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Eugene Forsey

Eugene Alfred Forsey, C.P., C.C., FRSC, intellectuel, sénateur (né le 29 mai 1904 à Grand Bank à Terre-Neuve; décédé le 20 février 1991 à Victoria en Colombie-Britannique). Eugene Forsey était connu à travers le pays comme érudit, activiste social, expert constitutionnel, sénateur, et auteur invétéré de lettres aux journaux. Il a contribué à la fondation de la League for Social Reconstruction et de la Fédération du Commonwealth coopératif dans les années 1930. Pendant près de 25 ans (1942-1966), il a été directeur de recherche pour le Congrès canadien du travail du Canada et pour son successeur, le Congrès du travail du Canada. Eugene Forsey a également enseigné à l’Université McGill, à l’Université Carleton, et à l’Université de Waterloo, et il a été chancelier de l’Université Trent (1973-1977). Il était membre de la Société royale du Canada et il a été nommé au Sénat (1970-1979), au Conseil privé (1985), et également nommé Compagnon de l’Ordre du Canada (1988).

Forsey, Eugene

Jeunesse et éducation

Eugene Forsey naît à Grand Bank à Terre-Neuve (qui ne fait pas encore partie de la Confédération à cette époque; voir Terre-Neuve-et-Labrador et la Confédération). Après le décès du père d’Eugene Forsey, sa mère et lui déménagent au Canada. Il grandit à Ottawa dans la maison de son grand-père maternel, William Cochrane Bowles. Ce dernier est originaire du Québec et il est un haut fonctionnaire à la Chambre des communes. Eugene Forsey grandit dans un milieu où la littérature, la politique et la religion font partie du quotidien, il participe avec enthousiasme aux discussions des adultes, et il excelle à l’école. Les vacances en famille nourrissent son amour pour les lacs et les collines du Bouclier canadien, ainsi que pour la côte atlantique, où ses racines sont profondément ancrées.

Après avoir obtenu un baccalauréat ès arts spécialisé en économie, en sciences politiques et en anglais avec mention à l’Université McGill, il fait sa maîtrise avec une étude sur l’industrie du charbon de la Nouvelle-Écosse, industrie qui est déchirée par les conflits. Il passe trois ans à Oxford en tant que boursier Rhodes, mais il retourne à McGill en 1929 pour y enseigner sous l’invitation du professeur Stephen Leacock.

Activisme social

Rapidement, au grand désarroi de Stephen Leacock, Eugene Forsey devient activement impliqué dans le mouvement socialiste naissant au Canada. Révolté par les inégalités de la crise des années 1930, Eugene Forsey contribue à la fondation de la League for Social Reconstruction et de la Fédération du Commonwealth coopératif (FCC), et plus tard du Nouveau Parti démocratique et du Fellowship for a Christian Social Order. Eugene Forsey est également l’un des auteurs du Manifeste de Regina (1933). En 1935, il épouse Harriet Roberts, une linguiste et enseignante de Saint John au Nouveau-Brunswick, et elle se joint à lui dans son activisme et ses travaux en vue de son doctorat.

Les autorités de McGill n’ont jamais apprécié les opinions politiques de leur jeune professeur ni son insistance à imposer des normes académiques élevées. En 1941, alors qu’il vient d’obtenir son doctorat, elles mettent fin à son contrat. Après une année passée à Harvard grâce à une bourse Guggenheim, Eugene Forsey retourne à Ottawa pour travailler en tant que directeur de recherche du tout nouveau Congrès canadien du travail (plus tard renommé le Congrès du travail du Canada), où l’un de ses mentors est le fougueux mineur et compatriote terre-neuvien Silby Barrett.

Expert constitutionnel

La thèse de doctorat d’Eugene Forsey, publiée en 1943, attaque le premier ministre William Lyon Mackenzie King pour avoir tenté, en 1926, d’éviter une défaite en faisant dissoudre le Parlement. (Voir L’affaire King-Byng.) Sa thèse intitulée The Royal Power of Dissolution of Parliament in the British Commonwealth fait de cet activiste membre du FCC une force incontournable sur les questions constitutionnelles. Elle solidifie également son lien remarquable avec l’ancien premier ministre conservateur Arthur Meighen, l’ennemi politique de William Lyon Mackenzie King.

Chercheur syndical

Au cours du quart de siècle suivant, Eugene Forsey travaille comme « fonctionnaire syndical », renforçant les capacités de recherche du Congrès, innovant dans ses fonctions de relations gouvernementales et ses fonctions d’éducation publique, et fournissant aux membres une analyse continue des événements et des politiques. Durant ces années, il aide Harriet à élever leurs deux filles, il enseigne à temps partiel à l’Université Carleton, il publie des articles dans les journaux historiques et politiques, il siège à des comités de l’Église unie, et il se présente (sans succès) aux élections en tant que candidat de la FCC. Entre 1958 et 1962, il est également membre du conseil du Bureau des gouverneurs de la radiodiffusion, le précurseur du CRTC, qui est l’actuel organisme de réglementation des médias.

