Canadiens d'origine finnoise

Entre 1835 et 1865, plusieurs centaines d’immigrants de Finlande s’établissent en Alaska (qui fait alors partie de la Russie). Un grand nombre d’entre eux descendent la côte jusqu’en Colombie-Britannique (voir Sointula). Quelques-uns des premiers immigrants finnois d’Ontario travaillent à la construction du premier canal Welland, terminé en 1829. Le recensement de 2016 dénombre 143 640 habitants d’origine finlandaise au Canada (25 875 réponses uniques et 117 765 réponses multiples).



Des Finlandais à l'exterieur de leur coopérative cantine à Rouyn au Quebec en 1926
Des Finlandais à l'exterieur de leur coopérative cantine à Rouyn au Quebec en 1926

Origines

La Finlande fait partie de la Suède jusqu’en 1808, alors qu’elle est cédée à la Russie. En décembre 1917, son Parlement déclare l’indépendance. Il s’ensuit une violente guerre civile en 1918, à l’issue de laquelle la Garde blanche, conservatrice, l’emporte sur les travailleurs de la Garde rouge. Un grand nombre de Finlandais s’établissent en Amérique du Nord avant la Première Guerre mondiale et le mouvement se poursuit pendant la première décennie suivant l’indépendance finlandaise, principalement pour des raisons économiques. Une importante explosion démographique dans les régions rurales survient en même temps qu’une pénurie de terres arables, contraignant de nombreux habitants à s’installer ailleurs. La migration outre-mer se fait surtout à partir des provinces de Vaasa, Oulu et Turku-Pori au sud-est de la Finlande, et plus tard d’Helsinki. Parmi les autres facteurs à l’origine de cette émigration, on compte la liberté religieuse et le désir d’échapper au service militaire obligatoire de l’armée russe.

Migration et peuplement

Les premiers immigrants finlandais d’Amérique du Nord font partie d’un groupe de colons qui fondent, entre 1641 et 1655, la colonie de la Nouvelle-Suède sur les rives du Delaware. Peu nombreux, ils ont tôt fait de s’assimiler aux autres colons américains. Jusqu’en 1914, la plupart des émigrants finnois s’installent aux États-Unis, encore qu’une minorité appréciable arrive directement au Canada. D’autres passent par les États-Unis avant de s’établir au Canada, aux époques où son économie est florissante. Après que les États-Unis eurent fixé des quotas d’immigration dans les années 1920, le Canada devient la principale destination des Finlandais. Des groupes de gens dépourvus de terre, sans espoir économique dans leur pays, forment la majeure partie de ces immigrés.

De 1950 à 1960, là encore des Finnois immigrent en grand nombre (20 000) au Canada. Ils sont en quête de conditions économiques meilleures que celles offertes par la Finlande d’après-guerre. Provenant généralement de milieu urbain, ils sont mieux formés et mieux éduqués et davantage enclins à s’établir dans les régions urbaines que les immigrants d’avant 1930. Depuis 1960, avec la relance de l’économie finnoise, peu de Finlandais ont immigré au Canada.

L’Ontario et la Colombie-Britannique ont traditionnellement attiré les plus grands groupes d’immigrants finnois. En Ontario, les Finnois s’établissent comme défricheurs à Thunder Bay, à Sault Ste. Marie, à Sudbury, à Kirkland Lake et à Timmins, en Ontario. Avant la Première Guerre mondiale, un petit nombre s’établit à Toronto, mais leur population augmente après la Deuxième Guerre mondiale. Dans les années 1950, Windsor, Hamilton et St. Catharines comptent chacune une petite communauté finnoise. Il existe à Montréal, au Québec, une communauté finnoise active depuis les années 1920, mais très peu d’immigrants d’origine finlandaise se sont établis ailleurs dans la province. Quelques petites communautés rurales se sont établies en Alberta et en Saskatchewan.

