La section ontarienne des Mille-Îles est située en aval du fleuve Saint-Laurent et s'étend en aval sur 80 km à partir du lac Ontario, entre Kingston et Brockville. Elle se compose de plus de 1 000 îles rocheuses et boisées; quelques-unes ont plusieurs kilomètres carrés de superficie tandis que d'autres ne sont que des rochers et des hauts-fonds à fleur d'eau. On y dénombre officiellement 1 149 îles et îlots, dont 665 du côté canadien (241 officiellement nommés) et 484 du côté américain (126 nommés).

Géographie et formation
L'émergence du bouclier précambrien canadien, qui part de l'Est de l'Ontario et traverse toute la vallée du Saint-Laurent pour former l'assise des monts Adirondack, dans l'état de New York, est la cause du paysage pittoresque offert par les différentes îles et les passages en labyrinthe. Cette formation rocheuse complexe est vieille de plus de 900 millions d'années. Composée essentiellement de granit dur et de gneiss, elle a été rongée et sculptée par l'érosion glaciaire pour former un relief de creux et de bosses. Sur le paysage modifié qui apparaît suite au départ des glaces continentales (inlandsis), le système des Grands Lacs emprunte une nouvelle voie de drainage à l'est du lac Ontario, formant ainsi le fleuve Saint-Laurent. Les creux se sont remplis d'eau et les bosses rocheuses sont devenus des îles.
Faune et flore
La flore et la faune de cette partie du grand corridor du Saint-Laurent recèlent des trésors. Le paysage y est de toute beauté et l'histoire de la région est riche. Les oiseaux aquatiques y abondent. Étant donné que cette région est située à la limite sud de la zone boisée des Grands Lacs et du Saint-Laurent, on y trouve des espèces particulières au Sud comme le caryer ovale, le tilleul d'Amérique et le pin rigide ainsi que les feuillus et les conifères répandus dans le sud de l'Ontario (voir aussi : Noix sauvages au Canada; Pins au Canada; Arbres au Canada). Le profil varié du fond du Saint-Laurent abrite des habitats de poissons différents : quelque 38 espèces ont déjà été identifiées, dont des espèces qui attirent les pêcheurs depuis longtemps, notamment le grand brochet, le maskinongé, l'achigan à grande bouche et à petite bouche et la perchaude.

Colonisation européenne et toponymie
Des fouilles archéologiques ont démontré la présence d’activité humaine dans la région il y a 9 000 ans. Lieu de campement favori des Iroquoiens avant l'arrivée des explorateurs Européens, cette partie de la grande voie fluviale vers l'intérieur des terres est traversée par des explorateurs, des missionnaires, des commerçants de fourrure et des soldats. Les conflits militaires coloniaux entre la France et l'Angleterre (voir Guerre de Sept Ans), et plus tard entre l'Angleterre et les États-Unis (voir Guerre de 1812), ont légué à la région de nombreux toponymes, comme les îles Navy, Admiralty et Lake Fleet. Les îles Endymion, Camelot et Mermaid ont été baptisées ainsi en l'honneur de canonnières, tandis que Gordon et Stovin tiennent leur nom de commandants militaires.
Développement et tourisme
Les immigrants qui voyageaient vers le Haut-Canada à la fin des années 1700 et au début des années 1800 ainsi que les écrivains romantiques de cette période ont fait connaître un peu partout la beauté de la région (voir aussi Littérature de voyages). L'accessibilité de cette région à une société urbaine prospère dans les deux Canada et la proximité des États-Unis ont également permis de l'utiliser à des fins récréatives. Entre les années 1850 et 1870, on y construit des hôtels, souvent luxueux, surtout destinés aux pêcheurs. Les terrains de camping religieux se multiplient dans les îles et deviennent souvent des lieux de villégiature. Le développement du chemin de fer des deux côtés du fleuve attire les touristes fortunés. Les hôtels luxueux et les excursions en bateau à vapeur deviennent populaires et des résidences d'été font leur apparition, déjà avant la Confédération en 1867. Le parc national des îles-du-Saint-Laurent (aujourd’hui le Parc national des Mille-Îles) est créé en 1904 grâce à l'acquisition de plusieurs îles des Mississaugas.
Dès le début du 19e siècle, le tourisme contribue grandement à l'économie. Excepté quelques terrains de camping nationaux et provinciaux, les îles et le littoral appartiennent aujourd'hui en majorité à des intérêts privés. Le pont international des Mille-Îles (1938) traverse le Saint-Laurent à l'île Hill, reliant l'Ontario au réseau routier de l'état de New York. L'autoroute Macdonald-Cartier (autoroute 401) a grandement amélioré l'accès à la métropole après la Deuxième Guerre mondiale, et la route de plaisance des Mille-Îles longe les anses et les baies boisées de la rive du Saint-Laurent, de Gananoque à Brockville. Les services touristiques contribuent grandement à l'économie des collectivités voisines de Kingston, Brockville, Rockport, Ivy Lea et Gananoque. Les Mille-Îles, que Frontenac décrivait en 1673 comme la plus belle région au monde, a su conserver son histoire et sa beauté naturelle.



