Article

Clémence DesRochers

Clémence-Irène-Claire DesRochers, O.C., C.Q., monologuiste, actrice, comédienne, humoriste, auteure-interprète, dessinatrice et autrice (née le 23 novembre 1934 à Sherbrooke, au Québec). Fille du poète Alfred DesRochers, Clémence DesRochers est la plus célèbre femme-monologuiste de sa génération au Québec. Ses textes souvent biographiques et anecdotiques oscillent entre les clins d'œil humoristiques et le regard lucide qu’elle pose sur la société québécoise. Clémence DesRochers a été nommée chevalière de l’Ordre national du Québec et Officier de l’Ordre du Canada.

Comédie, monologues et enregistrements

Entrée au Conservatoire après une formation à l'École normale et une très courte expérience en enseignement, Clémence DesRochers fait ses premiers pas au théâtre avec la troupe La Roulotte de Paul Buissonneau. En 1957, Jacques Normand la présente à son cabaret, le Saint-Germain-des-Prés, à Montréal. L’année suivante, Clémence DesRochers écrit son premier monologue, Ce que toute jeune fille devrait savoir, ou Mon entrée à Radio-Canada. Étrangement, la satire lui ouvre les portes de la télévision naissante et lui assure surtout une place au sein des Bozos (1959), troupe de cabaret comptant également Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Jacques Blanchet, Raymond Lévesque et André Gagnon. Clémence DesRochers ouvre ensuite des boîtes à chansons à Montréal et dans les environs (La Boîte à Clémence, La Barre 500 et, avec Yvon Deschamps, Le Fournil). En 1966, elle participe à un spectacle à l'Olympia de Paris avec Claude Gauthier, Pauline Julien et Gilles Vigneault.

En 1964, elle signe le livret du Vol rose du flamant, dont la musique est de Pierre Brault et qui est considéré comme la première comédie musicale écrite au Québec. Brault compose par la suite la musique de plusieurs de ses chansons. On compte également parmi ses réalisations de nombreuses revues : La Grosse tête, musique de Brault (1967), Les Girls, musique de François Cousineau (1968), La Belle Amanchure, musique de Jacques Crevier (1970) et C'est pas une revue, c't'un show (1971). Ces spectacles sont présentés dans une petite salle, le Patriote à Clémence, située au-dessus du Patriote à Montréal. Les Girls, en particulier, qui fait le tour du Québec, marque profondément l'histoire du spectacle québécois et est, avant la vague féministe des années 1970, le premier spectacle entièrement réalisé par des Québécoises se moquant des problèmes des femmes. Les cinq « Girls », Clémence DesRochers, Chantal Renaud, Diane Dufresne, Paule Bayard et Louise Latraverse, choquent en faisant éclater l'image simple et gentille qui s'impose, à l’époque, aux comédiennes et aux chanteuses.

Après deux ans d’inactivité, elle revient en 1973 comme animatrice et auteure à la télévision de la SRC. Elle donne des spectacles, notamment au Patriote, au Grand Théâtre de Québec, au Centre national des arts et au cinéma Outremont à Montréal (1975–1976). L'ironie du sort veut que Le Monde aime mieux Mireille Mathieu (1975) soit le premier grand succès sur disque de DesRochers. Une tournée au Québec l'amène jusque sur la Côte-Nord en 1976. De 1976 à 1979, l'animation des « Trouvailles de Clémence » à la SRC confirme son succès populaire. En 1977, elle donne Mon dernier show, à l'Outremont, annonçant son retrait de la scène. Au début de 1980, Renée Claude crée au Théâtre de Quat'sous le spectacle Moi, c'est Clémence que j'aime le mieux, composé de ses chansons, qui est repris au Petit Champlain de Québec et au Transit dans le Vieux-Montréal, et enregistré sous l'étiquette Pro-Culture.

Contrairement à ce qu'elle avait annoncé, Clémence DesRochers remonte sur scène en 1980 à Montréal, au théâtre du Nouveau Monde puis à l'Arlequin, avec C'est mon dernier show 2. Il est suivi de Plus folle que jamais (1983), Le Derrière d'une étoile (1985) et J'ai show (1989). Elle a enregistré l'émission « Superstar » à la SRC en 1981 et a travaillé à Radio-Canada à la fin des années 1990 en tant qu'animatrice de l'émission Les p'tits bonheurs de Clémence (1995–1998) et Le monde de Clémence (1999).


