Le Jour de l’émancipation est célébré le 1er août. C’est le jour où, en 1834, la Loi sur l’abolition de l’esclavage a été promulguée partout dans l’Empire britannique. Le 1er août 1834, plus de 800 000 esclaves d’ascendance africaine ont été affranchis dans de nombreuses régions des Antilles, d’Amérique du Sud et du Canada. Les communautés noires du Canada fêtent le Jour de l’émancipation depuis les années 1850. En mars 2021, la Chambre des communes a officialisé le Jour de l’émancipation. Le Jour de l’émancipation est l’occasion de réfléchir, de s’informer et de souligner la force, le courage et la détermination dont ont fait preuve les communautés noires de partout au Canada.
Esclavage des personnes noires au Canada
L’esclavage des Africains et des Autochtones sur les terres qui allaient devenir le Canada dure plus de 200 ans (de 1629 à 1834 environ) (voir Esclavage des Noirs au Canada; Esclavage des Autochtones au Canada). C’est une pratique tout à fait légale que suivent les colons européens. Ils pratiquent en fait l’esclavage-propriété et considèrent donc les personnes comme des biens personnels à acheter, à vendre ou à échanger ou dont on hérite.
L’esclavage est un régime déshumanisant et violent, ancré dans la suprématie blanche. C’est une idéologie qui justifie l’exploitation des Autochtones et des Africains et les considère comme des êtres inférieurs.
Le Canada participe aussi à l’économie esclavagiste par voie de commerce international. On échange en effet des produits canadiens comme le bois et la morue salée contre des marchandises produites par le travail servile, notamment le rhum, la mélasse, le tabac et le sucre provenant des colonies des Antilles.
L’esclavage continue sous le régime britannique après la conquête de la Nouvelle-France en 1760. L’Acte de capitulation contient une disposition explicite (article 47) qui garantit aux habitants français et aux Canadiens la possibilité de conserver les personnes noires (« nègres ») et les Autochtones (« panis ») réduits en esclavage. La disposition maintient ainsi explicitement la légalité de l’esclavage sous le régime britannique.
Chloe Cooley et la Loi de 1793 visant à restreindre l’esclavage
Chloe Cooley était une femme noire d’ascendance africaine. À la fin du 18e siècle, elle est réduite en esclavage dans la région du Niagara, dans le Haut-Canada (voir aussi Péninsule du Niagara). Elle est principalement connue pour son refus obstiné d’être vendue aux États-Unis. Le 14 mars 1793, le propriétaire de Chloe Cooley, Adam Vrooman, prend des dispositions pour la vendre à un acheteur des États-Unis dans l’État de New York. Son propriétaire et deux autres hommes l’attachent violemment avec une corde et la forcent à monter dans un bateau pour la transporter jusqu’à l’autre côté de la rivière Niagara.
Chloe Cooley ne se laisse pas faire, mais elle a beau crier et se débattre, elle est incapable de se libérer. Son voisin, Peter Martin, apprend alors ce qui s’est passé. C’est un loyaliste noir et ancien combattant qui était auparavant esclave de John Butler. Aux côtés de William Grisley, un autre témoin de l’événement, il rapporte l’état des faits au lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe. La capture de Chloe Cooley et la lutte qu’elle a menée ouvrent la porte à des réformes législatives. Le 9 juillet 1793, la Loi visant à restreindre l’esclavage est adoptée. On évite ainsi d’emmener d’autres esclaves dans le Haut-Canada. La Loi est la première d’une colonie britannique qui restreint le commerce des esclaves. Elle entraîne aussi une abolition progressive de l’esclavage. En effet, l’esclavage ne disparaît pas du jour au lendemain. La Loi n’affranchit même pas les personnes déjà réduites en esclavage comme Chloe Cooley.
Abolition de l’esclavage au Canada
Quarante ans après la Loi de 1793 visant à restreindre l’esclavage, l’abolition devient réalité des suites d’une loi impériale : la Loi sur l’abolition de l’esclavage adoptée par le Parlement britannique en 1833. La loi entre en vigueur le 1er août 1834 et abolit l’esclavage dans la plupart des colonies britanniques. Ce sont ainsi plus de 800 000 Africains réduits en esclavage dans les Antilles, en Amérique latine et en Afrique du Sud qui sont libérés; un petit nombre l’est aussi au Canada.
