Les terres arables désignent les sols qui peuvent être labourés, cultivés et utilisés de manière fiable pour cultiver des cultures annuelles comme les céréales, les légumineuses, les oléagineux et les légumes. Il s’agit d’une ressource limitée et fondamentale. La plupart des aliments de base dans le monde dépendent de sols capables de supporter une culture intensive. Étant donné que les terres arables sont le fondement de la sécurité alimentaire, du développement économique et de la stabilité écologique, leur disponibilité et leur protection sont des préoccupations majeures au Canada et dans le monde.

Définition
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) définit les terres arables comme des terres consacrées à des cultures temporaires, à des jachères temporaires ou à des prairies et pâturages temporaires. Cette définition inclut les cultures maraîchères et les terres laissées en jachère pendant moins de cinq ans. Il est important de noter que la définition de la FAO exclut les terres qui sont potentiellement cultivables. Le gouvernement du Canada se conforme à cette définition dans ses rapports nationaux et ses statistiques agricoles.
Qu’est-ce qui fait qu’une terre est arable?
Une terre devient propice à l’agriculture grâce à une combinaison de caractéristiques du sol, d’hydrologie, de topographie et de climat. La qualité du sol lui-même est primordiale. Les sols productifs ont généralement une texture équilibrée, souvent limoneuse, un mélange de sable, de limon et d’argile, qui permet aux racines de pénétrer facilement tout en maintenant une bonne rétention d’humidité et un drainage adéquat. Un sol riche en matière organique favorise la vie microbienne, améliore la fertilité et augmente sa capacité à stocker les nutriments et l’eau.
L’hydrologie joue un rôle crucial. Les terres arables ont besoin d’un approvisionnement en eau fiable, que ce soit par les précipitations, les eaux souterraines ou l’irrigation. La topographie influence également l’aptitude des terres à la culture. Les terrains plats ou en pente douce sont plus faciles à cultiver et moins sujets à l’érosion. Le climat détermine la durée de la saison de croissance sans gel et la plage de températures requises pour chaque culture. Au Canada, où les saisons de croissance varient considérablement selon la latitude, le climat est souvent le facteur limitant.
Il est de plus en plus important de comprendre ce qui fait qu’une terre est arable étant donné que les pressions mondiales, la croissance démographique, les changements climatiques et la conversion des terres ont un impact sur la disponibilité de cette ressource limitée.
Classement de la capacité des sols au Canada
Le Canada évalue le potentiel agricole à l’aide de l’Inventaire des terres canadiennes (ITC), qui classe les terres en sept catégories en fonction des facteurs comme le climat, la qualité du sol, la topographie et le drainage. Les classes de 1 à 3 sont considérées comme des terres arables fiables.
Les sols de classe 1 ont le potentiel le plus élevé. Ils sont profonds, bien drainés, et ils ne présentent pratiquement aucune limitation, ce qui fait qu’ils se prêtent à une grande variété de cultures.
Les sols de classe 2 demeurent très productifs, mais ils présentent des limitations modérées, comme des pentes douces, un léger risque d’érosion ou des problèmes mineurs de drainage, qui peuvent restreindre la diversité des cultures ou exiger l’application de pratiques de conservation ordinaires.
Les sols de classe 3 présentent des limitations assez sérieuses, comme des pentes plus abruptes, une capacité de rétention d’eau plus faible ou des zones d’enracinement restreintes, ce qui restreint la gamme des cultures.
Seulement 5 % environ de la superficie totale du Canada comprend les classes de 1 à 3. Moins de 0,5 % de la superficie est de classe 1, et plus de la moitié de ces terres de première qualité se trouve dans le sud de l’Ontario (voir Ceinture de verdure de l’Ontario). La classe 2 représente environ 1,8 à 2 % des terres du Canada, et la classe 3 représente de 2,5 à 2,7 %. Au total, le Canada dispose d’environ 38 millions d’hectares de terres arables fiables.
Les terres arables sont réparties de manière inégale. Les Prairies constituent le cœur agricole du Canada. La Saskatchewan à elle seule compte plus de 40 % des terres agricoles cultivées du pays, l’Alberta et le Manitoba représentant la majeure partie du reste. On trouve également des zones très productives dans le sud de l’Ontario et le sud du Québec, où le climat et les sols sont propices.