Critique public

La vocation première d’Eugene Forsey est toutefois celle de chien de garde du corps politique. Ses critiques, comme ses amitiés, transcendent les frontières des partis, et il devient de plus en plus populaire en tant qu’orateur et commentateur. Les médias l’aiment pour son esprit vif, ses explications sensées et terre-à-terre, et la fougue combative de ses opinions souvent controversées. Ces opinions vont de ses dénonciations du syndicalisme d’entreprise à sa défense d’un système de santé public universel; et de ses attaques éloquentes contre la « pseudo-histoire » et le mauvais anglais à sa défense érudite des pouvoirs de réserve de la Couronne, qu’il considère comme étant essentiels à la démocratie parlementaire.

Fédéraliste

Eugene Forsey est un fédéraliste convaincu et il n’arrive pas à supporter que, en 1961, le successeur de la Fédération du Commonwealth coopératif, soit le Nouveau Parti démocratique, adopte la théorie quasi souverainiste selon laquelle le Canada et le Québec sont deux nations. Il quitte le parti et passe les trois semaines suivantes à se battre avec éloquence dans les deux langues pour sauver et renforcer la nation canadienne progressiste, bilingue et multiculturelle qu’il envisage.

Sénateur

Eugene Forsey travaille sur l’histoire des débuts du syndicalisme au Canada lorsqu’il prend sa retraite du Congrès du travail en 1969. Un an plus tard, son ami Pierre Elliott Trudeau le nomme au Sénat. Pendant les neuf années suivantes, Eugene Forsey dynamise et égaye la Chambre haute du Parlement, apportant son expertise à la législation et aux travaux des comités, en particulier sur les questions de la justice sociale, de la démocratie et de la constitution. Bien qu’il siège en tant que libéral pour soutenir les politiques fédéralistes de Pierre Elliott Trudeau, il vote souvent contre les mesures gouvernementales et, en 1982, il reprend son rôle plus naturel de critique indépendant. Pour lui, les principes l’emportent toujours sur la partisanerie.

Eugene Forsey

Fin de carrière

Eugene Forsey est actif dans les milieux politiques et universitaires jusqu’à son décès en 1991. Il est boursier Skelton-Clark à l’Université Queen’s dans les années 1960, professeur invité à l’Université de Waterloo en 1969-1970, et chancelier de l’Université Trent pendant ses années au Sénat. Quatorze universités canadiennes lui décernent des doctorats honorifiques; il prononce le discours de remise des diplômes dans plusieurs de ces universités. Aujourd’hui, plusieurs bourses et prix soulignent la contribution d’Eugene Forsey à la vie publique canadienne.

Même après sa retraite du Sénat, il est si souvent consulté par des politiciens de tous bords qu’on lui attribue un bureau sur la Colline du Parlement. Il présente des dossiers aux comités parlementaires, il écrit abondamment sur les questions constitutionnelles, et il envoie un flot de lettres et d’articles à la presse universitaire et à la presse grand public. Sa dernière grande bataille publique porte sur l’Accord du lac Meech, qu’il considère comme un carcan constitutionnel et une menace pour la démocratie canadienne.

Legs

Tout au long de sa vie, la politique d’Eugene Forsey est basée sur sa foi religieuse et son souci de l’humanité et de la planète. Son voyage en Inde en 1953, en tant que codirecteur d’un séminaire de l’Entraide universitaire mondiale, lui permet de nouer des amitiés internationales durables et de mieux comprendre les inégalités et le potentiel de ce « village planétaire ». Au cours de ses dernières années, il joue un rôle modeste dans divers efforts en faveur de la paix, de la justice et de la santé environnementale.

Eugene Forsey est nommé membre de la Société royale du Canada, membre du Conseil privé et Compagnon de l’Ordre du Canada. On se souvient de lui comme d’un Canadien du 20e siècle dont l’intelligence brillante, la combativité fondée sur des principes et le travail acharné contribuent à façonner ce pays.

Eugene A. Forsey

Citation : Compagnon de l’Ordre du Canada
Politicologue, historien du mouvement ouvrier et universitaire des plus distingués, il est réputé pour sa connaissance approfondie de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique et de la Constitution canadienne. Grâce à son franc-parler, il a éclairé et stimulé la discussion partout où il a servi au cours d’une carrière qui l’a mené dans tous les secteurs de la vie politique. (Il s’agit d’une promotion au sein de l’Ordre.)


Prix et distinctions

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