Luthériens au Canada

Les luthériens font partie de l’Église chrétienne fondée au 16e siècle par Martin Luther, un réformateur protestant. La doctrine centrale, qui est la justification par la grâce obtenue uniquement par la foi, pour l’amour de Jésus-Christ, se concentre sur la faveur de Dieu envers chaque personne et non sur les actions de chaque personne envers Dieu. Lors de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, 478 185 Canadiens se sont identifiés comme étant luthériens.



Lutheran Church

Vue d’ensemble

Les luthériens croient que la compréhension de la faveur de Dieu dépend de la proclamation et de l’interprétation de Sa Parole. La prédication est la marque de l’Église luthérienne. Le luthéranisme a réduit le nombre des sacrements de sept sacrements à deux : le baptême et le Repas du Seigneur (voir Catholicisme au Canada). L’accent mis sur la doctrine pure dérivée de l’orthodoxie luthérienne, ainsi que l’importance mise sur la vie sainte du piétisme, est un changement post-réforme importé au Canada des États-Unis. La position doctrinale de l’Église luthérienne est déterminée par l’acceptation des Écritures comme étant souveraines sur la tradition de l’église, et comme étant normatives pour la foi et la morale, et est aussi déterminée par la soumission aux confessions de la foi luthérienne, qui ont été composées entre 1530 et 1580.

Juridictions luthériennes du Canada

Il existe aujourd’hui deux juridictions luthériennes au Canada. Il s’agit de l’Église évangélique luthérienne au Canada (ÉELC) et l’Église luthérienne du Canada (ÉLC). L’ÉELC, une fusion de l’Église luthérienne d’Amérique (ÉLA) et de l’Église évangélique luthérienne du Canada, ouvre ses portes le 1er janvier 1986. Son siège social se trouve à Winnipeg, au Manitoba. L’ÉLC regroupe les districts couverts par le synode de l’Église luthérienne du Missouri au Canada, constitué en fédération en 1958 et autonome depuis janvier 1989. Les questions qui touchent les relations mutuelles des Églises luthériennes sont traitées par l’entremise du Conseil luthérien au Canada, constitué en fédération en 1967.

Luthéranisme dans l’est du Canada

L’histoire luthérienne de l’est du Canada est déterminée par des affiliations américaines. Des congrégations sont formées à Halifax en Nouvelle-Écosse en 1752, et dans le comté de Dundas en Ontario en 1784. Les missions éprouvent très tôt un manque de personnel et d’appui financier de la part des organismes américains qui les parrainent, ainsi que des conflits avec les anglicans, des rivalités entre confessions luthériennes et des imposteurs qui se prétendent ministres de l’Évangile. Limitées surtout aux colonies allemandes, les Églises rattachées au ministère de New York et au synode de Pittsburgh font par la suite concurrence au synode de l’Église luthérienne du Missouri. Au milieu du 19e siècle, le synode de Pittsburgh crée une conférence du Canada, puis, en 1876, la conférence de la Nouvelle-Écosse. Ces dernières, avec la conférence anglaise, font partie du conseil général, puis de l’Église luthérienne unie en Amérique (ÉLUA), qui succède à ce conseil en 1918. Elles fusionnent en 1962 pour former un seul synode lorsque l’ÉLA est constituée, puis lorsque l’ÉELC est formée en 1985. Par ailleurs, le synode du Missouri crée son district du Canada en 1879 (renommé district de l’Ontario en 1922) et le district anglais en 1911. Trois districts américains existent aussi en Ontario. Il est difficile de faire la transition à une administration autonome tout en gardant des liens étroits avec l’organisation mère américaine. Les assemblées canadiennes du synode du Missouri sont fédérées en 1958 pour former l’ÉLC, qui devient autonome au Canada en janvier 1988.

Luthéranisme dans l’ouest du Canada

Alors que dans l’est la prédication luthérienne maintient la foi chez les Loyalistes, dans l’Ouest, elle préserve le luthéranisme traditionnel du centre et du nord de l’Europe aussi bien que les politiques américaines. Le travail de mission débute chez les Islandais près de Gimli au Manitoba, dans les années 1870 ; chez les Allemands à Winnipeg en 1888 ; chez les Suédois à New Stockholm, en Assiniboia (aujourd’hui la Saskatchewan), en 1889 ; chez les Norvégiens à Vancouver, en Colombie-Britannique en 1890 ; et chez les Danois à Dickson, en Alberta, en 1903. En 1910, l’Église luthérienne compte trois groupes allemands, un Suédois, un Danois, un Islandais et quatre Norvégiens dans l’ouest, et utilise au moins autant de langues (voir Langues utilisées au Canada). À l’exception des Norvégiens, les fusions avec les organisations mères américaines ne tiennent pas compte des distinctions ethniques. En conséquence, le synode allemand du Conseil général du Manitoba devient, en 1918, un synode de l’ÉLUA, auquel se joint le synode islandais en 1943 en tant que synode non géographique. En 1962, ce synode se réorganise avec la conférence canadienne du synode suédois d’Augustana pour former deux synodes de l’ÉLA (Manitoba-Saskatchewan et Alberta–Colombie-Britannique).