Vie économique

Beaucoup de colons, parmi les premiers venus, travaillent à la construction du Chemin de fer du Canadian Pacifique (CP) et, plus tard, dans les mines et les camps de bûcherons. D’autres travaillent d’abord dans l’industrie puis s’établissent ensuite sur de petites terres à l’extérieur des centres urbains, surtout dans le nord de l’Ontario. De nombreuses femmes célibataires viennent au Canada pour le travail domestique. Les enfants des fermiers finnois commencent à quitter la terre pour travailler dans l’industrie seulement après la Deuxième Guerre mondiale. Les immigrants des années 1950 s’établissent immédiatement dans les centres urbains où certains partent en affaires ou occupent d’autres professions.

Vie sociale et communautaire

Les Finlandais fondent des sociétés de tempérance, des centres sportifs, des églises, des troupes de danse, de théâtre, de chant choral, de musique et de danse folklorique pour répondre aux besoins de leur communauté et de leur culture. Bon nombre de ceux qui sont arrivés avant 1930, sont en âge de travailler mais ne parlent que le finnois. Ils ont donc un réel besoin de cette activité sociale, et un lien solide unit tous les membres de ces groupes. La Finnish Organization of Canada (FOC), fondée en 1911 (à l’origine, la Finnish Socialist Organization of Canada), est la plus ancienne société canadienne nationale pour les Finlandais. Dans les années 1920-1930, l’activisme pro-travailliste de certains de ses dirigeants est parfois source de confrontation avec les autorités canadiennes et soulève en même temps certaines dissensions au sein de la communauté finnoise elle-même.

En 1940, plusieurs églises luthériennes et clubs non affiliés à la FOC organisent le premier des grands festivals finnois qui servent à recueillir des fonds destinés à la Finlande au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Ces festivités, marquées par des épreuves d’athlétisme, des compétitions de gymnastique, des danses folkloriques, du chant choral et du théâtre sont devenues un événement estival annuel. La Fédération culturelle finno-canadienne (qui compte une quarantaine de groupes membres) est fondée en 1971 pour organiser les activités du grand festival et pour chapeauter la promotion de la culture finnoise à l’échelle du Canada.

Religion et vie culturelle

La plupart des Finlandais du Canada sont luthériens, même si peu d’entre eux pratiquent. Des congrégations luthériennes finnoises se sont établies à Montréal, à Toronto, à Timmins, à Sudbury, à Sault Ste. Marie, à Thunder Bay et à Vancouver. Quelques Finlandais appartiennent à l’Église unie, d’autres à la Finnish Pentecostal Church qui compte quelques congrégations de langue finnoise, principalement en Ontario (voirMouvement pentecôtiste au Canada). Plusieurs journaux importants de langue finnoise ont été fondés au Canada, dont le journal indépendant Vapaa Sana (1931) publié à Toronto, le Vapaus, journal de gauche publié à Sudbury de 1917 à 1975, et le journal indépendant Canadian Uutiset, publié à Thunder Bay depuis 1915 (voirJournaux au Canada). Cependant, vu le petit nombre d’immigrants finnois au Canada depuis 1960, la presse de langue finnoise est probablement appelée à avoir de moins en moins de lecteurs.

Éducation

Les enfants des immigrants finnois se sont rapidement adaptés au système d’éducation canadien, mais la Crise des années 1930 a empêché bon nombre d’entre eux de gravir l’échelle sociale. Les enfants des premiers immigrants finnois établis dans les régions rurales du Nord de l’Ontario ont pour la plupart conservé langue et coutumes finnoises. Au cours des années 1970, grâce à une conscience culturelle de plus en plus forte et à l’aide apportée par des organismes gouvernementaux, quelques écoles de langue finnoise sont mises sur pied. Selon le recensement canadien de 2016, 16 345 personnes ont rapporté le finnois comme étant leur langue maternelle (la première langue apprise).

Politique

De nombreux Finlandais jouent un rôle majeur dans le mouvement travailliste canadien et dans la création de coopératives. Au cours des années 1930, quelques dirigeants de la FOC sont poursuivis par le gouvernement pour avoir favorisé le communisme. De nombreux membres de la FOC s’opposent alors à cet activisme et quittent l’organisation pour former de nouveaux clubs sociaux.


Lecture supplémentaire

  • Nelma Sillanpaa, Under the Northern Lights. My Memories of Life in the Finnish Community of Northern Ontario (1994).

Liens externes