalliq et le Centre de formation professionnelle du Nunavut à Rankin Inlet, et le campus du Kitikmeot à Cambridge Bay. Les 25 communautés du Nunavut ont aussi leurs centres communautaires d’apprentissage, qui dispensent des cours d’éducation des adultes.

Transports

L’infrastructure des transports au Nunavut date en grande partie des années 1970, bien que certaines parties du système remontent aux années 1940 et 1950. Il n’y a pas de routes reliant le Nunavut au reste du Canada, ni reliant les communautés entre elles. Il y en a à l’intérieur et autour des communautés, mais le réseau est restreint. Le Programme de routes d’accès aux collectivités étend progressivement le réseau vers les lieux de chasse et de pêche et les emplacements récréatifs et culturels.

Un grand nombre de produits de première nécessité arrivent au Nunavut par avion ou par bateau. Le réseau aéroportuaire s’articule autour des centres régionaux d’Iqaluit, de Rankin Inlet et de Cambridge Bay, qui peuvent accueillir des avions à réaction. De là, des appareils plus petits transportent des personnes et des marchandises, dont le courrier et les aliments frais, vers les autres communautés. Durant le court été, de grands navires et des barges acheminent les matériaux de construction, les véhicules, le carburant et les produits non périssables. Au cours des dernières années, la circulation maritime s’est accrue en raison notamment de l’essor du tourisme de croisière dans l’Arctique.

Depuis la création du Nunavut, les discussions visant à améliorer le réseau de transport portent surtout sur l’aménagement de ports pour petits bateaux, de ports en eaux profondes et de liens routiers vers le reste du Canada, notamment entre le Kivalliq et le Manitoba, et entre Yellowknife et d’éventuels sites miniers autour de l’inlet Bathurst.

Arts et culture

La vie des Inuits a beaucoup changé au cours du 20e siècle, mais les traditions et les coutumes restent bien ancrées chez les Nunavummiut. L’Inuit Qaujimajatuqangit, un terme qui désigne les connaissances traditionnelles transmises par la tradition orale, la mythologie, la musique et la danse, demeure un aspect essentiel de la vie culturelle au Nunavut. Les Inuits continuent de considérer la terre et la mer comme faisant partie intégrante de leur identité culturelle et de la santé de la communauté. Ainsi, le fait de parcourir le territoire, d’aller sur la terre, de récolter ses ressources, et de partager cette abondance avec la famille et la communauté demeurent également des éléments importants de la vie culturelle des Nunavummiut.

Des instituts culturels et des sociétés de protection du patrimoine ont été établis dans la plupart des communautés et s’emploient activement à enregistrer les connaissances des aînés, à préserver les dialectes, à enseigner les techniques et la culture traditionnelles et à promouvoir les valeurs sociétales des Inuits. De nombreuses communautés ont aussi aménagé des musées ou des expositions qui racontent leur histoire et leur culture.

L’art est florissant dans plusieurs communautés du Nunavut et il a une longue histoire dans la région. Parmi les artistes graphistes les plus connus, on peut citer Luke Anguhadluq (1895-1982), Jessie Oonark (1906-1985), Pudlo Pudlat (1916-1992), Andrew Qappik (1964 — ) et Annie Pootoogook (1969-2016). Chez les graveurs se distinguent particulièrement Pitseolak Ashoona (1916-1992), Kenojuak Ashevak (1927-2013) et Kananginak Pootoogook (1935-2010). Les sculpteurs Simeonie Amagoalik (1933-2011) et Looty Pijamini (1953 — ) sont connus pour leurs œuvres qui rappellent le sort des Inuits déplacés de force vers l’Extrême-Arctique par le gouvernement fédéral.

Parallèlement aux métiers d’art traditionnels comme la sculpture et la gravure, les artistes du Nunavut font aussi leur marque en musique, en cinéma et en radiodiffusion. Le succès international de films tels que Ce qu’il faut pour vivre (réalisé par Benoît Pilon et mettant en vedette l’acteur inuit Natar Ungalaaq) et Atanarjuat : la légende de l’homme rapide (réalisé par Zacharias Kunuk avec les acteurs inuits Ungalaaq, Sylvia Ivalu et Peter-Henry Arnatsiaq) a attiré l’attention sur le cinéma naissant du Nunavut. Le chant guttural, le tambour traditionnel et d’autres performances musicales autochtones continuent par ailleurs de séduire des auditoires dans le monde entier. Susan Aglukark, qui a grandi à Arviat, a gagné trois prix Juno pour sa musique qui marie le country et le pop. En 2014, l’interprète de chant guttural Tanya Tagaq a remporté le prix de musique Polaris pour son album Animism, qui renouvelle le genre.

Sports

Les Nunavummiut pratiquent de nombreux sports occidentaux comme le soccer, le hockey, le baseball et le basketball, mais ils s’adonnent aussi aux jeux inuits traditionnels tels que le coup de pied simple et le coup de pied double, le saut à genou et le bras de fer. Les Jeux d’hiver de l’Arctique, tenus tous les deux ans depuis 1970, présentent différents jeux traditionnels et non traditionnels et voient défiler des athlètes venus de tout le monde circumpolaire.


Nunavut

Capitale

Iqaluit

Langues Officielles

Anglais

Français

Inuinnaqtun

Inuktitut

Adhésion à la Confédération

1999

Commissaire

Eva Qamaniq Aariak

Premier ministre

Joe Savikataaq

Rang démographie

12

Population

35 944 (2016)

Rand géographie

1

Superficie

2 093 190 km2

Terre

1 936 113 km2

Eau

157 077 km2

Rang PNB

13

PNB

$1,96 milliard (2015)

Fuseau horaire

L’Est

Centre

Rocheuses