Chemin de fer clandestin

Le chemin de fer clandestin était un réseau secret d’abolitionnistes (des gens qui voulaient abolir l’esclavage). Ceux-ci aidaient les Afro-Américains à échapper à l’esclavage du Sud des États-Unis vers les États libres du Nord ou au Canada. Le chemin de fer clandestin était le plus important mouvement anti-esclavagiste pour la liberté d’Amérique du Nord. Entre 30 000 à 40 000 fugitifs ont trouvé refuge en Amérique du Nord britannique (maintenant le Canada).

Ce texte est l’article complet sur le Chemin de fer clandestin. Si vous souhaitez en lire un résumé en termes simples, veuillez consulter : Chemin de fer clandestin (résumé en termes simples).




Esclaves fugitifs au Canada, 1860

Origines

Une disposition de La Loi visant à restreindre l’esclavage de 1793 stipule que tout esclave qui atteint le Haut-Canada devient libre dès son arrivée. Ceci incite un petit nombre d’esclaves afro-américains en quête de liberté à entrer au Canada, habituellement sans aide aucune. La nouvelle sur cette liberté pouvant être acquise au Canada se répand après la guerre de 1812. Les esclaves des officiers militaires américains du Sud rapportent le message qu’il existe des « hommes noirs portant des manteaux rouges » qui sont libres en Amérique du Nord britannique (voirLe Coloured Corps : les Afro-Canadiens et la guerre de 1812). Dans le Haut-Canada, l’arrivée de chercheurs de liberté augmente de façon spectaculaire après 1850, suite à l’adoption de la Loi des esclaves fugitifs. Cette loi donne plus de pouvoir aux chasseurs d’esclaves qui poursuivent les fugitifs dans les États du Nord.

Organisation

Le chemin de fer clandestin est créé au début du 19e siècle par un groupe d’abolitionnistes établis principalement à Philadelphie, en Pennsylvanie. En quelques décennies, il devient un réseau dynamique et bien organisé. Le terme « chemin de fer clandestin » commence à être utilisé dans les années 1830. À cette époque, un réseau secret informel d’aide aux esclaves fugitifs commence à prendre forme.

Le chemin de fer clandestin n’est pas un véritable chemin de fer, et il ne circule pas sur des voies ferrées. C’est un réseau complexe et secret de personnes et de refuges qui aide les esclaves des plantations du Sud à atteindre la liberté au nord.

Le réseau est maintenu par des abolitionnistes qui sont dévoués aux droits de la personne et à l’égalité. Ces gens offrent de l’aide aux esclaves qui fuient. Dans ses rangs, on compte des noirs libres, des compatriotes esclaves, des sympathisants blancs et autochtones, des quakers, des méthodistes, des baptistes, des citadins, des agriculteurs, des hommes, des femmes, des Américains et des Canadiens.

Carte de la Chemin de fer Clandestin

Symboles et codes

Une terminologie et des symboles ferroviaires sont utilisés pour masquer les activités clandestines du réseau. Ceci contribue également à garder le public et les propriétaires d’esclaves dans l’ignorance. Ceux qui aident les esclaves à s’échapper sont appelés « conducteurs. » Ils guident les fugitifs d’un endroit à l’autre sur le chemin de fer clandestin, en utilisant divers modes de transport par voie terrestre ou maritime. Harriet Tubman est l’une des conductrices les plus célèbres.

Les termes « passagers », « cargaisons », « colis » et « marchandises » se réfèrent aux esclaves en fuite. Les passagers sont livrés à des « stations » ou à des « entrepôts », qui sont en fait des refuges. Les stations sont situées dans diverses villes et villages appelés « terminaux ». Ces refuges temporaires peuvent parfois être identifiés par des chandelles allumées dans les fenêtres ou des lanternes placées de façon stratégique dans la cour avant.

Chefs de gare

Les refuges sont gérés par des « chefs de gare. » Ceux-ci accueillent les fugitifs dans leur maison, ils les nourrissent, leur fournissent des vêtements de rechange, et un endroit pour se reposer et se cacher. Ils leur donnent souvent de l’argent avant de les envoyer au point de transfert suivant. William Still, abolitionniste noir, est responsable d’une station à Philadelphie, en Pennsylvanie. Il aide de nombreux esclaves en quête de liberté à se rendre au Canada. De plus, il tient un registre des noms des hommes, des femmes et des enfants qui s’arrêtent à sa station, incluant Harriet Tubman et ses passagers.

