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L’invasion du Canada pendant la Révolution américaine

L’invasion du Canada en 1775-1776 marque la première campagne offensive de la Révolution américaine. Bien que les rebelles américains s’emparent de Montréal en novembre 1775, l’attaque sur Québec en décembre échoue. Les Américains maintiennent un siège pendant l’hiver, mais sont mis en déroute au printemps lors de l’arrivée des renforts britanniques. Montréal est abandonnée en mai 1776 et, après une défaite à Trois‑Rivières en juin, les envahisseurs se replient sur New York. Les échecs des rebelles sont attribuables à des problèmes logistiques, à des conditions difficiles et à des maladies, telles que la variole. Bien que certains habitants soutiennent les envahisseurs, la majorité reste neutre. Les troupes britanniques et américaines bénéficient toutes deux du soutien d’alliés autochtones.

Les treize colonies en 1775

Pourquoi envahir le Canada?

De nombreux protestants anglophones des treize colonies perçoivent la province de Québec comme une menace. Pendant environ un siècle, la Grande-Bretagne protestante et la France catholique se disputent l’hégémonie en Amérique du Nord. À la fin de la guerre de Sept Ans en 1763, la province de Québec est intégrée à l’Empire britannique. L’Acte de Québec de 1774 garantit la liberté religieuse aux catholiques de la province et élargit son territoire, ce qui contrarie les projets d’expansion vers l’ouest de nombreux colons anglo-américains. Les rebelles américains craignent également que les Britanniques n’utilisent le Québec comme base pour lancer des attaques depuis le nord.

Parallèlement, le Congrès continental considère les Canadiens français comme des alliés potentiels et croit que bon nombre d’entre eux pourraient adhérer à la cause révolutionnaire. Certains, dont Benjamin Franklin, estiment que la province de Québec devrait se joindre à l’Union américaine. À partir de 1774, les rebelles américains commencent à envoyer des lettres aux habitants de la province de Québec les exhortant à se rallier à la cause. (Voir La guerre de propagande au Canada pendant la Révolution américaine.)

Benjamin Franklin

Prise de Fort Ticonderoga et de Crown Point

Le 19 avril 1775, la guerre éclate ouvertement entre les rebelles américains et les troupes britanniques. L’affrontement se déroule à Lexington et Concord dans le Massachusetts. Moins d’un mois plus tard, un petit groupe de rebelles dirigés par Ethan Allen et Benedict Arnold attaque la garnison britannique au fort Ticonderoga. Le fort est situé à la jonction du lac Champlain et du lac George et contrôle l’accès entre Montréal et Albany.

Arnold et Allen planifient une attaque nocturne surprise : ils traversent le lac Champlain depuis le Vermont à bord de petites embarcations. Au petit matin du 10 mai 1775, environ 85 rebelles traversent le lac et attaquent le fort. La garnison de 50 hommes capitule rapidement. Allen envoie ensuite un contingent de ses Green Mountain Boys s’emparer du fort britannique de Crown Point, qui capitule le lendemain. Les armes saisies sont ensuite transportées à Boston, où elles servent à combattre les forces britanniques. Benedict Arnold et ses hommes occupent le fort Ticonderoga jusqu’en juin 1775, date à laquelle ils sont relevés par une force plus importante.

Crown Point

Invasion du Canada : une attaque sur deux fronts

La prise du fort Ticonderoga et de Crown Point enhardit les rebelles américains. Le 27 juin 1775, le Congrès continental donne au général Philip Schuyler, major-général de la toute nouvelle Armée continentale, l’autorisation de planifier une invasion du Canada. Il doit entreprendre une invasion le long de la rivière Richelieu, s’emparer de l’Île-aux-Noix et des forts Saint-Jean et Chambly, puis attaquer Montréal. Une deuxième colonne, sous les ordres de Benedict Arnold, traverserait alors le pays en direction de Québec. Une petite armée composée de soldats réguliers britanniques, de miliciens et d’alliés autochtones défend le Canada, sous le commandement de sir Guy Carleton, gouverneur et commandant en chef des forces britanniques au Canada.

