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Louis Applebaum

Louis Applebaum, C.C., O.Ont., compositeur, chef d’orchestre, administrateur (né le 3 avril 1918 à Toronto en Ontario; décédé le 20 avril 2000 à Toronto). Louis Applebaum était l’un des compositeurs canadiens les plus prolifiques. Il a écrit et dirigé des centaines de compositions pour le cinéma, le théâtre, la radio et la télévision. Ses musiques de concert, ses ballets et ses fanfares lui étaient souvent commandés et étaient largement admirés. En plus de sa carrière de compositeur très recherché, ses compétences administratives ont fait de lui un consultant et un administrateur pour des organismes comme l’Office national du film, le Conseil des arts du Canada et la CBC/Radio-Canada. En 1955, Louis Appelbaum a créé la section musicale du Festival de Stratford. En 1965, il a présidé un comité mandaté par le gouvernement dont le rapport a mené à la création de l’Orchestre du Centre national des Arts. Il a également été le président fondateur de la SOCAN. Louis Applebaum a été nommé Officier de l’Ordre du Canada en 1976 et promu Compagnon en 1995.

Jeunesse et éducation

Louis Applebaum étudie au Conservatoire de musique de Toronto (maintenant le Conservatoire royal de musique) et à l’Université de Toronto avec Boris Berlin, Healey Willan et sir Ernest Macmillan. Il se rend ensuite à New York en 1940-1941 grâce à une bourse pour étudier la composition avec Roy Harris et Bernard Wagenaar. Au milieu des années 1940, il s’installe à Hollywood, où ses musiques de film sont très demandées. Mais en 1949, il retourne au Canada.

Carrière de compositeur

En tant que compositeur de musique de film, Louis Applebaum compose près de 250 bandes sonores pour l’Office national du film (ONF) entre 1942 et 1960. Sa carrière de compositeur se déroule sans encombre malgré les lourdes exigences de ses autres activités.

Lorsqu’arrive l’année 1953, Louis Applebaum a déjà à son actif plusieurs centaines de trames sonores de films (dont The Story of G.I. Joe, qui est en nomination aux Oscars en 1946). Il écrit également de nombreuses musiques de scène pour les productions radiophoniques de CBC/Radio-Canada, comme Hamlet, Le Médecin malgré lui, Peer Gynt, Antigone, Oedipus, et The Madwoman of Chaillot. En 1953, il est embauché par Tyrone Guthrie pour être en quelque sorte le compositeur attitré du premier Festival de Stratford. Il compose les « fanfares du foyer », qui deviennent une tradition du festival. Il compose également la musique de scène pour les productions inaugurales de Richard III et de All’s Well that Ends Well. Au total, il compose la musique de scène de plus de 75 pièces de Stratford, la dernière étant The School for Scandal en 1999.


Louis Applebaum compose de nombreuses musiques pour des pièces de théâtre, dont les pièces produites par Esse Ljungh sur CBC Radio; par Tyrone Guthrie (Tamburlaine the Great, 1956) et par Michael Langham (Frisch’s Andorra, 1963) sur Broadway; les pièces de la Royal Shakespeare Company (Much Ado About Nothing, 1961); du Manitoba Theatre Centre (Mother Courage et Nicholas Romanov, cette dernière est retravaillée pour Stratford en 1966 sous le titre The Last of the Tsars); et pour le Theatre London (Timon of Athens, 1983).

Les trois de ballets de Louis Applebaum sont des commandes : Dark of the Moon (remanié sous le titre Barbara Allen) pour le Ballet national du Canada; Legend of the North pour le Janet Baldwin Ballet de Toronto; et Homage, présenté par le Ballet national lors de la cérémonie d’ouverture du Centre national des Arts. Louis Applebaum compose également la musique électronique d’ouverture du rideau utilisée à cette occasion.

Pour CBC TV, Louis Applebaum compose la musique de huit épisodes de The National Dream (1973), quatorze épisodes de Purple Playhouse (1973), et cinq épisodes de Images of Canada. Il réalise également les bandes sonores de plusieurs autres séries, et pour des émissions spéciales comme comme Mother Courage (1964), Next Year in Jerusalem (1974), Journey Without Arrival (1975), Homage to Chagall (1976), Sarah (1976), The Masseys (1978), Raymond Massey (1984), et Karsh: The Searching Eye (1985). Sa trame sonore pour la minisérie Glory Enough for All (Gemstone Productions) reçoit un prix Gemini en 1990.

