Qu’ils soient restés au Canada ou qu’ils aient poursuivi une carrière à l’étranger, les Canadiens ont inventé ou innové des dispositifs, des produits ou des procédés dans divers domaines, comme la médecine, la technologie et l’agriculture. Dans certains cas, le gouvernement et des organismes comme le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) ont financé les recherches et le développement. L’investissement économique et la promotion des compétences en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques (STEM) sont considérés comme des facteurs clés pour bâtir l’avenir de l’innovation au Canada.
Qu’est-ce qu’une invention?
L’Office de la propriété intellectuelle du Canada définit une invention comme « une solution nouvelle, inventive et utile à un problème ». Un dispositif ou un produit, comme la combinaison anti-g de Wilbur Franks, est un exemple d’invention qui a inspiré la conception des combinaisons pressurisées portées par les astronautes contemporains. Une invention peut également être un procédé ou une méthode, comme la méthode d’isolement et de purification de l’insuline (voir Découverte de l’insuline).

Une invention peut être brevetée. Un brevet confère à l’inventeur le droit exclusif de fabriquer, d’utiliser ou de vendre son invention pendant une période pouvant aller jusqu’à 20 ans. En 1869, William Hamilton obtient le premier brevet en vertu de la Loi sur les brevets pour une machine servant à mesurer les liquides. Un autre brevet notable est accordé à Olivia Poole, l’une des premières femmes autochtones au Canada à breveter une invention, le Jolly Jumper.
Qu’est-ce qu’une innovation?
Une innovation est l’application réussie dans un contexte économique ou social concret de quelque chose de nouveau, qui peut être une invention ou non. Les études menées par le Conseil économique du Canada et le Conseil des sciences du Canada (de 1968 à 1978) établissent que l’innovation est d’une importance fondamentale pour la politique scientifique, et des programmes gouvernementaux spéciaux sont créés pour la promouvoir.
Plus récemment, la publication d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada, Bâtir une nation d’innovateurs (2019), définit l’innovation comme un changement qui consiste à « faire les choses anciennes de nouvelles façons, faire les nouvelles choses de manière inattendue, résoudre de vieux problèmes avec de nouvelles solutions, et utiliser la technologie pour améliorer les résultats économiques et sociaux ». Notamment, cette publication reconnait que l’innovation commence par les personnes et leurs compétences.
Le fauteuil roulant électrique de George Klein est un exemple d’innovation. George Klein, qui collabore avec le CNRC, est reconnu pour avoir répondu aux besoins des anciens combattants paraplégiques et tétraplégiques en travaillant sur le premier fauteuil roulant électrique, une avancée majeure par rapport aux fauteuils roulants manuels précédents. (Voir aussi Deuxième Guerre mondiale.)

Bourses d’études et études de cas
Reconnaissance
J.J. Brown, dans son livre Ideas in Exile : A History of Canadian Invention (1967), conclut qu’un certain trait de caractère canadien plutôt négatif prive de nombreuses inventions de qualité du succès économique qu’elles méritent. Cette analyse n’est pas unique. Elle correspond à l’idée selon laquelle les artistes canadiens (par exemple les acteurs et les écrivains) ne sont reconnus dans leur propre pays que lorsqu’ils atteignent une reconnaissance en Europe ou aux États-Unis. Certains sociologues comme S.D. Clark attribuent les différences économiques entre les États-Unis et le Canada à des traditions sociales différentes.
L’histoire suggère que le Canada produit de nombreux inventeurs et innovateurs. De simples exemples comprennent Anna Sutherland Bissell, l’inventrice de la machine à brosser les tapis, et Albert C. Fuller, le fondateur de la Fuller Brush Co. Ce dernier est un innovateur (il n’a pas inventé la brosse) tandis que Anna Sutherland Bissell est à la fois inventrice et innovatrice. Elle est également la directrice de Bissell Carpet Sweeper Co. durant plusieurs décennies après le décès de son mari. Tous les deux développent leurs idées et font fortune aux États-Unis, car ce marché beaucoup plus vaste promet des rendements plus importants.
Le Canada compte également une longue liste de succès et d’échecs. Les succès comprennent l’aéronef d’A.V. Roe Co, maintenant appelé le Avro Arrow, le Canadarm, l’utilisation d’ordinateurs pour concevoir la voie maritime du Saint-Laurent, le réacteur nucléaire CANDU, et la compagnie Bell-Northern Research Ltd (BNR). (Voir aussi Centrales nucléaires; Recherche et développement industriels.) Le Avro Arrwo et BNR illustrent certains des paradoxes de l’innovation. Le Avro Arrow est un avion à la pointe de la technologie pour son époque, mais le programme est annulé de manière controversée par le gouvernement du premier ministre John Diefenbaker. Cette annulation est considérée par certains critiques comme un recul pour les recherches et le développement scientifiques au Canada. Parallèlement, BNR devient le plus grand organisme de recherches au Canada et acquiert une réputation d’innovateur à l’échelle mondiale. BNR est fondé par Bell Canada et Northern Electric; ce dernier se lance dans les recherches à grande échelle principalement en raison d’une décision judiciaire américaine qui met fin au transfert gratuit des technologies des laboratoires américains vers les usines canadiennes en 1958. Nortel acquiert éventuellement la majorité des parts de BNR avant de déclarer faillite en 2009.
