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Peinture canadienne au 19<sup>e</sup> siècle

Avant l’émergence de peintres modernistes distinctement canadiens au 20e siècle (par exemple Tom Thomson, le Groupe des Sept, Emily Carr et David Milne), la peinture canadienne suivait de près les modèles et les goûts européens conventionnels et académiques. Après les années 1840, cela n’a pas changé. Cornelius Krieghoff a immortalisé le mode de vie « habitant » des résidents du long du fleuve Saint-Laurent, tandis que Paul Kane et Frances Anne Hopkins ont esquissé et peint les Premières Nations et les paysages de l’Ouest canadien. Cependant, au fil du siècle, les artistes canadiens ont commencé à aborder des thèmes spécifiquement canadiens. L’influence de la photographie, plus particulièrement le travail et les studios de William Notman, a été considérable. L’Académie royale des arts du Canada (ARC) a été fondée en 1880 et divers groupes d’artistes ont connu un essor important à l’aube du 20e siècle.

« Habitant Farm »

L’art avant la Confédération

Avant la Confédération, la peinture canadienne est dominée par la tradition documentaire. Les tableaux dépeignent généralement la frontière, la haute société des villes de garnison, ou les merveilles scéniques des nouvelles terres. Le romanticisme, un mouvement européen majeur, est un style courant au début et au milieu du 19e siècle. Il est centré sur l’imagination, l’émotion, et le monde naturel.

Le peintre romantique le plus populaire et le plus prolifique au Canada est Cornelius Krieghoff, originaire de la Hollande et établi au Québec. Après 1841, Cornelius Krieghoff peint une grande variété de scènes locales le long du fleuve Saint-Laurent. Certaines sont humoristiques, et d’autres anecdotiques. Cornelius Krieghoff découvre la peinture de genre à la Düsseldorf Academy en Allemagne. Son tempérament naturellement enjoué transforme ses portraits de la vie quotidienne en tableaux d’une immense popularité. Il s’intéresse toute sa vie aux peuples autochtones. De plus, comme sa femme est d’origine française, il connait intimement le style de vie « habitant ». Il est intéressant de noter que Cornelius Krieghoff est soutenu par des mécènes anglophones des deux Canada. La bourgeoisie française, quant à elle, voit dans ses œuvres une caricature vulgaire de la vie du peuple et une insulte à son mode de vie raffiné.

En plus de la fascination de Cornelius Krieghoff pour la vie quotidienne au Québec, on observe également une préoccupation croissante pour la frontière occidentale. Peter Rindisbacher, originaire de la Suisse, immigre à la colonie de la rivière Rouge en 1821, à l’âge de 15 ans. Il est si enthousiasmé par le mode de vie à Fort Garry qu’il peint une série d’aquarelles remarquables représentant la vie locale. Il peint également des Autochtones vêtus de leurs vêtements traditionnels et des bisons dans les prairies en hiver. Frances Anne Hopkins, une peintre britannique dont le mari travaille pour la Compagnie de la Baie d’Hudson, est une artiste qui dessine et peint des paysages canadiens. Ses œuvres les plus célèbres, dont Shooting the Rapids et Canoes in a Fog, Lake Superior, dépeignent les longs voyages en canot entrepris par la Compagnie de la Baie d’Hudson dans les années 1860.

Deux décennies plus tard, Paul Kane se fait connaitre en peignant ces mêmes paysages de l’Ouest et ses peuples autochtones. Au départ, Paul Kane est un portraitiste de second plan de l’ Ontario. Mais il aspire à devenir un grand peintre et il part étudier en Europe. Il est inspiré par les portraits de la « Indian Gallery » de George Catlin qui sont alors exposés à Londres. Paul Kane conçoit un projet semblable pour représenter les peuples autochtones du Canada. Il entreprend un célèbre voyage dans les régions sauvages en compagnie de marchands de fourrures, à partir de l’Ontario jusqu’à Fort Vancouver, entre 1846 et 1848. Il fait des croquis des paysages et des bandes des Premières Nations qu’il rencontre. Il peint ensuite 100 toiles à partir de ces esquisses et il publie le récit de ses voyages. (Voir aussi Paul Kane : artiste et aventurier.)

