Inventeurs et innovations

                          Une innovation est l'application réussie dans un contexte économique ou social réel de quelque chose de nouveau, que cela soit une invention ou non.
                          Une innovation est l'application réussie dans un contexte économique ou social réel de quelque chose de nouveau, que cela soit une invention ou non.



Inventeurs et innovations

                          Une innovation est l'application réussie dans un contexte économique ou social réel de quelque chose de nouveau, que cela soit une invention ou non. Les études du Conseil économique du Canada et du Conseil des sciences du Canada de 1968 à 1978 prouvent que l'innovation est d'une importance capitale dans la. Des programmes gouvernementaux spéciaux sont donc créés pour la promouvoir. En 1967, J.J. Brown, dans Ideas in Exile : A History of Canadian Invention, conclut que c'est à cause d'un trait négatif dans le caractère des Canadiens que de nombreuses bonnes inventions ne connaissent pas le succès économique qu'elles méritent. Cette idée, loin d'être isolée, rejoint le consensus voulant que les artistes canadiens (les acteurs et les écrivains) doivent gagner une réputation en Europe ou aux États-Unis avant d'être reconnus chez eux. Pour certains sociologues tels que S.D. CLARK, les différences économiques entre les États-Unis et le Canada résultent de traditions sociales différentes.

Le Canada compte de nombreux inventeurs et innovateurs dont Anna Sutherland Bissell, l'inventrice de la machine à brosser les tapis, et Albert C. Fuller, fondateur de la Fuller Brush Co. Ce dernier est innovateur (il n'a pas inventé la brosse) tandis que Sutherland Bissell est inventrice et innovatrice. Celle-ci est directrice de Bissell Carpet Sweeper Co. durant plusieurs décennies après le décès de son mari. Tous deux développent leurs idées et font fortune aux États-Unis, car le marché plus vaste de ce pays rapporte davantage.

La liste canadienne des succès et des échecs est longue. Parmi les succès, on compte l'aéronef d'A.V. Roe Co., l'utilisation d'ordinateurs pour concevoir la voie maritime du Saint-Laurent, le réacteur nucléaire CANDU et Recherches Bell-Northern Ltée (BNR). BNR illustre quelques paradoxes d'innovation. Cette entreprise de téléphonie canadienne se lance dans la recherche à grande échelle à la suite d'une décision judiciaire américaine en 1958 consistant à arrêter le flux des connaissances technologiques des laboratoires américains vers les usines canadiennes. Durant les 25 dernières années, BNR est devenu la plus grande organisation de recherches au Canada et sa réputation d'innovateur a gagné le monde entier.

En 1911, l'économiste Joseph Schumpeter définit cinq types d'innovation : une nouvelle chose, un nouveau procédé permettant de fabriquer une chose connue, un nouveau marché, une nouvelle source de matériaux ou de matière première, et une réorganisation industrielle (par exemple, la création d'un monopole). Seules les deux premières innovations peuvent aussi être des inventions. La chaîne de montage, qu'on attribue habituellement à Henry Ford et qui est une réorganisation de l'écoulement des pièces dans une usine, n'est pas une invention mais fait partie du cinquième type d'innovation.

La définition de Schumpeter montre à quel point les gouvernements ont de la difficulté à soutenir ou à promouvoir l'innovation, même s'ils croient qu'elle favorise fortement la croissance et la prospérité économiques. Personne n'a trouvé les conditions permettant de prédire si une entreprise (ou un pays) gagnerait davantage à investir des ressources dans une nouvelle invention que dans quelque chose d'autre (dans la commercialisation par exemple). Des historiens de l'économie ont récemment laissé entendre que les innovations reposent rarement sur des inventions, même si cela s'est produit un grand nombre de fois durant les 100 dernières années : la majeure partie du profit venant des innovations provient du cumul de nombreuses petites améliorations. L'aéronef entièrement métallique et le moteur à réaction sont des inventions remarquables mais, apparemment, leur succès économique dépend de centaines d'améliorations à petite échelle et non obligatoirement des inventeurs originaux de la cellule de tels avions et de leur moteur.

L'ordinateur personnel IBM illustre bien cela. Ses composantes uniques, la puce Intel 8088 et le système d'exploitation MS-DOS, sont des inventions d'autres entreprises et aucune des deux n'est particulièrement avancée en 1981. Associées à la réputation d'IBM et à son service de vente, elles deviennent une innovation révolutionnaire. De ceci, résulte un énorme nouveau marché pour les micro-ordinateurs et un nouveau standard technologique. IBM ne peut pourtant accaparer tous les bénéfices de son succès : les autres entreprises qui ont adopté son standard en ont peut-être profité davantage.

