Le Mohawk Institute, établi en 1828 près de Brantford, en Ontario, est l’un des plus anciens pensionnats indiens et celui qui a été en activité le plus longtemps. Il a été créé par le révérend Robert Lugger, un missionnaire d’une organisation protestante puritaine, qui s’est inspiré d’un externat indien Kanyen’kehá : ka (Mohawk). Ce pensionnat a servi de modèle à d’autres établissements du même genre. Les personnes impliquées ont tenté d’intégrer les enfants des Premières Nations à la société canadienne d’origine européenne en les convertissant et en les incitant, une fois adultes, à faire de même dans leurs propres collectivités. Le Mohawk Institute a été en activité pendant 141 ans avant de fermer ses portes en 1970.

Origines et fondation
Le Mohawk Institute est fondé par le révérend Robert Lugger, de la Society for the Propagation of the Gospel in New England and Parts Adjacent (SPGNE). Cette société pour la propagation de l’Évangile à l’étranger est établie par des puritains en Angleterre dans un contexte de grandes tensions religieuses. La SPGNE exerce d’abord ses activités en Nouvelle-Angleterre et à New York. Elle s’installe au Nouveau-Brunswick après la Révolution américaine, puis au Haut-Canada (aujourd’hui l’Ontario) en 1822. La même année, elle commence à financer des externats indiens dans la concession de Haldimand (voir Proclamation Haldimand). En 1828, la SPGNE, la branche missionnaire de l’Église d’Angleterre, autorise Robert Lugger à poursuivre les activités de la société à la chapelle des Mohawks. En 1830, le révérend ouvre un institut de mécanique près de la chapelle, sans en informer la SPGNE. Ce type d’établissement est courant en Écosse.
En 1832, à l’époque du décès du capitaine John Brant, la SPGNE) soutient sept externats indiens dans des collectivités des Premières Nations de la concession de Haldimand. De plus, elle transforme une partie de l’infrastructure de l’institut de mécanique en un institut central du système local d’externats indiens. Le projet initial est d’y accueillir des élèves d’autres externats autochtones grâce à un processus de candidature et de sélection. La SPGNE considère l’ensemble du projet comme un outil de conversion et d’assimilation. Elle définit sa mission comme « l’enseignement des arts, des usages et des coutumes de la vie civilisée à un certain nombre de jeunes des deux sexes ». En 1873, cela se matérialise par l’éducation industrielle, morale et religieuse. La SPGNE envisage d’utiliser les élèves comme vecteurs d’assimilation du reste de la population autochtone locale.

Développement institutionnel
En 1836, le révérend Abraham Nelles prend la direction du Mohawk Institute. En 1847, l’expansion des colons entraîne une diminution considérable du contrôle exercé par les Six Nations dans les parties nord de la concession de Haldimand, malgré les promesses de la Proclamation Haldimand. Les Six Nations se réinstallent sur des terres au sud de la rivière, à plusieurs kilomètres de l’institut et de la chapelle. En 1856, le révérend Nelles signale que l’institut se trouve dans un état de délabrement et recommande la construction d’un nouveau bâtiment plus grand sur un terrain de 10 acres près du presbytère. En 1858, un incendie détruit l’institut. L’année suivante, en 1859, on érige un nouveau bâtiment en briques de trois étages pouvant accueillir jusqu’à 90 élèves. Le programme inclut une formation professionnelle en forge et en menuiserie. La main-d’œuvre étudiante et les produits agricoles couvrent une partie des coûts de fonctionnement.
En 1860, l’établissement prend officiellement le nom de « Mohawk Institute ». Cette même année, on établit une ferme de travail manuel dans le but d’initier les garçons aux activités de la ferme et de leur inculquer les « habitudes de l’industrie ». L’enseignement des arts mécaniques, initialement dispensé à l’institut, n’est plus offert en 1860, mais reprend plus tard. Selon un rapport du consul des États-Unis auprès de la SPGNE, cet abandon n’est pas dû à une insuffisance des compétences des élèves des Premières Nations, mais plutôt à leur désir de vivre une existence autonome plutôt qu’une vie de « mécanicien systématique ».
Le saviez-vous?