Croissance économique
En 1911, l’économiste Joseph Schumpeter définit cinq types d’innovation : une nouvelle chose; un nouveau procédé de fabrication pour fabriquer une chose connue; un nouveau marché de vente; une nouvelle source d’approvisionnement de matériaux ou de matière première; et une réorganisation industrielle, comme la création d’un monopole. Seuls les deux premiers de ces cinq types sont susceptibles d’être également des inventions. La chaine de montage, généralement attribuée à Henry Ford, n’est pas tant une invention qu’un cas relevant du cinquième type, à savoir une réorganisation du flot de matériaux dans une usine. (Voir aussi Industrie automobile; Automobile.)
Le modèle de Joseph Schumpeter montre à quel point il est difficile pour les gouvernements de soutenir ou promouvoir l’innovation, même s’ils croient qu’elle est un moteur important pour la croissance et la prospérité économiques. Aucune règle n’est encore établie permettant de prédire si une entreprise (ou une nation) pourrait tirer davantage profit d’un investissement dans une nouvelle invention ou dans un autre domaine, comme le marketing. Des historiens de l’économie ont récemment suggéré que, bien que de nombreuses innovations fondées sur des inventions ont eu lieu au cours des 100 dernières années, elles demeurent relativement rares; la majeure partie des bénéfices tirés des innovations proviennent de l’accumulation de nombreuses petites améliorations. L’aéronef entièrement métallique et le moteur à réaction sont des inventions remarquables, mais leur succès économique semble dépendre de centaines d’améliorations à petite échelle qui ne sont pas le résultat des travaux des inventeurs originaux de la structure et du moteur de ces avions.
L’ordinateur personnel IBM en est un bon exemple avec ses composants uniques, la puce Intel 8088 et le système d’exploitation MS-DOS. (Voir aussi International Business Machines Corporation [IBM].) Ces deux inventions proviennent d’autres entreprises et en 1981, elles ne sont pas particulièrement avancées. Associées à la réputation de IBM et à son réseau de vente, elles constituent une innovation révolutionnaire. Il en résulte à la fois un énorme nouveau marché pour les micro-ordinateurs et un nouveau standard technologique. Malgré cela, IBM ne peut pas monopoliser les retombées de son succès, et la compagnie en tire en fait peut-être moins de bénéfices que d’autres firmes qui adoptent sa norme.
Avant 1960, l’essentiel de la pensée historique sur la technologie se limite à un peu plus que des anecdotes sur les inventions. Lorsque l’analyse économique systématique de l’innovation commence, les théoriciens de la politique scientifique espèrent qu’elle permette de découvrir des raccourcis vers la prospérité et la sécurité économiques. Leurs espoirs sont déçus. Les chercheurs actuels suggèrent que l’innovation relève davantage d’un aspect des systèmes globaux que d’une fonction distincte. Il s’agit peut-être d’un savoir-faire comme l’art culinaire; on peut analyser scientifiquement les recettes et la chimie de la cuisine, mais elles ne suffisent pas à devenir un bon cuisinier.
Aller de l’avant
Les études sur l’innovation ne permettent pas de déterminer ce que désiraient leurs pionniers, mais cela ne place pas le Canada dans une situation moins favorable que les autres pays. L’essentiel est d’utiliser les découvertes qui ont été faites, en suivant deux axes principaux. D’une part, l’environnement économique général semble maintenant plus important qu’on ne le pensait auparavant, et le génie inventif est moins important. D’autres éléments importants sont la chance, l’attitude et l’échelle. On ne peut jamais savoir combien d’inventeurs potentiels sont découragés et abandonnent. De plus, les risques financiers des innovations qu’une grande entreprise peut assumer peuvent menacer la survie d’une petite entreprise. L’innovation industrielle est risquée et coûteuse. Les entreprises ne peuvent pas se permettre d’abandonner leurs méthodes et leur machinerie sous le prétexte qu’une nouveauté vient d’être inventée; et en même temps, elles doivent reconnaitre les risques de trainer derrière leurs compétiteurs.
L’autre approche pour gérer ou promouvoir l’innovation consiste à prendre conscience de ses caractéristiques secondaires : les avantages économiques et sociaux semblent dépendre davantage du contexte global que des inventions individuelles, et l’innovation ne signifie pas nécessairement qu’il faut tout miser sur une toute nouvelle technologie. Des études approfondies sur les nouvelles industries et l’histoire des produits de base comme le blé et l’acier démontrent que les plus grands succès économiques proviennent davantage de l’accumulation de douzaines d’améliorations progressives que de chaque révolution technologique importante. Cela semble également vrai dans des domaines non industriels tels que la santé et la médecine, qui sont également transformées au cours des 100 dernières années. (Voir aussi Découvertes et innovations médicales canadiennes.) Les avantages ne peuvent pas être attribués exclusivement à des découvertes spécifiques, comme les antibiotiques, indépendamment de principes généraux comme l’infection, les mesures sanitaires et la nutrition scientifique. (Voir aussi Santé publique au Canada.)
Ces conclusions générales suggèrent que, même si les innovations ne peuvent être prédites, les gouvernements et les directeurs commerciaux ont tout de même la possibilité de cultiver un terreau économique et culturel propice à l’émergence des innovations. Les facteurs importants comprennent la taille du marché intérieur, la structure de l’industrie canadienne (par exemple le contrôle étranger de certaines industries), la dépendance économique vis-à-vis des industries primaires, les attitudes psychologiques face au risque (les Canadiens préfèrent placer leur argent dans les assurances-vie ou leurs comptes de banque plutôt que d’investir sur les marchés boursiers à la même échelle que les Américains), le niveau d’éducation dans le domaine technique, ainsi que les priorités politiques.