Jermain Loguen est un autre chef de gare noir et dirigeant du mouvement abolitionniste. Il dirige une station à Syracuse, dans l’État de New York. Il s’y installe en permanence après avoir vécu en liberté à Hamilton et à St Catharines, dans le Haut-Canada, de 1837 à 1841. Jermain Loguen est bien connu pour ses discours publics et ses articles dans les journaux anti-esclavagistes. De nombreuses femmes sont également chefs de gare. Parmi celles-ci, on compte les quakers Lucretia Mott et Laura Haviland, ainsi que Henrietta Bowers Duterte, première femme noire entrepreneure de pompes funèbres à Philadelphie. Plusieurs autres femmes opèrent des stations en compagnie de leur mari.

Coupure du journal The Provencial Freeman, dans les années 1850.

Agents à la billetterie

Les « agents à la billetterie » coordonnent des déplacements sécuritaires et planifient le voyage des chercheurs de libertés en les aidant à entrer en communication avec les chefs de gare et les conducteurs. Les agents à la billetterie sont souvent des gens qui gagnent leur vie en voyageant, ils travaillent comme prédicateurs itinérants ou médecins. Ceci leur permet de dissimuler leurs activités abolitionnistes. Par exemple, le docteur Alexander Milton Ross, originaire de Belleville est un agent du chemin de fer clandestin. Il utilise son passe-temps d’observation des oiseaux comme subterfuge lorsqu’il voyage dans le Sud pour informer les esclaves du réseau. Il leur offre même quelques simples provisions afin de les aider à entreprendre leur fuite. On appelle « actionnaires » les personnes qui donnent de l’argent ou du ravitaillement pour aider les esclaves à fuir.

Chemins vers la terre promise

Les trajets empruntés pour se rendre à la liberté se nomment des « lignes ». Le réseau s’étend à travers 14 États du Nord et 2 colonies d’Amérique du Nord britannique, soit le Haut-Canada et le Bas-Canada. Au bout de la ligne se trouve le « paradis », ou la « terre promise », qui est la terre libre du Canada ou des États du Nord. La Grande Ourse est surnommée « la gourde », elle pointe vers l’étoile Polaire, qui guide les chercheurs de liberté dans leur périple vers le nord.

Ce périple est très dangereux. Plusieurs font le voyage périlleux à pied. On transporte aussi les chercheurs de liberté par chariots de Conestoga, par calèches, ou à cheval, et dans certains cas, par train. Toutefois, le chemin de fer clandestin n’opère pas uniquement sur terre. Les passagers voyagent aussi par bateau et traversent des lacs, des mers et des rivières. Ils voyagent souvent de nuit et se reposent durant la journée.

Établie à Colchester Sud, en Ontario, Park House a servi de refuge à ceux qui fuyaient l'esclavage au cours du 19eЊжsiècle.

Terminus canadien

De 30 000 à 40 000 esclaves en quête de liberté entrent au Canada au cours des dernières décennies d’esclavagisme aux États-Unis. Entre les années 1850 et 1860 seulement, on compte entre 15 000 et 20 000 fugitifs trouvant refuge dans la Province du Canada. Elle devient le terminus principal du chemin de fer clandestin. Les nouveaux arrivants migrent vers diverses parties de ce qui est aujourd’hui l’Ontario. Ces parties comprennent Niagara Falls, Buxton, ChathamOwen SoundWindsor, Sandwich (qui fait à présent partie de Windsor), HamiltonBrantfordLondonOakville et Toronto. Ils fuient également vers d’autres régions de l’Amérique du Nord britannique, comme le Nouveau-Brunswick, le Québec et la Nouvelle-Écosse. Après cette migration de masse, les Canadiens noirs aident de manière significative à bâtir des communautés fortes et ils contribuent au développement de la province où ils vivent et travaillent.