Paul Kane inspire d’autres artistes. En 1872, Frederick Verner entreprend un voyage semblable au cours duquel il réalise des croquis de peuples autochtones et de bisons. William G.R. Hind part en expédition pendant une saison entière avec son frère Henry, un scientifique, pour explorer le Labrador. Il se joint ensuite aux Overlanders de 1862. Ils voyagent par voie terrestre jusqu’aux champs aurifères de la Colombie-Britannique. (Voir aussi Ruée vers l’or du fleuve Fraser.)

« HBC Officials at Brulé Portage »

Art et naissance du Canada

La fin du 19e siècle est marquée par la croissance et les changements au Canada. On assiste à l’industrialisation, la Confédération, la Résistance de la rivière Rouge, la Résistance du Nord-Ouest, et l’expansion vers l’Ouest. (Voir aussi Histoire de la colonisation des Prairies canadiennes.) Pourtant, peu de ces événements sont dépeints par des artistes contemporains. La photographie prend le relais dans la documentation de la société. Par conséquent, les artistes victoriens se réfugient dans un monde idéal fait de paysages ruraux. Ils fondent également des sociétés artistiques professionnelles, avec lesquelles ils peuvent exposer, promouvoir et vendre leurs œuvres. Ces groupes sont principalement établis à Montréal et à Toronto.

Plusieurs artistes de talent travaillent dans les studios de William Notman. Ce dernier est un photographe de Montréal. Lorsqu’arrivent les années 1860, William Notman s’est taillé une réputation internationale pour ses portraits photographiques. Il atteint ensuite de nouveaux sommets avec ses photographies de paysages et de scènes de genre, ou encore de sujets de la vie quotidienne. Sa compagnie dispose de sa propre salle d’exposition et sa propre collection d’œuvres d’art. Elle devient rapidement la principale école d’art du pays, de manière non officielle. Il règne une atmosphère de camaraderie parmi le personnel. Dans leurs temps libres, ils peignent et organisent des excursions pour dessiner les lacs et les monts des Cantons de l’Est et des environs. John Fraser est un leader reconnu. Il ouvre une succursale à Toronto et il joue un rôle déterminant dans la création de la Ontario Society of Artists. Ce groupe tient sa première exposition annuelle au studio Notman en 1873. John Fraser compte parmi ses associés son beau-frère, Henry Sandham. Ce dernier ouvre par la suite une succursale du studio Notman à Saint John. Il y a également Allan Edson, formé à Paris, et Otto Jacobi, dont la carrière a commencé en Allemagne.

La quête du paysage canadien que mènent les photographes et les artistes du studio Notman est étroitement liée à l’expansion du chemin de fer. Dans les premières années, les peintres voyageaient en train à partir de Montréal pour aller faire des croquis du Québec jusqu’à la vallée de la Matapédia. Désormais, ils élargissent leurs horizons. La ligne transcontinentale du chemin de fer du Canadien Pacifique se fraie un chemin à travers les Prairies et les Rocheuses. Sir William Van Horne, le président de la compagnie de chemin de fer et lui-même collectionneur d’art, donne des laissez-passer aux artistes afin qu’ils produisent du matériel publicitaire pour le Canadien Pacifique. William Notman envoie une équipe de photographes avec les trains de chantier pour documenter l’avancement des travaux de construction du chemin de fer à travers les montagnes. John Fraser et d’autres artistes associés à William Notman se rendent dans l’Ouest afin de peindre des aquarelles et des huiles de ces paysages magnifiques. Leurs tableaux de l’Ouest sont techniquement brillants et ils se caractérisent par un réalisme photographique. Ces œuvres dominent de nombreuses expositions jusqu’à la fin du siècle.

