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Larry Audlaluk

Larry Audlaluk, C.M., leader communautaire, activiste, militant, écrivain (né le 6 octobre 1950 à Uugaqsiuvik au Québec). Larry Audlaluk est un leader inuit respecté qui a milité pour la reconnaissance des exilés du Haut-Arctique comme lui (voir Réinstallation d’Inuits dans l’Extrême-Arctique au Canada). Lorsqu’il était enfant, sa famille a été relocalisée par la GRC du Nunavik à un endroit isolé et aride situé au sud de l’île d’Ellesmere afin de maintenir la souveraineté. Les personnes relocalisées et la famille de Larry Audlaluk ont vécu dans une pauvreté extrême, livrées à elles-mêmes et abandonnées à une vie sur une terre où la faune était insuffisante pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins. Leurs souffrances ont incité Larry Audlaluk à faire pression avec succès sur le gouvernement fédéral pour qu’il reconnaisse les raisons de cette relocalisation et les traumatismes qu’elle a engendrés. Ses mémoires intitulées What I Remember, What I Know: The Life of a High Arctic Exile ont été sélectionnées pour le Prix littéraire du Gouverneur général en 2021.

Jeunesse

Larry Audlaluk naît dans le village traditionnel d’Uugaqsiuvik, à 35 km d’Inukjuak, dans la région du Nunavik au Québec. En 1953, un agent de la GRC rend visite à son père, Isakalluk Aqiatushuk, à plusieurs reprises pour le convaincre de déménager sa famille dans le Haut-Arctique (voir Réinstallation d’Inuits dans l’Extrême-Arctique au Canada). L’agent leur promet une vie meilleure, affirmant que le gibier y est abondant et qu’ils pourront retourner à Inukjuak au bout de deux ans s’ils le souhaitent. Éventuellement, Isakalluk Aqiatushuk accepte d’y aller.

Avant son troisième anniversaire, la famille de Larry Audlaluk, ainsi que six autres familles de la région d’Inukjuak, embarquent à bord du navire gouvernemental CD Howe et mettent le cap vers le nord. Sa famille fait partie de trois familles qui sont relocalisées à Craig Harbour, au sud-est de l’île d’Ellesmere. Afin d’éviter que ces familles ne dépendent du poste de la GRC qui s’y trouve, elles sont ensuite transportées par bateau à 56 km vers l’ouest jusqu’à la péninsule de Lindstrom. Elles sont abandonnées sur une plage de gravier inhabitable, au pied d’immenses falaises, sans abri, sans nourriture et sans vêtements.

Comme il n’y a pas assez de neige pour construire des igluit (igloos), les familles passent ce premier hiver dans des tentes de toile tapissées de peaux de bison fournies par la GRC. Comparée à Inukjuak où il y avait 50 variétés d’aliments, soit des oiseaux, des animaux terrestres et des animaux marins, la péninsule de Lindstrom n’en compte que trois ou quatre. Les familles sont censées vivre des ressources de la terre, mais elles ont beaucoup de mal à survivre.

Leurs demandes de retourner à Inukjuak sont refusées. Dix mois plus tard, le père de Larry Audlaluk meurt d’une crise cardiaque, aggravée par les conditions de vie difficiles et le traumatisme de la relocalisation.

En 1957, les familles se déplacent plus à l’ouest, sur un terrain plus plat où elles peuvent construire des petites maisons en bois. En 1962, tout le monde déménage dans la nouvelle colonie de Grise Fiord, qui comprend un poste de police et un externat fédéral (voir Externats indiens au Canada). Leurs maisons en bois sont si petites qu’elles ont été transportées jusqu’à la nouvelle communauté en traineaux à chiens. Ces cabanes sont remplacées quelques années plus tard par des maisons préfabriquées de style sudiste, et l’électricité y est installée.

Lorsque Larry Audlaluk a 4 ans, il se frappe sur une corde de tente et se blesse gravement à l’œil droit. Il subit finalement sa première opération en 1963, mais il souffre de cette blessure toute sa vie. À l’âge de huit ans, il reçoit un diagnostic de tuberculose et il est transporté par avion à un hôpital de la ville de Québec. Il a presque dix ans lorsqu’il retourne chez lui. La tuberculose se déclare à nouveau durant son adolescence alors qu’il fréquente un pensionnat indien, le Centre de formation professionnelle Churchill. Il est envoyé à l’hôpital Saint-Boniface à Winnipeg pour y être soigné.

