Les Kurdes sont un peuple originaire des plaines et des montagnes de la Mésopotamie. Leur territoire traditionnel est le Kurdistan. Actuellement, ce territoire est divisé entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. La migration kurde au Canada a probablement commencé dans les années 1970. Elle était motivée par l’oppression politique, sociale et culturelle. De nombreux gouvernements ont cherché à réprimer systématiquement l’identité kurde. Au cours des décennies suivantes, des vagues successives d’immigrants kurdes sont arrivées, renforçant davantage la présence de la communauté à travers le pays. Selon le recensement canadien de 2021, 23 130 personnes se sont identifiées comme étant Kurdes au Canada.
Les Kurdes et le Kurdistan
En Asie occidentale, la population kurde est estimée entre 36 et 46 millions d’habitants. Le Kurdistan, territoire d’origine de la communauté, est réparti entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie.
La langue kurde comprend des dialectes comme le kurmandji, le sorani et le kurde du sud. De nombreux Kurdes parlent également le zaza-gorani.
Les Kurdes ont des pratiques religieuses diverses. La majorité d’entre eux sont sunnites musulmans. Cependant, on trouve également des groupes minoritaires comme les musulmans chiites, les yézidis, les alévis, les kakaïs, les chrétiens et les juifs.
Migration et établissement
Après la Première Guerre mondiale, les puissances européennes divisent le Kurdistan entre plusieurs États. Cependant, elles laissent les Kurdes sans pays. Cette décision entraine des décennies de migration forcée, de discrimination et de perte de droits.
Les premiers immigrants kurdes arrivent probablement au Canada dans les années 1970 grâce au programme pour réfugiés des Nations Unies. (Voir Réfugiés au Canada.) Un bon nombre d’entre eux arrivent après l’accord d’Alger de 1975, qui provoque l’effondrement d’un important soulèvement kurde. Un grand nombre de personnes fuit la violence et la persécution politique.
D’autres réfugiés suivent dans les années 1980. Ils fuient les attaques du gouvernement irakien qui provoquent des déplacements massifs de population et un génocide. D’autres partent après la révolution iranienne de 1979, ce qui mène à des nouvelles restrictions pour les groupes minoritaires.
Certains immigrants kurdes arrivent aux côtés d’autres groupes nationaux, mais ils ont souvent peur de révéler leur identité; dans leurs régions d’origine, de nombreux Kurdes ont subi des décennies de répression culturelle. Ils n’étaient pas autorisés à parler leur langue ni à célébrer leur patrimoine.
Une vague de migration plus récente arrive après le Printemps arabe de 2011. À l’époque, de violents conflits poussent des milliers de personnes, dont des familles kurdes, à chercher refuge à l’étranger. Plusieurs de ces familles sont accueillies dans le cadre du programme de réponse canadienne à la crise des réfugiés d’origine syrienne.
La migration kurde au Canada se poursuit aujourd’hui. Elle est en grande partie motivée par la répression continue de l’État qui prive les Kurdes de leurs droits culturels et politiques.
Selon le recensement canadien de 2021, 23 130 personnes s’identifient comme étant Kurdes au Canada. Cependant, les estimations de la communauté suggèrent que le nombre réel pourrait être plus près de 50 000, bien que cela soit incertain. Cet écart est possiblement dû en grande partie à la classification des Kurdes sous d’autres identités nationales. Les répondants se déclarent probablement sous la nationalité des pays qui gouvernent les régions du Kurdistan, notamment l’Irak, la Turquie, l’Iran et la Syrie.
Vie sociale et culturelle
L’exil et la migration forcée fragmentent l’identité kurde à travers les régions et les générations. Malgré ces difficultés, les Canadiens d’origine kurde de différentes régions du Kurdistan travaillent à préserver leur patrimoine. Ils se portent également à la défense des droits des Kurdes au Canada et à l’étranger. À cette fin, ils forment des organismes communautaires de renom. Ceux-ci offrent des programmes culturels, des cours de langue, du soutien à l’établissement et des événements communautaires. Leurs activités permettent de maintenir les liens avec le Kurdistan et de sensibiliser le public aux luttes politiques des Kurdes au Moyen-Orient.
