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Bataillon Mackenzie-Papineau

Le bataillon Mackenzie-Papineau était une unité de l’armée de la Seconde République espagnole durant la guerre civile espagnole (1936-1939). Le bataillon était composé en grande partie de volontaires canadiens. Il était officiellement connu sous le nom de 60e bataillon de la XVe Brigade internationale. Formé en juillet 1937, ce bataillon a pris part à plusieurs campagnes importantes jusqu’à la dissolution des Brigades internationales par la Seconde République espagnole en septembre 1938. Bien qu’il comptait de nombreux volontaires canadiens, le bataillon comprenait également un grand nombre de volontaires américains, britanniques, cubains, finlandais et espagnols. Pour ajouter à la confusion, les volontaires canadiens ayant servi dans d’autres unités sont souvent identifiés comme ayant appartenu au bataillon Mackenzie-Papineau (également appelés les « Mac-Paps »).

Bataillon Mackenzie-Papineau

Volontaires canadiens en Espagne

La guerre civile espagnole commence en juillet 1936. Presque aussitôt, des volontaires étrangers se rendent en Espagne pour combattre dans les deux camps. La plupart des volontaires provenant d’Amérique du Nord combattent pour la Seconde République espagnole, plus particulièrement pour la Troisième Internationale (Komintern) qui se mobilise pour soutenir l’effort de recrutement. Le Parti communiste du Canada joue un rôle crucial dans le recrutement, l’organisation et l’envoi de volontaires en Espagne. Certains Canadiens sont alors déjà en Europe et servent dans des milices constituées à la hâte, mais le premier contingent organisé de volontaires du Canada arrive en Espagne au début de 1937. Bob Kerr, un volontaire canadien d’origine écossaise, est envoyé pour représenter les intérêts du Parti communiste du Canada au sein des Brigades internationales.

La plupart des volontaires canadiens se joignent aux volontaires américains, qui sont plus nombreux, au sein du bataillon Abraham Lincoln de la XVe Brigade internationale. Le bataillon Abraham Lincoln livre sa première bataille dans la vallée de Jarama en février 1937. Avec l’arrivée de plus de norteamericanos, la XVe Brigade internationale crée une unité supplémentaire; le bataillon George Washington.

Elias Aviezer

Création du bataillon Mackenzie-Papineau

Parallèlement, des volontaires canadiens militent pour la création d’une unité canadienne afin de reconnaitre la contribution du Canada à l’effort de guerre et de servir de symbole mobilisateur pour le soutien en provenance du Canada. Après les combats de Jarama, Joseph Kelly, un Canadien d’origine irlandaise, convoque une réunion à la fin d’avril 1937 pour discuter de la formation d’une compagnie canadienne. Parmi les participants se trouvent Edward Cecil-Smith, Bob Kerr et Edo Jardas, qui sont membres du Parti communiste du Canada. Ils décident de militer en faveur de la création d’une compagnie canadienne nommée en l’honneur de William Lyon Mackenzie et Louis-Joseph Papineau, chefs des rébellions de 1837-1838 au Haut et au Bas-Canada.

En mai, les journaux du Parti communiste du Canada annoncent la création des « Amis du bataillon Mackenzie-Papineau », une organisation chargée de défendre les intérêts des volontaires canadiens en Espagne et d’amasser des fonds pour eux. Cette organisation précède la création du véritable bataillon canadien, et même d’une compagnie. À l’époque, le projet de création d’une unité canadienne n’est qu’une aspiration. La XVe Brigade internationale est en train d’organiser un nouveau bataillon, mais initialement, celui-ci est censé porter le nom d’un autre Américain.

Toutefois, le 1er juillet 1937, la XVe Brigade internationale annonce que le nouveau bataillon sera nommé « bataillon Mackenzie-Papineau ». Sa création coïncide avec la quasi-destruction du bataillon George Washington lors de l’offensive de Brunete; les survivants se joignent aux bataillons Lincoln et Mackenzie-Papineau. À la fin de l’été, la XVe Brigade internationale est réorganisée et elle compte trois bataillons composés de volontaires étrangers : le bataillon britannique, le bataillon Abraham Lincoln, et le bataillon Mackenzie-Papineau. Le quatrième bataillon de la brigade est principalement composé de soldats espagnols.