Larry Audlaluk obtient son diplôme du pensionnat de Churchill en 1969. Après une année d’études commerciales à Ottawa, il s’installe à Iqaluit et il travaille comme interprète-traducteur pour le Développement économique du Nord. À Iqaluit, il rencontre Annie Manomie, qui est originaire de Kinngait (Cape Dorset), et elle devient sa conjointe de vie. Lorsque la mère de Larry Audlaluk tombe malade, lui, Annie et leur fille de deux mois déménagent à Grise Fiord. Il travaille comme directeur adjoint à la Arctic Co-op, et ensuite pour le hameau.

En 1970, le gouvernement fédéral lance le projet Noms de famille. Ce projet vise à remplacer les numéros de disque inuits par des noms de famille. Les Inuits peuvent choisir leur propre nom de famille, et Larry choisit donc son nom de naissance, Audlaluk.

Défenseur des personnes relocalisées

En 1978, Larry Audlaluk se joint à d’autres personnes déplacées d’Inukjuak et de Pond Inlet et, avec le soutien de la Société Makivik, ils font pression sur le gouvernement du Canada pour qu’il enquête sur ces relocalisations. Cette année-là, Larry Audlaluk retourne à Inukjuak pour la première fois depuis son départ en 1953.

Le gouvernement fédéral finance finalement le retour à Inukjuak des personnes qui ont été déplacées en 1987. Quarante personnes s’y installent. Les frères de Larry Audlaluk, Samwillie et Elijah, ainsi que leurs familles, choisissent également d’y retourner. Pour Larry Audlaluk, Grise Fiord est le seul foyer qu’il ait jamais connu. Il préfère ne pas déménager et déraciner sa famille.

Pendant 18 ans, Larry Audlaluk fait pression sur le gouvernement pour qu’il reconnaisse les services rendus par les personnes relocalisées, qui ont défendu la souveraineté en vivant dans le Haut-Arctique. Il réclame une compensation pour les traumatismes de leur déplacement forcé et pour les souffrances qu’ils ont endurées. Dans le cadre de son travail de sensibilisation à cette question, Larry Audlaluk participe à deux films; le film Broken Promises – The High Arctic Relocation et le film Martha qui vient du froid.

En 1993, toutes les personnes qui ont été relocalisées sont transportées par avion à Ottawa pour participer aux audiences de la Commission royale sur les peuples autochtones. Larry Audlaluk témoigne, racontant l’histoire de sa famille et les épreuves que ses parents ont eu à endurer. En 1996, après la publication du rapport de la Commission, le gouvernement fédéral verse 10 millions de dollars en règlement.

Cependant, ce n’est qu’en 2010 que le gouvernement du Canada présente ses excuses pour cette relocalisation. La même année, deux statues sculptées sont dévoilées en mémoire des personnes relocalisées; une se trouve à Resolute Bay et l’autre est à Grise Fiord.

Larry Audlaluk est un fervent chrétien. En 1996, il effectue le premier de plusieurs voyages en Israël. Il fait des apparitions à la télévision et il est décrit comme « l’Inuk le plus connu de Terre sainte ».

Larry Audlaluk joue également à l’écran. Il joue dans le film Glory and Honor (1998) et il joue dans des épisodes de l’émission High Arctic Haulers (2020) diffusée sur les ondes de CBC.

Larry Audlaluk se présente sans succès aux élections générales de 2004 au Nunavut, dans la circonscription de Quttiktuq.

En octobre 2007, Larry Audlaluk est nommé membre de l’Ordre du Canada en reconnaissance de son leadership dans sa communauté, de son travail d’ambassadeur du Haut-Arctique et de sa contribution à la préservation et à la promotion du riche héritage de sa région. Il est investi un an plus tard par la gouverneure générale Michaëlle Jean. Il reçoit également la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II en 2012 et la médaille du couronnement du roi Charles III en 2025.

Ses mémoires intitulées What I Remember, What I Know: The Life of a High Arctic Exile sont finalistes pour le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie de non-fiction en langue anglaise en 2021.

Larry Audlaluk et son épouse Annie vivent à Grise Fiord au Nunavut. Ils ont six enfants, onze petits-enfants et six arrière-petits-enfants. Larry Audlaluk est le plus ancien habitant de Grise Fiord.