Ruée vers l'or du fleuve Fraser

En 1858, environ 30 000 chercheurs d’or ont envahi les rives du fleuve Fraser de Hope jusqu’au nord de Lillooet dans la première ruée vers l’or significative de l’histoire de Colombie-Britannique. Bien qu’elle se soit dissipée vers la moitié des années 1860, la ruée vers l’or du fleuve Fraser a eu des impacts significatifs sur les peuples autochtones de la région et a entraîné la guerre du canyon du fleuve Fraser. La crainte que l’arrivée massive de mineurs américains n’amène les États-Unis à annexer le territoire britannique non-souverain connu sous le nom de New Caledonia a aussi entraîné la fondation de la Colombie-Britannique en tant que colonie le 2 août 1858 (voir La ruée vers l’or de la rivière Fraser et la création de la Colombie-Britannique). Au milieu des années 1860, la ruée vers l’or du fleuve Fraser a pris fin et la Colombie-Britannique a plongé dans la récession.



Ruée vers l'or du fleuve Fraser

Une publicité publiée en 1858 dans un journal de San Francisco annonce que des commerçants ont succombé à l’attrait de la « fièvre de l’or » du fleuve Fraser. 

(avec la permssion de Daniel Marshall)

Contexte

Avant 1858, la population de New Caledonia se situe entre 40 000 et 50 000 personnes, principalement des peuples autochtones. Des Européens sont arrivés à la fin du 18e et au début du 19esiècle. La Grande-Bretagne a fondé Fort Victoria en 1849 pour affirmer sa souveraineté après avoir perdu des territoires en 1846 par le traité de l’Oregon, qui fixait la frontière entre États-Unis et territoires britanniques sur le 49eparallèle.

La nouvelle de découvertes d’or sur l’île de la reine Charlotte (aujourd’hui Haida Gwaii) se répand en 1850, attirant une première vague de mineurs dans la région. Il n’y a que quelques centaines de colons à Fort Victoria, sur l’île de Vancouver. La plupart sont des employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH).

La population de Fort Victoria double du jour au lendemain à cause de l’afflux des mineurs, mais la CBH ne se montre pas particulièrement accueillante. Elle veut éviter tout ce qui pourrait déranger le fragile équilibre de la traite des fourrures, et essaie d’étouffer la nouvelle des découvertes d’or. Sir James Douglas annonce que l’extraction d’or non autorisée sera l’objet de poursuites civiles et criminelles. En 1852, les chercheurs d’or ont été chassés de Haida Gwaii par les peuples autochtones locaux.

Printemps 1858

Contrairement à la ruée vers l’or du Cariboo (1861-1867), qui a attiré beaucoup de Canadiens, la ruée du Fraser a été un prolongement de la société minière de la Californie. Vers 1850, l’orpaillage en Californie a épuisé l’or gratuit. Les mineurs accoutumés aux jours de gloire de la ruée vers l’or de la Californie ont été marginalisés par le minage hydraulique à forte intensité de capital. Pour cette immense classe de mineurs sans emplois, la nouvelle de toute découverte d’or «était assez pour envoyer des centaines d’hommes dans les régions sauvages pour faire fortune ou pour mourir dans cette tentative», comme l’a écrit le mineur Thomas Seward.

L’or est découvert d’abord dans la rivière Thompson par un membre de la nation Shuswap (aujourd’hui Secwepemc) en 1856. La présence d’or est gardée secrète jusqu’à ce qu’un échantillon de 800 onces soit envoyé à San Francisco, en février 1857, pour être analysé. En mars, des journaux du Washington et de l’Oregon publient la nouvelle de la découverte d’or dans le fleuve Fraser River. Sir James Douglas, gouverneur de la CBH et seule autorité de la côte Ouest, proclame l’autorité de la Couronne et annonce la création d’un système de permis de minage.

