Nunavik

Le Nunavik, le territoire correspondant à la partie de la province de Québec située au nord du 55e parallèle, couvre approximativement 500 000 km2 soit plus du tiers de la province de Québec. Depuis à peu près 4 000 ans, plusieurs peuples autochtones ont vécu au Nunavik, dont les Inuits qui en ont fait leur pays. De nos jours, à peu près 13 000 personnes vivent au Nunavik, dans 14 villages situés sur les côtes de la baie d’Ungava, du détroit d’Hudson et de l’est de la baie d’Hudson.




Histoire

Pendant plus de 4 000 ans, des peuples comme l’ancienne culture de Thulé et les Inuits vivent en nomades au nord du 55e parallèle dans ce qui constitue aujourd’hui la province de Québec. Il y a près de 400 ans, des explorateurs, baleiniers, négociants de fourrure et missionnaires européens commencent à établir des contacts avec les Inuits de la région.

En 1670, toutes les terres du bassin de la baie d’Hudson sont accordées à la Compagnie de la Baie d’Hudson au nom de la Couronne britannique. Ce territoire, alors appelé Terre de Rupert, est transféré au Dominion du Canada peu après la Confédération. En 1912, par la Loi de l’extension des frontières du Québec, le gouvernement du Canada cède l’ensemble du district de l’Ungava à la province de Québec. Tous ces transferts territoriaux se déroulent sans le consentement des Inuits, et ans même qu’ils en aient connaissance. En fait, c’est seulement en 1963, lorsque René Lévesque, alors ministre des ressources naturelles, crée la Direction Générale du Nouveau-Québec afin de diriger et développer le Nord, que les Inuits apprennent qu’ils font partie de la province de Québec.

Des années 1940 aux années 1960, la création de structures administratives, la mise en place de services gouvernementaux comme l’éducation, les services de santé et l’aide sociale, la construction d’installations militaires et le développement des projets miniers et hydroélectriques obligent les Inuits à s’établir dans des collectivités permanentes. À la fin des années 1960, les Inuits du Nunavik n’ont encore aucune voix à Québec ni à Ottawa. Souvent, l’évêque anglican joue pour eux le rôle de porte-parole politique.

Revendications territoriales

En 1971, sans consulter les Inuits ni les Cris, le gouvernement du Québec annonce un important projet de développement hydroélectrique, le Projet de la Baie James. En réponse, Charlie Watt, âgé de 27 ans, rassemble immédiatement un groupe d’Inuits pour fonder l’Association des Inuits du Nord du Québec (AINQ). Joignant leurs forces à celles des Cris, les Inuits demandent à la Cour supérieure du Québec (voir Système judiciaire canadien) une injonction pour arrêter le projet. Le jugement leur est favorable, mais il est rapidement renversé par la Cour d’appel. Les deux années de négociations qui suivent (1973-1975) conduisent à un règlement hors cour, la Convention de la baie James et du Nord québécois (CBJNQ), signée à Québec le 11 novembre 1975. Elle est considérée comme le premier règlement de revendications territoriales au Canada.

En vertu de la CBJNQ, les Cris et les Inuits du nord du Québec cèdent un territoire totalisant 450 000 km2 et reçoivent 225 millions de dollars de compensation, ainsi qu’un droit de propriété sur 1,4 % du territoire (terres de catégorie 1) et des droits préférentiels ou exclusifs de chasse, de pêche et de trappe sur le reste du territoire. En 1978, grâce à une entente supplémentaire, la Convention du Nord-Est québécois (CNEQ), les Naskapis reçoivent 9 millions de dollars de Québec et du gouvernement fédéral.

Bien que trois communautés, Puvirnituq, Ivujivik et Salluit, refusent de signer l’accord, les Nunavimmiut (Inuits du Nunavik) ratifient la CBJNQ par un appui de 63 %.

Cet accord amène la création des premiers organismes administrés par des Inuits au Nunavik :

  • L’Administration régionale Kativik (ARK) possède une juridiction administrative sur le territoire du Nunavik. Parmi les secteurs où l’ARK offre des services, on retrouve la gestion des aéroports, l’entretien des infrastructures maritimes, le développement économique régional et local, le développement des affaires, la police et la sécurité civile, la conservation de la nature, la recherche sur l’environnement et le changement climatique, le développement et l’administration des parcs, les soins aux enfants et les infrastructures municipales. L’ARK est le plus important employeur du Nunavik.
  • La Commission scolaire Kativik (KSB)
  • La Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN)
  • La Société Makivik, un organisme à but non lucratif dont le mandat est de protéger l’intégrité de la CBJNQ, d’administrer les fonds de compensation et d’assurer le développement politique, social et économique du Nunavik.

Trente et un ans après la signature de la CBJNQ, le 1er décembre 2006, à Kuujjuaq, Makivik, le gouvernement du Canada et le gouvernement du Nunavut signent l’Accord sur les revendications territoriales des Inuits du Nunavik (ARTIN). L’ARTIN donne aux Inuits du Nunavik la propriété, seuls ou conjointement, d’un total de 7 530 îles représentant 80 % de toutes les îles de la région maritime du Nunavik. Cette propriété comprend les droits à la fois sur la surface et sur le sous-sol.

