Sydney Cecil Newman (né Nudelman), O.C., directeur de télévision, producteur, administrateur, scénariste, réalisateur, monteur (né le 1er avril 1917 à Toronto en Ontario; décédé le 30 octobre 1997 à Toronto). Sydney Newman a été un producteur et dirigeant de télévision influent au Canada et en Grande-Bretagne. Il a commencé sa carrière à l’Office national du film (ONF) en 1941 et il a travaillé sur plus de 300 films en onze ans. En 1952, il a quitté l’ONF pour travailler à la CBC, où il est devenu l’un des architectes de la télévision canadienne, jetant les bases des retransmissions sportives et des émissions de fiction en direct. Il a été attiré en Grande-Bretagne en 1958, et a contribué à la création des séries télévisées britanniques emblématiques The Avengers (v.f. Chapeau melon et bottes de cuir) et Doctor Who. Il est ensuite retourné au Canada et a occupé le poste de président de l’ONF pendant un tumultueux mandat, de 1970 à 1975. Sydney Newman était un excellent connaisseur de talents, et il a soutenu des artistes comme Harold Pinter, Arthur Hailey, Ken Loach et Ted Kotcheff. Il a été nommé Officier de l’Ordre du Canada en 1981.

Jeunesse et éducation
Sydney Newman est le cadet d’une famille juive ouvrière du centre-ville de Toronto. Ses parents, Mordecai et Bessie Nudleman, ont immigré de Russie et d’Autriche, respectivement. Enfant, Sydney Newman est un piètre élève, mais il adore le cinéma et il s’intéresse aux arts visuels. Il est si déterminé à suivre les cours d’art qui sont donnés à la Galerie d’art de Toronto (maintenant le Musée des beaux-arts de l’Ontario) le jour du sabbat qu’il fait pression sur son père, qui est très croyant, jusqu’à ce que ce dernier lui donne la permission. Les cours à la galerie d’art sont donnés par Arthur Lismer, un membre du Groupe des Sept, et celui-ci est un professeur enthousiaste qui exerce une profonde influence sur Sydney Newman. Arthur Lismer lui confie la réalisation d’un documentaire sur les activités éducatives de la galerie, ce qui le lance sur le chemin de sa carrière.
Début de carrière à l’ONF
Après avoir travaillé comme artiste graphiste et décorateur de plateau (et après un séjour malheureux à Hollywood qui se termine par une déportation), Sydney Newman utilise son documentaire sur la galerie d’art pour se faire embaucher à l’ONF, qui est nouvellement créé. L’ONF ne compte que quatre autres employés lorsque Sydney Newman est embauché en 1941.
Sydney Newman est profondément influencé par la conviction de John Grierson, le commissaire de l’ONF, quant au potentiel éducatif et social du cinéma. Mais Sydney Newman est également un homme de spectacle passionné et fougueux, soucieux de toujours avoir le public à l’esprit. Farouchement anti-élitiste, il produit des œuvres qui sont à la fois contemporaines et accessibles.
Sydney Newman commence à travailler comme monteur, mais il se met rapidement à l’écriture, à la réalisation et à la production. Durant ses onze années à l’ONF (1941-1952), il travaille sur certaines des séries de films les plus importantes de l’organisme, dont le journal d’actualités mensuel en temps de guerre, Canada Carries On.
Vie personnelle
Alors qu’il travaille à l’Office national du film, Sydney Newman rencontre sa femme, Betty (Elizabeth) McRae, l’une des premières femmes formées par l’ONF pour travailler au montage. Elle écrit également des pièces de théâtre et des scénarios pour la télévision, dont certains pour des séries produites par son mari. Ils se marient en 1944 et ont trois filles; Deidre, Gillian et Jennifer.
Carrière à la CBC
En 1949-1950, Sydney Newman est envoyé à la NBC à New York pour étudier le média émergent qu’est la télévision. Cette expérience le mène à obtenir un poste de producteur au département de télévision récemment créé par CBC en 1952. Au départ, Sydney Newman se concentre sur les événements sportifs en direct et il produit les deux premières saisons de Hockey Night in Canada (version anglophone de la Soirée du hockey, et aujourd’hui l’émission de télévision la plus ancienne du Canada et détentrice du record du monde Guinness de l’émission sportive télévisée à la plus longue durée de vie). Sydney Newman est l’architecte initial de la manière dont sont filmés les matchs de hockey pour la télévision. Il produit également la première diffusion de la Coupe Grey en novembre 1952.
