George III (né prince George William Frederick le 4 juin 1738 à London, au Royaume-Uni; décédé le 29 janvier 1820 à Windsor), roi de Grande-Bretagne et d’Irlande de 1760 à 1820, électeur puis roi de Hanovre. Il a été le premier monarque à régner sur le Canada français et anglais. Il a accordé la sanction royale à la Proclamation royale de 1763, à l’Acte de Québec (1774) et à l’Acte constitutionnel de 1791. Après la Révolution américaine, des milliers de loyalistes de l’Empire-Uni fidèles au roi George III, ont reçu des terres de la Couronne dans le Haut et le Bas-Canada ainsi que dans les provinces maritimes.

Jeunesse
Le futur roi George III est le fils de Frédéric-Louis, prince de Galles, et de la princesse Augusta de Saxe-Gotha. Il grandit entouré de ses huit frères et sœurs à la Leicester House de Londres, recevant une éducation complète en langues, en sciences, en arts et en musique, dispensée par des tuteurs privés. À la mort de son père en 1751, le prince George, âgé de 12 ans, est fait prince de Galles par son grand-père, le roi George II.
Accession au trône
Le 25 octobre 1760, le roi George II meurt. Son petit-fils, âgé de 22 ans, lui succède sous le nom de George III. Dès son accession au trône, ce dernier décide de confier les revenus des terres de la Couronne au Trésor britannique, en échange d’une allocation annuelle fixe, connue sous le nom de « liste civile », destinée à couvrir les dépenses de la famille royale. Cette structure financière perdure encore aujourd’hui, la monarchie actuelle recevant une allocation royale du gouvernement britannique. Le nouveau roi fait l’objet de pressions pour qu’il épouse une princesse convenable et qu’il devienne père d’un héritier du trône.
Mariage et enfants
Le 8 septembre 1761, George III épouse la princesse Sophie-Charlotte de Mecklenburg-Strelitz à la chapelle royale du palais St. James, à Londres, le jour de leur première rencontre. Leur couronnement a lieu le 22 septembre, à l’abbaye de Westminster. Le couple a quinze enfants : Georges, prince de Galles (1762-1830), qui règne sous le nom de George IV de 1820 à 1830, le prince Frédéric, duc d’York et d’Albany (1763-1827), le prince Guillaume, duc de Clarence, qui règne sous le nom de Guillaume IV de 1830 à 1837 (1765-1837), la princesse royale Charlotte (1766-1828), le prince Édouard, duc de Kent et de Strathearn (1767-1820), la princesse Augusta (1768-1840), la princesse Elizabeth (1770-1840), le prince Ernest, duc de Cumberland et de Teviotdale (1771-1851), roi de Hanovre de 1837 à 1851, le prince Auguste, duc de Sussex (1773-1843), le prince Adolphe, duc de Cambridge (1774-1850), la princesse Marie (1776-1875), la princesse Sophie (1777-1848), le prince Octavius (1779-1783), le prince Alfred (1780-1782) et la princesse Amélie (1783-1810).
Deux des fils de George III sont les premiers membres de la famille royale à se rendre en Amérique du Nord britannique. En tant que duc de Clarence, le futur roi Guillaume IV, visite Terre-Neuve en 1786, et la Nouvelle-Écosse en 1787 en tant que capitaine du NSM Pegasus. Le prince Édouard réside à Québec de 1791 à 1793, puis à Halifax de 1794 à 1800. Il devient commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord en 1799. L’Île-du-Prince-Édouard tient son nom de cet homme et du père de la reine Victoria.
Règne
George III est le premier monarque britannique de la maison de Hanovre à naître en Grande-Bretagne. Au début de son règne, on le perçoit comme un écuyer de campagne anglaise. On le surnomme « Farmer George » dans les pamphlets politiques. Soucieux de son image publique, il serait à l’origine de la Court Circular, qui demeure à ce jour le compte rendu officiel des engagements royaux dans la presse, car les reportages inexacts sur la famille royale dans les journaux l’irritent. Il fait de généreux dons à des œuvres caritatives, instaurant ainsi l’engagement philanthropique de la monarchie, qui se poursuit jusqu’à ce jour. Il s’intéresse à la science et aux arts et crée la Royal Academy of Arts. Sa collection de livres constitue le fondement de la British Library moderne. En tant que monarque constitutionnel, George III agit généralement sur les conseils de ses ministres en Grande-Bretagne. Il exerce toutefois une certaine influence sur la politique de l’Empire britannique et de l’Irlande.