Première phase

La première phase de l’invasion commence en août 1775. Richard Montgomery, commandant en second de Philip Schuyler, ordonne à 1 200 hommes mobilisés au fort Ticonderoga de se diriger vers la province de Québec. Le 4 septembre, ils atteignent l’Île aux Noix sur la rivière Richelieu, où ils établissent une base. Le lendemain, Schuyler dépêche Ethan Allen et le major Brown pour rencontrer James Livingston, un sympathisant américain, et distribuer une proclamation aux habitants de la province. (voir La guerre de propagande au Canada pendant la Révolution américaine.)

Le 6 septembre, les soldats américains descendent la rivière Richelieu pour attaquer le fort Saint-Jean. Arrivés à proximité du fort, ils sont attaqués par une centaine de guerriers autochtones, principalement des Kanyen’kehà:ka de Kahnawake, qui les contraignent à se replier. Les rebelles ne tardent toutefois pas à revenir, car le fort Saint-Jean contrôle l’accès à Montréal.

Le saviez-vous?
Bien que les Sept Nations et les Six Nations aient d’abord tenté de rester neutres pendant la Révolution américaine, beaucoup sont entraînés dans le conflit. Certains, comme Joseph Brant (Thayendanegea), appuient les Britanniques, tandis que d’autres se rangent du côté des colons rebelles. L’un des plus connus est Louis Cook (Atiatoharongwen), un Abénaquis noir qui a servi comme éclaireur et messager lors de l’invasion du Québec. Le Congrès continental lui a ensuite décerné le grade de lieutenant-colonel.


Siège du fort Saint-Jean

Le 16 septembre, Philip Schuyler, malade, confie le commandement de l’armée rebelle à Richard Montgomery. Le 17 septembre, l’armée de Montgomery assiège le fort Saint-Jean, où sir Guy Carleton a concentré sa petite force de soldats réguliers britanniques après la capture du fort Ticonderoga. La garnison de 750 hommes se compose de 500 soldats britanniques réguliers, d’une centaine de volontaires canadiens et d’une poignée de guerriers Kanyen'kehà:ka. Les conditions se révèlent difficiles tant pour la garnison que pour l’armée rebelle, et le siège s’éternise alors que les provisions s’épuisent et que les hommes tombent malades.

Première attaque sur Montréal

Pendant le siège du fort Saint-Jean, le général Richard Montgomery ordonne à deux détachements, sous les ordres d’Ethan Allen et du major John Brown, de sécuriser la rive du fleuve Saint-Laurent et d’empêcher sir Guy Carleton de secourir le fort. Le 24 septembre, cependant, Allen et environ 110 hommes lancent une attaque sur Montréal. Lorsque Carleton donne l’alerte, une petite armée composée de 35 soldats réguliers britanniques, de 200 miliciens canadiens et d’alliés autochtones se mobilise pour défendre Montréal. Allen et ses hommes sont rapidement vaincus et capturés lors de l’affrontement connu sous le nom de bataille de Longue-Pointe.

Fort Chambly

Prise du fort Chambly

Tandis que le siège du fort Saint-Jean se poursuit, Montgomery envoie une petite troupe attaquer le fort Chambly, situé à environ 16 km en aval. Les assaillants sont composés de 50 rebelles américains et de 300 Canadiens recrutés par le sympathisant américain James Livingston. Les rebelles lancent leur attaque le 16 octobre et forcent la petite garnison à se rendre deux jours plus tard.

Prise du fort Saint-Jean et de Montréal

Utilisant des vivres, des armes et des munitions provenant de Chambly, le général Montgomery reprend le siège du fort Saint-Jean. Le 30 octobre, sir Guy Carleton tente d’envoyer une force de secours d’environ 1 000 hommes à Longueuil, mais l’artillerie américaine la repousse. La garnison du fort Saint-Jean capitule le 3 novembre, ouvrant ainsi la route vers Montréal. Carleton et sa petite troupe d’environ 150 soldats réguliers britanniques quittent la ville le 11 novembre. Deux jours plus tard, Montgomery et ses hommes prennent Montréal sans combattre. Carleton s’enfuit à Québec, où il commence immédiatement à préparer les fortifications et à rassembler des défenseurs.

Guy Carleton, 1er baron Dorchester

Expédition d’Arnold

À peu près au même moment où Richard Montgomery assiège le fort Saint-Jean, la deuxième armée rebelle entreprend son périple. Le 19 septembre 1775, Benedict Arnold et ses 1 100 hommes quittent Newburyport, dans le Massachusetts. Pour atteindre Québec, l’armée rebelle doit remonter les rivières Kennebec et Chaudière à travers les forêts du Maine. Arnold évalue la durée du voyage à environ 20 jours, mais il prend finalement près de deux mois.

