Rock Demers, C.C., producteur, scénariste, acteur (né le 11 décembre 1933 à Sainte-Cécile-de-Lévrard au Québec; décédé le 17 août 2021 à Montréal au Québec). On attribue à Rock Demers le mérite d’avoir, presque à lui seul, développé le cinéma jeunesse au Canada. Souvent surnommé le « Disney canadien », Rock Demers a contesté le quasi-monopole de Disney sur le divertissement pour enfants. Il a apporté d’importantes contributions dans le développement de l’industrie du film au Québec. Il a fondé et dirigé de nombreux festivals du film, ainsi que la SODEC et la Cinémathèque québécoise. À son décès, il avait déjà reçu près de 250 prix. Ses films font partie intégrante du tissu culturel du Canada à la fois francophone et anglophone. Deux de ses films, La guerre des tuques (1984) et La grenouille et la baleine (1988), ont été reconnus comme les films canadiens les plus rentables de l’année. Rock Demers était Compagnon de l’Ordre du Canada et Chevalier des Arts et des Lettres de France.

Jeunesse et éducation
Rock Demers naît à Sainte-Cécile-de-Lévrard, un petit village de la région du Centre-du-Québec. Il est l’aîné d’une famille de huit enfants et il grandit dans la pauvreté durant la crise des années 1930. Son père est agriculteur et sa mère est enseignante. Rock Demers affirme que malgré la pauvreté de sa jeunesse, il a connu une enfance heureuse. Il est convaincu que le bonheur dans l’enfance aide les enfants à mieux gérer les pressions de la vie adulte.
L’oncle Henri de Rock Demers lui fait découvrir le cinéma dès son plus jeune âge. Initialement, il veut devenir enseignant et il étudie en pédagogie à Montréal. À cette époque, il travaille comme infirmier à la prison de Bordeaux et à l’hôpital du Sacré-Cœur. De plus, il fonde des ciné-clubs à son école, à l’hôpital et à la prison.
Avec quelques économies et une petite bourse, Rock Demers part pour Paris au début des années 1950 afin d’étudier les techniques audiovisuelles. À la fin de ses études, et avec seulement quelques centaines de dollars en poche, il décide de traverser l’Europe de l’Est en faisant de l’auto-stop. Ce périple le mène derrière le rideau de fer en pleine guerre froide, en Pologne, en Hongrie et dans ce qui est alors la Tchécoslovaquie. Cette expérience s’avère cruciale pour sa carrière, car Rock Demers rencontre de nombreuses personnes avec lesquelles il collabore plus tard. Parmi ces personnes se trouve Bretislav Pojar, un marionnettiste, animateur et cinéaste tchèque. C’est au cours de cette aventure que Rock Demers apprend à créer des films destinés spécifiquement aux enfants.
Débuts de carrière
En 1960, Rock Demers commence à travailler dans la distribution de films au Québec. De 1962 à 1967, il dirige le Festival international du film de Montréal. L’une de ses innovations est d’ajouter une section pour jeunes à ce festival.
En 1963, Rock Demers cofonde la Cinémathèque canadienne (maintenant la Cinémathèque québécoise). En 1965, il fonde Faroun Films, qui se spécialise dans la distribution de films pour enfants. Au début des années 1970, Faroun Films étend ses activités à la distribution de films d’auteur et expérimentaux, et se lance également dans la production cinématographique. En 1970, Rock Demers coproduit et investit dans la production du film pour enfants Le Martien de Noël. Ce film met en valeur le travail d’artistes québécois majeurs, dont le directeur de la photographie Bernard Gosselin, l’acteur Marcel Sabourin, et le peintre automatiste Jean-Paul-Armand Mousseau.
Faits saillants de carrière
En 1977, Rock Demers est nommé président, puis directeur général de l’Institut québécois du cinéma (IQC), un organisme chargé de soutenir l’industrie du cinéma du Québec. Cet organisme est maintenant connu sous le nom de Société de développement des entreprises culturelles (SODEC). Toujours en 1977, Rock Demers contribue au lancement du Festival des films du monde de Montréal. Il quitte l’IQC pour fonder Les productions la Fête en 1980.
Peu avant son cinquantième anniversaire, Rock Demers lit un article dans La Presse au sujet du suicide chez les adolescents. Cet article le mène à conclure que les films devraient donner aux gens, et plus particulièrement aux enfants et aux jeunes, une soif de vie. Profondément touché par cet article, il s’en inspire pour créer la série de films jeunesse Contes pour tous.
