La Société Canadian Tire Limitée est l’une des chaines de magasins de vente au détail les plus reconnues du Canada. Fondée à Toronto par les frères John W. et Alfred J. Billes, la société a fait ses débuts sous le nom de Hamilton Tire and Garage en 1922. En 1927, ils ont constitué la compagnie en société sous le nom de Canadian Tire Corporation (Société Canadian Tire Limitée). Aujourd’hui, le siège social est toujours basé à Toronto, et la société exploite un réseau de 1700 magasins et stations d’essence qui s’étendent dans toutes les provinces et tous les territoires, à l’exception du Nunavut. Le réseau de la société de vente au détail comprend Party City et Pro Hockey Life. Canadian Tire possède également les magasins Mark’s et FGL Sports, y compris les compagnies de vente au détail Sport Chek, Atmosphere et Sports Experts. En 2025, la société a racheté les marques et la propriété intellectuelle de la Compagnie de la Baie d’Hudson (HBC). La Société Canadian Tire Limitée est une entreprise publique cotée à la Bourse de Toronto sous le symbole CTC. En 2024, Canadian Tire a enregistré un chiffre d’affaires de 16,35 milliards et un bénéfice net de 971,9 millions de dollars, et elle détenait 22,24 milliards de dollars d’actifs.

Canadian Tire est constitué en société, en 1927
La Société Canadian Tire Limitée est fondée par John William (J.W.) et Alfred Jackson (A.J.) Billes en 1922, lorsque les deux frères achètent Hamilton Tire and Garage Ltd., situé dans le quartier de Riverdale à Toronto. Ils l’achètent pour 1800 $. Le marché de l’automobile est en pleine croissance; en 1927, le Canada affiche le troisième taux de motorisation par habitant le plus élevé au monde (voir Automobile). Cependant, les frères font face à un premier défi lorsque le pont de la rue Gerrard, qui traverse la rivière Don de Toronto près de l’endroit où leur garage est situé, ferme pour des réparations. Afin d’offrir un meilleur accès à leurs clients, les frères déménagent leur garage au coin des rues Yonge et Gould en 1923. Ils y réparent principalement des voitures Ford et Chevrolet. Ils offrent une garantie inconditionnelle d’un an sur les pneus qui devient très populaire à une époque où les crevaisons sont fréquentes. L’importance des pneus pour leur commerce est officialisée lorsqu’ils constituent leur entreprise sous le nom de Société Canadian Tire Limitée en 1927. A.J. Billes raconte plus tard qu’ils ont choisi ce nom parce qu’il « sonnait important ». L’aîné des deux frères, J.W. Billes, assume le rôle de président tandis que le cadet est vice-président.

Le choix du nom Canadian Tire et leur garantie très réussie sur les pneus sont l’emblème de la solide compréhension du marketing et des relations avec la clientèle des frères Billes. Ils s’efforcent de concrétiser l’ambition de leur nom au caractère national en lançant un catalogue de vente par correspondance en 1928. Les catalogues contiennent des cartes routières ainsi que des listes de prix pour les clients potentiels. Les activités de vente par correspondance trouvent principalement leurs clients en Ontario et dans les Maritimes. Leur magasin est tapissé de slogans et d’images mémorables qui font la promotion de leurs pneus « super-lastiques » qu’ils vendent à des prix généralement inférieurs à ceux des autres magasins. Ils achètent également des pièces automobiles auprès des mêmes fabricants que ceux qui fournissent Ford et GM, ce qui leur permet de proposer des prix qui sont inférieurs à ceux des grandes compagnies automobiles.

L’accent de Canadian Tire mis sur les réparations et l’entretien « fait par soi-même » est très profitable durant la crise des années 1930. Avec les baisses de ventes de voitures, les propriétaires cherchent de nouveaux moyens de prolonger la vie de leur véhicule. L’image de marque de la société, qui met l’accent sur des prix bas tout en garantissant la qualité, entraine une hausse des ventes. Les affaires marchent suffisamment bien pour que la société établisse son premier partenariat avec Walker Anderson, qui ouvre un magasin Canadian Tire à Hamilton en 1934. Le modèle de franchise de la société, qui est toujours utilisé aujourd’hui (sous la forme d’un contrat beaucoup plus détaillé et formel), permet aux détaillants de mettre sur pied et de posséder des magasins Canadian Tire en s’engageant à acheter des produits fabriqués et approuvés par Canadian Tire et de les vendre dans leurs magasins. Initialement, il n’y a pas de frais de franchise, et l’entente accorde une grande liberté d’action aux propriétaires de magasins individuels. Grâce à cela, les frères Billes parviennent à faire de l’argent en mettant en place un réseau de détaillants qui achètent et commercialisent leurs pneus, leurs pièces automobiles et autres produits. Le succès de ce réseau oblige le bureau de Toronto à déménager dans un plus grand édifice au coin des rues Yonge et Davenport (où se trouve toujours un magasin Canadian Tire). Les commis y deviennent réputés pour aller chercher les commandes des clients en patins à roulettes. Ce modèle de distribution connait un grand succès et en 1940, on compte 105 magasins Canadian Tire en Ontario et dans l’est du Canada. La Deuxième Guerre mondiale interrompt brièvement l’expansion, étant donné que le caoutchouc et l’acier, qui sont des indispensables pour la société, se font rares.
