Beresford Augustus (B.A.) Husbands, leader des droits civiques, organisateur communautaire, homme d’affaires (né le 3 décembre 1882 à la Barbade; décédé le 20 juin 1968 à Halifax, en Nouvelle-Écosse). B.A. Husbands ne ménage aucun effort pour lutter contre les injustices subies par les Néo-Écossais d’origine africaine, en particulier la discrimination raciale, la pauvreté et les barrières systémiques à l’emploi, à l’éducation et à la formation professionnelle. (Voir Canadiens d’origine africaine; Communautés noires au Canada.) En juin 1930, il forme la Halifax Colored Citizens Improvement League, considérée comme la première organisation laïque noire en Nouvelle-Écosse, qu’il dirige pendant quatre décennies.

Jeunesse et mariage
B.A. Husbands est le fils de Prince Husbands et de son épouse, Mary, qui ont au moins trois enfants. Arrivé en Nouvelle-Écosse au début du siècle, il rejoint un groupe de migrants antillais en quête de débouchés dans les villes portuaires, telles que Halifax et Sydney. (Voir aussi Canadiens d’origine antillaise.) Il s’intègre à la communauté afro-néo-écossaise historique d’Halifax et fréquente l’école Joseph Howe. En 1903, il épouse Iris Lucas, de Lucasville, avec qui il passe le reste de sa vie. Le couple a 15 enfants : huit garçons et sept filles. La maison familiale est située sur la rue Charles.
Carrière commerciale
Il commence sa carrière comme marin pour le compte du marchand H. R. Silver, avant d’être employé comme porteur par le chemin de fer Intercolonial (ICR). Il fonde ensuite une agence de publicité et une société d’importation de produits antillais. En 1913, après avoir reçu une licence du ministère de l’Immigration d’Ottawa, il ouvre le « (Original) Domestic Employment Bureau ». Cette agence offre des emplois à la communauté noire locale, notamment comme bonnes, domestiques, serveuses, femmes de chambre et vendeurs de magasin. Peu après, l’homme d’affaires ouvre un magasin de fruits et légumes sur la rue Gottingen et lance une grande entreprise immobilière qui emploie des Noirs et des Blancs. Il exploite aussi une tabagie et devient propriétaire d’une salle de billard.
Militantisme et travail communautaire
Actif pendant plus de 60 ans, B.A. Husbands joue un rôle important dans la lutte pour l’égalité raciale en Nouvelle-Écosse, consacrant sa vie à l’amélioration des conditions socio-économiques des Noirs de la Nouvelle-Écosse (voir Communautés noires au Canada). Contrairement à des militants ultérieurs comme Rocky Jones (qui popularise le slogan « Black Power » au Canada), il adopte une approche plus modérée pour remettre en question le statu quo. Bien que plusieurs de ses actions soient de nature politique, il s’enorgueillit d’avoir accompli ces choses sans rancœur, amertume, ni conflit, comme le rapporte un article du journal The Mail-Star de Halifax en 1963.
Le saviez-vous?
Rocky Jones est un avocat et militant afro-canadien qui consacre une grande partie de sa vie à la lutte pour la justice sociale au Canada. Il joue un rôle de premier plan dans l’organisation de la Black Family Meeting, qui réunit des centaines de représentants des communautés noires de la Nouvelle-Écosse en novembre 1968. Il cofonde le Black United Front of Nova Scotia (BUF) à la fin des années 1960. Plus tard, préoccupé par le faible nombre de diplômés universitaires noirs et autochtones, il contribue à la mise sur pied du Transition Year Program et de l’Indigenous Blacks and Mi’kmaq Law Initiative (IB&M) à l’Université Dalhousie. Ces programmes visent à augmenter la représentation de ces communautés dans la profession juridique en leur offrant un soutien académique, financier et culturel.
Selon B.A. Husbands, l’égalité raciale peut être atteinte par une présence et une visibilité accrues dans la sphère publique. Il s’engage donc dans les structures de pouvoir existantes pour implanter des changements. Il fonde des organisations telles que l’Athletic and Social Club, que les responsables municipaux saluent pour leur « excellent » travail. Son rôle de vice-président de la Herald and Evening Mail Junior Baseball League ainsi que l’entrée de l’équipe des « Internationals » dans cette ligue, jusqu’alors réservée aux Blancs, sont considérés comme des exemples précoces de déségrégation sportive dans la province. (Voir aussi Ségrégation raciale des Noirs au Canada.)
Il est également élu président du Trustee Advisory Board du chapitre de Halifax de l’Universal Negro Improvement Association’s (UNIA), liant ainsi le militantisme local au mouvement international plus large pour l’amélioration de la condition des Noirs.
Le saviez-vous?
L’Universal Negro Improvement Association (UNIA) est fondée en 1914 par Marcus Garvey afin de promouvoir la fierté, l’unité et l’autonomie économique des Noirs. Guidé par deux principes fondamentaux, le nationalisme noir et le retour en Afrique, le mouvement se répand rapidement dans le monde entier, et compte plus de six millions de membres à son apogée. Dans les années 1920, des divisions canadiennes se forment dans des villes comme Montréal, Toronto et Edmonton.
Halifax Colored Citizens Improvement League
Au début de 1930, les Haligoniens noirs sont de plus en plus mécontents de leur condition (voir Communautés noires au Canada). En 1929, B.A. Husbands conteste publiquement l’accusation selon laquelle des résidents noirs ont commis le meurtre de Billy Walsh, âgé de sept ans, poignardé sur la colline de la citadelle. Il déclare que les membres de la communauté noire font l’objet de soupçons qui risquent de ternir leur réputation jusqu’à ce qu’on identifie le coupable (voir Citadelle d’Halifax). Il dépose également une pétition des résidents d’Africville demandant l’installation de lampadaires dans leur quartier. De plus, la communauté noire rejette la proposition officielle du conseil scolaire visant à créer des écoles séparées et à maintenir la ségrégation systémique.

