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Cercle de feu de l’Ontario

Le Cercle de feu de l’Ontario, d’une superficie de 8 000 km², désigne une région riche en gisements de minéraux critiques dans les basses terres de la baie James, dans le nord de l’Ontario. Situé sur le territoire traditionnel couvert par le Traité no 9, il est devenu un foyer de tensions liées à l’exploitation des ressources, aux droits des Autochtones et à la protection de l’environnement.

Carte présentant les communautés autochtones et les zones protégées situées à proximité du Cercle de feu, dans le nord de l’Ontario.

Termes clés

Minéraux critiques — Éléments et composés naturels essentiels à la technologie moderne, à la sécurité économique et à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone.

Pourquoi l’appelle-t-on le Cercle de feu?

Le Cercle de feu de l’Ontario est une ceinture en forme de croissant apparemment riche en gisements de minéraux critiques dans des roches volcaniques anciennes. Richard Nemis, fondateur de Noront Resources, en collaboration avec le géologue John Harvey et le financier Robert Cudney, a baptisé cette région « Ring of Fire », en référence à la chanson popularisée par Johnny Cash. En anishinaabemowin (ojibwé), la région est connue sous le nom de Kawana'bi'kag, ce qui signifie « trou dans le sol ».

Caractéristiques physiques

Le Cercle de feu de l’Ontario s’étend autour du lac McFaulds, dans le district de Kenora, à quelque 500 km au nord-est de Thunder Bay. La zone s’étend sur plus de 8 000 km². Sa forme unique, d’environ 100 km de diamètre, est constituée d’une ceinture magnétique de roches ignées denses. La plupart des gisements minéraux se situent dans une ceinture de roches vertes, ainsi nommée en raison des traces de couleur verte présentes dans le substrat rocheux. Bien qu’on ait identifié d’importantes réserves minérales, la viabilité commerciale totale de l’exploitation minière reste subordonnée à des études de faisabilité et au développement des infrastructures.

La région se trouve dans les basses terres de la baie d’Hudson et de la baie James. C’est une vaste tourbière boréale caractérisée par des marécages, des fens, des forêts à croissance lente et de la toundra (voir Terres humides au Canada). Elle contient des milliers de petits lacs et abrite des espèces sauvages, comme le caribou boréal et diverses populations de poissons. Le Cercle de feu n’étant accessible que par avion ou, pendant quelques mois chaque hiver, par des routes de glace saisonnières, les débats sur la faisabilité de l’extraction et les besoins en infrastructures persistent.

Terres visées par un traité

Le Cercle de feu est situé sur le territoire couvert par le Traité no 9 (le Traité de la baie James), signé en 1905-1906. Ce traité englobe les basses terres de la baie d’Hudson et de la baie James. On y trouve les territoires ancestraux des Cris et des Ojibwés (Anichinabés), qui vivent dans cette région et en tirent leur subsistance depuis des millénaires. Dans les années 1600, des commerçants de fourrures de la Compagnie de la Baie d’Hudson s’y installent et établissent des postes près des terres de trappage des Autochtones, notamment pour la martre. Des colonies se forment progressivement autour de ces postes de traite. Au début du 20e siècle, alors que les pressions liées au développement industriel s’accentuent, les Premières Nations entament des négociations pour conclure des traités afin de protéger leurs moyens de subsistance, ce qui aboutit au processus du Traité no 9. (Voir aussi Traités numérotés.)

Lors des négociations du traité, les représentants de la Couronne promettent oralement aux signataires autochtones qu’ils conserveront leurs droits de chasser, de pêcher et de trapper sur leurs terres ancestrales. Les tribunaux canadiens ont depuis confirmé la force exécutoire de ces promesses orales, même si les gouvernements successifs ont fait l’objet de critiques pour ne pas les avoir pleinement respectées. Des adhésions au Traité no 9 ont lieu en 1908, puis de nouveau en 1929-1930. Cependant, plusieurs Premières Nations de la région soutiennent qu’elles n’ont jamais renoncé à leur pouvoir de décision sur leurs terres. Les communautés autochtones affirment n’avoir jamais renoncé à leur compétence en vertu du Traité no 9.

Découverte de minéraux critiques

À l’été 2007, Noront Resources Ltd. annonce la découverte d’un gisement à haute teneur en nickel et en cuivre dans les marécages de muskegs des basses terres de la baie James, un projet baptisé par la suite Eagle’s Nest. Depuis, d’autres gisements de nickel, de cuivre, de platine et de chromite ont fait l’objet de claims. Des gisements de zinc, de vanadium, de cobalt, de palladium et de titane ont aussi été découverts. Noront jalonne également un claim pour exploiter une mine d’or dans la région. Au fil des ans, le nombre de claims a augmenté dans le secteur. En 2022, Wyloo, une entreprise australienne, rachète Noront et la rebaptise Ring of Fire Metals.

