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Histoire des duels au Canada

Un duel est un combat formel entre deux personnes armées et en la présence de témoins, afin de régler un différend ou une affaire d’honneur. On enregistre des duels en Nouvelle-France dès 1646. Le dernier duel connu à avoir lieu dans l’actuel Canada se déroule en 1873 à St. John’s, à Terre-Neuve. Les gens se battent en duel dans divers endroits : dans une salle verrouillée, dans un champ, de part et d’autre d’une table. La plupart des duels se terminent sans qu’il y ait de blessés, mais certains affrontements sont mortels. Au moins neuf personnes meurent ainsi en Nouvelle-France. On recense deux décès dans le Bas-Canada, cinq dans le Haut-Canada, deux en Nouvelle-Écosse, deux au Nouveau-Brunswick et un à Terre-Neuve. Les autorités considèrent le duel comme un crime et le fait de tuer quelqu’un lors d’un tel affrontement comme un meurtre (voir aussi Homicide). Les lois ne sont toutefois appliquées que sporadiquement.

Pistolets de duel

Contexte historique

Le concept du duel trouve ses racines en Italie, pendant la Renaissance. Selon certaines sources, il remonterait aux duels judiciaires, une forme de procès médiéval par combat. Les gens se livrent à des duels partout en Europe et dans ses colonies, malgré de nombreuses tentatives officielles pour les décourager. Les duels sont étroitement liés à la notion d’honneur et visent souvent à défendre son propre honneur ou celui d’une femme.

Un ensemble de codes informels régit les duels et en expose le déroulement. Plusieurs de ces codes varient au fil du temps et en fonction des régions. Pendant la période britannique, on adopte le code duello de 1777, établi à Clonmel, en Irlande. Ce code sert de référence pour la tenue des duels au Canada.

Le duel est principalement pratiqué par l’aristocratie ainsi que par la haute bourgeoisie, les officiers et les soldats. La classe sociale revêt une grande importance, car seul un individu considéré comme un gentleman peut être provoqué en duel. Bien que des duels féminins aient lieu en Europe, il s’agit d’une tradition typiquement masculine. On ne recense aucun duel entre femmes au Canada.

Motifs de duels

Les motifs des duels sont également variés et souvent insignifiants. Dans un cas inhabituel vers 1797, deux lieutenants britanniques se seraient battus pour déterminer quel mess régimentaire servait la meilleure bière d’épinette. Ainsi, en 1800, à York (aujourd’hui Toronto), le major John Small tue John White, procureur en chef du Haut-Canada, parce que ce dernier a répandu la rumeur que Mme Small était l’ancienne maîtresse d’un lord anglais. En mars 1826, une dispute lors d’une partie de cartes donne lieu à un duel mortel à St. John’s, à Terre-Neuve. De 1834 à 1837, des débats politiques animés dans le Bas-Canada aboutissent à une série de duels. En 1838, John Prince, magistrat et officier de la milice, ordonne l’exécution de cinq Patriotes faits prisonniers après le raid connu sous le nom de bataille de Windsor. Lorsqu’un groupe anonyme critique ses actions dans une lettre adressée au journal, Prince retrouve l’un des auteurs et le provoque en duel. (voir aussi Rébellions de 1837-1838).

Duels en Nouvelle-France

Sous le régime français, les duels se déroulent exclusivement à l’épée, principalement entre officiers militaires ou soldats. Les duels sont répandus en France, et les duellistes sont souvent graciés jusqu’à l’époque de Louis XIV, qui promulgue pas moins de dix édits contre les affrontements. La pratique reste néanmoins courante, et l’application de ces édits s’effectue de façon inégale. Les gens se battent en duel spontanément, et il est parfois difficile de faire la distinction entre un duel et une bagarre dans les archives historiques.

Les participants à un duel, y compris le vainqueur, sont passibles d’une peine. On pend les duellistes, on profane leurs dépouilles et on confisque leurs biens. (Voir aussi Peine capitale au Canada.) Dans un cas, une effigie du corps d’un homme décédé après un duel, mais déjà enterré, est traînée dans les rues. Son adversaire, qui a fui la colonie, subit le même sort : son effigie est pendue.

Si la punition pour duel s’avère sévère, elle n’est pas appliquée de manière équitable. Les duellistes qui ont des relations échappent souvent aux conséquences. Certains sont discrètement envoyés dans d’autres colonies ou régiments militaires, d’autres s’enfuient pour échapper aux poursuites, et d’autres encore sont graciés. Pendant la guerre de Sept Ans, le marquis de Montcalm tolère et même encourage les duels entre ses officiers. En 1759, lorsqu’un officier lui demanda de résoudre un conflit interpersonnel, il aurait trouvé choquant que l’officier n’ait pas provoqué l’autre homme en duel plutôt que de s’adresser à lui.

