La frontière canado-américaine est la plus longue frontière internationale au monde. Elle s’étend sur près de 9 000 kilomètres et traverse huit provinces et territoires canadiens. En raison des liens économiques, sociaux et culturels étroits entre le Canada et les États-Unis, plusieurs villes se sont développées le long de cette frontière. Certaines dépendent même de leur voisin pour leurs services municipaux ou leurs liens culturels. Voici quelques exemples notables de ces villes. Toutes les données démographiques proviennent du recensement canadien de 2021.
St. Stephen, au Nouveau-Brunswick (population 4 510)
Les résidents de St. Stephen, au Nouveau-Brunswick, traversent régulièrement les courts ponts qui mènent à la ville voisine de Calais, dans le Maine, pour rendre visite à leur famille ou pour faire leurs courses. Les villes ne sont séparées que par un étroit tronçon de la rivière Sainte-Croix.
Ces deux communautés entretiennent depuis toujours des relations amicales. Elles partagent les services d’incendie et d’urgence. Chaque été, les maires de chaque ville se rencontrent au festival international Homecoming pour se serrer la main et pour célébrer la proximité de leurs localités, une tradition depuis 1973. Selon une légende locale, plutôt que de se battre pendant la guerre de 1812, les habitants de St. Stephen auraient donné leur réserve de poudre noire à leurs voisins américains de Calais pour qu’ils puissent l’utiliser lors de leurs célébrations du 4 juillet.
Stanstead, au Québec (population 1 483)
La seule chose qui sépare Stanstead, au Québec, de Derby Line, au Vermont, c’est la frontière invisible, ce qui signifie qu’il s’agit en fait d’une seule et même communauté. Les deux villes sont tellement interreliées qu’elles partagent des terrains de sport, des services d’aqueduc et d’égout, des services d’incendie ainsi qu’une bibliothèque célèbre.
Au tournant du 20e siècle, à une époque où les habitants se comportent essentiellement comme si les frontières n’existaient pas, Martha Stewart Haskell, une héritière canado-américaine, fonde la bibliothèque et salle d’opéra Haskell. Elle veut ainsi symboliser l’amour commun des deux pays pour la littéracie, les arts et la culture. À l’intérieur de la bibliothèque, une ligne de ruban adhésif au sol marque la frontière. Les livres, en anglais et en français, proviennent des deux pays. Les Canadiens et les Américains peuvent y accéder sans passeport. En raison de son emplacement unique, le gouvernement des États-Unis déclare Haskell comme zone neutre pendant la Deuxième Guerre mondiale afin d’éviter toute complication pour les visiteurs. La bibliothèque est désignée lieu historique national du Canada en 1985.

Fort Erie, en Ontario (population 32 901)
La ville de Fort Erie possède une longue histoire militaire. Elle tire son nom du vieux fort Érié (voir Lieu historique national du Canada du Fort-Érié), qui sert de base d’approvisionnement aux troupes britanniques pendant la Révolution américaine. Elle devient ensuite un champ de bataille lors de la guerre de 1812. En 1814, les Américains prennent d’assaut le fort, puis le font exploser, bien que le caractère intentionnel de l’explosion soit controversé. Ils battent ensuite en retraite, traversant la rivière Niagara pour atteindre Buffalo, dans l’État de New York. La lutte acharnée pour le contrôle du fort fait de Fort Erie le théâtre des batailles les plus sanglantes de l’histoire du Canada.
Au milieu des années 1800, la proximité de Fort Erie avec Buffalo en a fait un point de passage important pour les Afro-Américains qui tentent d’échapper à l’esclavage en empruntant le chemin de fer clandestin. Ils font ensuite le court trajet en bateau depuis la rive américaine jusqu’à Fort Erie.
Depuis 1927, le pont Peace, construit en partie pour commémorer les 100 ans de paix entre les Canada et les États-Unis, relie Fort Erie et Buffalo. C’est l’un des passages frontaliers les plus fréquentés, que les gens empruntent souvent pour faire du magasinage ou assister à des événements culturels.

Coutts, Alberta (population 224)
La ville frontalière de Coutts, en Alberta, est établie sur une ligne ferroviaire nord-sud entre l’Alberta et le Montana. Elle se trouve à proximité de la communauté non enregistrée de Sweet Grass, au Montana. En 1890, on construit la gare en partie à Coutts et en partie à Sweet Grass. La frontière traverse la salle d’attente et la salle à manger combinées de la gare.
Bien que la gare ne chevauche plus la frontière, les deux communautés demeurent profondément intégrées. Ils partagent les services d’incendie, et bien que Sweet Grass dépende de Coutts pour l’eau, cette dernière a parfois recours à l’électricité du Montana. Des deux côtés, l’économie locale repose sur l’agriculture et l’élevage. Évoquant les jours du chemin de fer, le passage frontalier de Coutts et de Sweet Grass constitue le point de passage le plus fréquenté de la frontière entre l’Alberta et le Montana. En effet, il est principalement emprunté pour le transport de nombreux produits agricoles, notamment les céréales et la viande, qui circulent dans les deux directions.

Stewart, en Colombie-Britannique (population 517)
Stewart, en Colombie-Britannique, est à l’origine une ville minière dans les montagnes de la province. Elle se trouve près de Hyder, en Alaska. Les deux villes prospèrent au début du 20e siècle grâce à la découverte de filons d’or et d’argent à proximité. Toutefois, avec le déclin de la qualité des minerais, leur attrait s’évanouit, entraînant une forte réduction de leur population.
Aujourd’hui, Hyder est fortement dépendante de l’économie et des ressources municipales de Stewart, au point que les deux villes ne forment pratiquement qu’une seule et même communauté. La plupart des entreprises de Hyder font des affaires en dollars canadiens et la ville utilise un indicatif régional canadien. Elle dépend également des services d’électricité et de télécommunications de la Colombie-Britannique. De plus, la ville de Hyder n’est accessible que par une seule route qui mène directement à Stewart. Il est impossible d’y accéder depuis une autre ville américaine. Cet isolement géographique fait en sorte que les enfants fréquentent l’école de Stewart et que les résidents utilisent les établissements de soins de santé ainsi que les services de police de cette ville.