Lorsqu’arrive l’année 1953, Sydney Newman en est à produire la série en direct General Motors Theatre. La BBC en achète éventuellement 26 épisodes. Sydney Newman recherche des auteurs locaux, des scénarios originaux et des sujets contemporains (ce qui témoigne de son expérience dans le documentaire). Il encourage également ses réalisateurs à raconter une histoire visuellement et par l’entremise du montage au lieu s’appuyer uniquement sur les dialogues. À la CBC, Sydney Newman est le mentor de plusieurs jeunes réalisateurs qui connaissent par la suite de longues et brillantes carrières. Ceux-ci comprennent Ted Kotcheff, Silvano Narizzano, Arthur Hiller, Charles Jarrott et Paul Almond. Sa plus grande découverte en matière d’écriture est Arthur Hailey, un Britannique expatrié, qui devient plus tard un romancier à succès.

Carrière à la télévision britannique
En 1957, Sydney Newman est recruté par ABC TV (Associated British Corporation) pour produire l’émission dramatique en direct Armchair Theatre. Comme à la CBC, Sydney Newman recherche de jeunes auteurs émergents, qui comprennent Harold Pinter, Alun Owen, Clive Exton et Peter Luke. Sydney Newman gravit rapidement les échelons jusqu’au poste de directeur du département des dramatiques, où il joue un rôle essentiel dans la création d’une des séries les plus emblématiques des années 1960, le thriller d’espionnage à succès The Avengers (1961-1969; v.f. Chapeau melon et bottes de cuir). Son équipe de réalisateurs comprend Philip Saville ainsi que ses compatriotes canadiens Ted Kotcheff et Charles Jarrott.
En 1963, Sydney Newman se voit offrir le poste de directeur des dramatiques à la BBC. Alors qu’il était déjà marginalisé à ABC, il l’est encore plus à la BBC. Il embrasse ce rôle avec enthousiasme, se qualifiant souvent lui-même de « colonial rustre ». Dans des entrevues, il critique le caractère excessivement élitiste de la chaine de télévision. Plusieurs des scénaristes et réalisateurs qu’il a recrutés et formés à ABC le suivent à la BBC. Sydney Newman ouvre également des portes aux réalisateurs et créateurs qui travaillent déjà à la BBC, comme Ken Loach, dont le film Cathy Come Home (1966) qui marque sa percée, est produit sous la direction Sydney Newman.
D’autres moments forts de la période de Sydney Newman à la BBC comprennent les films Hamlet at Elsinore (1964) et The Forsyte Saga (1967), des adaptations des romans de John Galsworthy. Hamlet at Elsinore reflète le nationalisme canadien de Sydney Newman à travers son choix de l’acteur Christopher Plummer pour incarner Hamlet et de Donald Sutherland, alors inconnu, pour jouer le rôle de Fortinbras. La série télévisée The Forsyte Saga devient un succès international et est diffusée dans 26 pays.
Sydney Newman joue également un rôle déterminant dans la création de la série de science-fiction la plus longtemps diffusée à la télévision, Doctor Who. Cette série suit les aventures d’un extraterrestre de 742 ans qui voyage à travers l’espace et le temps à bord d’un vaisseau ressemblant à une cabine de police britannique. Sydney Newman espère que la série peut faire découvrir l’histoire du monde aux enfants et adolescents. Au cours des premières saisons, le Doctor Who et ses compagnons rencontrent Néron et Marco Polo. Alors qu’il travaille à produire la série, Sydney Newman est le mentor de Verity Lambert, l’une des premières femmes productrices de séries à la BBC. L’orientation de la série change avec l’introduction des Daleks, des monstres extraterrestres qui rappellent les nazis. Sydney Newman est initialement réticent à l’idée d’inclure ces « monstres aux yeux globuleux », mais Verity Lambert insiste, et les Daleks contribuent à l’immense succès de la série.
