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Benjamin Franklin et les tentatives américaines d'annexion du Canada

Benjamin Franklin, écrivain, éditeur, scientifique, inventeur, homme d’État, diplomate (né le 17 janvier 1706 à Boston dans le Massachusetts; décédé le 17 avril 1790 à Philadelphie en Pennsylvanie). Pendant plus de trente ans (de 1751 à 1783), Benjamin Franklin a milité pour que le Canada (ou la Province de Québec à cette époque) soit unifié avec les colonies britanniques d’Amérique. En 1776, il a dirigé une mission à Montréal, qui était alors occupée par les forces rebelles durant la Révolution américaine. Les tentatives de Benjamin Franklin pour annexer le Canada aux États-Unis ont échoué à la fois en 1776 et plus tard en 1782 lors des négociations de paix.

Benjamin Franklin

Qui était Benjamin Franklin?

Benjamin Franklin mène une carrière longue et diversifiée; il est entre autres imprimeur, éditeur de journaux, ministre des postes de l’Amérique du Nord britannique, délégué à l’assemblée de Pennsylvanie et agent représentant certaines colonies américaines à Londres. Ses expériences sur l’électricité le rendent célèbre en Grande-Bretagne et en France. Il commande brièvement un régiment de milice durant la guerre de Sept Ans (1756-1763), guerre qui se termine par la conquête britannique de la Nouvelle-France et le traité de Paris de 1763. Il devient délégué au Congrès continental pendant la Révolution américaine et il est considéré comme l’un des Pères fondateurs des États-Unis.

Préoccupations en matière de sécurité

Benjamin Franklin invoque fréquemment la nécessité de sécurité dans ses arguments pour justifier le rattachement du Canada aux colonies américaines. Durant son enfance à Boston, la Nouvelle-France est perçue comme une menace pour la sécurité des colonies britanniques d’Amérique, plus particulièrement pour le Massachusetts, le New Hampshire et le Maine. (Les Français ne voulaient pas s’opposer à la puissante Confédération des Haudenosaunee [Iroquois] de la colonie de New York.) Des groupes de raids, qui sont composés d’officiers français, de colons français et de leurs alliés autochtones, descendent du nord pour attaquer les forts et les colonies britanniques. Ils incendient les maisons, scalpent les colons et les soldats, et prennent des otages. Les soldats britanniques, les colons et leurs alliés autochtones ripostent avec la même violence. Ces attaques s’inscrivent dans le cadre d’une lutte plus vaste des puissances impériales pour la suprématie mondiale, qui inclut le contrôle de l’Amérique du Nord.

Arguments pour l’expansion

Benjamin Franklin invoque également la croissance et l’expansion démographiques dans ses arguments en faveur de l’annexion du Canada. Dans un essai qu’il écrit en 1751 sur la croissance démographique dans les colonies, intitulé Observations Concerning the Increase of Mankind, Peopling of Countries &c., il parle de la colonisation du vaste « territoire de l’Amérique du Nord » par les Américains et de la nécessité pour la Grande-Bretagne de leur « garantir suffisamment d’espace » pour leur expansion. Gerald Stourzh, historien austro-américain, qualifie l’argument de Benjamin Franklin de « première formulation consciente et exhaustive de la “destinée manifeste” ». L’essai est publié près d’un siècle avant que le journaliste John Louis O’Sullivan de New York n’utilise ce terme en 1845 pour suggérer que les Américains ont le droit de s’étendre à travers l’Amérique du Nord.

En 1754, Benjamin Franklin rédige une proposition qui vise à coloniser les terres de la vallée de l’Ohio, un territoire que les Français considèrent comme faisant partie du Canada ou de la Nouvelle-France. Les colons britanniques et américains, quant à eux, considèrent que ce même territoire leur appartient de plein droit, en vertu d’anciennes chartes. Dans son Plan for Settling Two Western Colonies, Benjamin Franklin invoque à la fois des arguments de sécurité et de destin. Les Français « ont déjà ouvertement empiété sur ces territoires, au mépris de nos droits reconnus », écrit-il. « Si on les laisse faire, la population des Français et leur puissance vont augmenter, menaçant les colonies existantes. »

La proposition de Benjamin Franklin de s’emparer de cette partie du Canada ou de la Nouvelle-France comporte également un aspect financier : il souhaite que des compagnies de colonisation reçoivent des concessions de terres, qu’elles revendront ensuite aux colons. Benjamin Franklin a l’intention de s’impliquer éventuellement dans l’une de ces opérations de spéculation foncière.