“Ho! For Frazer River” [sic]

(avec la permission de Wikimedia Commons)


Quand les journaux de Californie reprennent la nouvelle, une frénésie de l’or frappe la population de San Francisco, provoquant une soudaine migration de masse, par terre et par mer, vers le fleuve Fraser. Une première vague de quelque 400 mineurs californiens arrive à Fort Victoria le 25 avril 1858. Entre mai et juin, quelque 10 000 mineurs américains (principalement d’ascendance européenne, bien que certains soient Hawaïens, Afro-Américains ou Chinois) remontent le fleuve Fraser en bateau jusqu’à Fort Langley dans l’étroite partie inférieure du canyon du Fraser. Le nombre total s’accroît à 25 000 à l’automne, et autour de 50 000 (peut-être plus encore) l’année suivante. À peu près 80% des mineurs viennent de Californie. Yale, situé juste en aval du territoire Nlaka’pamux, un ancien poste de traite de la CBH, est rapidement transformé en centre culturel similaire au San Francisco de 1850.

Les plus riches découvertes d’or fin se produisent entre Hope et Yale, dans le Canyon du Fraser. Cette région est contrôlée par des Américains, qui provoquent des conflits entre blancs et peuples autochtones. Au nord de Yale, des chutes et des canyons escarpés empêchent les bateaux à vapeur de remonter plus avant le fleuve Fraser. Des mineurs exclus de la culture dominante du bas Fraser, comme les Chinois, Chiliens, Hawaïens, Afro-Américains et autres groupes ethniques, entreprennent des fouilles au-delà de Yale.

Conséquences pour les peuples autochtones

Les terres autochtones du sud de la région intérieure sont entièrement envahies par un grand nombre de mineurs, ce qui provoque la Guerre du canyon du Fraser en 1858. Alors que l’été avance, les mineurs perturbent la vie des communautés Nlaka’pamux. Les hommes cherchent de l’or sans demander la permission aux chefs de la communauté Nlaka’pamux, et deviennent menaçants lorsqu’on les contrarie. Certains mineurs agressent sexuellement des femmes Nlaka’pamux.

Chose beaucoup plus grave, les mineurs perturbent la pêche au saumon des Nlaka’pamux, une activité économique essentielle, qui se déroule à la fin de chaque été. Ils s’installent dans les lieux de pêche et détournent de nombreuses rivières, ruisseaux et lacs pour laver du gravier dans des écluses. Ce faisant, ils détruisent des frayères vitales, mettant en danger l’avenir de la pêche du saumon. Finalement, comme l’a noté Dan Falloon, «En plus de la violence, une épidémie de variole qui éclate en 1862 aurait tué, selon les estimations, entre 50 et 75% de la population autochtone locale.»

La ruée du fleuve Fraser finira par briser les reins d’une résistance autochtone complète dans la région, particulièrement parmi les Salish de la côte centrale, les Salish de l’intérieur et les populations Tsilhqot’in du sud. Quand les Nlaka’pamux et les mineurs décident de mettre un terme à la guerre du canyon du Fraser, le 22 août 1858, les Nlaka’pamux acceptent de donner aux mineurs l’accès à leurs territoires et à leurs ressources.

Conséquences pour la Colombie-Britannique

Pour prévenir les situations d’anarchie qui ont prévalu dans les champs aurifères de Californie et d’Australie quelques années auparavant, le gouvernement britannique s’empresse de transformer la New Caledonia en colonie, la Colombie-Britannique, le 2 août 1858. Sir James Douglas lance aussi la construction d’un réseau de routes dans la région intérieure (voir route Cariboo). Mais la période de prospérité est courte. Dès la fin des années 1860, la ruée vers l’or du Fraser s’effondre, et la Colombie-Britannique plonge dans une profonde récession.

Voir aussi: La ruée vers l’or de la rivière Fraser et la création de la Colombie-Britannique; Guerre du canyon du Fraser; Ruées vers l’or; Ruée vers l’or du Cariboo.


En savoir plus // Les ruées vers l'or

Lecture supplémentaire

  • Margaret A. Ormsby, British Columbia: A History (1958).