Les hommes progressent difficilement à travers les marécages et la nature sauvage et se retrouvent rapidement à court de provisions. Certains meurent de faim et d’épuisement, tandis que d’autres, malades, doivent rebrousser chemin. Entre 300 et 450 hommes abandonnent l’invasion, y compris le colonel Roger Enos. Lorsqu’Arnold arrive aux portes de Québec le 13 novembre 1775, il ne lui reste plus que 700 hommes. Il tente de persuader les défenseurs britanniques de se rendre, mais sans succès; ses demandes de reddition sont ignorées. Arnold se retire donc à Pointe-aux-Trembles (aujourd’hui Neuville, au Québec) pour y attendre Montgomery et son armée.

Bataille de Québec

Le 3 décembre 1775, Richard Montgomery et 300 soldats rebelles arrivent à Pointe-aux-Trembles, où ils rejoignent Benedict Arnold et ses troupes. L’armée combinée compte 1 200 hommes, dont environ 200 volontaires canadiens. À ce moment-là, la ville de Québec est protégée par une garnison de 1 800 soldats et miliciens britanniques, dont plusieurs sont mal entraînés, et qui est sous le commandement de sir Guy Carleton.

Le 4 décembre, les Américains avancent vers Québec et établissent leur campement aux abords de la ville. Bien qu’ils tentent de creuser des tranchées de siège, le sol est gelé et ils sont contraints d’ériger des murs de neige et de glace à la place. Les forces rebelles doivent faire face à une épidémie de variole ainsi qu’au froid extrême. Beaucoup d’hommes, qui ne se sont engagés que jusqu’à la fin de l’année, aspirent à rentrer chez eux. Si les Américains doivent attaquer, ils doivent agir promptement.

Montgomery et Arnold décident d’attaquer au petit matin du 31 décembre, en pleine tempête de neige. Bien que la neige serve de couverture aux assaillants, elle les désoriente également et certains hommes se perdent. De plus, les défenseurs de Québec, informés par les déserteurs américains, connaissent les plans des rebelles.

Les Américains attaquent la Basse-Ville de Québec sur deux fronts. Montgomery et ses hommes partent du cap Diamant, au sud. Un détachement composé de marins britanniques et de miliciens canadiens les repère et ouvre le feu à bout portant, tuant Montgomery et ses officiers supérieurs. Les hommes d’Arnold attaquent depuis Saint-Roch, au nord, et pénétrèrent assez loin dans la Basse-Ville, mais Arnold lui-même est blessé à la jambe et évacué du champ de bataille.

Tableau représentant la mort du général Montgomery.

Désormais sous le commandement du général Daniel Morgan, les hommes d’Arnold affrontent les défenseurs britanniques dans les rues de la Basse-Ville. Cependant, ils sont rapidement à court de munitions puis encerclés. Vers 9 h, Morgan et environ 400 rebelles se rendent aux Britanniques. En tout, quelque 50 soldats rebelles sont tués et 35 autres sont blessés au cours de l’affrontement. Les Britanniques, pour leur part, déplorent une vingtaine de pertes, dont cinq morts.

Siège de Québec, 1776

Bien que les rebelles ne réussissent pas à prendre la ville de Québec, la position des Britanniques demeure précaire. Sir Guy Carleton décide de ne pas attaquer les Américains qui campent aux abords de la ville et qui l’assiègent pendant l’hiver et le début du printemps. L’armée rebelle reçoit des renforts, mais elle compte toujours moins de 2 000 hommes en raison des désertions et de l’expiration des contrats d’enrôlement de la milice. De nombreux soldats sont touchés par la variole et d’autres maladies. Bien que les Américains soient en mesure de tenir le siège, ils ne peuvent pas attaquer la ville avec des effectifs aussi réduits. Le siège isole cependant Québec et, dès mars, les provisions commencent à manquer. Le seul espoir réside dans les renforts britanniques, qui ne peuvent atteindre Québec qu’à la fonte des glaces au printemps et à la réouverture des voies de transport.

