L’éruption de Lodgepole est une catastrophe industrielle qui s’est produite d’octobre à décembre 1982 en Alberta. Le puits de gaz sulfureux (aussi appelé gaz acide) a explosé et, pendant 68 jours, il a rejeté environ 5,66 millions de mètres cubes par jour de sulfure d’hydrogène toxique et cancérigène, ainsi que d’autres substances toxiques. La contamination s’est étendue jusqu’en Saskatchewan. Cette catastrophe est considérée comme la pire éruption de gaz sulfureux de l’histoire de l’Alberta et l’un des accidents industriels les plus graves de l’histoire du Canada. Il a été déterminé que l’éruption était la conséquence d’une réglementation insuffisante de l’industrie des combustibles fossiles. Deux personnes ont perdu la vie en tentant de colmater la fuite, seize autres personnes ont été hospitalisées, et des milliers d’autres sont tombées malades.

Origines de la catastrophe
La catastrophe commence le 17 octobre 1982 dans un puits d’exploration (un puits de pétrole ou de gaz) qui appartient à Amoco Canada Petroleum. Elle est causée par le forage de ce puits, qui est situé à environ 18 km à l’ouest du hameau de Lodgepole en Alberta, hameau qui est situé à environ 131 km au sud-ouest d’Edmonton. Le puits se trouve dans le champ pétrolier de Pembina. Au cours des décennies précédentes, de nombreux autres accidents se sont produits à travers l’Alberta, et il n’existe que peu de surveillance environnementale. De plus, il n’y a aucun syndicat pour faire pression sur l’industrie des combustibles fossiles afin qu’elle prenne des mesures. Ces accidents et incidents qui ont lieu avant la catastrophe de Lodgepole comprennent l’effondrement de grues, des blessures graves chez les ouvriers, des fuites d’acide chlorhydrique provenant de la fracturation hydraulique allant dans les cours d’eau, et d’autres accidents qui sont semblables à l’éruption.
Gaz sulfureux
Le gaz sulfureux (ou acide) est un gaz naturel qui contient plus de 1 % de sulfure d’hydrogène (H₂S). À faible concentration, il se reconnait facilement et principalement grâce à son odeur caractéristique d’œufs pourris. Il est toxique pour les humains et les animaux, même à des concentrations très faibles. On le trouve sous terre en profondeur dans des gisements de gaz naturel à forte concentration, comme ceux des contreforts de l’Alberta et de la formation de Montney. De ce fait, le gaz sulfureux peut être libéré lors de l’exploration du gaz naturel, et les compagnies d’exploitation des combustibles fossiles doivent faire preuve de prudence afin de prévenir tout échappement accidentel. Le sulfure d’hydrogène est cancérigène et mortel à fortes doses. Comme il est plus lourd que l’air, il demeure près du sol au lieu de se dissiper rapidement comme les autres gaz. En cas d’inhalation accidentelle de gaz sulfureux par les humains, le gaz attaque les organes, il peut provoquer des convulsions, un coma, et éventuellement la mort.
Confinement
L’éruption est colmatée le 23 décembre 1982 grâce à un bloc obturateur de puits de 12 tonnes installé par l’équipe de la compagnie Boots and Coots du Texas. Le bloc obturateur de puits est placé au-dessus du puits en feu et il permet de stopper la fuite de gaz. À cette époque, on estime que c’est seulement la quatrième ou cinquième fois dans l’histoire que cette manœuvre réussit à colmater une éruption. Un autre Texan, Joe Bob Bowden, a précédemment tenté de colmater le puits avant qu’Asgar Hansen (de Boots and Coots) ne réussisse. Lors de la tentative de Joe Bob Bowden, le puits entre en éruption à deux reprises, les flammes s’élevant à quelque 40 mètres. Deux Texans perdent la vie pendant cette opération. L’éruption détruit également une plateforme de forage d’une valeur de 6,5 millions de dollars. Le Edmonton Journal rapporte qu’une estimation prudente du coût de l’éruption pour Amoco s’élève à environ 10 millions de dollars en équipements et matériel endommagés et détruits, en plus de 100 000 $ par jour pour les spécialistes nécessaires à la maitrise de la catastrophe.
