Francis Reginald (Frank) Scott, poète, professeur de droit constitutionnel, socialiste, membre fondateur du mouvement socialiste au Canada (né le 1er août 1899 à Québec au Québec; décédé le 30 janvier 1985 à Montréal au Québec). Frank Scott était une figure influente du mouvement socialiste au Canada. Il était membre fondateur de la League for Social Reconstruction et de la Fédération du Commonwealth coopératif, et il a contribué à la rédaction du Manifeste de Regina en 1933. Frank Scott a également reçu deux Prix littéraires du Gouverneur général; son livre Essays on the Constitution a reçu le prix de la non-fiction (1977) et son recueil Collected Poems, a reçu le prix de la poésie (1981).

En tant qu’homme de lettres et militant social, Frank Scott influence profondément l’évolution culturelle et politique du Canada moderne. Il est le sixième des sept enfants d’Amy et du chanoine Frederick George Scott, un prêtre anglican, poète amateur et farouche partisan de la tradition civilisatrice de la Grande-Bretagne impériale. Il inculque à son fils le désir de servir l’humanité, l’amour d’un équilibre régénérateur des paysages laurentiens, et un profond respect pour l’ordre social. La présence discrète de sa mère figure dans plusieurs des poèmes de Frank Scott.
Frank Scott passe une enfance et une adolescence paisibles au Québec, et son éducation pastorale n’est que peu perturbée par la Première Guerre mondiale, bien que cette guerre coûte la vie à l’un de ses frères aînés et mène au départ du chanoine Scott pour l’Europe, en tant que pasteur pour les troupes canadiennes. Frank Scott est confronté pour la première fois aux troubles sociaux lors des émeutes déclenchées contre la conscription au Québec. Le carnage et les bouleversements sociaux causés par la guerre ne l’affectent pas avant le milieu des années 1920, lorsqu’il commence à lire de la poésie moderne.

Après avoir obtenu ses diplômes, d’abord à la Québec High School et ensuite au Bishop’s College (1919), Frank Scott fréquente le Magdalen College d’Oxford en tant que boursier de la fondation Rhodes. Il devient membre du Mouvement chrétien des étudiants, et il commence à explorer la théorie socialiste en lisant les travaux de l’historien économique et socialiste anglais R.H. Tawney.
Frank Scott retourne au Canada en 1923, complètement ignorant au sujet de son propre pays. La ville de Montréal lui semble particulièrement laide et dénuée de la beauté ancienne de l’Europe. Il s’y installe pour enseigner au Lower Canada College et écrire de la poésie. En 1924, il s’inscrit à la faculté de droit de l’Université McGill, où H.A. Smith éveille son intérêt pour le droit constitutionnel.
En 1924-1925, alors qu’il collabore au McGill Daily Literary Supplement, il fait la connaissance du poète et critique A.J.M. Smith, qui devient un ami à vie. Ensemble, ils fondent le McGill Fortnightly Review en 1925. Sous l’influence d’A.J.M. Smith, Frank Scott commence à introduire dans sa poésie un style plus contemporain, ce qui le mène éventuellement à des portraits poétiques du paysage austère des Laurentides, une source qui l’inspire de manière comparable à l’ancienneté de l’Europe. Son évolution vers ces paysages correspond à son mouvement intellectuel qui l’éloigne d’un univers centré sur lui-même et le rapproche de l’environnement social.
En 1927-1928, il exerce le droit pendant un an, et il se joint à la faculté de droit de l’Université McGill en tant que professeur. Il épouse Marian Dale Scott, une peintre de Montréal. Il continue également à participer à « The Group », un groupe de discussion informel et socialement engagé composé de diplômés d’Oxford. Vers la fin des années 1920, comme l’illustre The Canadian Mercury qu’il contribue à fonder, Frank Scott reproche à ses compatriotes canadiens de s’incliner devant les valeurs culturelles de l’Empire de la Grande-Bretagne.