Secours de Québec et contre-attaque

L’aide est cependant en route. Le gouvernement britannique réagit aux attaques des rebelles dans la province de Québec et dans le Massachusetts en mobilisant deux armées. Une force de 25 000 hommes doit venir en aide aux troupes britanniques commandées par sir William Howe à Boston. Une armée plus modeste de 9 000 hommes doit se rendre à Québec, puis lancer une offensive vers le sud le long du lac Champlain et de la rivière Hudson. L’armée destinée au Canada est composée d’environ 3 000 hommes venus d’Allemagne et plus de 5 000 soldats de l’armée britannique (dont un régiment transféré de l’armée de Howe). La constitution d’une force aussi importante prend cependant du temps, et la flotte principale n’appareille que le 4 avril 1776. À ce moment-là, les soldats britanniques et les loyalistes de Boston ont déjà été contraints d’évacuer vers Halifax, en Nouvelle-Écosse, et la situation du Québec demeure précaire.

Le gouvernement britannique est conscient que les vivres s’épuisent à Québec et que les rebelles pourraient recevoir des renforts avant l’arrivée de l’armée principale. Il décide alors de dépêcher une avant-garde composée de trois navires chargés de provisions et transportant 200 soldats britanniques du 29e Régiment d’infanterie. Les navires HMS Isis, Surprise et Martin quittent les eaux britanniques en mars 1776 et traversent rapidement l’Atlantique, contournant d’immenses icebergs. Ils arrivent la deuxième semaine d’avril dans le golfe du Saint-Laurent, mais sont alors coincés dans un vaste champ de glace. Le capitaine Douglas de l’Isis décide de forcer le passage, en éperonnant la glace avec son navire jusqu’à ce qu’elle se fissure et s’écarte. Les deux autres navires suivent dans son sillage, mais la progression est lente. Finalement, le 6 mai 1776, la petite flotte atteint Québec, mettant ainsi fin au siège. Deux jours plus tard, le HMS Niger arrive d’Halifax avec trois navires transportant le 47e Régiment. D’autres bateaux et hommes arrivent le 10 mai.

Sir Guy Carleton décide de passer à l’offensive, poursuivant les rebelles démoralisés qui s’enfuient vers le sud. John Burgoyne et la plus grande partie des renforts débarquent à Québec le 29 mai 1776 et rejoignent rapidement Carleton et son armée. Les Américains tentent de repousser les Britanniques, mais sont vaincus à Trois-Rivières le 8 juin 1776. Dans leur fuite, ils incendient les forts de Sorel et de Chambly avant d’atteindre Crown Point, situé au sud du lac Champlain.

Défaite de la flotte américaine

Bataille de l’île Valcour

Le contrôle du lac Champlain revêt une grande importance pour les Britanniques, qui prévoient de transporter des troupes vers le sud par bateau et de rejoindre l’armée britannique commandée par William Howe, alors stationnée à New York. S’ils parvenaient à isoler la Nouvelle-Angleterre de New York, la rébellion pourrait être écrasée. Les rebelles américains sont conscients de l’importance du lac Champlain et sont déterminés à ralentir l’avance britannique. Ils décident de construire une flotte de navires à Crown Point, sous le commandement de Benedict Arnold. À l’extrémité nord du lac Champlain, les Britanniques rassemblent leur propre flotte. Le matin du 11 octobre 1776, les deux marines s’affrontent. Les Américains capturent ou détruisent la plupart des navires britanniques, et les Britanniques débarquent des guerriers autochtones sur l’île Valcour et sur les rives du lac afin d’empêcher les Américains de se replier sur la terre ferme.

Une partie de la flotte rebelle parvient à s’échapper et à regagner Crown Point, qu’elle incendie avant de se replier sur le fort Ticonderoga. Malgré la défaite de la flotte américaine, la défense rebelle du lac Champlain retarde les plans britanniques de progression vers le sud. L’hiver approchant, sir Guy Carleton décide de retirer ses forces au Canada.

L’été suivant, John Burgoyne mène une contre-invasion vers le sud depuis Québec, en passant par le lac Champlain. Son armée de 9 000 hommes se compose de soldats réguliers britanniques, d’auxiliaires allemands, de miliciens loyalistes et de guerriers autochtones. Malgré cela, Burgoyne s’engage dans une entreprise trop ambitieuse. Lors de la première grande victoire américaine de la guerre de l’Indépendance, son armée est vaincue et capitule à Saratoga le 17 octobre 1777.

Surrender of General Burgoyne

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