Années d’après-guerre
Vers la fin de la guerre, Canadian Tire cherche à se développer encore plus. Pour y parvenir, la société entre en bourse en 1944, vendant 100 000 actions à dix dollars l’unité. Cette décision d’entrer en bourse est rapidement suivie par la mise en place, par A.J. Billes, d’un programme de participation des employés de Canadian Tire aux bénéfices de la société, qu’il lance en 1946. Avec ce plan, la société redirige 10 % des revenus des employés vers des actions de l’entreprise, qui peuvent être encaissées après dix ans où à leur retraite, avec un profit considérable. Le désir d’A.J. Billes de promouvoir la loyauté parmi les employés motive ce modèle, au détriment de la syndicalisation. L’hostilité d’A.J. Billes à l’égard des syndicats devient évidente lorsqu’il s’oppose à un projet d’expansion en Australie, un pays qu’il considère comme trop syndiqué.
Après la guerre, Canadian Tire élargit ses activités au-delà des pièces automobiles et fait la promotion d’articles de camping et de loisirs de plein air. Tout comme les frères Billes ont su tirer parti de la croissance du marché de l’automobile, cette orientation qu’ils prennent vers les articles de plein air et de camping correspond à de nouvelles perspectives commerciales, étant donné que le nombre de visiteurs dans les parcs nationaux est passé de 500 000 à 5,5 millions entre 1940 et 1960, et que la popularité des activités de loisir dans les jardins, comme les barbecues, augmente avec l’expansion des banlieues. La société continue à enregistrer des rendements élevés et la demande pour ses produits motive la construction d’un nouvel entrepôt de 225 000 pieds 2 dans le nord de Toronto en 1956. L’année suivante, la société publie son premier catalogue en français, une initiative qui reflète son expansion géographique.
Au milieu de cette période de croissance, le cofondateur et premier président de la société, J.W. Billes, meurt en 1956 des suites d’une anémie pernicieuse. Sa succession est évaluée à approximativement 6,2 millions de dollars. Au moment de son décès, 150 magasins appartiennent à des détaillants qui s’étendent de l’Ontario jusqu’aux provinces de l’Atlantique. Dans son testament, il lègue la grande majorité de ses actions avec droit de vote à des organismes de bienfaisance et à l’Université de Toronto. Cette décision, qui se traduit par le retrait de plusieurs actions du marché, fait qu’il est difficile pour A.J Billes ou pour Dick, le fils de J.W. Billes, de prendre le contrôle de la société. Ce testament et le plan de succession peu clair contribuent à creuser le fossé entre les lignées de la famille des Billes. Alors que A.J. Billes succède à son frère au poste de président, les tensions au sein du conseil d’administration de la société persistent jusqu’à ce que Dick démissionne en 1959 à la suite d’un différend sur la question de savoir si les magasins Canadian Tire devraient rester ouverts le lendemain de Noël. Trois mois plus tard, Dick tente d’obtenir le soutien du conseil d’administration pour évincer A.J. Billes, mais il échoue.