Tout comme sa musique pour le théâtre, les musiques de concert de Louis Applebaum sont généralement des commandes, et ces commandes sont aussi variées que le sont ceux qui les commandent (par exemple, « Cry of the Prophet » pour le Congrès juif canadien; Concertante for Small Orchestra pour l’Orchestre symphonique d’Edmonton; Place Setting pour l’ouverture de Hamilton Place; et Play On! pour le concert du centenaire du Conservatoire royal de musique).

Dans ce domaine également, l’ampleur de la production de Louis Applebaum est remarquable, compte tenu de la complexité de sa vie administrative. D’autant plus qu’il dirige de nombreuses représentations de sa propre musique à Stratford et à la CBC, des productions d’opéra à Stratford (dont les mises en scène par Tyrone Guthrie de H.M.S. Pinafore et de The Pirates of Penzance en tournée en Angleterre et aux États-Unis, de 1962 à 1963), ainsi que la bande originale d’Eldon Rathburn (publiée ultérieurement en enregistrement, sous Dominion LAB-650S, dirigé et produit par Louis Applebaum) pour le Labyrinth de l’Expo 67.

Parmi certaines des œuvres ultérieures majeures de Louis Applebaum figurent The Holly Wreath, une suite de chants de Noël composée en 1995 en collaboration avec Robertson Davies; Five Snapshots pour cor anglais et cordes; et l’opéra Erewhon, avec le librettiste Mavor Moore, créé pour une représentation avec le Pacific Opera Victoria en février 2000.


Carrière d’administrateur

Louis Applebaum se distingue très tôt comme un penseur conceptuel, un planificateur pragmatique et un négociateur ingénieux. Ses postes à l’ONF (directeur musical de 1942 à 1948 et consultant de 1949 à 1953), chez World Today Films à New York (directeur musical de 1946 à 1949), et au Conseil national du film (membre du comité consultatif), sont les premières fonctions qui placent Louis Applebaum à l’avant-garde de l’évolution des droits d’exécution et des politiques culturelles.

En 1955, Louis Applebaum crée le Stratford Music Festival, une branche distincte du Festival de Stratford, qui à l’époque existe depuis deux ans. En 1960, il démissionne de ses fonctions administratives à Stratford (bien qu’il continue à composer de la musique de scène pour les productions du festival jusqu’en 1999). Il se lance alors en affaires avec sa première entreprise privée, occupant le poste de président jusqu’en 1966 de Group Four Productions, une compagnie de production de documentaires et d’émissions de télévision destinés au marché.

Durant cette même période, Louis Applebaum est consultant musical pour CBC TV (de 1960 à 1963); président du comité consultatif de musique, d’opéra et de ballet du Centre national des arts (CNA; de 1963 à 1966); et il est l’auteur de A Proposal for the Musical Development of the Capital Region en 1965, un rapport commandé par le gouvernement qui mène à la création de l’Orchestre du Centre national des arts (OCNA) et d’un plan pour la création d’un département de musique à l’Université d’Ottawa.

Louis Applebaum
(avec la permission de Getty Images)


Louis Applebaum est ensuite président du comité de CAPAC-Association canadienne des radiodiffuseurs (1965 à 1970) pour la promotion de la musique canadienne. Il siège également au comité consultatif des arts (1966-1969), et il est membre du jury des prix artistiques du Conseil des arts du Canada (1970-1971). Il siège au comité de planification de Coordinated Arts Services (1967-1968), et il est consultant pour le St. Lawrence Centre for the Arts (1968-1970). Il fait partie du personnel de CAPAC (1968-1971), où il est responsable des relations avec les membres. Il siège par la suite à son conseil d’administration, une fonction qu’il occupe presque sans interruption depuis sa création. Il devient administrateur du Fonds commémoratif John Adaskin et il est régulièrement consultant pour le POCA (voir Conseil des arts de l’Ontario).