Le Canada Pamphlet

Benjamin Franklin réitère ces arguments en 1760, lorsqu’il exhorte la Grande-Bretagne à conserver le Canada plutôt que la Guadeloupe lors des négociations du traité avec la France à la fin de la guerre de Sept Ans. Dans The Interest of Great Britain Considered, un pamphlet qui est également connu sous le nom de Canada Pamphlet, il soutient qu’une présence française continue aux frontières des colonies britanniques d’Amérique constituerait une menace constante, car les Français encourageraient des « tribus de sauvages barbares » à attaquer les colons britanniques américains, comme ils l’ont fait par le passé.

Benjamin Franklin réitère également l’argument qu’il a avancé dans ses Observations selon lequel davantage de terres entraineraient une augmentation de la population, déclarant : « Avec le Canada en notre possession, notre population en Amérique connaitra une croissance fulgurante. » Alors qu’il écrit en s’adressant à un public britannique, il ajoute que cet accroissement démographique se traduirait par un marché plus vaste pour les manufacturiers britanniques, un développement accru du commerce transatlantique et une puissance navale renforcée. À l’inverse, le maintien des Français au Canada freinerait la croissance des colonies et celle de l’Empire britannique.

Révolution américaine

La Grande-Bretagne décide de conserver le Canada, mais les relations avec ses colons américains se détériorent durant les années 1760 et au début des années 1770 lorsqu’elle tente d’augmenter les impôts dans les colonies pour rembourser les dettes contractées pendant la guerre de Sept Ans. La Révolution américaine commence en avril 1775. Benjamin Franklin, toujours déterminé à ce que le Canada soit annexé aux autres colonies américaines, devient délégué au Congrès continental. En juillet 1775, il lit à ses collègues délégués son projet Articles of Confederation, qui est un plan d’union des colonies. Ce plan comprend une clause stipulant que toute colonie britannique d’Amérique du Nord peut demander à se joindre à la Confédération, y compris « le Québec, le Canada, John’s (Île-du-Prince-Édouard), les Bermudes et la Floride orientale et occidentale ».

Mission à Montréal

En avril 1776, Benjamin Franklin mène une mission de trois hommes à Montréal, à la demande du Congrès continental. La ville est occupée par des soldats des treize colonies américaines, qui ont envahi la colonie britannique connue sous le nom de Canada ou de Province de Québec en septembre 1775. Ils se sont alors emparés de Montréal et de Trois-Rivières, qui sont deux des trois principaux centres urbains. Après un assaut infructueux contre la ville de Québec le 31 décembre 1775, les envahisseurs poursuivent leur siège, mais ils se trouvent dans une situation désespérée étant donné qu’ils n’ont pas de nourriture, de vêtements, d’argent et d’équipements, ainsi qu’en raison de la propagation de la variole. Le Congrès veut que Benjamin Franklin rétablisse l’ordre au sein de l’armée, qu’il contribue à la mise en place d’un nouveau gouvernement, et qu’il fasse du Canada la quatorzième colonie.

Benjamin Franklin, qui est alors âgé de 70 ans, est choisi en raison de sa « grande expérience de la vie, de sa sagesse, de sa prudence et de sa circonspection », selon John Adams, qui, comme Benjamin Franklin, est délégué au Congrès continental et futur père fondateur. De plus, John Adams croit que Benjamin Franklin parle couramment le français (ce qui n’est pas le cas), un atout qui est précieux étant donné que 99 % des habitants de la colonie britannique sont des francophones catholiques.