En juin 1930, la Halifax Colored Citizens Improvement League (HCCIL) est fondée sous la direction de B.A. Husbands. Son papier à lettres la décrit comme une « organisation visant à promouvoir les intérêts des Canadiens de couleur » et vouée « au bien-être des enfants de couleur défavorisés ».

Au cours des années suivantes, la Ligue s’emploie à améliorer la condition des communautés noires de la Nouvelle-Écosse. Elle parvient à faire pression sur la province pour qu’elle retire un texte dénigrant du programme scolaire du primaire. Elle milite aussi pour la déségrégation de la profession infirmière aux côtés de la militante Althea « Pearleen » Oliver, épouse de William Pearly Oliver. Les décennies de plaidoyer de la Ligue culminent en 1969 avec l’ouverture du Centre communautaire George Dixon, réalisant ainsi la vision défendue par B.A. Husbands plus de 30 ans auparavant (voir George Dixon). La Ligue influence bon nombre des développements subséquents de la communauté, y compris le Coloured Education Centre (CEC) et la Nova Scotia Association for the Advancement of Coloured People (NSAACP).

Héritage
B.A. Husbands demeure gravé dans la mémoire de nombreux Néo-Écossais d’origine africaine (Voir Canadiens d’origine africaine). Tout au long de sa vie, il est largement reconnu pour ses nombreux efforts, notamment par sir Winston Churchill, Ramsay MacDonald, Franklin D. Roosevelt, Eleanor Roosevelt, le pape Jean XXIII et John F. Kennedy.
Il meurt le 20 juin 1968. Annonçant la nouvelle, le Mail-Star titre sa nécrologie : « La ville pleure un leader de couleur. » Le conseil municipal de Halifax présente unanimement ses condoléances à sa famille, qualifiant le disparu de « leader bien connu et largement respecté par la population de Halifax », qui « a beaucoup fait pour l’avancement des citoyens de couleur dans la ville ». À propos de sa vie, le Mail-Star écrit : « Toute la communauté a bénéficié de sa vie et s’est distinguée par les nombreux hommages qui lui ont été rendus. Nombreux sont ceux qui regretteront de ne plus voir sa silhouette familière dans les rues de Halifax. »
Prix et distinctions
- Médaille du couronnement (date inconnue)
- Ebony Promotions Wall of Fame (1978)
- Mur de l’excellence du révérend W.P. Oliver, Black Cultural Centre for Nova Scotia (2004)