En 1971, le Conseil des arts de l’Ontario (CAO) nomme Louis Applebaum directeur général. Ce poste lui permet de mettre à profit toute son expérience en matière d’administration et de politique des arts, ainsi que dans le domaine artistique lui-même. Cela lui permet également de jouer un rôle majeur dans l’accélération phénoménale du développement culturel de l’Ontario dans les années 1970. Il maintient ce poste jusqu’en 1980, date à laquelle il assume de nouvelles fonctions en tant que président du Comité d’étude de la politique culturelle fédérale (voir Rapport du Comité d’étude de la politique culturelle fédérale). Initialement créé en 1979 sous le nom de « comité consultatif sur la politique culturelle », cet organisme est élargi en 1980 et il est chargé de mener des consultations à l’échelle du pays sur les questions d’intérêt culturel. Le rapport du comité réaffirme avec force le principe de « l’indépendance des parties » en matière d’intervention gouvernementale dans la culture et les arts. Il présente également des arguments convaincants en faveur d’un renouvellement des politiques, plus particulièrement dans des domaines comme le patrimoine, le développement du cinéma et les relations culturelles internationales.

Autres activités

Louis Applebaum enseigne la musique de film, de théâtre et de télévision à l’Université York (de 1974 à 1976, et ensuite conjointement avec Paul Hoffert de 1982 à 1989). Louis Applebaum est directeur artistique par intérim du Festival du printemps de Guelph pour la saison 1988-1989. De 1988 à 1990, il est président de CAPAC et il copréside le comité chargé de négocier la fusion avec la S.E.D. Canada.

De 1970 à 1979, il est directeur général du Conseil des arts de l’Ontario, et il devient coprésident avec Jacques Hébert du Comité d’étude de la politique culturelle fédérale, dont le rapport est publié en 1982. En 1985, il devient vice-président de CAPAC, et ensuite président de 1988 à 1990. Lorsque la SOCAN, un nouvel organisme de gestion des droits d’exécution, est créée, il en est élu premier président (1990-1992).

En 1998, Louis Applebaum crée le prix de composition Louis Applebaum grâce aux contributions de la Fondation Laidlaw et d’autres donateurs. Ce prix, qui récompense l’ensemble de l’œuvre d’une vie, reconnait à la fois l’excellence en composition et l’impact de l’œuvre d’un compositeur ou compositrice sur la société. En novembre 1999, R. Murray Schaffer devient le premier lauréat de ce prix et il déclare : « Je suis particulièrement touché par ce prix qui reconnait l’importance des arts dans un contexte sociétal plus vaste. » Le Fonds Louis Applebaum de composition est administré par la Fondation du Conseil des arts de l’Ontario.

Louis Applebaum est également un membre fondateur de la Ligue canadienne des compositeurs et il est membre associé du Centre de musique canadienne. Au moment de son décès, il est président de la Fondation SOCAN.

Louis Applebaum et Robertson Davies en 1987
(avec la permission de Getty Images)

Traits caractéristiques

Louis Applebaum est reconnu pour son énergie et son optimisme. Sa flexibilité et sa maitrise technique, qui sont évidentes dans ses nombreuses partitions de circonstance et fonctionnelles, sont complétées par sa grande capacité à développer des textes longs et complexes. Ceci se manifeste dans des projets plus autonomes, depuis les débuts de Barbara Allen jusqu’à son conte de fantômes musical The Harper of the Stones (dont Robertson Davies est le librettiste et le premier narrateur) avec son épisode de danse spectrale accompagné de cuillères et sa saisissante finale passacaille.

La vaste expérience cinématographique de Louis Applebaum lui donne une aptitude pour les appareils technologiques. Depuis le King Lear au milieu des années 1960 jusqu’à Hamlet en 1991, ses partitions pour Stratford font souvent appel à des techniques électroacoustiques. Parallèlement, son répertoire de compositions pour les productions de Stratford, qu’il s’agisse d’ensembles vocaux/instrumentaux ou de petits chœurs, couvre un large éventail de styles et de conventions. En 1987, il rassemble certaines de ces compositions dans un Folio adapté pour concert voix et piano. La dernière œuvre majeure de Louis Applebaum est l’opéra Erewhon (livret de Mavor Moore), commandé par le Pacific Opera Victoria et joué en première en février 2000.