William Notman et fils

Création de l’Académie royale des arts du Canada

L’art canadien acquiert un nouveau prestige avec la fondation de l’Académie royale des arts du Canada (ARC) en 1880. Ce groupe est créé grâce aux efforts du gouverneur général John Douglas Sutherland Campbell, marquis de Lorne, et de sa femme, la princesse Louise.

Lucius O’Brien est le premier président de l’ARC. Il se laisse emporter par cette nouvelle quête du vrai visage du Canada. Il visite la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Ensuite, lorsque le chemin de fer atteint le Pacifique, il voyage vers l’Ouest pour peindre les montagnes et la région de Vancouver. Quelques-unes de ses plus belles toiles, notamment les magnifiques vues du Québec ou son tableau Sunrise on the Saguenay (1880), se caractérisent par une luminosité éclatante. Cela intègre la lumière diffuse caractéristique de la peinture américaine de la Hudson River School de la même époque.

Influence de l’Europe

Durant les années 1880 et 1890, l’Europe redevient le modèle à suivre pour les artistes canadiens. Ils aspirent à faire des études dans les académies parisiennes et à exposer au Salon, la prestigieuse exposition annuelle traditionnellement conservatrice de l’Académie des Beaux-Arts de Paris. Les jeunes Canadiens sont attirés par les maîtres français et anglais conservateurs, et non par l’avant-garde. Ils peignent des images héroïques dans un style naturaliste hautement raffiné.

William Brymner et Robert Harris suivent cette voie. À leur retour au Canada, ils enseignent « la manière française » à Montréal et à Toronto. En 1883, le gouvernement fédéral commande à Robert Harris un tableau des Pères de la Confédération. Paul Peel est acclamé à Paris et au Canada pour ses études de baigneurs et d’enfants. Mais il ne réalise que peu d’œuvres spécifiquement canadiennes. George Reid, en revanche, utilise la même tradition monumentaliste figurative dans ses scènes de l’Ontario rural, comme son tableau Mortgaging the Homestead.

Réunion des délégués

Homer Watson et Ozias Leduc puisent tous deux leur inspiration dans leur environnement rural canadien. Ils visitent l’Europe longtemps après avoir été reconnus comme artistes chez eux. Homer Watson devient rapidement célèbre lorsque la reine Victoria acquiert sa gravure The Pioneer Mill (1890) pour sa collection royale. Ozias Leduc vit à Saint-Hilaire au Québec. Il gagne sa vie en créant des décorations d’églises. Il peint des natures mortes, des personnages et des paysages qui l’entourent pour son propre plaisir.

Entre-temps, à Paris, le style narratif raffiné du Salon est de plus en plus critiqué par les artistes innovateurs des écoles impressionnistes et des écoles de Barbizon et de La Haye. Horatio Walker est influencé par cette représentation naturaliste du paysage. À son retour au Canada, ses tableaux dépeignant des scènes rurales de l’île d’Orléans lui valent rapidement des éloges dans toute l’Amérique du Nord. En 1911, la Galerie nationale du Canada paie 10 000 dollars à Horatio Walker pour son tableau Oxen Drinking (1899).

Maurice Cullen et James Wilson Morrice figurent parmi les premiers artistes à appliquer les principes de l’impressionnisme français aux paysages canadiens. Maurice Cullen attire de l’attention à Paris avant de retourner passer ses dernières années au Québec. Les critiques sont dures et les ventes sont médiocres. Mais il exerce une énorme influence en tant qu’enseignant à la Art Association of Montreal. Pour sa part, James Wilson Morrice, qui a une fortune indépendante, passe la majeure partie de sa vie à Paris. Il voyage beaucoup, il devient ami avec Henri Matisse, et il est influencé par James Whistler. Entre 1907 et 1915, Maurice Cullen, James Wilson Morrice et Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté servent de modèles à la nouvelle génération d’artistes canadiens.

(Voir aussi Peinture : les débuts; Peinture : les mouvements modernes.)

The Old Ferry