La couleuvre mince (Thamnophis saurita) est un serpent rayé non venimeux originaire de l’est de l’Amérique du Nord. Quatre sous-espèces sont reconnues dans son aire de répartition, mais la couleuvre mince du Nord (Thamnophis saurita septentrionalis) est la seule sous-espèce indigène au Canada. Au pays, on la trouve dans le sud et le centre de l’Ontario, l’extrême sud du Québec et le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Elle est classée comme une espèce en péril en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada.

Description
La couleuvre mince est un serpent élancé de taille moyenne qui peut atteindre une longueur d’un peu plus d’un mètre, bien que la plupart des individus soient beaucoup plus petits. La femelle est plus grande que le mâle. Les écailles de cette espèce sont « carénées », c’est-à-dire qu’elles présentent des crêtes au milieu, ce qui lui confère une apparence et une texture rugueuses. Elle est généralement noire ou brun foncé, avec trois rayures jaunes à blanc jaunâtre qui s’étendent de son cou jusqu’à la pointe de sa queue. Une bande longe le dessus de son dos, tandis que les deux autres longent ses flancs, sur les troisième et quatrième rangées d’écailles. Une rayure brun rougeâtre sur ses côtés inférieurs longe les première et deuxième rangées d’écailles et les bords de son ventre. Son menton et les écailles autour de sa gueule sont blancs à crème. Une barre verticale distincte de couleur blanche à crème est visible devant chaque œil. Le centre du ventre est habituellement blanc, crème ou jaune pâle.

Répartition et habitat
Au Canada, on trouve la couleuvre mince dans le sud et le centre de l’Ontario, l’extrême sud du Québec et le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Les populations de la Nouvelle-Écosse sont isolées du reste de l’aire de répartition de l’espèce, la population la plus proche se trouvant à plus de 700 km par voie terrestre. Cette espèce est répandue dans tout l’est des États-Unis, du Maine aux Keys de Floride au sud, et jusqu’au Wisconsin et à la Louisiane à l’ouest. Cependant, elle est absente de grandes zones de la partie centrale de sa distribution.
La couleuvre mince est semi-aquatique et vit dans des terres humides, comme des tourbières, des marais et des marécages, et le long des rives de lacs, de rivières, de cours d’eau et d’étangs. On la trouve le plus souvent le long des rives bordées de végétation dense, comme des graminées, du carex et des arbustes. Bien qu’elle passe la majeure partie de son temps près de l’eau, elle se déplace parfois dans des forêts, des champs ou d’autres habitats terrestres avoisinants pour donner naissance à ses petits, se mettre à l’abri ou se protéger des intempéries. Elle hiberne dans des crevasses rocheuses, des terriers de mammifères, des fourmilières ou des fondations de vieux bâtiments. Ces refuges lui permettent de rester sous la ligne de gel et d’échapper aux températures glaciales.
Le saviez-vous?
La couleuvre mince grimpe sur des buissons et d’autres plantes basses pour se prélasser au soleil. On peut parfois l’apercevoir à plusieurs mètres du sol, souvent au-dessus de l’eau. Elle s’engouffre dans l’eau pour s’échapper à la nage de prédateurs potentiels.

Reproduction et développement
En général, au Canada, elle s’active de fin mars ou d’avril jusqu’en octobre ou au début de novembre. Elle s’accouple habituellement au printemps, quand l’hibernation prend fin, mais peut également le faire à l’automne. La femelle peut donner naissance à 2 à 26 petits, mais la taille maximale des portées peut être légèrement inférieure au Canada, où les bébés serpents naissent de la mi-juillet à la mi-septembre. Les serpents à leur naissance mesurent entre 14 et 24 cm. La couleuvre mince atteint sa maturité sexuelle vers l’âge de 2 ou 3 ans. En captivité, elle peut vivre plus de 10 ans, mais son espérance de vie typique dans la nature demeure inconnue.

Alimentation et prédation
La couleuvre mince est plus active le jour. Elle cherche principalement des proies le matin et en début de soirée, mais peut aussi le faire la nuit. Elle se nourrit principalement d’amphibiens, en particulier d’anoures et de têtards, mais également de poissons, de sangsues, d’insectes et d’araignées. Elle repère ses proies grâce à son odorat et à sa vision, puis les chasse, les capture avec sa gueule et les avale entières.
Ses prédateurs incluent les oiseaux échassiers, comme les hérons, les mammifères, comme les ratons laveurs ainsi que les visons et d’autres serpents. La couleuvre mince constitue une proie pour une variété d’autres espèces sauvages, comme les gros poissons, les anoures, les tortues et les écrevisses.
Le saviez-vous?
La couleuvre mince est une excellente nageuse. On peut souvent l’observer en train de chercher de la nourriture dans des habitats d’eau peu profonde, tels que les terres humides ou le long des rives des lacs et rivières.
Menaces
La destruction des terres humides et des habitats riverains constitue la principale menace pour la survie de la couleuvre mince au Canada. L’expansion agricole, l’étalement urbain et la construction de chalets sont les principales causes de cette perte d’habitat. La mortalité des serpents sur les routes constitue une autre grave menace, en particulier dans le sud de l’Ontario, où la densité routière et le débit de circulation sont élevés. Sans compter le roseau commun (Phragmites australis), une espèce envahissante qui colonise rapidement les habitats en eau peu profonde et dégrade les milieux humides et riverains (voir Espèces envahissantes au Canada : Plantes). De plus, l’expansion de la population de prédateurs, tels que les ratons laveurs, dans de nombreuses régions où les humains sont présents, représente une menace supplémentaire pour les serpents. La persécution intentionnelle des serpents par les humains fait également partie des menaces, tout comme les maladies, comme la maladie fongique du serpent.
Statut et conservation
À l’échelle mondiale, la couleuvre mince est considérée comme une espèce « de préoccupation mineure » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette espèce fait face à diverses menaces et a déjà disparu de certaines régions où elle se trouvait auparavant, en particulier dans le sud de l’Ontario. Pour cette raison, elle est inscrite comme espèce préoccupante en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Le soutien aux initiatives de protection et de restauration des terres humides dans l’aire de répartition canadienne de la couleuvre mince constitue l’un des moyens les plus importants par lesquels les particuliers et les organisations peuvent contribuer au rétablissement de cette espèce.