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William Krehm

William Krehm, journaliste, musicien, promoteur immobilier et activiste politique (né le 23 novembre 1913 à Toronto, en Ontario; décédé le 19 avril 2019 à Toronto). Frère de la pianiste Ida Krehm, William Krehm a été une figure de proue du mouvement trotskiste canadien pendant la crise des années 1930. Il a dirigé la branche canadienne de la Ligue pour le parti des ouvriers révolutionnaires et a été le dernier témoin canadien survivant des événements de Barcelone durant la guerre civile espagnole. Il a ensuite travaillé comme correspondant étranger en Amérique latine avant de se lancer dans l’immobilier à Toronto.

William Krehm

Début de l’activisme politique et la LPOR

William Krehm est issu d’une famille juive ouvrière. Il a un don pour la musique et, à l’âge de 15 ans, il part avec sa famille pour Chicago, où il étudie le violon. Il manifeste également un vif intérêt pour le communisme. À Chicago, puis plus tard à New York, il croise plusieurs membres d’une branche émergente du communisme organisé, la Ligue communiste d’Amérique (Opposition). Après l’accession de Joseph Staline au pouvoir en Union soviétique, ce groupe se rallie à d’anciens dirigeants du Parti communiste des États-Unis d’Amérique qui refusent de désavouer Léon Trotsky. Ces « trotskystes » militent initialement pour une réforme du Parti communiste et de la Troisième internationale (le Komintern). En 1930, lorsque William Krehm retourne au Canada pour étudier à l’Université de Toronto, il se joint à la section torontoise, dirigée par Maurice Spector.

Anticonformiste et déterminé, William Krehm est un orateur enthousiaste qui sait rallier d’autres jeunes à sa cause. Au sein du groupe de Spector, il forme une faction qui milite pour un rôle plus actif dans la fomentation de la révolution. Cependant, Spector l’expulse deux fois pour son factionnalisme. En 1934, la faction de Krehm compte parmi ses membres certains des jeunes organisateurs trotskistes les plus compétents. Elle entretient par ailleurs des liens étroits avec B.J. Field (de son vrai nom Max Gould). Ce dernier acquiert une certaine notoriété dans le milieu trotskiste new-yorkais grâce à son travail de consultant financier à Wall Street, à son amitié avec Léon Trotsky et à son rôle dans une importante grève des employés d’hôtels et de restaurants au début de 1934. Krehm se rend à New York pour aider Field à organiser son propre groupe et finit par diriger l’aile canadienne des « fieldites », qui deviendra la Ligue pour le parti des ouvriers révolutionnaires (LPOR).

Guerre civile espagnole

À l’automne 1936, William Krehm et B.J. Field se rendent à Bruxelles pour un congrès organisé par le Bureau international pour l’unité socialiste révolutionnaire (mieux connu sous le nom de Bureau de Londres). Étant donné que la guerre civile espagnole vient tout juste de commencer, les deux hommes en profitent pour faire un détour par Barcelone avant la conférence.

Au cours des mois suivants, la révolution en Catalogne devient la principale source de motivation de Krehm. Après avoir établi des contacts avec d’autres révolutionnaires partageant ses convictions à Londres et à Paris, il retourne Barcelone en janvier 1937. Au lieu de s’enrôler comme soldat dans les Brigades internationales, il s’allie au Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), un groupe antistalinien. Il tente de les convaincre d’adopter une position révolutionnaire plus radicale. À l’été 1937, il est arrêté et détenu sans inculpation. Il entame une grève de la faim et est expulsé en France quelques mois plus tard. (Voir aussi Bataillon Mackenzie-Papineau.)

Activisme antifasciste au Canada

À son retour au Canada, William Krehm joue un rôle de premier plan dans l’organisation de la lutte contre les tentatives d’Adrien Arcand d’étendre le fascisme organisé en Ontario et dans tout le pays. Il contribue à la création du Comité provisoire antifasciste, principalement composé de groupes s’étant réunis pour plaider en faveur de sa libération de prison en Espagne. Ce comité organise des manifestations contre les rassemblements fascistes à Toronto, dont l’un des plus grands et plus célèbres est la convention inaugurale du Parti de l’unité nationale, le 4 juillet 1938 à Massey Hall. Krehm prend la parole lors de la manifestation de protestation qui a lieu à proximité. Il fait partie des quatre manifestants arrêtés par la police et est l’un des deux accusés d’entrave au travail des policiers. Il doit payer une amende de 25 dollars, malgré les efforts de son avocat, J.L. Cohen.

Journalisme en Amérique Latine

Après le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, William Krehm réalise que ses chances de poursuivre son œuvre révolutionnaire s’amenuisent. En 1940, il part pour Mexico en autobus, espérant mettre à profit sa maîtrise de l’espagnol et ses relations personnelles avec les réfugiés ayant fui l’Espagne après la chute de la République espagnole en 1939. Il est l’un des gardes chargés de veiller sur la dépouille de Léon Trotsky après son assassinat en août 1940. En 1941, sa fiancée, Gladys Cowan, le rejoint à Mexico pour l’épouser.

Il vend des articles sur l’Amérique latine, puis devient correspondant régulier pour le magazine Time. Ses opinions très critiques à l’égard de la politique étrangère américaine dans la région attirent sur lui une attention indésirable. Après l’expiration de son visa, il entre dans la clandestinité. Des fonctionnaires du département d’État américain collaborent avec le gouvernement mexicain pour l’expulser vers le Guatemala. Il poursuit son travail de journaliste en Amérique latine et retourne au Canada en 1948

Retour au Canada

Au Canada, il poursuit sa carrière en tant que journaliste, musicien et critique musical. Même s’il se retire de la scène politique, son engagement passé dans le mouvement communiste lui vaut une certaine surveillance au début de la Guerre froide. Il a de la difficulté à conserver un emploi ordinaire, puisque des policiers se rendent parfois à son domicile et sur son lieu de travail.

Profitant du boom immobilier de l’après-guerre, il se lance dans la construction d’immeubles locatifs. Il travaille d’abord à son compte et développe des propriétés destinées à la vente. En 1963, il fonde la O’Shanter Development Company Ltd., une société de logements locatifs prospère.

William Krehm s’intéresse ensuite vivement à la réforme monétaire. Il écrit plusieurs ouvrages et cofonde un groupe de réflexion, le Comité pour une réforme monétaire et économique (COMER). Sous sa direction, le COMER entame des procédures judiciaires contre la Banque du Canada, l’accusant de ne pas respecter son mandat. La bataille juridique se poursuit jusqu’en 2017, année où la Cour suprême du Canada refuse de reconsidérer la décision de la Cour d’appel fédérale défavorable au COMER.

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