Malgré ces difficultés, A.J. Billes continue d’aller de l’avant en 1958 avec son ambitieux projet d’ouvrir des stations-service à essence dans divers magasins de Canadian Tire. L’initiative est audacieuse, puisque les compagnies pétrolières comme Imperial Oil sont très concurrentielles et qu’elles se sont récemment enrichies grâce à la découverte de gisements de pétrole en Alberta. Pour rivaliser, Canadian Tire commence également en 1958 à émettre de la « monnaie » qui donne droit aux clients des pompes à essence à une remise sur les produits vendus en magasin. En 1961, la société charge la British American Bank Note Company, qui imprime les billets de banque officiels du gouvernement canadien, d’imprimer de la monnaie de Canadian Tire, ce qui donne à ses billets un attrait commercial considérable. Les détaillants s’opposent d’abord à cette idée, craignant qu’elle ne réduise les profits de chaque magasin. Toutefois, la popularité de cette monnaie auprès des clients dissipe leurs inquiétudes. Selon l’histoire de la société, cette idée de marketing est développée par Muriel Billes (l’épouse d’A.J. Billes). Cependant, des divisions au sein de la famille Billes donnent lieu à une dispute interne quant à savoir si Muriel a réellement développé cette idée ou non.

Nouveau président : Dean Muncaster
Une fois qu’A.J. Billes consolide sa position de président de la société qu’il a cofondée, il commence à chercher des successeurs. Il confie le contrôle direct du magasin phare de Canadian Tire au coin de Yonge et Davenport à son fils aîné Fred, mais il commence également à chercher un nouveau dirigeant à l’extérieur de la famille. En 1964, les médecins d’A.J. Billes insistent pour qu’il démissionne de son poste de président, étant donné que sa charge de travail continuelle pèse sur sa santé alors qu’il a 62 ans. En accord avec le conseil d’administration, il choisit éventuellement Joseph Dean Muncaster, qui présente plusieurs avantages; son père est détaillant du Canadian Tire de Sudbury, un magasin prospère; il fait partie d’une nouvelle génération de gestionnaires titulaires d’un MBA; et il travaille au siège social de Canadian Tire depuis qu’il a 24 ans. Pour préparer la transition, Dean Muncaster est promu vice-président en 1963. Il est officiellement nommé président en 1966.
Dean Muncaster lance trois initiatives clés. Tout d’abord, il modernise la structure de gestion de la société en créant plusieurs nouveaux postes de cadres supérieurs. L’époque où l’on peut devenir détaillant et acquérir un magasin Canadian Tire par une simple poignée de main et une promesse d’acheter les produits Canadian Tire est révolue. Dean Muncaster se tourne en deuxième lieu vers l’Ouest canadien, car Canadian Tire n’a aucune présence à l’ouest de l’Ontario. À la fin de 1966, la compagnie a déjà ouvert un magasin à Winnipeg. Dean Muncaster supervise également l’agrandissement de l’entrepôt de la société ainsi que sa capacité d’expédition, ce qui lui permet de se lancer dans le secteur de la décoration intérieure. En dernier lieu, il fait installer l’un des premiers systèmes informatiques IBM du Canada afin de faciliter et simplifier la gestion de l’inventaire dans l’ensemble de la société en pleine croissance. Ces initiatives permettent de centraliser le contrôle des détaillants; l’équipe de gestion de Dean Muncaster se montre disposée à se séparer des détaillants qui ont des performances insuffisantes selon le nouveau système d’évaluation informatique, et des objectifs plus élevés en matière de rotation des produits sont imposés.
Dans son ensemble, l’expansion dirigée par Dean Muncaster est couronnée de succès. Les profits passent de 3,6 millions de dollars à son arrivée en 1966 à 25 millions de dollars en 1975. Et en 1980, les 333 magasins de Canadian Tire s’étendent jusqu’en Colombie-Britannique. Cependant, tout ne se passe pas aussi bien durant les années 1970, lorsque les taux d’inflation et de chômage sont élevés. En 1977, la société enregistre sa première année sans profits, et les inquiétudes concernant une surproduction et une expansion excessive s’intensifient.
Différends sur la propriété
Durant les années 1980, les conflits qui bouillonnent depuis longtemps entre les membres de la famille Billes éclatent. En 1980, A.J. Billes démissionne du conseil d’administration de la société lorsque sa femme Muriel meurt, et il nomme sa fille Martha à sa place. Des divergences commencent également à apparaitre entre la famille Billes et Dean Muncaster, en particulier au sujet des projets d’expansion de ce dernier en Australie, au sujet du désir d’A.J. Billes d’étendre davantage le partage des employés aux bénéfices, et de la stagnation des rendements sur les investissements. La situation déjà divisée devient encore plus compliquée lorsque les divers organismes de bienfaisance qui détiennent des actions en fiducie léguées par J.W. Billes en 1956 décident de les vendre. Imasco, la société appartenant à British American Tobacco qui possède Shoppers Drug Mart, propose immédiatement de racheter toutes les actions de Canadian Tire pour 1,1 milliard de dollars. Imasco est encouragée par l’intérêt que portent Dean Muncaster et l’équipe de gestion de Canadian Tire à son projet, mais elle se heurte à une forte résistance de la part d’A.J. Billes et ses enfants. La férocité de la résistance familiale mène éventuellement Imasco à retirer sa proposition, affaiblissant encore plus la position de Dean Muncaster. Après le retrait d’Imasco, les trois enfants d’A.J. Billes, Martha, Fred et David, remportent l’enchère sur les actions des fiducies caritatives, ce qui signifie qu’ils possèdent alors 60,9 % des actions avec droit de vote. Après l’achat très peu rentable de la chaine de vente au détail Whites au Texas, Dean Muncaster est démis de ses fonctions de président en 1984. Il est éventuellement remplacé par Dean Groussman, le premier président américain de la société.
