Durant la guerre civile espagnole (1936-1939) qui opposait le gouvernement républicain d’Espagne aux rebelles nationalistes dirigés par le général Francisco Franco, le Canada était officiellement neutre. Cependant, de nombreux Canadiens soutenaient la cause républicaine. Malgré la Loi sur l’enrôlement à l’étranger de 1937, qui interdisait aux Canadiens de participer à des guerres à l’étranger, environ 1700 Canadiens se sont portés volontaires pour combattre pour la cause républicaine dans les brigades internationales. Les Canadiens ont servi dans des unités américaines ou britanniques jusqu’en juillet 1937, lorsque le bataillon Mackenzie-Papineau a été formé. On estime que 400 à 750 Canadiens ont perdu la vie pendant la guerre civile espagnole.

Guerre civile espagnole
La guerre civile espagnole fait suite à des décennies de changements politiques et de polarisation en Espagne. Pendant une grande partie des années 1920, l’Espagne est dirigée par le dictateur militaire Miguel Primo de Rivera, qui est soutenu par le roi du pays, Alphonse XIII. En 1931, le roi s’exile et la république est proclamée. Les difficultés économiques de la crise des années 1930 contribuent à accroître le mécontentement du peuple espagnol. Le 16 février 1936, le Front populaire, un parti de gauche, est élu au pouvoir. Le 17 juillet 1936, les forces nationalistes conservatrices organisent une mutinerie militaire et tentent un coup d’État. La guerre civile éclate. Les deux camps commettent des atrocités généralisées.
Le gouvernement républicain bénéficie du soutien de la plupart des groupes de gauche de l’Espagne, notamment des socialistes, des communistes, des démocrates libéraux et des anarchistes. Ces groupes comprennent des ouvriers urbains, des ouvriers agricoles et une grande partie de la classe moyenne instruite. Les insurgés nationalistes (également appelés « franquistes »), qui sont dirigés par le général Francisco Franco, bénéficient du soutien des conservateurs, dont de nombreux catholiques, des monarchistes, des propriétaires terriens, des hommes d’affaires et des éléments de l’armée espagnole, ainsi que des groupes fascistes.
Les républicains comme les nationalistes se tournent vers d’autres pays pour obtenir de l’aide. L’Allemagne et l’Italie, alors dirigées par les fascistes Adolf Hitler et Benito Mussolini, fournissent des avions, des pilotes, des chars, de l’artillerie, des instructeurs et des dizaines de milliers de soldats à la cause nationaliste. Le gouvernement républicain, cependant, a de la difficulté à obtenir le soutien d’autres pays. Un grand nombre d’entre eux ont signé un pacte de non-intervention, qui inclut un embargo sur les armes. Ce pacte limite considérablement la capacité du gouvernement républicain à acheter des armes, bien qu’il en reçoit de la part du Mexique et de la France. Le principal soutien de la République provient de l’Union soviétique, qui fournit aux forces gouvernementales des avions, des chars, des camions, du carburant, de l’artillerie et des munitions, ainsi que des conseillers militaires, des officiers du renseignement, des pilotes, des conducteurs de chars et des instructeurs.
Réponse canadienne à la guerre civile espagnole
Comme la plupart des autres pays, le Canada décide de ne pas s’impliquer officiellement dans la guerre civile espagnole. Cependant, de nombreux Canadiens suivent de près le conflit dans les journaux et les autres publications, et certains d’entre eux amassent des fonds pour la cause républicaine. Certains Canadiens manifestent cependant de la sympathie pour les nationalistes.
La guerre civile espagnole inspire des poèmes, des articles, des romans et des pièces de théâtre à des écrivains canadiens, incluant Charles Yale Harrison, Ted Allan, Jean Watts, Herbert Dyson Carter, Hugh Garner, Milton Acorn, Patrick Anderson, Louis Dudek, Dorothy Livesay, Leo Kennedy, Miriam Waddington, Ralph Gustafson, Abraham Moses Klein, Edwin John Pratt et Francis Reginald Scott. Certains de ces écrivains et écrivaines se portent également volontaires pour la cause républicaine en Espagne.
Volontaires canadiens en Espagne
Malgré le pacte de non-intervention, environ 40 000 volontaires étrangers servent dans les brigades internationales du côté républicain, tandis que 20 000 autres servent dans des unités médicales et auxiliaires.
Environ 1700 volontaires canadiens se rendent en Espagne, où ils combattent aux côtés des républicains. Plusieurs d’entre eux sont au chômage durant la crise des années 1930 et ils sont contraints de vivre dans des camps de secours. Près de 80 % d’entre eux sont des immigrants récents et environ 76 % sont affiliés au Parti communiste du Canada. Parmi ces derniers se trouvent le chirurgien Norman Bethune et l’écrivaine Jean Watts, l’une des rares femmes canadiennes à servir en Espagne.
Le gouvernement canadien s’inquiète du rôle prépondérant joué par les organisateurs communistes dans le recrutement des volontaires. En 1937, le Parlement adopte la Loi sur l’enrôlement à l’étranger, qui interdit aux Canadiens de participer à des guerres étrangères. Cela ne met toutefois pas fin au recrutement, et aucun volontaire n’est jamais poursuivi en justice.
Les volontaires canadiens n’ont leur propre unité dans les brigades internationales qu’en juillet 1937. Ils servent plutôt dans le bataillon Abraham Lincoln, le bataillon britannique ou d’autres unités, incluant des détachements médicaux et de transport. Cependant, en juillet 1937, le bataillon Mackenzie-Papineau est créé. Ce bataillon, qui comprend des volontaires américains et canadiens, est nommé en l’honneur de William Lyon Mackenzie et de Louis-Joseph Papineau, chefs des rébellions de 1837. Durant la majeure partie de la guerre, l’unité est commandée par le milicien, journaliste et rédacteur en chef canadien Edward Cecil-Smith. Les membres appelés les « Mac-Paps » participent à plusieurs campagnes majeures et subissent de lourdes pertes.
Legs
Le 1er avril 1939, la République s’effondre. Le général Franco prend le contrôle du gouvernement espagnol, régnant en dictateur jusqu’à sa mort en 1975. Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’Espagne est officiellement neutre, bien que Francisco Franco est favorable aux puissances de l’Axe.
Environ 500 000 soldats et civils meurent pendant la guerre civile espagnole, dont environ 400 à 750 volontaires canadiens. À leur retour au Canada, les survivants sont chaleureusement accueillis par leurs partisans, mais ils ne reçoivent aucune reconnaissance officielle étant donné l’interdiction de servir dans des conflits étrangers. De plus, un bon nombre d’entre eux sont considérés avec suspicion par la GRC en raison de leur affiliation à des organisations communistes, et ils sont empêchés de combattre durant la Deuxième Guerre mondiale.
Toutefois, depuis les années 1970, l’intérêt et la reconnaissance du public grandissent, et il existe désormais des monuments en l’honneur du bataillon Mackenzie-Papineau à Ottawa et à Toronto en Ontario, ainsi qu’à Victoria en Colombie-Britannique. Il existe également une pierre commémorative à Cumberland en Colombie-Britannique, et une plaque à Winnipeg au Manitoba.






