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Norouz

Newroz (en kurde : نەورۆز) ou Nowruz (en persan : نوروز) signifie « nouveau jour ». Le Norouz est une fête culturelle originaire d’Asie du Sud-Ouest et d’Asie centrale. Il marque le début de la nouvelle année et le premier jour du printemps, généralement le 20 ou le 21 mars. Il symbolise le renouveau, la renaissance et la force de la communauté. Au Canada, les membres des diasporas kurde, iranienne, baloutche, afghane et autres continuent de le célébrer. Les célébrations du Norouz sont un mélange de plats traditionnels, de musique, de danses et de rituels, tels que des feux de joie et la table haft-sîn. Au fil du temps, le Norouz passe d’une coutume régionale à un événement international. Les gens se réunissent pour assister à des spectacles culturels, vivre dans un esprit communautaire et profiter de la joie d’un nouveau départ. Les Nations Unies reconnaissent le Norouz comme une journée internationale. Cela souligne son importance en tant que célébration de la paix, de la résilience et du patrimoine culturel.

Origines historiques du Norouz

Les célébrations du nouvel an lors de l’équinoxe du printemps pourraient remonter à l’ancienne Mésopotamie. Des documents babyloniens mentionnent des festivités similaires vers 2000 avant notre ère. Cette tradition se répand ensuite dans tout l’Empire perse et s’intègre au zoroastrisme. La fête symbolise le renouveau, l’équilibre et le triomphe de la lumière sur l’obscurité. Selon la mythologie perse, le roi Jamshid aurait établi le Norouz comme point de départ du calendrier iranien. Certains pensent que, pendant la période achéménide, le roi Darius 1er de Perse (522-486 avant notre ère) aurait fait construire certaines parties de Persépolis pour les cérémonies du Norouz, une fête qui revêt une grande importance culturelle et spirituelle.

Le Norouz finit par se répandre dans des régions aux frontières, aux langues et aux traditions nouvelles. Au fil des siècles, plus particulièrement au cours du dernier millénaire, la fête évolue et s’enrichit de nouvelles influences sociales, religieuses et culturelles.

Mythes et symboles du Norouz

Le Norouz trouve son origine dans les mythes et légendes. Les récits et traditions relatifs à son origine diffèrent selon les ethnies et les cultures. Dans la mythologie kurde, le Norouz commémore le jour où Kawa le forgeron mène une rébellion contre le tyrannique roi Zahhak. Selon la légende, Zahhak est un souverain cruel flanqué de serpents poussant sur ses épaules, qui se nourrissent des cerveaux de jeunes hommes. Kawa, dont les propres enfants ont été enlevés par le roi, se révolte, brandissant son marteau. Il rallie le peuple et vainc le tyran, libérant ainsi le pays des ténèbres. Pour célébrer leur victoire, les Kurdes allument des feux de joie au sommet des montagnes. Ils symbolisent la liberté, la lumière et l’arrivée du printemps. Au fil du temps, le Norouz devient un symbole puissant de résistance, de renouveau et d’espoir pour le peuple kurde.

Un garçon saute par-dessus d'un feu. Il est entouré d'une foule.

Parmi les symboles courants du Norouz, notamment en Iran, on trouve la table haft-sîn, ou des « sept s ». On met sur une table divers éléments, comme de l’ail et des germes pour symboliser le renouveau et l’arrivée du printemps. D’autres symboles courants incluent des œufs peints, représentant la fécondité, un miroir symbolisant la réflexion, des bougies figurant la lumière, un poisson rouge incarnant la vie ou le progrès, ainsi qu’un livre, métaphore de la sagesse.

D’autres traditions mettent l’accent sur le renouveau et l’abandon du passé : on porte des vêtements neufs, on nettoie la maison et on allume des feux. On allume souvent ces feux par trois afin de symboliser les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions.

De plus, on rend visite à ses proches et on va de porte en porte en tapant sur des cuillères pour chasser la malchance et les mauvais esprits.

Célébrations contemporaines du Norouz

Aujourd’hui, près de 300 millions de personnes célèbrent le Norouz dans la région du monde qui était autrefois la route de la soie. Des groupes ethniques et des communautés en Iran, en Azerbaïdjan, en Afghanistan, en Asie centrale et en Asie du Sud-Ouest, ainsi que des Kurdes et des Ouïghours turcs, célèbrent le Norouz. (Voir aussi  : Canadiens iraniens; Communauté afghane au Canada; Canadiens d’origine kurde.) Cette fête est habituellement célébrée le 20 ou le 21 mars, coïncidant avec l’équinoxe du printemps, moment où le jour et la nuit ont une durée égale. Les festivités durent en général 13 jours. La célébration marque l’arrivée du printemps et le renouvellement de la nature. Elle incarne le triomphe de la chaleur, de la croissance et de la vie sur le froid et l’inertie de l’hiver.

Au programme des festivités figurent généralement de grands rassemblements entre amis et en famille, des fêtes de rue, des feux de joie, des récitations de poèmes et des concerts de musique folk. Quelle que soit la région, la nourriture est au cœur des célébrations. Les plats traditionnels peuvent évoquer le renouveau, la prospérité, la santé et la renaissance.

En Afghanistan et en Asie centrale, c’est l’occasion de s’adonner à des jeux traditionnels qui témoignent de l’héritage nomade de la région. En Iran, c’est le khane tekani (ou nettoyage de printemps) qui lance les festivités. Les communautés kurdes célèbrent cette fête avec des feux de joie, des danses traditionnelles en cercle, des vêtements colorés et des plats spéciaux, comme des kebabs et des dolmas.