Bien que les aspects administratifs et compositionnels de la carrière de Louis Applebaum puissent sembler divergents, lui-même les considère comme indissociables. Il explique son point de vue dans une entrevue accordée au Canadian Composer en janvier 1974.

« Essentiellement, je travaille à améliorer le sort de mes collègues, et je le fais depuis de nombreuses années, tout en continuant à être un artiste qui travaille. Bien que j’y étais compositeur, l’Office du film était le genre d’organisation qui faisait en sorte qu’un individu faisait partie d’une grande force sociale. Et lorsque j’ai commencé à m’impliquer dans d’autres sortes d’activités musicales, comme le théâtre à Stratford, c’était un Stratford qui transformait la vie théâtrale de notre pays. Lorsque le Conseil des arts du Canada a été formé, j’y étais, et j’ai apporté mon aide de toutes les manières possibles, tout comme pour la Ligue des compositeurs et le Centre canadien de musique, le Conseil de la musique et le Centre national des Arts. Peu importe où je me trouve ou le médium avec lequel je travaille, ma vie semble toujours pointer dans la même direction. »


Décès et hommages

En 1998, l’imprésario Lawrence Cherney organise une soirée de divertissement multimédia au St. Lawrence Centre for the Arts de Toronto pour rendre hommage à Louis Applebaum à l’occasion de son 80e anniversaire. La célébration présente les compositions de Louis Applebaum interprétées par des amis et collègues de longue date, dont certains des artistes les plus renommés du Canada.

Louis Applebaum meurt d’un cancer du poumon le 20 avril 2000, à l’âge de 82 ans.

Richard Monette de Stratford affirme que Louis Applebaum « était aimable, charismatique et d’une immense générosité, surtout dans le soutien qu’il apportait aux jeunes compositeurs canadiens ». Richard Monette le qualifie également de « doyen des compositeurs de théâtre canadiens ». Dans le SOCAN News, Rick MacMillan écrit : « Louis Applebaum restera dans les mémoires pour ses contributions extraordinairement vastes à la musique canadienne. Mais ses proches se souviendront toujours de son ouverture d’esprit, de sa modestie, de sa patience et de son dévouement désintéressé à l’amélioration des conditions de travail des compositeurs. » Les archives de Louis Applebaum sont conservées à l’Université York.

Louis Applebaum en 1987
(photo par Jeff Goode, avec la permission du Toronto Star via Getty Images)

Prix et distinctions

En plus d’avoir été en nomination aux Oscars, Louis Applebaum reçoit un prix spécial de la Hollywood Writers’ Mobilization (1945) pour sa musique du film Tomorrow the World; une mention spéciale (1950) du New York National Board of Review pour Lost Boundaries; le prix Flaherty (1952) pour And Now Miguel; des prix du Palmarès du film canadien pour Paddle to the Sea (1958; v.f. Voyage à la mer), Wheat Country (1959; v.f. Au pays du blé) et Athabasca (1968); ainsi qu’un prix Wilderness (1973) pour Folly on the Hill.

Louis Applebaum est le premier récipiendaire d’un ARCT honorifique décerné par le Conservatoire royal de musique. Il devient membre honoraire du Ontario College of Art en 1980 et du Ontario Institute for Studies in Education (OISE) en 1988. En 1991, le Centre communautaire juif de Toronto le nomme Personnalité artistique de l’année, et il devient artiste en résidence à l’Université de Windsor. Il est nommé Officier de l’Ordre du Canada en 1976 et il est promu Compagnon en 1995. Il est nommé membre de l’Ordre de l’Ontario en 1989.

Louis Appelbaum reçoit un doctorat honorifique en lettres de l’Université de Windsor en 1994. En 1995, il reçoit le prix Walt Grealis Special Achievement des prix Juno pour sa contribution à l’essor de l’industrie musicale canadienne. Il reçoit également plusieurs prix de la SOCAN, dont son premier prix Hommage en 1997. En 1998, il reçoit le prix Arts Toronto Lifetime Achievement et le Diplôme d’honneur de la Conférence canadienne des arts. En 1999, il reçoit le prix Roy Thomson Hall et le prix Serious Music de la SOCAN.

Une version de cet article a été initialement publiée dans l’Encyclopédie de la musique au Canada.