Proclamation royale de 1763
George III devient roi pendant la guerre de Sept Ans, qui se conclut par le traité de Paris de 1763, confirmant la Conquête britannique de la Nouvelle-France. Cette victoire est due au soutien des alliés autochtones en Amérique du Nord. En janvier 1763, Charles Wyndham, 2e comte d’Egremont, secrétaire d’État au département du Sud (aujourd’hui le ministère de l’Intérieur), écrit à Jeffery Amherst, 1er baron Amherst, commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans :
Sa Majesté ayant à cœur de concilier l’affection des nations indiennes, par chaque acte de stricte justice, et en leur accordant sa protection royale contre tout empiétement sur les terres qu’elles se sont réservées.
La Proclamation royale de 1763 désigne les terres à l’ouest des Appalaches comme réserve autochtone et impose que tous les transferts de terres soient négociés par l’intermédiaire d’agents de la Couronne. Au Canada, cette proclamation est connue sous le nom de « Grande Charte amérindienne », et elle continue d’être soutenue par la Charte canadienne des droits et libertés. Cependant, les colons américains intéressés par une expansion vers l’ouest la contestent. L’année suivante, des représentants de Premières Nations réunis à Fort Niagara ratifient la Proclamation royale de 1763 dans le Traité de Niagara de 1764.
Royal Marriages Act of 1772
En 1771, George III propose au parlement une loi sur les mariages royaux à la suite du mariage de son jeune frère, le prince Henri, avec une roturière. La Royal Marriages Act, qui reçoit la sanction royale en 1772, décrète que tous les descendants du roi George II (à l’exception des descendants de princesses mariées à des princes étrangers) doivent obtenir la permission du monarque pour se marier. Cette loi reste en vigueur jusqu’en 2015, date à laquelle la Succession to the Crown Act 2013 entre en vigueur au Royaume-Uni, au Canada et dans les autres royaumes du Commonwealth. Aujourd’hui, seules les six premières personnes dans l’ordre de succession doivent obtenir l’autorisation du monarque avant de se marier.
Acte de Québec (1774)
La Proclamation royale de 1763 tente de soumettre les Canadiens français aux structures juridiques et sociales anglaises. Toutefois, l’Acte de Québec (1774), qui entre en vigueur en 1775, reconnaît l’Église catholique romaine, le système français de droit civil et les droits de propriété des Canadiens français. L’Acte de Québec répond aux recommandations formulées au roi par les gouverneurs de la Province de Québec, James Murray et Guy Carleton. George III appuie personnellement l’Acte de Québec, malgré les objections du maire de Londres, qui demande officiellement au roi de refuser la sanction royale à la loi. L’avocat et historien anglais John Adolphus écrit en 1840 : « En mettant fin à la session [parlementaire] [en 1774], le roi a approuvé l’Acte de Québec, qu’il jugeait fondé sur les principes les plus clairs d’humanité et de justice, et susceptible de produire les meilleurs effets pour apaiser les esprits et promouvoir le bonheur des Canadiens. »
Révolution américaine
Le roi George III est principalement connu aujourd’hui en tant que roi de Grande-Bretagne pendant la Révolution américaine (1775-1783), qui comprend l’échec de l’invasion du Québec en 1775. C’est le parlement britannique, et non le roi, qui est à l’origine des « lois intolérables » de 1774, qui visent à réaffirmer l’autorité britannique après le Boston Tea Party. Pourtant, George III est personnellement associé à l’oppression britannique envers les colons américains après avoir publié la proclamation de rébellion de 1775, dans laquelle il qualifie la guerre révolutionnaire de « rébellion » et condamne les rebelles qui avaient « en traîtres, conspiré et levé des troupes pour Nous faire la Guerre ».
Le roi, qui croit en une victoire britannique, écrit à lord Dartmouth, secrétaire d’État aux colonies : « Je ne puis m’empêcher de penser qu’avec fermeté et persévérance, l’Amérique se soumettra ». La Déclaration d’indépendance qualifie George III de « Tyran […] impropre à gouverner un peuple libre ».
La correspondance de George III témoigne de son vif intérêt pour la stratégie militaire tout au long de la Révolution américaine, notamment en ce qui concerne le nombre de soldats et de couvertures nécessaires et la nature du soutien militaire et naval fourni par la France aux colons américains. Il s’occupe également personnellement de la réinstallation des loyalistes de l’Empire-Uni à la suite du traité de Paris de 1763.