Puvirnituq, Nunavut

Le territoire

Le Nunavik couvre un territoire totalisant à peu près 500 000 km2 soit un peu plus du tiers du territoire du Québec, ou la superficie de l’Espagne.

Aucune route ne relie les 14 villages de la région, et le Nunavik au sud du Québec. Les collectivités dépendent du transport aérien toute l’année.

Le Nunavik comprend quatre parcs nationaux :

  • Pingualuit, ouvert en 2007. Situé dans le centre du plateau de l’Ungava, il a été créé pour protéger un cratère météoritique.
  • Kuururjuaq, ouvert en 2009. Couvre4 460 km2 de la baie d’Ungava jusqu’au sommet du mont D’Iberville dans la chaîne des monts Torngat.
  • Tursujuq, créé en 2013. S’étend sur 26 107km2, près des rives de la baie d’Hudson.
  • Ulittaniujalik, créé en 2016. Le deuxième plus grand parc du Québec.


Nunavik

La population

Selon le Recensement de 2016, 13 188 personnes vivent dans les 14 villages du Nunavik. Kuujjuaq est la plus grande collectivité et le centre administratif. L’inuktitut est la langue maternelle de 87 % de la population et 62 % des Nunavimmiuts (Inuits du Nunavik) ont moins de 30 ans. La principale religion est l’anglicanisme.

Collectivité

Signification du nom

Population

Akulivik

Dent centrale d’un kakivak (harpon de pêche traditionnel en forme de trident)

633

Aupaluk

Où la terre est rouge

209

Inukjuak

Le géant

1 757

Ivujivik

Endroit où la glace s’accumule à cause des forts courants

414

Kangiqsualujjuaq

Très grande baie

942

Kangiqsujuaq

La grande baie

750

Kangirsuk

La baie

567

Kuujjuaq

Grande rivière

2 754

Kuujjuarapik / Whapmagoostui / Poste-de-la-Baleine

Petite grande rivière

686

Puvirnituq

Endroit où il y a une odeur de viande pourrie

1 779

Quaqtaq

Ténia

403

Salluit

Ceux qui sont minces

1 483

Tasiujaq

Qui ressemble à un lac

369

Umiujaq

Qui ressemble à un bateau

442

Culture

Pendant des millénaires, la culture inuite s’est transmise oralement de génération en génération. En raison des changements drastiques qu’a connus le mode de vie des Inuits au 20e siècle, l’Institut culturel Avataq a été créé en 1980. Sa mission est d’assurer que la culture et la langue du Nunavik demeurent vivantes, afin que les générations futures puissent profiter du riche patrimoine culturel de leurs ancêtres. Avataq est le service d’archives officiel du Nunavik, et il offre des programmes et des services comme la promotion et la préservation de l’inuktitut, la documentation des recherches généalogiques, la création et le fonctionnement d’un réseau de musées et de centres de transmission culturels, la conservation des objets d’art inuit, la recherche archéologique et l’enseignement des savoir-faire traditionnels.

Vers l’autonomie gouvernementale

Afin de résoudre les différends entraînés par la Convention de la baie James et du Nord québécois (CBJNQ) et de renouer avec la vision d’autonomie promue par les coopératives inuites, les Nunavimmiuts (Inuits du Nunavik) progressent lentement mais sûrement vers l’autonomie gouvernementale.

Leur première action est de créer un groupe de travail sur l’autonomie gouvernementale du Nord québécois appelé « Ujjituijiit ». Des consultations sont tenues dans les 14 collectivités et une proposition constitutionnelle est approuvée par référendum en 1991.

Au début des années 1990, les tentatives de négocier une forme d’autonomie gouvernementale sont retardées par le climat politique du Québec. Les négociations avec la province et le gouvernement du Canada débutent officiellement en 2002.

Le 5 décembre 2007, à Québec, une entente de principe sur le gouvernement régional du Nunavik est signée afin de créer officiellement un nouveau gouvernement régional au Nunavik. Ce gouvernement régional n’est pas basé sur l’ethnie; il représente tous les citoyens du Nunavik.

Par la Déclaration des Inuits du Nunavik de 2018, la Société Makivik reçoit le mandat d’établir un gouvernement autonome autochtone. En février 2019, elle est chargée de créer un groupe de travail afin de rédiger la Constitution du Nunavik. Puis, le 18 juin 2019, le président de Makivik, Charlie Watt, et le ministre des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada (RCAANC) signent un protocole d’entente sur l’autodétermination.

À cette occasion, Charlie Watt déclare : « Il s’agit d’une journée très importante pour les Inuits du Nunavik. C’est le lancement d’un processus officiel qui reconnaît le droit des Inuits du Nunavik d’établir une nouvelle structure de gouvernance fondée sur nos lois, nos valeurs, notre identité, notre culture et notre langue. Pour que nous puissions prospérer et nous épanouir sur notre territoire, il faut que les inégalités du passé soient reconnues et corrigées. C’est le moment pour nous. »


Lecture supplémentaire

  • Mitiarjuk Nappaaluk, Sannaq (2014). Premier roman publié en syllabique Inuttitut, en 1987. Une traduction française a été publiée en 2002.

  • Jobie Weetaluktuk et Robyn Bryant, Le monde de Tivi Etok : La vie et l’art d’un aîné inuit de Kangiqsualujjuaq, Nunavik (2007).

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