Article

Pruche (ou tsuga) au Canada

La pruche (Tsuga) est un genre d’arbres à feuillage persistant de la famille des Pinaceae, originaire d’Amérique du Nord et d’Asie centrale et orientale. On compte au moins dix espèces de pruches dans le monde, dont seulement trois poussent au Canada : la pruche du Canada, la pruche de l’Ouest et la pruche des montagnes. Ces arbres sont souvent qualifiés d’espèces fondatrices, ce qui signifie qu’ils jouent un rôle essentiel dans la création et le maintien de l’écosystème où ils vivent. Leur rôle en tant que source de nourriture et d’habitat pour la faune, ainsi que leurs propriétés de régulation thermique, confère aux pruches une valeur inestimable.

Gros plan d’aiguilles de pruche du Canada.

La pruche et la ciguë

La pruche n’a aucun lien de parenté avec la ciguë (Conium maculatum) bien que les deux portent un nom semblable en anglais; soit « hemlock tree » et « poison hemlock », respectivement. La ciguë est une plante à fleurs extrêmement toxique. Cependant, lorsqu’on froisse le feuillage de la pruche, il en dégage une odeur semblable à celle de la ciguë, d’où son nom similaire en anglais.

Les pruches au Canada

Espèces

Description

Habitat et aire de répartition

Tsuga canadensis

Pruche du Canada

La pruche du Canada peut atteindre 30 m de hauteur et vivre jusqu’à 600 ans. Ses aiguilles sont aplaties, elles sont d’un vert brillant sur le dessus et elles sont blanchâtres en dessous. Les cônes s’ouvrent en automne, libèrent leurs graines durant l’automne et l’hiver, et demeurent sur l’arbre jusqu’à la saison suivante. L’écorce de la pruche du Canada change avec l’âge de l’arbre. Chez un jeune arbre, l’écorce externe est gris-brun, relativement lisse et écailleuse, tandis que l’écorce interne est d’un rouge pourpre vif. Chez un arbre mature, l’écorce prend une teinte cannelle ou brun foncé et est profondément sillonnée de larges crêtes à sommet plat. Le tronc se rétrécit fortement vers le haut, et la cime de l’arbre est dense et conique, avec des branches s’étendant à partir du tronc.

Cet arbre est présent dans l’est du Canada, principalement dans les provinces maritimes et le long du sud de l’Ontario et du Québec. Il peut pousser dans divers types de sols, mais il prospère dans les endroits frais et ombragés.

Tsuga heterophylla

Pruche de l’Ouest

La pruche de l’Ouest peut atteindre 50 m de hauteur et vivre jusqu’à 500 ans. Ses aiguilles sont plates et leur bout est arrondi. La face supérieure de ses feuilles est vert foncé, tandis que la face inférieure est plus claire et ponctuée de points blancs le long de la nervure centrale. Ses cônes sont ovoïdes et à court pédoncule. Ils s’ouvrent en automne, libérant leurs graines progressivement tout au long de l’hiver. Contrairement à la pruche des montagnes, dont les cônes tombent au printemps, ceux de la pruche de l’Ouest peuvent rester en place pendant un ou deux ans après leur ouverture. L’écorce de l’arbre est lisse et brun rougeâtre lorsqu’il est jeune, et elle devient écailleuse, ridée et plus foncée avec l’âge. La cime est ouverte et conique, et elle se déforme avec le temps.

La pruche de l’Ouest est présente dans l’Ouest canadien, tant sur la côte qu’à l’intérieur des terres de la Colombie-Britannique. Elle tolère très bien l’ombre et le soleil et elle peut pousser dans des sols variés jusqu’à 1500 m d’altitude.

Tsuga mertensiana

Pruche des montagnes

La pruche des montagnes atteint généralement une quinzaine de mètres de hauteur, mais peut aller jusqu’à 45 mètres et vivre plusieurs centaines d’années. Ses aiguilles bleu vert, à l’extrémité arrondie, sont densément disposées le long des rameaux et présentent de fines lignes de points blancs sur leurs deux faces. Ses cônes oblongs s’ouvrent en automne pour libérer leurs graines qui se dispersent durant l’hiver, puis tombent au printemps. L’écorce de l’arbre est brun rougeâtre foncé, elle est écailleuse et présente des crêtes aplaties. La cime de la pruche des montagnes est plus clairsemée que celle de la pruche du Canada et peut se tordre avec l’âge.