Dans ses monologues et ses chansons, Clémence DesRochers manie avec adresse la satire et la caricature. Ses propos sont parfois d'un humour féroce, mais elle sait aussi être candide, tendre et même romantique à l'occasion. Dans La Presse (Montréal, 4 mars 1976), le critique Georges-Hébert Germain lui rend un vibrant hommage :

« C'est encore toi qui a mis au point cette formule de monologue et de spectacle. Tu restes la plus brillante portraitiste de la femme québécoise. Tu es comme un miroir dans lequel elle peut se regarder, s'admirer ou se refaire une beauté au besoin. C'est l'âme québécoise qui se révèle à travers tes monologues et tes chansons. C'est nos réalités, nos rêves, nos émotions. »

 

Luc Plamondon, qui la compare à Germaine Guèvremont et à Michel Tremblay, écrit qu'elle est « la première à écrire dans un langage québécois parlé, structuré de façon cohérente et transposé sur le plan poétique » (Préface de J'haïs écrire de DesRochers, Montréal 1986). On souligne souvent la parenté entre ses chansons et celles du groupe des années 1970 Beau Dommage.

Parmi ses chansons les plus connues, on retrouve « L'Homme de ma vie » (musique de Pierre Brault), « Avec les mots d'Alfred » (de Marc Larochelle), « La Chaloupe Verchères » (de Gaston Brisson) et « La Vie d'factrie » (de Jacques Fortier). Edith Butler, Renée Claude, Jacqueline Dulac, Lucille Dumont, Louise Forestier, Pauline Julien, Claude Léveillée, Marie Savard et Fabienne Thibeault interprètent ses chansons.

Œuvres publiées

Clémence DesRochers est l'auteure d'une dizaine de livres publiés à Montréal entre 1966 et 1986, dans lesquels on trouve nouvelles, poèmes, chansons, monologues, dessins, extraits de revues et une pièce de théâtre (La Deuxième, commandée en 1976 pour les élèves de l'École nationale de théâtre). Ses œuvres incluent le recueil de poèmes Nos mères, un album de dessins et de textes intitulé Les animaux de mon rang, ainsi qu’un agenda illustré (C'est la fête à qui aujourd'hui?).

À la télévision et au cinéma

À la télévision, Clémence DesRochers joue dans La Famille Plouffe, participe à d'autres téléromans et incarne Mademoiselle Sainte-Bénite dans la télésérie pour les jeunes Grujot et Délicat, dont elle écrit les textes en alternance avec Jean Besré. Elle est aussi l'animatrice de deux émissions quotidiennes très appréciées, Les trouvailles de Clémence (1976–1979) et Les p'tits bonheurs de Clémence (1995) qui jouit d'une grande popularité et dans laquelle elle fera connaître plus de 85 artisans québécois.

En 1999, Clémence DesRochers écrit et présente la comédie musicale Les girls à Clémence, en tournée dans tout le Québec qui sera suivi en l'an 2000 de Les girls reclémencent. Elle remporte cette même année le prix Olivier-Guimond pour l'ensemble de sa carrière. Dans les années suivantes, plusieurs disques paraissent sur le marché dont un DVD de ses spectacles.

La comédienne joue dans le film si acclamé La grande séduction (2003) qui lui vaut le prix Jutra (maintenant appelé le prix Iris) pour le meilleur second rôle et dans le film Le secret de ma mère (2006).

En octobre 2008, Clémence DesRochers tire sa révérence et entreprend une série de représentations avec son spectacle d'adieu Mes classiques en musique. Elle continue cependant d'écrire et de peindre et est de plus très active pour la préservation de son beau coin de pays, le lac Memphrémagog.

Distinctions

Lauréate de plusieurs prix, Clémence DesRochers reçoit la médaille Jacques-Blanchet en 1983 et est nommée docteur honoris causa à l’Université de Sherbrooke en 1994. On lui décerne le prix Denise-Pelletier en 2005, le prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle, le prix Sylvain Lelièvre de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec et le Prix d'excellence de la SOCAN en 2009. Clémence DesRochers est également chevalière de l'Ordre national du Québec (2001) et Officier de l'Ordre du Canada (2010).

Une version de cet article a d’abord été publiée dans l’Encyclopédie de la musique au Canada. 

Œuvres choisies

  • Clémence DesRochers vol 1. (1962)
  • Le Vol rose du flamant (1964)
  • Clémence sans pardon (1966)
  • La Belle Amanchure (1971)
  • Il faut longtemps d'une âpre solitude pour assembler un poème à l'amour (1973)
  • Comme un miroir (1975)
  • Je t'écris pour te dire (1974–75)
  • Mon dernier show (1977)
  • Les Chansons retrouvailles (1981)
  • Plus folle que jamais (1983)