​La Nouvelle-Écosse et la Confédération

La Nouvelle-Écosse est l’une des quatre provinces fondatrices du Canada. Elle a rejoint le Nouveau-Brunswick, l’Ontario et le Québec dans la Confédération le 1er juillet 1867. Toutefois, cette union est principalement due au fait que la Confédération a livré le chemin de fer Intercolonial aux Maritimes, et grâce aux efforts de sir Charles Tupper. Son gouvernement a en effet approuvé la Confédération au sein de la législature coloniale malgré l’opposition populaire. (Voir Les adversaires de la Confédération.) La Confédération a suscité des protestations de masse dans la colonie. Joseph Howe dirige notamment un effort de deux ans pour abroger l’union. (Voir Mouvement sécessionniste.) Ce dernier a toutefois décidé qu’il aiderait mieux sa province en travaillant au sein du gouvernement fédéral, dont il rejoint le cabinet en 1869.



Sir Charles Tupper

Une colonie en pleine expansion

La Nouvelle-Écosse hésite d’abord à se joindre à la Confédération. Au cours des milliers d’années de souveraineté mi’kmaq, et ensuite lors des premiers établissements européens au début des années 1600, un fort sentiment d’indépendance s’édifie chez le peuple local. En 1848, la Nouvelle-Écosse devient la première colonie de l’Amérique du Nord britannique (ANB) à mettre en place un gouvernement responsable, une forme d’autonomie démocratique. (VoirNouvelle-Écosse, berceau de la démocratie parlementaire canadienne.)

Lorsque l’on atteint les années 1860, les établissements côtiers de la colonie sont en plein épanouissement grâce à la construction navale, la pêche, l’élevage et le commerce. Un choix s’impose alors pour la Nouvelle-Écosse : devrait-elle rejoindre le Dominion du Canada qui lui est proposé ou demeurer une colonie britannique indépendante?

Opposés à la Confédération

Joseph Howe, politicien et journaliste, est l’une des figures de proue de la création du gouvernement responsable mais il s’oppose à l’entrée dans la Confédération. Selon lui, la Nouvelle-Écosse continuerait à s’épanouir d’elle-même, mais deviendrait la partie négligée d’un grand pays. Il allègue aussi que les 331 000 membres de la colonie devraient en décider ensemble.

Joseph Howe souligne l’éloignement géographique et culturel de la Nouvelle-Écosse par rapport au Canada-Ouest (aujourd’hui l’Ontario) et au Canada-Est (aujourd’hui le Québec). « Quelqu’un aurait-il déjà proposé d’unir l’Écosse à la Pologne ou la Hongrie? » fait-il valoir dans le Halifax Chronicle. « Des pays intérieurs situés à plus de 800 miles, en plein cœur de l’Europe. » Pour Joseph Howe, la situation en Amérique du Nord britannique s’y compare.

La plupart des Néo-Écossaissont issus de communautés prospères vivant du transport, de la construction navale ou de l’exploitation fermière. Ils voient ainsi peu d’avantages à s’associer aux autres colonies de l’ANB. Beaucoup d’entre eux se sentent même plus liés, par la famille et les affaires, aux états de la Nouvelle-Angleterre qu’à la distante Province du Canada.

Joseph Howe
Patriote néo-écossais par excellence, Joseph Howe a utilisé son pouvoir d'orateur pour influencer ses compatriotes plus que n'importe qui.

Tupper et la Confédération

Malgré ces nombreuses oppositions, les délégations néo-écossaises envoyées aux Conférences de Charlottetown et de Québec, en 1864, ont pour mandat de joindre la colonie à la Confédération (voirLes adversaires de la Confédération). Ceux qui sont favorables à l’idée arguent que de rejoindre ce nouveau pays garantirait plus de sécurité face à la menace de l’expansionnisme américain. L’union offrirait de plus un vaste marché intérieur pour les biens fabriqués en Nouvelle-Écosse et, surtout, un chemin de fer national liant les colonies de l’Atlantique à l’Ontario et au Québec payé et construit majoritairement par le nouveau gouvernement fédéral. (Voirchemin de fer Intercolonial.)

Le premier ministreCharles Tupper, qui est en tête des délégations néo-écossaises aux conférences de 1864. En 1866, à la fin de son mandat, il profite de son gouvernement majoritaire dans la législation coloniale pour faire adopter la Confédération selon les termes décidés à Québec. (Voir aussi Résolutions de Québec.)

Lorsque la Nouvelle-Écosse devient officiellement une province canadienne, en 1867, deux journaux résument les opinions politiques contraires. Le British Colonist déclare : « Les jours d’isolation et d’archaïsme sont derrière nous; nous formons désormais un peuple unifié, et l’éclat de chacun fait briller davantage nos lumières communes ». Le Morning Chronicle, quant à lui, déplore qu’« est décédée, hier à minuit, la province libre et fière de la Nouvelle-Écosse ».

Sur la côte d’Halifax, des manifestants brûlent un mannequin à l’effigie de Charles Tupper, en même temps qu’un rat vivant. À Yarmouth, certains bâtiments sont recouverts de toile noire en signe de protestation.

Mouvement sécessionniste

Bien que Charles Tupper ait imposé la Confédération, les citoyens en droit de voter la rejettent. Lors de l’élection de 1867, à la fois provinciale et fédérale, la Ligue anti-Confédération de Joseph Howe et d’autres politiciens opposés à l’union remportent 36 des 38 sièges dans la législature provinciale. Ils s’emparent aussi de 18 sièges sur 19 au niveau fédéral. Charles Tupper devient ainsi le seul partisan de la Confédération à être élu au nouveau Parlement fédéral.

Menés par Joseph Howe, les Néo-Écossais opposés à la Confédération se battent en vain pendant deux ans pour la révoquer (voir Mouvement sécessionniste).

En 1868, Tupper et Howe trouvent un terrain d’entente. Joseph Howe, devant l’insuccès de ses tentatives pour retirer la Nouvelle-Écosse du Canada, comprend qu’il pourrait en faire davantage dans l’intérêt de sa province en travaillant à l’interne, au gouvernement fédéral. En 1869, invité par le premier ministre John A. Macdonald, Joseph Howe se joint au Cabinet fédéral. Il jouera plus tard un rôle important dans l’avènement de la Confédération au Manitoba (voirLe Manitoba et la Confédération).

Pères de la Confédération

On compte parmi les Pères de la Confédération de la Nouvelle-Écosse, c’est à dire ceux ayant assisté à l’une ou plus d’une des conférences de Charlottetown, Québec et Londres, Charles TupperAdams G. Archibald, R.B. DickeyW.A. Henry et Jonathan McCully.

Voir aussi : Mères de la Confédération; Confédération : collection; Confédération : chronologie.


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