Cet arbre est présent sur toute la côte de la Colombie-Britannique, jusqu’en Californie et en Alaska. Il prospère dans les sols profonds et humides des versants nord, en climat subalpin. En altitude, il prend une forme plus arbustive.

Faune

De nombreux animaux se nourrissent des pruches. Les plus grands, comme les orignaux et les cerfs, broutent les aiguilles au sol, tandis que les petits rongeurs, comme les écureuils et les campagnols, consomment les graines. Les oiseaux utilisent également ces arbres comme source de nourriture et lieu de nidification.

En hiver, les longues et larges branches de la pruche, qui poussent parallèlement au sol, retiennent la neige avant qu’elle ne touche le sol de la forêt, offrant ainsi un abri précieux aux cerfs. Cela leur permet également de chercher de la nourriture au sol en hiver lorsque les ressources alimentaires se font rares.

Ces longues branches sont également utiles en été, car elles maintiennent la fraîcheur du sol forestier. Comme les pruches poussent souvent près de l’eau, leurs branches surplombantes procurent de l’ombre qui contribue à maintenir la température de l’eau à un niveau frais.

Pruche de l’Ouest

Peuples autochtones

Dans de nombreuses communautés autochtones, la pruche est largement utilisée pour le tannage des peaux et la teinture des tissus, en raison de la forte teneur en tanin de son écorce. Une fois teinte, la peau de l’animal prend une couleur brun rougeâtre ou foncée.

L’écorce interne de la pruche de l’Ouest, appelée cambium, est récoltée au printemps et consommée de diverses manières. Les groupes autochtones côtiers la détachent de l’arbre pour la manger séchée ou cuite, ou encore ils la pressent pour en faire du pain et des gâteaux.

En médecine traditionnelle, l’écorce de pruche est bouillie et réduite en pâte et elle est appliquée sur les plaies pour en accélérer la cicatrisation. Les infusions de pruche sont riches en vitamine C, qui est utilisée pour soulager des affections comme le scorbut, les rhumatismes, l’arthrite, le rhume, la toux, bien d’autres.

Utilisations

La pruche est largement utilisée à des fins commerciales par l’industrie des pâtes et papiers, l’industrie du bois, et pour le paillis, bien que ce ne soit pas aussi rentable que d’autres espèces d’arbres. Le bois de la pruche est moins résistant, et sa pâte à papier présente souvent une couleur plus foncée, ce qui la rend plus difficile à blanchir.

La pruche est également utilisée comme arbre d’ornement sur les pelouses et dans les jardins. Comme elle tolère bien l’ombre et que son système racinaire est peu profond, elle est très résistante lorsqu’elle est plantée en haie ou comme arbre d’ornement.

Menaces

L’une des plus grandes menaces pour la pruche est l’invasif puceron lanigère de la pruche (Adelges tsugae), un petit insecte en forme de poire qui est parent des pucerons. Cet insecte se nourrit exclusivement de conifères de la famille des Pinaceae, ce qui inclut le pin, l’épinette, le sapin, le Douglas vert, la pruche et le mélèze, et il vit dans les forêts boréales et les forêts tempérées à travers l’Amérique du Nord et l’Eurasie (voir Régions forestières au Canada). En s’accrochant à l’écorce, en injectant sa salive dans l’arbre et en aspirant les nutriments, l’insecte cause des dommages considérables à l’arbre (voir Quatre insectes nuisibles majeurs des forêts canadiennes). Selon le stade de développement de l’insecte au moment où il se nourrit de l’arbre, l’hôte peut présenter des excroissances anormales, perdre des aiguilles, des rameaux ou des tiges près du site d’alimentation et subir une décoloration de son feuillage. La pruche du Canada est particulièrement vulnérable au puceron lanigère, qui le fait mourir en moins de dix ans, mais ce puceron se nourrit également sur la pruche de l’Ouest, qui ne subit que des dommages mineurs. La Liste rouge des espèces menacées de l’UICN classe la pruche du Canada comme étant « quasi menacée » (voir Lois sur les espèces en péril au Canada).

Petite structure semblable à une boule de coton le long du tronc d'une pruche.