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Forêts de varech au Canada

Les forêts de varech constituent l’un des écosystèmes les plus diversifiés de l’océan. Elles sont formées par plusieurs espèces différentes de varechs (voir Algue) qui poussent à proximité les unes des autres. Elles constituent un habitat essentiel à des milliers d’espèces, notamment des poissons, des mammifères, des oiseaux et des invertébrés. Cet écosystème est également considéré comme un puits de carbone, absorbant et stockant le dioxyde de carbone (CO₂) présent dans l’eau.

Forêt de varech sous-marine.

Description

Situées dans les eaux côtières peu profondes, les forêts de varech prospèrent dans les eaux froides et riches en nutriments des régions tempérées et polaires. Elles sont composées d’espèces de varechs à croissance rapide, comme le varech géant (Macrocystis pyrifera) et le kelp à bulbe, appelé aussi kelp taureau (Nereocystis luetkeana), qui peuvent pousser jusqu’à 45 cm par jour. En raison de leur dépendance à la lumière du soleil pour la photosynthèse, les forêts de varech se trouvent rarement à des profondeurs supérieures à 14 à 46 m. Tout comme les forêts terrestres, les forêts de varech produisent de l’oxygène, stockent du carbone et peuvent atténuer les effets des changements climatiques, tout en créant un habitat essentiel le long des côtes canadiennes. Cet écosystème absorbe une quantité importante de dioxyde de carbone, à un taux par unité de surface semblable à celui des forêts pluviales. Les forêts de varech sont très dynamiques et elles se développent rapidement dans des conditions favorables. Toutefois, elles peuvent également disparaitre rapidement en raison des changements des conditions océaniques, comme le réchauffement des eaux ou de faibles niveaux de nutriments. Les variations des populations d’oursins ont également un impact sur les forêts de varech; la prolifération non régulée de populations d’oursins peut entrainer ce que l’on appelle une zone dénudée par les oursins, car ces invertébrés herbivores peuvent brouter le varech de manière excessive, ce qui mène à la destruction de forêts entières.

Répartition

On trouve des forêts de varech dans les trois océans qui bordent le Canada : l’Arctique, l’ Atlantique et le Pacifique. Les forêts de varech les plus connues au Canada se trouvent sur la côte ouest de la Colombie-Britannique. Cet écosystème prospère dans les eaux plus froides des latitudes tempérées et polaires du monde entier. La croissance des forêts de varech varie au fil des saisons; elle commence au printemps et se poursuit tout au long de l’été, et elle atteint son apogée au début de l’automne. En hiver, les tempêtes et les vents violents déchirent et arrachent les frondes de varech et détruisent ces forêts, réduisant ainsi la densité et la disponibilité de cet habitat.

Une carte montrant l’emplacement des principales forêts de varech dans le monde entier.

Écologie

Les forêts de varech abritent de nombreuses espèces. Cet écosystème leur sert d’abri et de nourricerie, ainsi que de terrain de chasse pour certaines espèces prédatrices. Les oursins de mer, les sébastes, les loutres de mer et les phoques y sont des habitants courants. Des poissons comme le hareng et les jeunes saumons, ainsi que divers oiseaux, comme les goélands, les sternes, les aigrettes neigeuses, les hérons, les cormorans et les oiseaux de rivage, fréquentent également ces forêts de varech. De ce fait, les forêts de varech abritent une riche biodiversité et constituent la base de la chaine alimentaire, puisque les espèces herbivores s’en nourrissent. La densité et la santé de ces forêts de varech ont un impact sur plusieurs de ces espèces, et toute variation de leurs populations peut entrainer des répercussions en cascade sur l’ensemble de la chaine alimentaire.

Les forêts de varech protègent également les côtes contre les tempêtes et l’érosion en réduisant l’énergie des vagues et en améliorant la qualité de l’eau grâce à l’absorption des nutriments en excès, comme l’azote. Elles soutiennent également la pêche en offrant un refuge à des espèces exploitées commercialement comme le sébaste, le crabe et le homard (voir Rivages vivants).

La santé des forêts de varech dépend de la présence des loutres de mer. Ces petits mammifères sont des espèces clés de voûte des forêts de varech, car ils se nourrissent d’oursins et aident à réguler leurs populations. Sans loutres de mer, les forêts de varech risquent davantage d’être ravagées et de se transformer en déserts d’oursins. Par le passé, la chasse excessive des loutres de mer pour la traite des fourrures a eu un impact négatif sur les forêts de varech en entrainant justement une prolifération incontrôlée des populations d’oursins. Au cours des 50 dernières années, la chasse aux loutres de mer cesse, ce qui permet à leurs populations de se reconstituer le long de la côte du Pacifique, et par conséquent, de favoriser la restauration de certaines forêts de varech.

Une loutre de mer et ses deux petits près d’un amas de varechs à la surface de l’océan.

Conservation et menaces

Malgré un certain rétablissement au cours du dernier demi-siècle, les forêts de varech demeurent menacées à mesure que les changements climatiques s’intensifient et que la température des océans augmente. Le réchauffement des printemps et des étés, ainsi que les vagues de chaleur marines comme le « Blob » (une vaste masse d’eau chaude s’étendant de l’Alaska au Mexique dans le Pacifique de 2013 à 2016, qui a eu de graves répercussions sur les conditions météorologiques, la faune et la pêche), diminue la résilience des forêts de varech, entrainant le déclin de cet habitat essentiel. D’importantes superficies de forêts de varech sont perdues dans la mer des Salish, au large des côtes de la Colombie-Britannique, avec plus de 5,5 millions de mètres carrés disparaissant en seulement 12 ans. De plus, les changements climatiques réduisent le brassage des eaux océaniques, diminuant ainsi l’apport de nutriments vers les forêts de varech, ce qui les menace davantage. L’intensification des tempêtes a également un impact négatif sur ces forêts de varech en arrachant les frondes de varech. Par ailleurs, les pratiques de pêche destructrices, la pollution côtière et les dommages accidentels causés par les enchevêtrements de bateaux constituent tout autant des menaces pour les forêts de varech.

Des groupes comme la Kelp Rescue Initiative collaborent avec les Premières Nations pour revitaliser les forêts de varech au Canada. En évaluant de multiples aspects de la restauration du varech, notamment en étudiant les méthodes de restauration, la tolérance thermique, et l’adaptation et l’état du varech, ainsi qu’en menant des actions de sensibilisation auprès des communautés, ces groupes visent à restaurer et à préserver les forêts de varech sur la côte ouest de l’île de Vancouver.

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