Duels sous le régime britannique

Après la Conquête, au début des années 1760, presque tous les duels se déroulent au pistolet. Cette tendance s’explique probablement par le fait que les hommes de la haute société commencent à délaisser progressivement le port de l’épée. Le duel devient alors une pratique courante dans les professions non militaires, en particulier chez les médecins et les députés. Ironiquement, il est particulièrement fréquent chez les avocats. Bien que des pistolets spécifiquement destinés aux duels existent, la plupart de ces affrontements ont probablement lieu avec des armes courantes.

La partie lésée adresse une missive, appelée « cartel », à l’autre partie pour demander réparation (expression utilisée pour provoquer quelqu’un en duel). Si la partie fautive ne présente pas d’excuses, un duel est organisé. Chaque duelliste désigne un ami ou un collègue comme second, qui sert souvent d’intermédiaire pour transmettre des messages. Le second tente de négocier une résolution pacifique du conflit. S’il n’y parvient pas, il s’occupe des préparatifs du duel, récupère les pistolets, en vérifie le fonctionnement et les charge. Un médecin est souvent présent lors des duels.

De nombreuses figures emblématiques canadiennes s’engagent dans des duels au fil de l’histoire. En 1821, James Douglas se bat en duel à l’Île-à-la-Crosse, en Saskatchewan, dans le cadre d’un conflit lié à la traite des fourrures. En 1840, Joseph Howe prend part à un duel pour démontrer son courage et pour avoir le privilège de refuser d’autres combats. En 1848, George-Étienne Cartier s’engage dans un duel pour réfuter une accusation de lâcheté lors de la bataille de Saint-Denis, qui s’est déroulée 11 ans auparavant. En 1849, on empêche John A. Macdonald de se lancer dans un duel contre un adversaire politique.

De 1761 à 1888, une seule personne est condamnée et punie pour avoir participé à un duel. Le duel est répandu dans la profession juridique, et les commentaires des juges ou des procureurs aux jurés sont souvent teintés de préjugés contre la condamnation, mettant l’accent sur les acquittements antérieurs. Les jurys refusent systématiquement de condamner les duellistes s’ils considèrent que les affrontements se déroulent dans un esprit d’équité et d’honneur. Les autorités interviennent parfois pour empêcher les duels, en imposant des amendes ou des cautions et en exigeant que les parties maintiennent l’ordre public. Des duellistes échappent parfois aux autorités en choisissant un lieu de l’autre côté de la frontière, aux États-Unis, pour leurs combats.

Fin des duels

On qualifie de « dernier duel mortel » au Canada un duel de 1833 entre John Wilson et Robert Lyon de Perth, dans le Haut-Canada, notamment dans une chanson de Stompin’ Tom Connors. Wilson abat Lyon, qui l’avait traité de menteur et agressé. Wilson et son second sont accusés de meurtre, mais sont ensuite acquittés. Toutefois, le véritable « dernier duel mortel » remonte à 1838 à Verdun, dans le Bas-Canada (l’actuelle province de Québec). L’avocat Robert Sweeney tue par balle le major Henry Warde, qui, selon certains témoignages, aurait envoyé une lettre d’amour à Mme Sweeney.

Au cours du 19e siècle, les duels perdent en popularité au Canada et en Grande-Bretagne, alors qu’ils continuent en Europe jusqu’au début du 20e siècle. En 1844, la reine Victoria interdit la pratique chez les officiers de l’armée en modifiant le code de justice militaire afin que tout soldat impliqué dans un duel soit traduit en cour martiale et renvoyé. Au fil des ans, le duel apparaît de plus en plus comme une pratique grotesque. Dans la seconde moitié du 19e siècle, les duels causent relativement peu de blessures. En effet, il est courant qu’on tire en l’air ou que les seconds ne trouvent pas de pistolets fonctionnels. Parfois, les défis restent simplement sans réponse. Lors d’un affrontement à Terre-Neuve en 1873, les seconds chargent les pistolets à blanc. C’est le dernier duel connu dans ce qui est aujourd’hui le Canada.

Le dernier duel signalé au Canada remonte à 1948. Le consul général de la République dominicaine demande réparation à l’ambassadeur d’Argentine, prétendant que l’épouse de ce dernier aurait tenu des propos racistes et désobligeants à l’égard de son pays. Le duel n’a toutefois pas lieu. En 2018, on modifie le Code criminel canadien pour supprimer le duel en tant qu’infraction distincte. Les lois actuelles sur les blessures et les homicides restent en vigueur pour quiconque tenterait de rétablir cette pratique obsolète.