La Loi visant à restreindre l’esclavage et la Loi sur l’abolition de l’esclavage établissent au Canada plusieurs jalons historiques majeurs. Elles visent notamment à faire du Canada une « terre de liberté » pour les personnes noires venues des États-Unis réduites en esclavage. Le contexte devient ainsi propice au prolongement du chemin de fer clandestin vers le nord, jusqu’au Canada.
L’abolition marque la disparition légale de l’esclavage. Cependant, les Canadiens noirs continuent de subir le racisme et la discrimination (voir Racisme anti-Noirs au Canada). En effet, les personnes d’ascendance africaine continuent de se voir interdire l’accès à de nombreux lieux publics. En outre, on maintient entre autres la ségrégation dans le logement, l’éducation et l’emploi (voir Ségrégation raciale des Noirs au Canada).
Célébrations du Jour de l’émancipation
L’adoption de la Loi de 1833 sur l’abolition de l’esclavage donne naissance à la célébration culturelle du Jour de l’émancipation. La date du 1er août est choisie, car c’est le jour où la Loi sur l’abolition de l’esclavage est entrée en vigueur dans tout l’Empire britannique en 1834.
Au 19e siècle, des groupes organisent des célébrations du Jour de l’émancipation dans ce qui est aujourd’hui l’Ontario, le Québec, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et la Colombie-Britannique. Ces célébrations deviennent une tradition annuelle au Canada. Parmi les activités organisées, notons des défilés, des discours, des repas, des activités religieuses, des événements sportifs, des spectacles musicaux et des collectes de fonds. On veut rendre ainsi hommage aux ancêtres qui ont connu l’esclavage et à leurs descendants. Les activités offrent aussi l’occasion de renforcer les communautés noires, de mettre au jour le racisme, de revendiquer l’égalité et de célébrer la liberté.

Depuis plus de 25 ans, de nombreux défenseurs et militants communautaires réclament la reconnaissance nationale du Jour de l’émancipation (voir Rosemary Sadlier). En 2018, la sénatrice Wanda Thomas Bernard présente un projet de loi d’initiative parlementaire au Sénat pour reconnaître le Jour de l’émancipation. Le projet de loi est cependant abandonné. En 2021, le député Majid Jowhari refait une tentative en déposant une motion à la Chambre des communes. Cette fois-ci, le Parlement vote à l’unanimité pour désigner officiellement le 1er août comme étant le Jour de l’émancipation.
En 2025, plusieurs célébrations du Jour de l’émancipation ont lieu dans tout le Canada. À Toronto, l’Underground Freedom Train est une sortie annuelle en métro organisée à bord d’un train spécial où se côtoient chants, tambours africains et discours en l’honneur du chemin de fer clandestin. En Ontario et dans d’autres provinces comme la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique, des célébrations sont organisées dans des parcs, des auditoriums et des églises. Des réceptions et des cérémonies de lever du drapeau ont aussi lieu. Lors des célébrations et événements, on joue de la musique, récite des poèmes et prononce des discours sur la liberté, la résistance et la persévérance.
À Toronto, comme dans plusieurs îles des Antilles, le défilé du Toronto Caribbean Carnival a lieu la première fin de semaine d’août. Les défilés organisés sont festifs, joyeux et hauts en couleur. On y célèbre et commémore la résistance des esclaves ainsi que leur liberté. Le carnaval met en valeur la diversité des expressions culturelles caribéennes (voir Canadiens d’origine antillaise). On y trouve de la musique, de la danse, des mascarades, des récits oraux et des traditions folkloriques antillaises ainsi qu’un éventail de plats traditionnels.
Écho actuel
Le Jour de l’émancipation au Canada porte un héritage complexe. Il ne se limite pas à une reconnaissance historique : il poursuit plusieurs objectifs majeurs. Le Jour de l’émancipation incarne l’engagement national à reconnaître et à réparer les injustices du passé. Il encourage la résilience face au racisme systémique et célèbre la persévérance des communautés noires. Il reconnaît aussi la résistance des personnes réduites en esclavage tant à leur captivité qu’au régime esclavagiste. Le Jour de l’émancipation est à la fois une commémoration de la liberté et une occasion importante pour les Canadiens d’apprendre, de réfléchir et de contribuer activement au travail de lutte contre le racisme anti-Noir, la discrimination et l’oppression.