L’interculturalisme, c’est une approche québécoise pour intégrer les personnes immigrantes et les minorités ethnoculturelles dans la société québécoise. C’est une réponse au modèle canadien : le multiculturalisme. Le but de l’interculturalisme est de permettre à tous les groupes culturels du Québec de vivre ensemble de manière égalitaire. Selon l’interculturalisme, les valeurs québécoises doivent être respectées. Pour y arriver, le Québec doit prioriser la langue française et la laïcité dans les espaces publics. La laïcité, c’est la séparation distincte entre l’État et les religions. Aucune religion ne doit être favorisée par l’État. La Charte de la langue française et le rapport de la Commission Bouchard-Taylor sont des piliers importants sur lesquels l’interculturalisme québécois s’appuie.
Cet article est un résumé en langage simple sur l’interculturalisme. Si vous souhaitez approfondir le sujet, veuillez consulter l’article intégral, intitulé Interculturalisme.
Contexte historique
Dans les années 1950, on parle d’un Canada biculturel. Biculturel signifie qu’on reconnaît qu’il y a deux cultures principales. Au Canada, il s’agit des deux peuples « fondateurs » européens : les anglophones et les francophones.

Au fil des années, l’immigration augmente beaucoup. La société canadienne devient de plus en plus diversifiée. En 1971, le Canada adopte une politique officielle sur le multiculturalisme. Le gouvernement souhaite reconnaître l’égalité de toutes les communautés, et non pas juste l’égalité entre francophones et anglophones. Le multiculturalisme voit l’identité canadienne comme étant définie par sa diversité culturelle. Cette diversité doit aussi exister dans le cadre de ses deux langues officielles : l’anglais et le français. (Voir Politique linguistique au Canada.)
Cette approche déplaît au Québec, qui est la seule province officiellement francophone au Canada. Plusieurs francophones au Québec ne veulent pas être mis sur le même pied d’égalité que les autres groupes ethnoculturels. Les nationalistes québécois cherchent avant tout à mettre en avant la culture et la langue francophones. Certaines personnes pensent même que le multiculturalisme est une manœuvre politique visant à effacer la culture québécoise francophone. En général, les partis politiques québécois, autant ceux souverainistes que fédéralistes, sont opposés à l’idéologie multiculturelle. Ils refusent l’idée d’une identité pancanadienne uniforme à travers le pays qui ne tient pas compte de la particularité culturelle du Québec.
À la même époque, au début des années 1970, le concept d’interculturalité devient de plus en plus populaire.
Le gouvernement québécois prend des initiatives concrètes pour que la province québécoise se démarque du reste du pays. En 1981, le gouvernement de René Lévesque publie le plan d’action Autant de façons d’être Québécois. Dans ce document, les principes du multiculturalisme canadien sont clairement rejetés. Le plan reconnaît la diversité des communautés culturelles qui forment le Québec, mais favorise surtout une société québécoise où la culture francophone reste prioritaire.
Entre 2006 et 2007, certaines controverses soulèvent l’enjeu de la cohabitation entre les minorités religieuses et la société québécoise majoritaire. Les débats publics surgissent sur les « accommodements raisonnables » accordés aux minorités ethnoculturelles. Ces discussions dominent la couverture médiatique liée à l’immigration.
En 2007 et 2008, le Québec met en place la Commission Bouchard-Taylor. Un comité se penche sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles. L’enquête est menée par le philosophe Charles Taylor et le sociologue Gérard Bouchard. La Commission déclenche une réflexion sur l’interculturalisme comme alternative au multiculturalisme en matière de politiques publiques québécoises.

Gérard Bouchard est un penseur important de l’interculturalisme. Selon lui, l’approche québécoise est différente des autres modèles d’intégration puisqu’elle prend en compte les relations entre la société majoritaire franco-québécoise et les minorités. Le but est d’intégrer les personnes immigrantes dans la nation québécoise. Au contraire, le multiculturalisme perçoit qu’une nation est composée de toutes sortes de différentes cultures égales.

Pour Gérard Bouchard, l’approche interculturelle ne cherche pas à effacer les identités culturelles de chacun et de chacune. Elle vise plutôt à favoriser le vivre-ensemble. L’interculturalisme encourage les échanges entre la société majoritaire et les groupes minoritaires issus de la diversité. Pour y arriver, la prédominance du français comme langue commune est particulièrement importante.
Bilan du modèle québécois
L’interculturalisme continue d’influencer plusieurs décisions politiques en matière d’accommodements raisonnables et de politiques d’immigration.
Langue française
L’interculturalisme repose sur la Charte de la langue française (loi 101), adoptée en 1977. Cette loi protège la langue française en lui donnant priorité dans les espaces publics. Elle est mise en pratique au sein des tribunaux, des services publics, des milieux professionnels, dans l’enseignement et l’affichage public.
Les politiques sur le français visent aussi les personnes immigrantes ainsi que leurs enfants. Ces derniers doivent généralement aller à l’école publique en français. De plus, suite à une réforme de la loi en 2022, les personnes arrivant au Québec ont six mois pour apprendre le français pour pouvoir communiquer avec les services du gouvernement. (Voir Politiques linguistiques du Québec.)
Laïcité
En 2008, la Commission Bouchard-Taylor publie son rapport avec ses recommandations. Au fil des années, les débats en matière d'accommodements raisonnables et de laïcité s’intensifient. (Voir Charte des valeurs québécoises.)
En 2019, le gouvernement de la Coalition avenir Québec fait adopter la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21). Cette loi cherche à renforcer la laïcité au Québec. Elle interdit le port de signes religieux pour certaines personnes employées du gouvernement. C’est notamment le cas pour la police, les juges et le personnel enseignant.
En octobre 2025, l’Assemblée nationale adopte le projet de loi 94. Maintenant, l’interdiction du port de signes religieux s’applique à l’ensemble des membres du personnel scolaire. De plus, il est interdit d’utiliser les locaux d’école à des fins religieuses. La nouvelle loi ne permet plus les repas adaptés aux restrictions religieuses ou les absences liées aux célébrations religieuses.
Ces mesures sur la laïcité divisent l’opinion de la société québécoise. Certaines critiques dénoncent le fait que cette loi attaque la liberté de religion.

