Le fort Sainte-Thérèse est un site militaire des 17e et 18e siècles. En 1665, un premier fort est construit sur les berges de la rivière Richelieu. Il sert de relais au régiment de Carignan-Salières pour aller combattre les Haudenosaunee. Abandonné par la suite, il sera reconstruit deux fois avant la chute de la Nouvelle-France, puis il tombera dans l’oubli pendant près de 150 ans.
Voie navigable stratégique
La rivière Richelieu sert d’axe de communication nord-sud pour les Premières Nations bien avant la colonisation européenne. Par cette voie navigable, il est possible d’atteindre, au nord, le fleuve Saint-Laurent et, au sud, le lac Champlain ainsi que le fleuve Hudson.
Pour la Nouvelle-France, la rivière représente autant un avantage militaire qu’un point faible. Autoroute avant son temps, elle sera le théâtre d’affrontements lors de la majorité des conflits des périodes coloniales française et britannique.
Premier fort de 1665
Dès 1665, la Nouvelle-France souhaite mettre fin aux attaques des Haudenosaunee. Celles-ci limitent notamment le peuplement de la région de Montréal et le développement économique de la colonie. (Voir Peuplement de la Nouvelle-France.) Les autorités ordonnent la construction d’une série de cinq fortins le long de la rivière Richelieu. Ils nomment ces derniers Richelieu (Sorel), Saint-Louis (Chambly), Sainte-Thérèse, Saint-Jean et Sainte-Anne (île La Motte).
En septembre 1665, le gouverneur Alexandre de Prouville de Tracy charge le commandant du régiment de Carignan-Salières, Henri de Chastelard, marquis de Salières, d’ériger un fort le long de la rivière Richelieu, à quelques lieues au sud du fort Chambly. La présence de rapides entre le fort Chambly et le site du futur fort justifie le choix de sa localisation, car un portage est nécessaire pour continuer à naviguer sur la rivière.

Environ 350 militaires accompagnent Henri de Chastelard de Salières. Au début d’octobre, les troupes installent une double palissade de bois d’une quinzaine de pieds de haut. Le nouveau fort est de forme rectangulaire et comprend quatre bastions. L’installation est achevée le 15 octobre, jour de la Sainte-Thérèse dans le calendrier liturgique catholique.
Lors des campagnes de 1666 et 1667, le fort Sainte-Thérèse sert notamment de relais, de poste de ravitaillement et de lieu de ralliement pour les troupes.
À la suite de la signature d’un traité de paix avec les Haudenosaunee en 1667, le fort est abandonné. Toutefois, en 1704, le site est le lieu de rassemblement pour les membres de l’expédition contre le village de Deerfield, en Nouvelle-Angleterre. Plus tard, l’endroit sert à dissimuler de la marchandise de contrebande.
Second fort de 1747
Lors de la guerre de Succession d’Autriche, les autorités coloniales craignent que les habitants des colonies britanniques tentent d’envahir la Nouvelle-France par la rivière Richelieu. Le site de l’ancien fort Sainte-Thérèse semble idéal pour servir de point de ralliement aux troupes en route vers le fort Saint-Frédéric, au sud du lac Champlain. En mars 1747, Paul Marin de la Malgue, lieutenant des troupes de la Marine, se voit confier la construction d’un nouvel ouvrage militaire à cet emplacement.
Cependant, en 1748, le fort Saint-Jean est reconstruit. Avec l’aménagement d’une route le reliant à La Prairie, le fort Saint-Jean supplante le site du fort Sainte-Thérèse, qui est de nouveau délaissé. Les autorités réquisitionnent plutôt le matériel encore utilisable pour les travaux du fort Saint-Jean. Les terres des environs servent également à l’établissement de colons. (Voir Peuplement de la Nouvelle-France.)
Troisième fort de 1760
Pendant la guerre de Sept Ans, le fort Sainte-Thérèse reprend vie. Il accueille une vingtaine de militaires et sert d’entrepôt pour les vivres et les munitions. L’ingénieur Michel Chartier de Lotbinière a le mandat de renforcer ses défenses à l’automne 1759.
À l’été 1760, l’armée britannique remonte la vallée du Richelieu, en direction de Montréal. Dans la nuit du 15 au 16 juin 1760, une expédition de rangers de Robert Rogers incendie le fort, le village, les provisions et les embarcations. Ils tuent le bétail et capturent les soldats français ainsi que les civils.
Le commandant en chef des troupes françaises, le chevalier François-Gaston de Lévis ordonne rapidement sa reconstruction. Pour lui, la marche de l’ennemi doit être entravée. Cependant, dès la fin d’août 1760, alors que l’armée britannique se rapproche, l’armée française abandonne et met hors d’usage les forts de la vallée du Richelieu. Le fort Sainte-Thérèse est brûlé pour la deuxième fois en quelques semaines. Il ne sera jamais reconstruit.
Dès le 1er septembre, le général britannique William Haviland y installe un campement en attendant de poursuivre sa route vers Montréal. Une petite garnison y reste postée quelques semaines.
Plus tard, lors de la Révolution américaine, un détachement de l’armée rebelle américaine occupe le site brièvement de 1775 à 1776, alors qu’elle remonte la vallée du Richelieu pour assiéger Montréal.
Vestiges archéologiques
En 1923, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada reconnaît l’importance historique du fort Sainte-Thérèse. (Voir Lieux historiques nationaux du Canada.) Cependant, la localisation exacte des forts demeure un sujet de débats. En 2007, une photo aérienne prise en 1938 vient confirmer l’emplacement du dernier fort de 1760, dont la moitié a été engloutie par la rivière Richelieu. Parcs Canada supervise des campagnes de fouilles archéologiques en 2008, 2009 et 2010. Elles permettent de conclure que les forts de 1665, 1747 et 1760 ont été superposés. Aujourd’hui, bien que la végétation ait envahi l’endroit, des panneaux d’interprétation témoignent de la présence du fort perdu et retrouvé.