Avant 1960, l'essentiel de la pensée historique sur la technologie dépasse à peine le niveau anecdotique au sujet des inventions. Au commencement de l'analyse économique systématique de l'innovation, les théoriciens de la politique de la science espèrent qu'elle révélera des raccourcis vers la prospérité et la sécurité économiques. Leurs espoirs s'envolent bien vite. Les chercheurs actuels laissent maintenant entendre que l'innovation est un élément de la totalité d'un système plutôt qu'une fonction distincte. Elle est probablement un art au même titre que l'art culinaire : on peut analyser scientifiquement les recettes et la chimie de la cuisine sans pour cela être un cordon bleu.

Les pionniers, au cours de leurs études sur l'innovation, ne découvrent pas ce qu'ils désirent, mais cela ne rend pas le Canada pire que les autres pays. Il faut être pratique et utiliser les découvertes selon deux considérations importantes. L'une est que l'environnement économique général semble maintenant plus important qu'il n'est d'abord apparu et que le génie inventif est lui, moins important. La chance, l'attitude et l'échelle sont trois autres éléments importants. On ne peut jamais savoir combien d'inventeurs potentiels sont déçus et abandonnent. De plus, les risques financiers des innovations qu'une grande entreprise peut assumer pourraient menacer la survie d'une petite entreprise. L'innovation industrielle est risquée et coûteuse. Les entreprises ne peuvent pas se permettre d'abandonner leurs méthodes et leur machinerie sous le prétexte qu'une nouveauté vient d'être inventée et, en même temps, elles doivent évaluer les risques que leurs compétiteurs les devancent.

L'autre façon de gérer ou de promouvoir l'innovation se fait en prenant conscience de ses caractéristiques secondaires : les avantages économiques et sociaux semblent dépendre davantage de tout le contexte que d'une invention individuelle et l'innovation ne doit pas conduire à tout risquer sur une toute nouvelle technologie. Des études détaillées des nouvelles industries et l'histoire des produits de base tels que le blé et l'acier montrent que les plus grands succès économiques viennent davantage de l'accumulation de douzaines d'améliorations que de révolutions technologiques importantes. Cela semble également vrai dans des domaines non industriels tels que la santé et la médecine, qui, elles aussi, se sont transformées au cours des 100 dernières années. Il est impossible d'attribuer les bénéfices à des découvertes particulières (telles que les antibiotiques) indépendamment de principes généraux comme l'infection, l'hygiène publique et la nutrition scientifique.

Selon ces conclusions générales, même si les innovations sont imprévisibles, les gouvernements et les directeurs commerciaux peuvent toujours cultiver un semis économique et culturel duquel jailliront les innovations. Les facteurs importants sont la taille du marché intérieur, la structure de l'industrie canadienne (le contrôle étranger de certaines industries), la dépendance économique du secteur primaire, les attitudes psychologiques face au risque (les Canadiens préfèrent placer leur argent dans l'assurance-vie ou à la banque plutôt que d'investir à la Bourse autant que les Américains), le niveau d'éducation dans le domaine technique et les priorités politiques.

Pour obtenir des renseignements sur les inventeurs et les inventions, voir les articles suivants : Thomas AHEARN; Alexander Graham BELL; J. Armand BOMBARDIER; Gerald Vincent BULL; Karl Adolf CLARK; William Harrison COOK; Georges-Édouard DESBARATS; Charles FENERTY; Ivan Graeme FERGUSON; Reginald Aubrey FESSENDEN; Robert FOULIS; Abraham GESNER; William Wallace GIBSON; Frederick Newton GISBORNE; Uno Vilho HELAVA; RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT INDUSTRIELS; George KLEIN; George Craig LAURENCE; Eric William LEAVER; COMMISSION ROYALE SUR LES BREVETS, LE DROIT D'AUTEUR, LES MARQUES DE COMMERCE ET LES DESSINS INDUSTRIELS; Lloyd Montgomery PIDGEON; Frank Morse ROBB; Edward Samuel ROGERS; RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT SCIENTIFIQUES; Sir William Samuel STEPHENSON; TECHNOLOGIE; W.R. TURNBULL; T.L. WILLSON.


Lecture supplémentaire

  • J.J. Brown, Ideas in Exile (1967); Science Council Special Study No 23, Innovation and the Structure of Canadian Industry (1972); Economic Council Publication No 22-113, The Bottom Line: Technology, Trade and Income Growth (1983).

Liens externes

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