Bien qu’ils soient à l’extérieur de leur juridiction, quelques chasseurs de primes traversent la frontière au Canada et poursuivent les fugitifs afin de les rendre à leurs propriétaires du Sud. Le journal The Provincial Freeman fournit un compte rendu détaillé d’un cas particulier. Un propriétaire d’esclave et son agent se rendent à Chatham dans le Haut-Canada, où on trouve une large population d’anciens esclaves noirs originaires des États-Unis. Ils sont à la recherche d’un jeune homme appelé Joseph Alexander. À l’annonce de leur présence, une foule nombreuse de membres de la communauté noire s’assemble à l’extérieur de l’hôtel Royal Exchange. Joseph Alexander se trouve parmi cette foule, et il échange quelques mots avec son ancien propriétaire. Il rejette l’offre d’accompagner les deux hommes à Windsor en échange de 100 dollars. La foule empêche les hommes de s’emparer de Joseph Alexander, et ces hommes sont forcés de quitter la ville. Joseph Alexander continue de vivre en liberté.


Héritage

Le chemin de fer clandestin est en service jusqu’au moment où les États-Unis adoptent le 13e amendement à la constitution qui interdit l’esclavage, en 1865. Les chercheurs de liberté, les Noirs libres et les descendants des loyalistes noirs s’installent à travers l’Amérique du Nord britannique. Certains vivent dans des collectivités entièrement noires, comme la colonie d’Elgin et la mission Buxton, la colonie Queen’s Bush et la colonie Dawn, située près de Dresden, en Ontario, ainsi qu’à Birchtown et Africville, en Nouvelle-Écosse. D’autres choisissent de vivre au sein de communautés racialement intégrées, dans des villages et des villes.

Les premiers pionniers canadiens africains sont des citoyens productifs et innovateurs. Ils défrichent et cultivent la terre, construisent des maisons et élèvent des familles. Les Noirs créent un éventail d’institutions religieuses, éducatives, sociales et culturelles, des groupes politiques et des organismes communautaires. Ils fondent des églises, des écoles, des associations de bienfaisance, des sociétés d’aide mutuelle et deux journaux (voir Mary Ann Shadd).

Durant l’époque du chemin de fer clandestin, les femmes et les hommes noirs possèdent et mettent à contribution un large éventail de compétences et d’aptitudes. Ils exploitent des entreprises variées, comme des épiceries, des boutiques et des chapelleries, des ateliers de forgeron, une scierie, un commerce de glace, des écuries de louage, des pharmacies, des services de traitements à base de plantes, des ateliers de menuiserie, ainsi que la première compagnie de taxi de Toronto.

Les Noirs mènent une lutte active pour l’égalité raciale. Leurs communautés sont au cœur des activités abolitionnistes. Plus près de chez eux, ils se battent contre les préjugés et la discrimination raciale dont ils sont victimes dans leur vie quotidienne au Canada, en occupant des emplois rémunérateurs, en se trouvant un logement et obtenant de l’éducation pour leurs enfants. Les Noirs sont souvent relégués à certains types d’emploi en raison de la couleur de leur peau. Beaucoup sont privés du droit de vivre à certains endroits en raison de leur race (voirSégrégation résidentielle). Les parents doivent envoyer leurs enfants dans des écoles séparées qui existent dans certaines régions de l’Ontario et de la Nouvelle-Écosse. C’est à travers des publications, des congrès, et d’autres événements publics, comme le jour de l’émancipation, que les communautés noires dénoncent la discrimination raciale à laquelle elles sont confrontées, et qu’elles visent à améliorer la société pour tous.

Partout où les Canadiens africains s’établissent en Amérique du Nord britannique, ils contribuent à la croissance socioéconomique des collectivités au sein desquelles ils vivent. À travers leur quête de liberté, de sécurité, de prospérité et de droits de la personne, les premiers colons noirs ont aspiré à une vie meilleure pour eux-mêmes, pour leurs descendants et leurs concitoyens. Ils laissent derrière eux un héritage riche et durable qui demeure manifeste à ce jour.

Voir aussi : Chemin de fer clandestin (résumé en termes simples) ; Esclavage des Noirs au Canada (résumé en termes simples) ; Chloe Cooley et la loi visant à restreindre l’esclavage dans le Haut-Canada ; Abolition de l’esclavage, loi de 1833 ; Anti-Slavery Society of Canada; Josiah Henson ; Albert Jackson ; Richard Pierpoint ; Noires et militantes pour la liberté


L’Histoire des Noirs au Canada: Guide pédagogique

Liens externes