Retour au Canada
En 1970, Sydney Newman retourne au Canada dans l’espoir de se voir offrir le poste de président de la CBC. Il est plutôt nommé président de l’ONF, où il a commencé sa carrière des années auparavant. Il y connait un succès considérable, notamment en faisant passer les productions de l’ONF à la couleur. Il obtient également du financement supplémentaire pour le film Mon oncle Antoine (1971) de Claude Jutra, longtemps considéré comme le plus grand film canadien jamais réalisé. (Voir aussi Les dix meilleurs films canadiens de tous les temps.)
Le mandat de Sydney Newman à la tête de l’ONF reste toutefois dans les mémoires pour ses innombrables controverses qui semblent sans fin et qui sont principalement reliées au séparatisme québécois et à la crise d’Octobre. Le réalisateur Denys Arcand affirme que Sydney Newman aurait banni son documentaire On est au coton (1971), car il le jugeait séparatiste. (Le spécialiste du cinéma André Loiselle suggère que Sydney Newman a possiblement subi des pressions pour interdire le film.) Sydney Newman est également critiqué pour avoir rejeté le film Les Ordres, un poignant récit de Michel Brault sur les personnes détenues au Québec en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. Ce film remporte par la suite le prix du meilleur réalisateur au Festival de Cannes, et il est largement considéré comme l’un des meilleurs longs métrages canadiens.
Sydney Newman en 1971
(photo par Boris Spremo, avec la permission de Toronto Star via Getty Images)
Carrière ultérieure
Après avoir quitté l’ONF, Sydney Newman travaille comme conseiller auprès du secrétaire d’État et comme consultant créatif principal à la Société de développement de l’industrie cinématographique canadienne (SDICC, maintenant Téléfilm Canada), un travail qu’il trouve plutôt inintéressant. Il commence également à présenter son idée de revamper la série Doctor Who à la BBC. En 1981, son épouse Betty meurt (après avoir longtemps souffert de polychondrite, une maladie rare). Quelques mois plus tard, Sydney Newman est nommé Officier de l’Ordre du Canada.
Sydney Newman retourne en Grande-Bretagne en 1982, mais il y connait des déceptions. Il travaille sur plusieurs productions, mais une seule voit le jour; The Little Sweep, une adaptation de l’opéra de Benjamin Britten sur le thème de Noël. Durant ses dernières années, Sydney Newman lutte avec véhémence, mais sans succès, pour être reconnu comme étant l’unique créateur de Doctor Who. Il plaide également pour qu’une femme incarne le rôle de Doctor Who en 1986, une décision qui est éventuellement prise en 2017.
Legs
Sydney Newman pose les fondements d’une grande partie de la télévision canadienne et il contribue au lancement de la carrière de nombreux scénaristes et réalisateurs de renom, tant au Canada qu’en Grande-Bretagne. En Angleterre, il révolutionne le paysage télévisuel, le rendant plus contemporain et plus égalitaire. La série The Forsyte Saga suscite un intérêt international pour la télévision britannique et elle mène directement à la création de la grande série anglophile Masterpiece Theatre de PBS. Soixante ans plus tard, Doctor Who est toujours aussi populaire. Le premier des trois épisodes spéciaux diffusés en 2023 pour célébrer le 60e anniversaire de la série attire un peu plus de 5 millions de téléspectateurs au Royaume-Uni.
Dans le film An Adventure in Space and Time, le récit romancé des origines de Doctor Who scénarisé par Mark Gatiss (2013), Brian Cox, avant son rôle dans Succession, incarne Sydney Newman comme un personnage rustre énergique, le cigare aux lèvres, avec une passion pour l’édification et les jurons. En 2017, ECW Press publie le livre Head of Drama: The Memoir of Sydney Newman. Il comprend une préface de Ted Kotcheff et une postface de Deidre Newman, la fille de Sydney Newman.
Prix
- Prix Ohio State pour le drame religieux (1956)
- Prix Liberty de la meilleure série dramatique (1957)
- Prix Desmond Davis (1967)
- Prix President, Society of Film and Television Arts (1969)
- Prix Zeta, Writers Guild of Great Britain (1970)
- Prix spécial, Canadian Picture Pioneers (1973)
- Officier, Ordre du Canada (1981)