Le Norouz, en plus de marquer le début d’une nouvelle année, constitue une occasion de revendiquer son identité culturelle et de résister. En effet, il peut être un outil d’expression politique. Historiquement, en Asie centrale, cette fête permet à la population de se réapproprier son identité nationale et de se distancer de l’héritage soviétique. (Voir aussi Le Canada et la Guerre froide.)

Pour les Kurdes, le Norouz revêt aussi un caractère politique. C’est un symbole de résistance et de lutte pour la liberté contre la tyrannie. De plus, les femmes kurdes profitent de cette fête pour contester les normes restrictives, en dansant publiquement pour affirmer leur identité. En Asie du Sud-Ouest, notamment en Syrie et en Iran, certains gouvernements ont tenté de l’abolir, la considérant comme une expression de l’identité kurde et d’une potentielle dissidence. Des Kurdes ont été torturés et certains ont même été tués pendant Norouz.

Traditions et coutumes du Norouz

Les festivités du Norouz ne se limitent pas aux 20 et 21 mars. Les activités, telles que le grand ménage, les échanges de cadeaux, les visites familiales, les repas, la décoration d’œufs, le port de vêtements neufs et les actes de charité commencent souvent une semaine avant. Dans les pays d’Asie centrale, on peut également assister à des combats de lutte et à des courses de chevaux. En Iran et en Afghanistan, par exemple, la fête se termine par le Sizdah Bedar (« se débarrasser du treize »), célébrée le treizième jour du Norouz. Cette journée est souvent marquée par des pique-niques et des rassemblements en plein air.

La table haft-sîn, sur laquelle on place sept produits commençant par la lettre persane « S », est un élément central de la plupart des célébrations. On y trouve notamment des germes, de l’ail et un pouding sucré qui symbolisent respectivement la santé, la prospérité et le renouveau pour la nouvelle année.

Plusieurs objets posés sur une table de couleur marron, notamment un livre, de la nourriture, une fleur rouge et blanc et de petites tortues.
Plusieurs objets placés côte à côte, notamment un livre, des œufs peints, une pomme, de l'ail, des fleurs et deux bougies.

En Ouzbékistan et au Turkménistan, les communautés se réunissent pour préparer le soumalak, un dessert cuit dans de grandes marmites communes. En Azerbaïdjan, on célèbre le Norouz en dégustant des kebabs, des dolmas et des desserts, comme les baklavas et les shekerbura (des pâtisseries en forme de croissant). Pour les Kazakhs, cette fête est l’occasion de déguster le nauryz kozhe, une soupe à base d’orge, de viande chevaline et de lait. En Ouzbékistan et au Kazakhstan, des démonstrations d’équitation traditionnelle, telles que des courses de chevaux, sont organisées pendant les festivités.

Chez les Kurdes, le Norouz est la fête la plus importante de l’année. Elle marque l’arrivée du printemps et reflète l’esprit et les aspirations du peuple kurde. Les traditions diffèrent selon les régions du Kurdistan, mais certaines sont communes. Les gens portent des vêtements traditionnels colorés, partagent des repas festifs, écoutent de la musique, dansent et récitent des poèmes. Dans la soirée du 20 mars, les Kurdes allument de grands feux sur les collines au coucher du soleil pour célébrer l’arrivée de la nouvelle année. On peut voir ces feux depuis les villes et les montagnes alentour.

Célébrations du Norouz au Canada

Le Norouz est devenu une tradition culturelle importante au Canada. De nombreuses communautés de différentes origines le célèbrent, notamment les Afghans, les Iraniens, les Kurdes, les Baloutches, les musulmans ismaéliens, les Tadjiks et les Azerbaïdjanais. Cette fête permet de renforcer les liens entre les gens grâce à des traditions et à un héritage communs.

Des danseurs en habits colorés se tenant les uns aux autres en ligne. Ils présentent devant une foule dans un lieu public.
Trois artistes devant une foule. L'une d'elles est vêtue d'une tenue jaune doré et sourit à la caméra.

La diaspora afghane du Canada célèbre le Norouz en se rassemblant pour écouter de la musique traditionnelle et pour partager des plats traditionnels. Ainsi, les Canadiens d’origine afghane préservent leur héritage culturel malgré la répression des talibans en Afghanistan. (Voir aussi Le Canada et la guerre en Afghanistan.) Ces festivités leur permettent d’affirmer leur identité et leur liberté, et de protéger leurs traditions.

Les Canadiens d’origine kurde venant de Turquie et de Syrie célèbrent également le Norouz. (Voir aussi Canadiens d’origine turque.) Nombre d’entre eux chérissent une tradition que leurs pays d’origine ont interdite pendant des décennies. Ces rassemblements leur permettent également de préserver leur identité culturelle, de résister à l’oppression dans leurs pays d’origine et de renforcer la solidarité au sein de leur communauté. Lors des festivités du Norouz au Canada, de nombreux participants exhibent le drapeau kurde et des portraits de dirigeants politiques emprisonnés. Cette manifestation d’identité et de solidarité est souvent accompagnée de musique et de danses, intercalées de chants évoquant la démocratie, la liberté et les droits du peuple kurde. Pendant les danses, on peut entendre des chants patriotiques tels que « Bijî Kurdistan » (« Vive le Kurdistan ») et d’autres hymnes nationaux kurdes populaires.