Le bâtonnet ordinaire (Diapheromera femorata) est la seule espèce de phasme, ou insecte bâton, originaire du Canada. Les phasmes appartiennent à l’ordre des Phasmida, un groupe connu pour son remarquable camouflage qui le fait ressembler à des brindilles, à de l’écorce et à des feuilles. Il existe plus de 3000 espèces de phasmes dans le monde, et la plupart vivent dans les régions tropicales et subtropicales.

Description
Le bâtonnet ordinaire est un insecte mince, brun ou vert, au corps long et cylindrique ressemblant à une brindille. Sa coloration peut être tachetée, avec des combinaisons de vert, de brun, de gris ou de rouge, ce qui l’aide à se fondre dans son environnement. Le mâle et la femelle sont aptères, c’est-à-dire dépourvus d’ailes, et ils possèdent de longues antennes qui mesurent environ les deux tiers de la longueur de leurs corps.
La femelle est généralement plus grande que le mâle. En moyenne, la femelle atteint 9,5 cm de long, tandis que le mâle mesure environ 7,5 cm. Les deux sexes possèdent une épine fémorale, ou une pointe acérée sur leurs pattes arrière, mais cette épine fémorale est beaucoup plus grande chez les mâles.
Les phasmes immatures, ou nymphes, ressemblent à des adultes en plus petite version. Ils sont d’un vert pâle à l’éclosion, et ils deviennent plus foncés en grandissant, muant quatre à six fois avant d’atteindre l’âge adulte. Les œufs du bâtonnet ordinaire sont ovales et ressemblent à de petites graines. Ils sont d’un noir brillant d’un côté et beige clair de l’autre, avec un petit capuchon rond à une extrémité, appelé opercule, par lequel la nymphe émerge.

Répartition et habitat
Au Canada, le bâtonnet ordinaire vit principalement dans les forêts de feuillus du sud de l’Ontario et du Québec. Cet insecte se trouve le plus souvent dans la canopée des arbres feuillus, en particulier des chênes, bien qu’il se nourrit d’une grande variété d’arbres et de plantes, comme le cerisier, le noisetier, le bleuetier et le robinier faux-acacia.
Le bâtonnet ordinaire est nocturne et il reste généralement caché le jour. La nuit, il s’active et il se nourrit.
Des fossiles démontrent que les phasmes ont une longue histoire en Amérique du Nord. Des parents primitifs des phasmes modernes vivent il y a plus de 50 millions d’années dans ce qui est aujourd’hui le Canada. Des fossiles sont découverts en Alberta et en Colombie-Britannique, dont des spécimens bien préservés qui datent du début de l’Éocène (voir Histoire géologique du Canada).
Reproduction et développement
Le bâtonnet ordinaire produit une génération par année, cette génération hibernant sous forme d’œufs qui éclosent entre le milieu et la fin du printemps. Une fois écloses, les nymphes muent généralement cinq fois avant d’atteindre la maturité, bien que certains mâles n’aient besoin que de quatre mues, et certaines femelles parfois jusqu’à six.
L’accouplement a lieu peu après l’émergence des adultes, de la fin de juillet au début d’août. La femelle commence généralement à pondre ses œufs en septembre, les déposant souvent directement sur le sol forestier. Dans les zones où les populations de bâtonnets ordinaires sont importantes, cette ponte peut produire un son semblable à celui de la pluie alors que la femelle laisse choir ses œufs et que ceux-ci tombent des arbres. Chaque femelle peut pondre jusqu’à 150 œufs, à raison d’environ trois par jour.
Les œufs de nombreuses espèces de phasmes, incluant D. femorata, sont dotés d’un petit chapeau charnu appelé capitule. Chez d’autres espèces de phasmes, cette structure est connue pour attirer les fourmis, qui transportent les œufs dans leurs nids. Les fourmis mangent le capitule et abandonnent l’œuf en lieu sûr, le protégeant ainsi des prédateurs. Bien que ce comportement n’ait pas encore été confirmé chez le bâtonnet ordinaire, la présence d’un capitule suggère que des interactions semblables se produisent peut-être.

Alimentation et prédateurs
Le bâtonnet ordinaire est herbivore. Les nymphes nouvellement écloses se nourrissent de plantes basses, comme l’hamamélis et la fougère odorante. Lorsqu’elles atteignent la maturité, elles grimpent plus haut dans les arbres et consomment des feuilles de chêne, de cerisier et d’autres feuillus.
L’alimentation est principalement nocturne pour éviter les prédateurs diurnes. Le principal moyen de défense contre les prédateurs est le camouflage. En plus de sa ressemblance physique avec des bâtons ou des brindilles, le bâtonnet ordinaire tente également d’imiter leur mouvement. Pour ce faire, il tend ses pattes rigides vers l’avant et il se balance lentement d’avant en arrière pour imiter une brindille balancée par le vent. S’il est dérangé, il peut se laisser tomber soudainement d’une branche et il atterrit au sol où il se fond dans les feuilles mortes.
De nombreuses espèces d’oiseaux se nourrissent du bâtonnet ordinaire, ainsi que des invertébrés prédateurs.
Importance écologique
Lorsqu’il est en abondance, le bâtonnet ordinaire peut défolier de vastes zones de forêts, mais il n’est pas considéré comme étant un ravageur forestier important au Canada (voir Quatre insectes nuisibles majeurs des forêts canadiennes). Ce processus de défoliation peut également avoir certains avantages pour un écosystème forestier sain, en contribuant à créer et maintenir des habitats forestiers complexes qui abritent une variété d’espèces. Les phasmes servent également de proie à de nombreux animaux forestiers.
Conservation
Le bâtonnet ordinaire n’a pas fait l’objet d’une évaluation officielle sur son statut de conservation au Canada, mais il est généralement considéré comme étant non en péril. Il est rarement observé, mais cela est probablement dû à son excellent camouflage et à son mode de vie dans la canopée plutôt qu’à la faible taille de sa population. Cependant, la perte d’habitat due à la déforestation et au développement urbain pourrait menacer les populations locales, en particulier dans les forêts fragmentées.
Une réglementation stricte interdit l’importation et la libération d’espèces de phasmes non indigènes au Canada, car ces derniers sont considérés comme des ravageurs potentiels de végétaux.