C’est le gouverneur général, sir Edmund Walker Head, plutôt que le commissaire des terres de la Couronne, qui délivre au directeur Abraham Nelles un permis d’occupation, en fiducie au nom de la SPGNE, sur les terres de la concession Eagles’ Nest/Haldimand. Cette autorisation lui permet d’exploiter une école de travaux manuels au Mohawk Institute. Les actions du gouverneur général font l’objet d’une poursuite judiciaire concernant la succession du directeur Abraham Nelles. Après le décès de ce dernier, la Cour de l’Échiquier (aujourd’hui la Cour fédérale) confirme, dans une affaire datant de 1922, que la délivrance du permis ne respecte pas les exigences légales de l’époque. La cour invalide le permis et restitue les terres au gouvernement fédéral en fiducie pour les Six Nations.
Expansion et approche pédagogique
Pendant le mandat de quatre ans du révérend Robert Ashton, l’Institut connaît une croissance constante, atteignant un effectif d’environ 156 élèves au 31 décembre 1881. De 1882 à 1891, le soutien continu de la SPGNE, des Six Nations et du gouvernement fédéral permet l’exploitation de 7 à 11 externats indiens, en plus de l’institut, sur la concession de Haldimand (voir Proclamation Haldimand). En 1882, le total des inscriptions s’élève à 477 élèves répartis dans ces différents établissements. Le programme d’études n’est pas favorable aux aspirations de certains enfants ou jeunes autochtones qui réintègrent la collectivité des Six Nations. Un rapport non daté d’un des commissaires de la SPGNE indique que « le mode d’enseignement est le même que celui des écoles publiques pour [les élèves non autochtones], et les manuels scolaires […] sont ceux recommandés par le Conseil scolaire provincial ».
Dès 1885, l’institut façonne les aspirations des enfants des Premières Nations. Il les éloigne de leur mode de vie, de leurs croyances et de leurs pratiques traditionnelles, notamment en créant une rivalité entre les élèves actuels et futurs. En 1885, le gouvernement accorde une subvention à la SPGNE pour qu’elle accepte des élèves provenant d’autres réserves. En 1891, le gouvernement commence à verser une subvention par élève. En 1894, des enfants orphelins des Premières Nations, ainsi que quelques enfants ou jeunes non autochtones, y sont « accueillis ». On construit alors une vaste aile de trois étages. Cette même année, un amendement à la Loi sur les Indiens rend l’instruction obligatoire pour les enfants des Premières Nations.
En 1887, la réputation de l’institut en tant que pensionnat prestigieux masque son véritable objectif d’assimilation culturelle. Les demandes d’admission augmentent tellement qu’il est nécessaire d’en refuser certaines. En 1898, les rapports du révérend Ashton font état de décès d’enfants au Mohawk Institute. Cinq d’entre eux auraient perdu la vie pendant les 25 années précédentes. En 2012, des recherches révèlent qu’au moins 15 enfants ont perdu la vie au Mohawk Institute en 1898. De plus, on identifie au moins 48 enfants qui auraient succombé pendant leur séjour. De 2021 à 2025, le Secrétariat des survivants découvre 57 décès d’enfants supplémentaires, portant le total à 105 enfants décédés pendant leur affiliation avec l’institut.
En 1903, trois incendies ravagent le Mohawk Institute, détruisant le bâtiment principal, les granges et les dortoirs temporaires situés à proximité. Des travaux de reconstruction sont immédiatement entrepris et aboutissent à l’ouverture, en octobre 1904, d’un tout nouveau bâtiment principal, de bâtiments agricoles, d’un gymnase et de logements pour 125 élèves. Un petit hôpital vient compléter l’ensemble en 1908.