« J’étais à un âge où je savais que la vie était dure, mais qu’elle valait la peine d’être vécue. Je me suis demandé ce que je pouvais faire pour aider certains jeunes qui réfléchissaient à ce sujet, afin qu’ils réalisent que ça vaut la peine de continuer. »
Tout au long des années 1980, Rock Demers s’implique dans des coproductions internationales avec des cinéastes polonais (Le jeune magicien, Waldemar Dziki, 1986), hongrois (Bye bye chaperon rouge, Marta Meszaros, 1989) et roumains ( La championne, Elizabetha Bostan, 1991). Dans un rare rôle d’acteur, Rock Demers joue dans l’adaptation cinématographique réalisée par Gilles Carle en 1983 du roman québécois classique Maria Chapdelaine.
En 1984, Rock Demers produit le film La guerre des tuques réalisé par André Melançon. Le film remporte la Bobine d’or (maintenant le prix Écran d’or) aux prix Génie de 1984, en tant que film canadien le plus rentable de l’année. Le film est également un succès international. Rock Demers affirme que des millions de personnes l’ont vu en Union soviétique.
En 1985, Rock Demers produit le film Opération beurre de pinottes de Michael Rubbo, qui est sans doute son film le plus connu au Canada anglophone. En 1986, Rock Demers produit Bach et Bottine d’André Melançon. Le film demeure à l’affiche pendant six mois dans un cinéma parisien des Champs-Élysées. En 1990, il produit le film Vincent et moi de Michael Rubbo, qui est en nomination aux Daytime Emmy Awards dans la catégorie de la meilleure émission spéciale pour enfants.
En 1991, Rock Demers coproduit Why Havel? (v.f. Pourquoi Havel?), un documentaire sur Václav Havel, l’écrivain et homme politique tchèque. En 1994, Rock Demers coproduit The Making of a Leader (1919-1968) (v.f. L’apprentissage de la vie [1919-1968]), une minisérie biographique sur l’ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau.
Rock Demers continue à travailler jusqu’à un âge avancé. À 81 ans, il sort le 24e volet de sa série Contes pour tous, le film La gang des hors-la-loi (2014). En 2015, après 55 ans de carrière dans l’industrie du cinéma, il vend sa compagnie de production au cinéaste Dominic James. Rock Demers meurt d’une insuffisance cardiaque à Montréal le 17 août 2021, à l’âge de 87 ans.
Distinctions
Il est estimé que Rock Demers reçoit environ 250 prix au cours de sa vie. En 1987, il reçoit le prix Albert Tessier pour sa contribution exceptionnelle au cinéma québécois. En 1988, il remporte le prix Air Canada décerné par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision pour sa contribution exceptionnelle à l’industrie cinématographique canadienne. En 1990, il reçoit le prix spécial du jury décerné par le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec pour sa contribution à l’amélioration et à la promotion de la langue française.
Sélection de prix
- Bobine d’or (La guerre des tuques), prix Genie (1985)
- Prix Albert Tessier (1987)
- Prix Air Canada, Académie canadienne du cinéma et de la télévision (1988)
- Bobine d’or (La grenouille et la baleine), prix Genie (1989)
- Prix François Truffaut, Festival du film de Giffoni (1989)
- Prix spécial d’excellence, Festival international du film de la côte d’Estoril (1990)
- Prix spécial du jury, Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec (1990)
- Ruban bleu, Banff Festival of Canadian Television for Children (1990)
- Prix d’excellence de l’industrie canadienne de la vidéo, magazine Premiere (1990)
- Prix d’excellence, Association canadienne de production de films et de télévision (1990)
- Prix de la contribution exceptionnelle, Festival international du film francophone (1990)
- Prix d’excellence de l’ensemble de la carrière, Canadian Film Celebration in Calgary (1991)
- Prix spécial pour l’ensemble de la carrière, Banff Television Festival (1991)
- Officier, Ordre du Canada (1992)
- Chevalier, Arts et des Lettres de France (1992)
- Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle pour l’ensemble de la carrière (1998)
- Prix d’excellence pour l’ensemble de la carrière, prix Jutra (maintenant le prix Iris) (2003)
- Prix d’excellence pour l’ensemble de la carrière, Isfahan International Festival of Films for Children & Young Adults (2005)
- Compagnon, Ordre du Canada (2008)