Qu’est-ce qu’une terre non arable?
Une terre non arable ne peut pas convenir aux cultures. Au Canada, cela comprend le substrat rocheux exposé et le terrain escarpé du Bouclier canadien, la toundra et le pergélisol de l’Arctique, ainsi que les vastes forêts boréales et les terres humides. Ces paysages abritent des écosystèmes, mais ils ne conviennent pas à la production de cultures annuelles.
L’urbanisation crée également des terres non arables. Une fois la couche arable enlevée ou recouverte par des constructions, comme des routes, des maisons, des sites industriels ou d’autres infrastructures, ces terres sont de fait perdues pour l’agriculture.
Enjeux et tendances au Canada
La superficie des terres arables au Canada n’est pas fixe. Elle varie en fonction des conditions environnementales, des décisions en matière d’aménagement des terres, et des pressions économiques.
Selon le Recensement de l’agriculture, toutes les provinces ont connu des décennies de déclin de la superficie agricole totale. À l’échelle nationale, les terres arables diminuent de 8 % entre 2001 et 2021, passant de 68 millions d’hectares à 62 millions d’hectares.
Expansion urbaine
L’expansion urbaine est la principale cause de la perte de terres arables. Une étude comparative des enquêtes de Statistique Canada menées de 1971 à 2011 révèle que 642 100 hectares de terres agricoles ont été convertis en zones d’habitation autour des grandes agglomérations (voir Étalement urbain au Canada). Le changement le plus frappant se produit dans la région du Grand Golden Horseshoe, qui se trouve autour de Toronto, où 85 % des nouvelles agglomérations urbaines durant cette période sont construites sur d’anciennes terres agricoles de première qualité (voir Ceinture de verdure de l’Ontario). Une fois converties, les terres agricoles sont rarement reconverties pour l’agriculture.
Autres pressions
En plus de l’urbanisation, les terres arables peuvent être perdues en raison de l’abandon, d’inondation ou renaturalisation. Dans certaines régions, l’expansion agricole empiète sur les terres humides ou les forêts. Les changements climatiques modifient le paysage nordique. La hausse des températures et le dégel du pergélisol créent de nouvelles zones qui semblent cultivables, bien que ces sols soient souvent fragiles et nécessitent d’importantes adaptations.
Les innovations technologiques, comme l’amélioration de l’irrigation, la culture hydroponique et les serres, permettent de produire des denrées alimentaires sur des terres marginales, mais elles ne remplacent pas la valeur écologique des sols naturellement fertiles.
Les données d’Environnement et Changement climatique Canada démontrent qu’entre 2001 et 2020, les terres forestières sont devenues des terres cultivées plus rapidement que les terres cultivées ne sont devenues des zones urbaines, ce qui illustre la nature dynamique des changements d’affectation des terres.
Protection des terres arables du Canada
Le Canada utilise un ensemble de lois, de cadres politiques et de programmes de gestion durable pour protéger ses terres arables, qui sont limitées.
Comme les ressources naturelles relèvent principalement de la juridiction provinciale, la plupart des protections contraignantes sont mises en œuvre aux niveaux provincial et municipal. Les outils les plus efficaces sont les règlements de zonage qui limitent le développement non agricole. Par exemple, la Agricultural Land Reserve (ALR) de la Colombie-Britannique, créée en 1973, désigne environ 4,6 millions d’hectares sur lesquels l’agriculture est l’usage prioritaire des terres.
Au niveau fédéral, le Canada met l’accent sur la durabilité des sols plutôt que sur le zonage. La Stratégie nationale pour la santé des sols agricoles vise à améliorer la résilience des sols à long terme, à réduire l’érosion et à soutenir des pratiques agricoles durables.
Plusieurs provinces, dont l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, le Québec et l’Île-du-Prince-Édouard, limitent la propriété étrangère des terres agricoles afin de préserver le contrôle local et de garantir l’accessibilité des terres aux agriculteurs.
Les gouvernements collaborent également avec les Premières Nations à la protection des sols. Ces efforts mettent l’accent sur la cogestion, la gestion dirigée par les Autochtones, et la restitution de la juridiction des terres. Les systèmes de connaissances autochtones, qui soulignent l’interdépendance du sol, de l’eau et de la végétation, influencent de plus en plus les programmes modernes de conservation des sols.