Défis juridiques et sociaux
En 1911, le fils de Robert Ashton, A. Nelles Ashton, est nommé directeur du Mohawk Institute. En 1914, il a fait l’objet d’un procès très médiatisé. Ce procès concerne quatre jeunes filles haudenosaunee qui fuient l’institut et son directeur parce qu’elles n’aiment pas la nourriture qui leur est servie et qui subissent des punitions sévères à leur retour. L’instigatrice, Ruth Miller, est enfermée dans une petite cellule sombre au troisième étage de l’institut pendant trois jours, ne recevant pour seule nourriture que de l’eau et du pain. Après sa libération, on lui rase la tête et on la fouette sur son dos nu. Le père de la jeune fille, George Miller, a la possibilité de déposer une plainte individuelle. Toutefois, le ministère des Affaires indiennes interdit au conseil traditionnel des Six Nations de lui accorder un soutien financier pour engager un avocat (voir aussi Ministères fédéraux des Affaires autochtones et du Nord). George Miller obtient des dommages et intérêts pour la détention (100 $) et les châtiments corporels (390 $ à 400 $). Cette affaire attire l’attention des médias et suscite des témoignages d’élèves (voir aussi La résistance et les pensionnats indiens). Plus tard cette année-là, Nelles Ashton est démis de ses fonctions. Un fonctionnaire du ministère des Affaires indiennes qualifie les élèves de l’institut de « condamnés à mort ». Cela n’entraîne toutefois pas de changement systémique. Les politiciens canadiens utilisent des lois telles que la Loi sur les Indiens pour empêcher les membres des Premières Nations d’intenter des poursuites devant les tribunaux et pour soustraire les exploitants de pensionnats à toute responsabilité juridique. La plupart des survivants des pensionnats indiens portent leur traumatisme en silence. Ils n’arrivent pas à obtenir justice ni à faire reconnaître publiquement leurs souffrances.
Avant 1922, le Mohawk Institute est un établissement non confessionnel, mais, de 1922 à 1923, il s’affilie à l’Église d’Angleterre. En 1922, le gouvernement prend en charge la gestion de l’institut. La SPGNE demeure propriétaire des bâtiments et détient le bail foncier. En 1923, des agents de la GRC sont stationnés au Mohawk Institute.
En 1934, l’institut ajoute de nouveaux dortoirs, portant ainsi sa capacité d’accueil à 150 élèves. En 1947, la SPGNE renégocie son bail, mais elle n’est pas en mesure de continuer à fournir un soutien financier. En 1948, des bâtiments du Centre d’entraînement de l’Armée canadienne (camp no 20) sont transférés sur le terrain de l’institut. De 1948 à 1958, le Mohawk Institute fait l’objet de rénovations et de nouvelles salles de classe sont construites. En 1955, sa capacité d’accueil atteint 185 élèves.
Transformation et régression (années 1940 à années 1970)
Le révérend chanoine W. John Zimmerman dirige le Mohawk Institute de 1945 à sa fermeture en 1970, sous la supervision du diocèse anglican de Huron, de la SPGNE et des autorités fédérales et provinciales.
Dans les années 1960, l’institut sert de foyer d’accueil pour les enfants ayant des besoins particuliers, pour ceux provenant de familles instables ou pour ceux de réserves éloignées ne disposant pas d’externats indiens. En 1963, les activités agricoles prennent fin et les terres sont restituées aux Six Nations. En 1965, la SPGNE transfère la propriété des bâtiments du Mohawk Institute au gouvernement fédéral pour la somme de 100 000 $. Le 1er avril 1969, ce dernier assume la direction complète de l’institut. Le 30 juin 1970, la plupart des résidents viennent de collectivités du Nord, alors que 23 élèves seulement sont issus des Six Nations. En concertation avec le conseil des Six Nations, l’administration maintient une équipe restreinte pour s’occuper des enfants restants, en attendant la disponibilité de services de placement familial. Le 31 mars 1971, l’institut est vidé et le bâtiment est remis aux Six Nations. Par la suite, le gouvernement restitue les terres restantes de l’institut aux Six Nations.
Héritage et répercussions

Le Mohawk Institute, en tant que premier pensionnat indien au Canada, a un héritage complexe. Il jette les bases d’un système qui sépare les enfants des Premières Nations, des Métis et des Inuits de leur famille. Ce système entrave l’usage de leur langue et de leur culture, et expose plusieurs d’entre eux à des expériences traumatisantes. L’histoire du Mohawk Institute, qui inclut la répression culturelle et l’enseignement professionnel et religieux, s’inscrit dans des politiques coloniales plus vastes visant l’assimilation et le contrôle.
Les Premières Nations des Six Nations de la rivière Grand décident de commémorer leur passé en conservant l’ancien pensionnat. En 1972, le Centre culturel Woodland est établi sur le site de cet ancien pensionnat indien.