Cependant, l’incertitude persiste quant à la propriété de la société, car Martha, Fred et David Billes, qui ont des relations tumultueuses notoires, continuent de se disputer le contrôle des actions de la société. Les détaillants cherchent également à augmenter leur pouvoir. En 1986, un front uni de 361 détaillants offre aux frères et à la sœur 160 dollars par action à droit de vote, soit quatre fois leur valeur en bourse. Si leur proposition est acceptée, les détaillants vont acquérir une participation majoritaire dans la société. Cette offre attire l’attention de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario (CVMO) qui fait valoir que l’offre ne tient pas compte des intérêts des actionnaires détenant des actions sans droit de vote, qui ne bénéficieraient pas du prix élevé des actions avec droit de vote. Cette affaire oppose Fred et David, qui veulent vendre, à Martha, qui s’oppose à la vente. Après que la CVMO annule l’offre des détaillants, les frères et la sœur portent leur différend devant les tribunaux. Finalement, en octobre 1989, une entente est conclue entre les deux frères, la sœur et les détaillants selon laquelle aucune des parties ne peut vendre un nombre d’actions qui menacerait leur participation majoritaire sans en informer au préalable les autres parties et leur donner la possibilité de faire une offre en premier.
Malgré les conflits de propriété largement médiatisés, la société commence à se remettre de ses difficultés qui ont résulté de l’acquisition de Whites. La société mène plusieurs campagnes de publicité réussies et en 1986, elle enregistre des bénéfices. En 1997, les conflits entre les Billes prennent fin lorsque Martha Billes rachète les parts de ses deux frères.
21e siècle
La société Canadian Tire prend plusieurs initiatives pour demeurer compétitive, plus particulièrement avec l’expansion de chaines américaines comme Walmart et Home Depot et la concurrence croissante des services de vente au détail en ligne. Elle uniformise l’agencement des magasins Canadian Tire, avec des sections clairement délimitées et en installant des kiosques d’information. En 2001, Canadian Tire fusionne amicalement avec la société Mark’s Work Wearhouse, une entreprise de Calgary, ce qui lui permet de diversifier sa position sur le marché. Forte de son expérience avec la monnaie Canadian Tire, la société élargit son secteur de services financiers en lançant en 2003 la Banque Canadian Tire. Cette banque a pour objectif principal de commercialiser une carte de crédit liée à l’argent Canadian Tire. Elle continue également à élargir son offre de produits et de marques. Afin de conquérir une plus grande part du marché des jeunes, Canadian Tire rachète le Forzani Group (propriétaire de Sport Chek et d’autres magasins de sport) en 2011. La société acquiert la société norvégienne de vêtements de sport Helly Hansen en 2018, mais elle revend cette compagnie à Kontoor Brands Inc. en 2025. Comme elle veut élargir davantage le marché de la génération des milléniaux, Canadian Tire rachète les magasins canadiens Party City en 2019.
Ces dernières années, Canadian Tire met l’accent sur sa boutique en ligne, renouant ainsi avec ses origines de la vente par catalogue et correspondance qui lui ont permis de s’étendre de Toronto à l’ensemble du pays. En mai 2025, la société Canadian Tire annonce qu’elle achète les actifs de marque et la propriété intellectuelle de la Compagnie de la Baie d’Hudson pour 30 millions de dollars. L’acquisition reçoit l’approbation du tribunal en juin 2025 et elle comprend le nom de HBC, les armoiries de HBC et le célèbre motif à rayures.
Le PDG actuel de Canadian Tire est Greg Hicks, qui a auparavant dirigé la branche de vente au détail de Canadian Tire.