Loyalistes de l’Empire-Uni
Dans la foulée de la Révolution américaine, des milliers d’anciens résidents des Treize Colonies, restés fidèles au roi George III, s’enfuient en Amérique du Nord britannique. Sir Guy Carleton leur attribue le titre honorifique de loyalistes de l’Empire-Uni et leur accorde des terres de la Couronne au nom du roi George.
Leur arrivée entraîne une réorganisation politique de l’Amérique du Nord britannique. L’Acte constitutionnel de 1791 divise la Province de Québec en deux : le Haut-Canada (qui correspond à l’actuelle province de l’Ontario) et le Bas-Canada (qui correspond à l’actuelle province de Québec). Environ 30 000 loyalistes s’établissent dans les provinces maritimes, 2 000 dans le Bas-Canada et 7 500 dans le Haut-Canada.
L’historienne Jane Errington souligne le rôle du roi dans la distinction entre l’Amérique du Nord britannique et les États-Unis nouvellement indépendants. Dans son livre de 1987, The Lion, the Eagle and Upper Canada: A Developing Colonial Ideology, elle écrit : « George III a donné aux colons, et particulièrement à leurs dirigeants, une identité unique, distincte de celle de leurs cousins rebelles du Sud. »
Actes d’Union
Le roi George III et le gouvernement britannique font également face à des troubles plus près de chez eux. La Révolution américaine et la Révolution française provoquent des bouleversements politiques en Irlande. À l’époque, l’Irlande possède son propre parlement, mais la majorité catholique a peu de pouvoir politique. De mai à octobre 1798, un groupe de révolutionnaires, appelés les Irlandais unis, se soulève pour obtenir l’indépendance complète de la Grande-Bretagne, mais il est vaincu.
La crainte de nouveaux troubles et d’une invasion française mène aux Actes d’Union de 1800. Adoptés par les parlements de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, ils créent le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, avec un parlement unique basé à Londres. Le premier ministre William Pitt the Younger (le Jeune) souhaite que les Actes d’Union soient suivis de réformes sociales et politiques plus larges, incluant l’acte d’émancipation des catholiques. George III s’oppose toutefois aux réformes proposées par son premier ministre. Bien qu’il approuve l’Acte de Québec, il estime que la reconnaissance formelle de l’Église catholique au Royaume-Uni contrevient à son serment de couronnement en tant que gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre. William Pitt le Jeune démissionne en signe de protestation, et le mécontentement populaire persiste en Irlande jusqu’au 20e siècle.
Santé déclinante
George III présente des problèmes de santé mentale durant de longues périodes de 1788 à 1789, en 1801, en 1804, puis de 1810 à 1820. Depuis les années 1960, la théorie dominante concernant sa santé mentale déclinante laisse croire qu’il souffre de porphyrie aiguë. Une analyse récente de son écriture, cependant, donne à penser qu’il est plutôt atteint de bipolarité, un diagnostic que privilégie son plus récent biographe, Andrew Roberts.
Jubilé d’or
George III est le premier monarque à célébrer un jubilé d’or au Royaume-Uni et dans l’ensemble de l’Empire britannique. Contrairement au jubilé d’or de la reine Victoria (1887) et au jubilé d’or de la reine Elizabeth II (2002) subséquents, la célébration du jubilé d’or de George III a lieu en 1809, à l’occasion du 49e anniversaire de son avènement, soit au moment où il entame la 50e année de son règne. Des festivités sont organisées dans tout l’Empire britannique. En 1810, l’Assemblée du Haut-Canada adopte une déclaration officielle pour souligner cet événement.

Régence
En 1810, après le décès de sa fille cadette, la princesse Amélie, la santé mentale de George III se détériore rapidement. En 1811, la Regency Act permet à son fils aîné, le futur roi George IV, de régner en tant que prince-régent. La dernière décennie du règne de George III est ainsi appelée la période de la Régence. Le roi passe ses dernières années reclus dans le château de Windsor, où il meurt d’une pneumonie en 1820.
Legs au Canada
George III règne pendant 59 ans. Il s’agit du plus long règne de l’histoire britannique, après ceux de sa petite-fille, la reine Victoria (63 ans), et de la reine Élizabeth II (70 ans). De nombreux endroits au Canada sont nommés en l’honneur du roi George III. Parmi ceux-ci, on compte la ville de Kingston, en Ontario, la province du Nouveau‑Brunswick, le détroit de Georgia, en Colombie-Britannique, la ville de Georgetown, à Terre-Neuve-et-Labrador, ainsi que la ville de Georgetown, à l’Île-du-Prince-Édouard.