À Toronto, les Kurdes créent le Canadian Kurdish Community Centre. Ils fondent également la Greater Toronto Kurdish House en 2006. Ces groupes organisent notamment des événements culturels comme le Kurdish Heritage Festival et le Norouz (le Nouvel An kurde).
Le saviez-vous?
Le Norouz, le Nouvel An kurde, est célébré le 21 mars. C’est l’une des fêtes kurdes les plus importantes. Les célébrations sont marquées par des événements culturels, de la musique et des rassemblements. De nombreux organismes kurdes au Canada et ailleurs organisent des célébrations pour ce jour du Nouvel An kurde.
À Ottawa, la Ottawa Kurdish Community Association propose des cours de kurde. Elle offre également un soutien juridique aux nouveaux arrivants.
À Montréal, on trouve la Fondation kurde du Québec et la Communauté culturelle kurde de Montréal. Ces fondations organisent des programmes culturels et éducatifs. Elles aident également les immigrants à s’adapter à la vie au Québec. (Voir aussi Politique d’immigration québécoise.)
En Colombie-Britannique, on trouve la Kurdish Canadian Society et la Kurdish House (Mali Kurdistaniyan or Kurdi). Celles-ci s’efforcent de préserver la langue et la culture kurdes par l’entremise de festivals, d’expositions et de services communautaires.
En Alberta, la Canadian Kurdish Friendship Association à Edmonton est fondée en 2000. Son objectif est de sensibiliser les Canadiens à la culture kurde et à leurs luttes. Parallèlement, des membres de la communauté créent la Kurdish House à Calgary en 2020. Cet organisme se consacre à l’unification de la communauté kurde. Il participe également à des événements culturels, comme le GlobalFest.
Au Manitoba, la Kurdish Initiative for Refugees est fondée en 2015. Cet organisme se concentre sur l’aide aux réfugiés kurdes et yézidis pour leur installation et leur intégration dans la société canadienne.
Leadership et engagement communautaire kurde
Plusieurs dirigeants kurdes de premier plan jouent un important rôle dans la promotion des droits, de l’expression culturelle et de l’identité kurdes au Canada.
Les Kurdes apportent d’importantes contributions au domaine de la linguistique. Par exemple, Amir Hassanpour est un universitaire reconnu pour son travail de protection de la langue kurde. Dans les années 1990, il joue un rôle clé dans la défense des droits linguistiques et de l’identité kurde. Jaffer Sheyholislami est un autre universitaire et enseignant kurde. Il se spécialise en linguistique appliquée, en études du discours et en sociolinguistique. Ses recherches portent sur les politiques linguistiques, la formation de l’identité et le rôle des nouveaux médias dans les communautés kurdes.
En littérature, Jalal Barzanji est un poète kurde canadien. Sa poésie explore les thèmes de l’exil, de l’identité et d’autres expériences kurdes. Ava Homa est quant à elle une autrice kurde canadienne. Elle est surtout reconnue pour son roman Daughters of Smoke and Fire. Ce récit met en lumière les luttes des femmes et des réfugiés kurdes opprimés.
Les Canadiens d’origine kurde se distinguent également dans le monde des beaux-arts. Par exemple, Rzgar Hama est un metteur en scène et acteur dont les œuvres théâtrales explorent les thèmes de la guerre, de l’identité et de la résistance. Rzgar Hama s’inspire de son héritage kurde et de son expérience de l’exil politique. Au cinéma, Soran Mardookhi est une figure kurde canadienne de renom. Il est connu pour son travail en cinéma, à la télévision et dans le film documentaire. Son film Turbulence (2014) explore les effets à long terme de la guerre sur le peuple kurde. Khadija Baker explore les thèmes de l’identité, du déracinement et de la mémoire par l’entremise de récits participatifs et de performances. Khadija Baker est membre du Centre d’histoire orale et de récits numérisés de l’Université Concordia.
De nombreux Kurdes au Canada deviennent entrepreneurs. Parmi eux, Kami Rahmati fonde Waves Coffee House en 2005. Cette entreprise devient une franchise qui compte plus de 27 établissements en 2022.
En médecine, le docteur Khorshid Mohammad est un médecin reconnu pour ses travaux en neurologie néonatale. Il met sur pied le premier programme de soins intensifs neurologiques néonatals au Canada au Alberta Children’s Hospital.