Les autres commissaires sont Charles Carroll de Carrollton, un riche catholique du Maryland, et Samuel Chase, un délégué au Congrès qui a plaidé avec véhémence pour l’acquisition du Canada par les treize colonies américaines. Le trio est accompagné d’un prêtre catholique, John Carroll (un parent de Charles Carroll), et de Fleury Mesplet, un imprimeur francophone qui possède une presse à imprimer.

Les trois commissaires arrivent à Montréal le 29 avril et ils réalisent rapidement que leur mission est vouée à l’échec à moins que le Congrès continental n’envoie davantage d’argent, d’hommes et de provisions à son armée en détresse au Canada. Ils écrivent une série de lettres de plus en plus désespérées à John Hancock, alors président du Congrès continental, implorant un soutien immédiat. Ces demandes deviennent sans importance le 6 mai, lorsque des navires de guerre britanniques transportant des renforts et des ravitaillements apparaissent sur le fleuve Saint-Laurent, devant la ville de Québec. Le siège est levé et les envahisseurs se dispersent, laissant derrière eux leurs armes, leurs équipements et leurs vivres. Un officier britannique rapporte avoir trouvé des assiettes de nourriture chaude sur une table, où son régiment s’assoit et mange.

Les nouvelles de l’arrivée des Britanniques parviennent à Benjamin Franklin, à Montréal le 10 mai. Il part pour Philadelphie le lendemain. Ses collègues commissaires, John Carroll et Samuel Chase, restent sur place jusqu’au 29 mai, avant de conclure que leur mission est vouée à l’échec. Seul Fleury Mesplet, l’imprimeur, demeure sur place. Il fonde plus tard le journal Montreal Gazette.

Proposition d’achat du Canada

Après l’échec de sa mission à Montréal, Benjamin Franklin propose d’acheter le Canada. On croit qu’il est l’auteur de Sketch of Propositions for a Peace (1776), un document qui suggère que les États-Unis devraient acheter le Canada, St. John’s, la Nouvelle-Écosse, les Bermudes, la Floride orientale et occidentale, ainsi que les « îles Bahamas » à la Grande-Bretagne. Bien que ce document ne soit pas écrit par Benjamin Franklin, il reflète les idées et opinions que ce dernier a exprimées ailleurs. La proposition souligne qu’il serait avantageux d’acquérir ces colonies, car leur conquête serait probablement plus coûteuse. « Il est absolument nécessaire que nous les possédions pour notre sécurité », écrit-il. Rien n’indique qu’il soumet cette proposition au Congrès.

Benjamin Franklin

Négociations de paix

Benjamin Franklin tente une dernière fois d’obtenir le Canada après s’être rendu à Paris afin de négocier le soutien de la France à la révolution, et éventuellement un traité de paix avec la Grande-Bretagne qui mettrait fin à la Révolution américaine. Lors de ses conversations avec Richard Oswald, un des négociateurs britanniques, il exprime à plusieurs reprises son souhait que la Grande-Bretagne cède le Canada aux États-Unis. Benjamin Franklin « a de nouveau mentionné l’affaire du Canada et a déclaré qu’il n’y aurait pas de paix solide tant que le Canada resterait une colonie britannique », écrit Richard Oswald le 8 juillet 1782 à Lord Shelburne, le premier ministre britannique. Deux jours plus tard, Benjamin Franklin présente à Richard Oswald huit conditions de paix, qui sont divisées en quatre conditions absolument nécessaires et quatre conditions préférables. « Céder la totalité du Canada » figure dans la deuxième catégorie. Cette condition de paix est par la suite abandonnée par Benjamin Franklin et ses collègues négociateurs.

Benjamin Franklin ne réussit pas à concrétiser son ambition de transformer tout le Canada, ou la Province de Québec, en colonie américaine. Cependant, avec ses collègues négociateurs, il réussit à convaincre les Britanniques de céder un vaste territoire au sud des Grands Lacs aux États-Unis d’Amérique (voir Traité de Paris de 1783).

États-Unis d’Amérique

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