Conclusions de l’enquête du ERCB
Les conclusions d’une enquête officielle menée par Energy Resources Conservation Board de l’Alberta (ERCB; maintenant appelé Alberta Energy Regulator) indiquent que la catastrophe est due à une erreur humaine. Le comité d’enquête composé de six membres, soit un physicien, des médecins et des ingénieurs employés par le ERCB, examine près de 300 documents techniques et entend des témoignages pendant plusieurs mois. Le rapport du ERCB, publié en 1984, impute l’éruption à une erreur humaine. Il constate notamment qu’Amoco a eu recours à des pratiques de forage inadéquates et n’a pas assuré un entretien approprié de son équipement.
Le ERCB formule 39 recommandations pour prévenir de futures éruptions de gaz sulfureux. Ces recommandations comprennent de nouvelles formations en matière de sécurité, des exigences relatives à l’équipement spécialisé et des réglementations de forage plus strictes. Le ERCB propose également des plans de formation pour les situations d’urgence et d’évacuation. Ces recommandations sont adoptées par l’industrie, le gouvernement provincial et le ERCB. En 2000, la question est réexaminée par le Provincial Advisory Committee on Public Safety and Sour Gas, qui implique un plus grand nombre de parties intéressées, et ce comité formule 87 recommandations supplémentaires en vue d’améliorations. À cette époque, le militant écologiste Wiebo Ludwig mène une campagne de sensibilisation aux effets néfastes du gaz sulfureux sur la santé, qu’il tient pour responsable des mort-nés, tant chez les humains que chez les animaux de sa ferme.
Legs
L’odeur d’œufs pourris du gaz sulfureux s’échappant du puits est signalée aussi loin que Winnipeg. Les résidents qui vivent à proximité du site de l’éruption exigent une indemnisation, ainsi qu’une évacuation obligatoire en cas de nouvelle éruption. Une enquête ultérieure révèle que l’éruption a en fait libéré dans l’atmosphère une quantité de gaz toxiques bien supérieure aux 1,4 million de mètres cubes par jour qui sont estimés à l’époque.
Au départ, Amoco et le gouvernement de l’Alberta nient toute responsabilité dans la catastrophe. Ils minimisent également son impact sur la santé des humains et des animaux, malgré le fait que des populations et des animaux ont dû être évacués de la zone.
Cette catastrophe mène à la création du Pembina Area Sour Gas Exposures Committee, et ce comité donne à son tour lieu à une enquête publique. En 1984, le comité devient le Pembina Institute for Appropriate Development, l’un des premiers groupes de défense de l’environnement qui se concentre sur l’industrie des combustibles fossiles en Alberta. Il est maintenant connu sous le nom de Pembina Institute.
Le gouvernement de l’Alberta affirme que la province dispose d’une stricte réglementation qui régit l’industrie du pétrole et du gaz. Divers journalistes, climatologues et autres experts contredisent ces affirmations en apportant des preuves qui démontrent que ces réglementations ne sont toujours pas appliquées. De nouveaux rapports indiquent que le Alberta Energy Regulator (AER) a cessé d’appliquer certaines réglementations, dont celles relatives au torchage du gaz, à la demande du gouvernement de l’Alberta.
La menace que représente le gaz sulfureux est une préoccupation majeure pour les populations de l’Alberta. En 2013, une inondation provoque une fuite de gaz sulfureux après qu’un pipeline se soit rompu parce qu’il a été heurté par des débris.
En 2025, le AER inflige une amende de 15 000 $ à une entreprise pour avoir omis de signaler un échappement de gaz sulfureux à des concentrations mortelles qui a duré trois heures. Le AER constate également que cette entreprise n’a pas activé son plan d’intervention d’urgence; par conséquent, les résidents des environs n’ont pas été avertis de la fuite.