Le début de la crise des années 1930 pousse Frank Scott à étudier les causes économiques de la misère et de la précarité sociale qui l’entoure. Inspirés par J.S. Woodsworth, Frank Scott et Frank Underhill fondent la League for Social Reconstruction (LSR) en 1931-1932. Cette dernière est un groupe d’étude socialiste qui élabore des politiques économiques et sociales pour combattre la misère causée par la crise des années 1930. Elle devient le réseau d’experts de la nouvelle Fédération du Commonwealth coopératif (FCC). Frank Scott contribue à la rédaction du désormais célèbre Manifeste de Regina de la FCC et du Social Planning for Canada (1935). Au fil des ans, il devient un pilier de la FCC, à la fois au niveau national et au Québec.

L’objectif de la LSR et de la FCC de créer une société plus égalitaire influence la poésie satirique et les essais constitutionnels et socialistes que Frank Scott publie pendant la crise des années 1930, souvent dans le Canadian Forum, dont il est rédacteur en chef. Au cours de la fin des années 1930, il se passionne pour des enjeux comme la guerre civile espagnole, et la campagne qu’il mène en faveur de la neutralité canadienne face à la menace de la guerre lui attirent de vives critiques.
La Deuxième Guerre mondiale, qui semble prouver que la collectivité humaine ne peut résoudre pacifiquement ses problèmes, perturbe profondément Frank Scott. Dans ses poèmes de cette période, il oscille entre une anxiété profonde et une foi renouvelée en l’humanité. Il finit par se convaincre que la collectivité humaine peut prospérer dans l’après-guerre. Dans des magazines comme Preview et Northern Review, ainsi qu’avec la philanthropique Fondation canadienne et d’autres organismes d’artistes, Frank Scott exhorte les artistes à cultiver une intelligence critique sur le plan social et à abandonner leurs perspectives régionales et artistiques étroites au profit d’une culture nationale démocratique.
En tant que président national de la FCC (1942-1950), son regain d’intérêt pour le socialisme l’amène à entrer en conflit avec les autorités de l’Université McGill, qui refuse de le nommer doyen de la faculté de droit.
En 1950-1951, Frank Scott cofonde le groupe Recherches sociales, un groupe d’étude sur les relations entre le Canada anglais et le Canada français. Il devient un actif traducteur de poètes canadiens-français comme Anne Hébert et Saint-Denys Garneau. En 1952, il se rend en Birmanie en tant qu’assistant technique de l’ONU afin d’aider à construire un État coopératif et socialiste. Au milieu des années 1950, il remporte deux procès historiques devant la Cour suprême du Canada, soit la Loi du cadenas et Roncarelli c. Duplessis, procès lors desquels il affronte le premier ministre autocratique du Québec, Maurice Duplessis. Dans les années 1950, la poésie de Frank Scott témoigne d’un regard singulièrement critique à l’égard de sa société nationale et de l’homme en général.
En 1962, alors que le FCC s’est transformé en Nouveau Parti démocratique, un processus auquel Frank Scott participe activement, il se retire de la politique partisane. L’Université McGill le nomme doyen de la faculté de droit (1961-1964), et il commence à s’intéresser de plus en plus à la survie de la Confédération canadienne. Il est membre de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, et il devient un ardent défenseur de l’ordre civil de la Confédération, soutenant l’invocation de la Loi sur les mesures de guerre en 1970.

Au cours des dernières années de sa vie, Frank Scott produit une série rétrospective d’ouvrages de synthèse essentiellement, dont Poems of French Canada (1977) qui remporte le prix de traduction du Conseil des arts; Essays on the Constitution (1977) qui remporte le Prix littéraire du Gouverneur général pour la non-fiction; et Collected Poems (1981) qui remporte le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie poésie.
Frank Scott contribue à faire du Canada un modèle international de coopération. Sa vision sociale vise à réaliser le meilleur de l’individu et de la communauté, même si sa loyauté envers l’ensemble social risque de limiter les libertés de l’individu. Ses engagements politiques et sa poésie illustrent une tension constante entre les besoins de l’individu et ceux d’une société potentiellement homogène.