Entrainement et organisation

La XVe Brigade internationale établit le bataillon Mackenzie-Papineau durant une accalmie dans ses opérations. Par conséquent, le bataillon bénéficie de trois mois d’entrainement avant son premier combat en octobre 1937, ce qui est une période d’entrainement bien plus longue que tout autre bataillon levé plus tôt dans la guerre. Malgré son nom canadien, le bataillon Mackenzie-Papineau est initialement commandé par des Américains. Les premiers commandants de bataillon sont les Américains Robert Merriman, Rollin Dart et Robert Thompson. Lorsque le bataillon est déployé pour son premier combat à Fuentes de Ebro, Robert Thompson en est le commandant, et tous les commandants de compagnie et commissaires sont américains, à l’exception d’un seul. Niilo Makela, un volontaire canadien d’origine finlandaise, commande la compagnie des mitrailleurs.

Niilo Makela

Le bataillon Mackenzie-Papineau est composé d’un état-major de bataillon, de trois compagnies de fusiliers et d’une compagnie de mitrailleuses. L’état-major comprend des transmetteurs équipés de radios et d’héliographes, des cartographes, un médecin et des infirmiers, ainsi que du personnel de cuisine. La compagnie de mitrailleurs dispose de quatre ou cinq mitrailleuses Maxim, et le bataillon possède également un petit arsenal d’autres armes spéciales, comme des mortiers et des fusils de précision. Le bataillon est doté d’un corps d’officiers politiques, ou commissaires, qui travaillent en collaboration avec les commandants de bataillon et de compagnie. Ces commissaires exercent un contrôle supplémentaire sur la prise de décision.

Fuentes de Ebro

La première bataille du bataillon Mackenzie-Papineau a lieu à Fuentes de Ebro en octobre 1937. La XVe Brigade internationale reçoit pour mission de s’emparer de la ville. Le plan de la brigade est simple : l’aviation républicaine doit bombarder les positions nationalistes, un barrage d’artillerie doit neutraliser les défenseurs, et des chars transportant des soldats espagnols doivent avancer vers la ville. Les trois bataillons de volontaires étrangers doivent ensuite lancer l’assaut à travers le « no man’s land ». Cependant, en raison d’une mauvaise planification et d’un manque de coordination, le bataillon Mackenzie-Papineau se retrouve face à un ennemi qui n’est pas neutralisé. Les soldats attaquent vaillamment, mais ils ne parviennent pas à gagner beaucoup de terrain. Le bataillon subit de lourdes pertes.

Après l’attaque de Fuentes de Ebro, la XVe Brigade internationale a besoin d’importants renforts. Edward Cecil-Smith succède à Robert Thompson et devient le premier commandant canadien du bataillon Mackenzie-Papineau. Il commande le bataillon pendant la majeure partie de son déploiement en Espagne.

Bataillon Mackenzie-Papineau

Défense de Teruel

L’opération suivante du bataillon Mackenzie-Papineau est la défense de Teruel. Les nationalistes tiennent cette ville depuis le début de la guerre, mais les troupes républicaines s’en emparent à la fin de 1937, remportant ainsi l’une de leurs premières grandes victoires tactiques. La XVe Brigade internationale se trouve parmi les forces envoyées pour relever les troupes républicaines et défendre Teruel contre les contre-attaques incessantes des nationalistes. Le 17 janvier 1938, la cavalerie nationaliste perce leur flanc droit. Edward Cecil-Smith mène personnellement les efforts pour contrer la charge, utilisant des postes de mitrailleuses mobiles et même son état-major pour repousser la cavalerie. Le bataillon Mackenzie-Papineau tient ses positions et empêche la chute de Teruel. Il reçoit une citation d’unité du général Juan Modesto.

Après avoir été retiré de la ligne de front à Teruel, le bataillon Mackenzie-Papineau lance avec succès un raid nocturne contre une position nationaliste à Atalaya. Edward Cecil-Smith annule le raid suivant lorsqu’ils perdent l’effet de surprise.

