La Ligue pour le parti des ouvriers révolutionnaires (LPOR) est une petite organisation communiste influente. Elle est active au Canada de 1934 à 1940. Les membres de ce groupe d’extrême gauche, communément appelés « Fieldites », en hommage à leur dirigeant new-yorkais, B.J. Field, prônent la révolution violente, l’action directe ouvrière, la mise en place de conseils ouvriers (Soviets) et la création d’une nouvelle organisation révolutionnaire pour remplacer la Troisième internationale (Komintern), qu’ils jugent corrompue. L’aile canadienne de la LPOR se distingue par ses nombreuses publications, par ses réalisations en matière d’organisation syndicale et antifasciste, et par son appui au Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) pendant la guerre civile espagnole.

Formation de la LPOR
La LPOR est à l’origine une faction au sein de la Ligue communiste d’Amérique (Opposition), également connue sous le nom de « Opposition de gauche » ou de « trotskistes ». Cette appellation fait référence à leur rupture avec le Parti communiste stalinien quelques années auparavant. Quand l’Opposition de gauche exclut certains de ses membres de New York, Toronto et Montréal, la faction crée une nouvelle organisation.
À l’origine, la LPOR est un comité organisateur du Bureau international pour le Parti révolutionnaire (OCRWP), fruit d’un partenariat entre B.J. Field (de son vrai nom Max Gould) et Benjamin Gitlow. Leur objectif consiste à rassembler divers petits groupes révolutionnaires de New York pour proposer une alternative à la Ligue communiste d’Amérique (Opposition) et au Parti communiste des États-Unis d’Amérique (CPUSA). Gitlow, un ancien responsable du CPUSA, se distancie rapidement de cette alliance pour fonder un groupe révolutionnaire au sein du Parti socialiste. Field n’arrive pas à gagner beaucoup de soutien à New York, mais il parvient à maintenir un noyau dur de partisans parmi les trotskistes canadiens.
Le groupe ne dépasse jamais les 100 membres actifs. Bien qu’il soit petit, à la fin des années 1930, il devient plus important que le mouvement trotskiste officiel canadien, avec lequel il a rompu. La LPOR compte principalement parmi ses membres des jeunes Juifs provenant de milieux ouvriers. Elle se distingue également par le fait que, contrairement à la plupart des organisations révolutionnaires au Canada, qui comptent principalement des hommes dans leurs rangs, environ la moitié de ses membres sont de jeunes femmes.
LPOR au Canada
Au Canada, la LPOR est principalement active à Toronto, mais elle possède également de petites sections à Montréal, au Québec, ainsi qu’à London et à Hamilton, en Ontario. William Krehm en est le principal dirigeant à Toronto, mais il y a plusieurs jeunes leaders dynamiques, engagés et qualifiés qui se déplacent en autostop et en train d’une ville à l’autre. Pendant une année entière, une personne se déplace entre Toronto et Vancouver, en Colombie-Britannique, et San Francisco, en Californie pour établir de nouvelles sections. Des membres sont également envoyés à London, à Montréal, à Stratford et à Niagara Falls, en Ontario, ainsi qu’à Rouyn-Noranda, au Québec, pour organiser des mesures de grève ou pour radicaliser celles qui sont déjà entamées. Le groupe offre aussi un important programme de sensibilisation au marxisme dans son « pavillon » de Toronto.
Publications
La LPOR de Toronto fait l’acquisition d’une presse à imprimer d’occasion qu’elle utilise pour produire du papier à en-tête, des tracts et trois bulletins d’information distincts : Workers’ Voice (pour les adultes au Canada), Labor Front (pour les adultes aux États-Unis) et Revolutionary Youth (pour les jeunes Canadiens).
Ligue de la jeunesse révolutionnaire
En 1936, la LPOR fonde la Ligue de la jeunesse révolutionnaire (LJR) après que le Mouvement des jeunes de la Fédération du Commonwealth coopératif (MJFCC) ait découvert ses tentatives d’infiltration et de radicalisation de l’organisation de la jeunesse socialiste. Le bulletin pour les jeunes, publié par la LJR, est également digne de mention, car la plupart des membres de la LPOR ont dans la vingtaine. La LPOR maintient la LJR pour attirer les membres désenchantés du MJFCC. La plupart des membres de la LJR sont également membres de la LPOR.
Activités antifascistes
La LPOR canadienne parvient à nouer des alliances temporaires avec des organisations juives de la classe ouvrière, des anarchistes, comme le Groupe libertarien de Toronto, et des défenseurs des droits civils. Leur plus grande réalisation dans le cadre de ces alliances est la création du Comité provisoire antifasciste, qui lutte contre les tentatives d’Adrien Arcand d’étendre son organisation fasciste en Ontario. La LPOR et ses sympathisants organisent une série de manifestations contre les rassemblements fascistes et collectent des fonds pour leur éventuelle défense juridique. Le Parti de l’unité nationale tient son premier grand rassemblement le 4 juillet 1938 à Massey Hall. Quatre manifestants y sont arrêtés et inculpés. Le Comité provisoire antifasciste assure leur défense juridique, deux d’entre eux étant accusés d’entrave au travail des policiers.
Relations internationales
Les publications de la LPOR montrent un grand intérêt pour les questions internationales. B.J. Field et William Krehm écrivent régulièrement aux dirigeants européens des organisations socialistes révolutionnaires, et joignent à leurs lettres des exemplaires de leurs bulletins d’information et de leurs tracts. Tirant parti des contacts noués par Field pendant son séjour en Europe, ils persuadent certains correspondants qu’ils sont beaucoup plus importants et influents qu’ils ne le sont en réalité. Fenner Brockway, le chef du Parti travailliste indépendant britannique, les invite à un congrès sur la paix et l’antifascisme, à Bruxelles, à l’automne 1936. Ce congrès est organisé par le Bureau international pour l’unité socialiste révolutionnaire (mieux connu sous le nom de Bureau de Londres).
Lors du congrès de Bruxelles, Krehm et Field plaident pour que le POUM rompe toute relation avec l’Union soviétique et les gouvernements « bourgeois » en place. Cette position n’est pas bien accueillie, et l’agitation subséquente de Krehm à Barcelone mène à son emprisonnement durant l’été 1937. Lorsque Krehm revient au Canada, la LPOR organise des rassemblements et publie un pamphlet très critique envers la République espagnole, Révolution et contre-révolution en Espagne (1938). La plupart des Canadiens libéraux appuyant la République espagnole, ce message ne trouve aucun écho. (Voir Le Canada et la guerre civile espagnole.)
Deuxième Guerre mondiale et dissolution
La LPOR s’oppose officiellement à la participation du Canada à la Deuxième Guerre mondiale, qu’elle qualifie d’entreprise impérialiste et capitaliste. Ses membres envisagent brièvement de maintenir la LPOR comme mouvement révolutionnaire clandestin, mais finissent par abandonner leurs activités révolutionnaires vers 1940. Seuls quelques-uns de ses membres reprennent le flambeau de la politique révolutionnaire après la Deuxième Guerre mondiale.