L’Église luthérienne norvégienne et le synode de Haugean, unités constituantes de l’Église luthérienne norvégienne, deviennent, en 1917, un district de l’Église évangélique luthérienne, qui leur succède. Celui-ci, à l’occasion de la fusion de 1960 qui donne naissance à l’American Lutheran Church, fusionne avec le district canadien du synode allemand de l’Ohio (devenu l’American Lutheran Church en 1930) et le district danois de l’Église évangélique unie pour former un seul district. En 1967, ce district devient autonome en tant qu’Église évangélique luthérienne du Canada (ÉELC). Quant à l’Église luthérienne du Canada, l’ÉLC, elle s’organise en deux districts : celui de Saskatchewan-Manitoba et celui d’Alberta–Colombie-Britannique.

Lorsque l’ÉELC est formée en 1985, des évêques sont nommés à la direction nationale et à celle des synodes. À ces deux paliers, les dirigeants de l’ÉLC gardent le titre de président. Le pastorat demeure la fonction primordiale de l’Église et la condition préalable à l’exercice de toute charge officielle. Le recrutement des pasteurs est la responsabilité de l’Église. L’ÉELC ordonne des femmes, mais, au sein de l’ÉLC, les droits des femmes demeurent limités.

Fonctions et activités

L’Église évangélique luthérienne du Canada (ÉELC) et l’Église luthérienne du Canada (ÉLC) œuvrent toutes deux dans les missions canadiennes et étrangères, l’éducation, les soins de santé et les services d’aumônerie. Le travail auprès des jeunes est réalisé par l’entremise de la Luther League (la Walther League dans l’ÉLC), et le ministère dans les universités est assuré grâce à des centres étudiants inter-luthériens. La plus connue des organisations masculines est la Ligue laïque luthérienne du Canada du synode du Missouri, qui parraine, en Amérique du Nord, des émissions comme Lutheran Hour, diffusées à la radio. Les auxiliaires féminines fournissent un appui considérable aux missions étrangères et aux programmes de service. Les luthériens accordent une grande importance à l’éducation en maintenant non seulement le système d’écoles du dimanche, qui succède aux écoles du samedi et du lundi, mais aussi des écoles paroissiales, surtout dans l’ÉLC, des écoles bibliques comme celle d’Outlook en Saskatchewan, qui relève de l’ÉELC, ainsi que des écoles secondaires et des collèges affiliés à des universités, dont le Luther College à Regina, l’Augustana University College et le Concordia University College à Edmonton. L’Université Wilfrid Laurier à Waterloo, en Ontario, était autrefois la Waterloo Lutheran University.

Un enseignement théologique est dispensé depuis environ 85 ans aux séminaires de Waterloo et de Saskatoon. L’ÉLC a fondé un séminaire à St Catharines, en Ontario en 1976 et un autre à Edmonton en 1984. La Lutheran Life, une compagnie d’assurance-vie de secours mutuel, soutient les étudiants et les écoles au moyen de bourses d’études. Au milieu du 20e siècle, les services de santé se sont multipliés avec l’établissement d’hôpitaux de soins prolongés et de foyers pour personnes âgées. Les aumôniers jouent un rôle important dans l’armée, sur les campus universitaires, dans les établissements de soins de santé et dans les prisons. La Canadian Lutheran World Relief est un organisme fortement appuyé.


Lecture supplémentaire

  • F. Baglo, Augustana Lutheran Church, The Canadian Conference of the Augustana Lutheran Church (1962); C.R. Cronmiller, A History of the Lutheran Church in Canada, (vol 1, 1961); G.O. Evenson, Adventuring for Christ (1974); V.J. Eylands, Lutherans in Canada (1945); Walter H.P. Freitag, Prospect and Promise of Lutheran Unity in Canada (1974) and The Ordination of Women: Challenge for Canadian Lutheran Unity (1978); J.E. Herzer, Homesteading for God (1946); A.H. Schwermann, The Beginnings of the Lutheran Church-Canada (1969); N. Threinen, A Sower Went Out (1982) and Like a Mustard Seed (1989).

Liens externes