Offensive d’Aragon et retraites

En mars 1938, la XVe Brigade internationale se repose en arrière-garde lorsque le général Francisco Franco lance l’offensive d’Aragon. L’assaut mobilise des troupes étrangères, des avions modernes, ainsi que des chars fournis par ses alliés allemands et italiens. L’attaque rapide repousse la première ligne de défenseurs républicains. Le bataillon Mackenzie-Papineau se précipite en position de blocage à Azuara pour protéger le flanc de la principale zone défensive de la XVe Brigade internationale à Belchite.

Le bataillon tente à plusieurs reprises de se regrouper et de combattre lors des retraites, notamment à Caspe, où Niilo Makela est tué. Caspe tombe aux mains des nationalistes le 17 mars. Le bataillon Mackenzie-Papineau commence la bataille avec 500 hommes et la termine avec seulement 250. Seule la moitié des soldats survivants ont encore leurs armes. Au début de mois d’avril, le bataillon Mackenzie-Papineau reçoit des renforts et oppose une brève résistance autour de Mora d’Ebre. L’offensive nationaliste atteint la mer Méditerranée le 15 avril. Ce qui reste du bataillon Mackenzie-Papineau est repoussé vers l’est de l’Èbre.

Traversée de l’Èbre

Offensive de l’Èbre

Les derniers combats du bataillon Mackenzie-Papineau sont la grande offensive républicaine visant à franchir l’Èbre et la défense de la tête de pont. En juillet 1938, le bataillon franchit l’Èbre et prend part aux assauts sur les villes d’Asco et de Flix. En août, le bataillon combat avec acharnement dans la Sierra de Pandols (surnommée « les montagnes de la Lune ») pendant onze jours et onze nuits, subissant des tirs d’artillerie intenses et des combats rapprochés. Au cours des combats qui suivent dans la Sierra de Cavalls en septembre 1938, Edward Cecil-Smith est accidentellement blessé à la jambe par son propre pistolet et évacué. Gunnar Ebb (de son vrai nom Paavo Koskinen), un volontaire finlandais, prend temporairement le commandement du bataillon.

Dissolution et retour au Canada

Lors des négociations de paix de septembre 1938, la République espagnole annonce la dissolution des Brigades internationales. Le bataillon Mackenzie-Papineau défile une dernière fois à Barcelone avant de se rendre à Ripoll, où les Brigades internationales font le tri des volontaires selon leur pays d’origine. Tous les volontaires canadiens sont regroupés ensemble, indépendamment de leurs précédents lieux d’affectation, et ils sont surnommés les « Mac-Paps ». Après le départ de Bob Kerr et de son remplaçant, Jack Taylor (de son vrai nom Muni Erlick), Edward Cecil-Smith devient le représentant le plus haut placé du Parti communiste du Canada en Espagne.

Il est à noter que le gouvernement canadien n’apporte aucune aide financière pour le rapatriement des volontaires, qui ont enfreint la Loi sur l’enrôlement à l’étranger en s’enrôlant dans cette guerre. Ce sont donc le Parti communiste du Canada, les Amis du bataillon Mackenzie-Papineau et divers donateurs privés qui organisent leur retour. Un train transportant la plupart de ces volontaires quitte Barcelone pour la France le 25 janvier 1939, juste avant la chute de la ville aux mains des forces nationalistes. Le groupe, composé de 292 Canadiens, 95 Américains et 11 Mexicains, s’en sort de justesse.

Lorsque la plupart des volontaires canadiens rentrent au Canada en février, ils sont accueillis par des foules enthousiastes, en particulier à Toronto.

Volontaires canadiens de la guerre civile espagnole

Héritage

Il n’existe que peu d’objets liés au bataillon dans les collections des musées ou collections privées. En 1979, les Veterans of the International Brigades-Mackenzie-Papineau Battalion of Canada militent pour que le gouvernement reconnaisse officiellement les volontaires comme étant d’anciens combattants, mais leur campagne échoue. Toutefois, des monuments commémoratifs pour le bataillon Mackenzie-Papineau sont érigés à Ottawa et à Toronto en Ontario et à Victoria en Colombie-Britannique, une stèle commémorative est érigée à Cumberland en Colombie-Britannique, et une plaque est placée à Winnipeg au Manitoba.

Lecture supplémentaire

  • V. Hoar, The Mackenzie-Papineau Battalion (1969).

  • Michael Petrou, Renegades: Canadians in the Spanish Civil War (2008; trad. Renégats: les Canadiens engagés dans la guerre civile espagnole).