Mesures législatives

En 2010, le gouvernement libéral de l’Ontario présente la Loi sur le Grand Nord. Cette loi impose un processus de planification conjointe avec les Premières Nations. Elle est adoptée malgré les objections généralisées des communautés autochtones, qui la considèrent comme une atteinte à leur souveraineté. En 2013, le Cercle de feu attire l’attention de tout le pays. Les Premières Nations nomment l’ancien premier ministre de l’Ontario, Bob Rae, comme négociateur en chef, tandis que la province choisit l’ancien juge de la Cour suprême, Frank Iacobucci, pour défendre ses intérêts.

Sous le premier ministre de l’Ontario Doug Ford, élu en 2018, le gouvernement progressiste-conservateur fait du développement du Cercle de feu un engagement économique central. Cette campagne s’intensifie en 2025, dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis, alors que tant l’Ontario que le gouvernement fédéral cherchent à renforcer l’indépendance économique du Canada en accélérant les projets d’exploitation de minéraux critiques. La province adopte une loi qui lui confère de nouveaux pouvoirs pour accélérer les grandes initiatives et les exempter de certaines obligations réglementaires. Le premier ministre Ford propose de désigner le Cercle de feu comme une « zone économique spéciale », une mesure qui, selon ses détracteurs, contournerait les évaluations environnementales et compromettrait les processus de consultation.

En 2025, les tensions s’accentuent avec l’adoption du projet de loi 5 de l’Ontario, qui accorde au gouvernement l’autorité nécessaire pour accélérer les projets d’infrastructure et d’exploitation des ressources. Cette même année, les gouvernements fédéral et provincial conviennent d’éliminer les évaluations d’impact redondantes pour les grands projets, dans le but d’accélérer leur développement. Ils présentent le projet comme une initiative de « construction nationale » essentielle pour contrer les pressions du commerce international.

Préoccupations environnementales

Les défenseurs de l’environnement et certaines Premières Nations sonnent l’alarme au sujet de l’impact de l’exploitation minière et des infrastructures sur les tourbières sensibles de la région. Les basses terres de la baie d’Hudson et de la baie James constituent l’un des plus vastes complexes de tourbières continues au monde. Elles stockent des milliards de tonnes de carbone. La perturbation de ces zones, par la construction de routes, le drainage ou l’exploitation minière pourrait libérer plus d’un milliard de tonnes de dioxyde de carbone. Cela compromettrait ainsi les objectifs climatiques, alors que les minéraux extraits sont présentés comme essentiels à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone (voir Changement climatique). La région abrite également des habitats fauniques essentiels, notamment pour des populations de caribous boréaux, déjà fragilisés par l’activité industrielle ailleurs dans le nord de l’Ontario. Les chefs de la Première Nation de Mushkegowuk demandent un moratoire sur le développement, tandis que les Premières Nations de Kitchenuhmaykoosib Inninuwug et de Wapekeka souhaitent assurer la protection permanente de leurs terres et de leurs eaux contre les activités industrielles. (Voir aussi Terres humides au Canada.)

Développement continu

Les Premières Nations de la région du Cercle de feu et des environs ont des points de vue différents sur le développement des ressources. Certaines d’entre elles perçoivent les possibilités économiques, telles que les emplois, les infrastructures et le partage des recettes, comme un moyen d’accéder à l’autodétermination et d’améliorer leur qualité de vie. Les Premières Nations de Marten Falls et de Webequie appuient la construction de routes dans la région, invoquant la nécessité d’améliorer l’accès aux communautés, de réduire l’isolement et de créer des possibilités économiques. D’autres s’opposent à l’exploitation minière à grande échelle. Les opposants soutiennent que l’exploitation minière à grande échelle menace les droits issus des traités, les moyens de subsistance traditionnels et l’intégrité environnementale des tourbières boréales. En effet, ces dernières figurent parmi les plus importants puits de carbone de la planète. Plusieurs contestent également le « libre accès » au système ontarien de claims miniers, alléguant qu’il viole l’obligation de consulter et le principe du consentement libre, préalable et éclairé.

Au début de 2026, des projets de routes et de lignes de transmission nécessaires à l’exploitation minière à grande échelle sont en cours, mais l’opposition des Premières Nations ne cesse de croître. Un rapport provisoire de janvier 2026 met en évidence d’importants obstacles à une participation significative, révélant que certaines communautés sont confrontées à des situations d’urgence et des conditions de crise et manquent de ressources équitables. Le rapport souligne également le déséquilibre de pouvoir qui persiste. On demande aux Premières Nations de négocier des accords de développement complexes, alors qu’elles peinent à satisfaire leurs besoins fondamentaux, tels que le logement, l’accès à l’eau potable et les soins de santé.