Les prix Nobel sont décernés chaque année pour souligner les réalisations qui ont apporté un bénéfice important à l’humanité. Les prix sont parmi les plus hautes distinctions internationales et ils sont remis dans six catégories : physique, chimie, physiologie ou médecine, littérature, paix et sciences économiques. Les prix sont administrés par la fondation Nobel et sont décernés par des institutions en Suède et en Norvège. Dix-sept Canadiens ont remporté des prix Nobel, sans compter les Canadiens de naissance qui ont renoncé à leur citoyenneté et les membres d’organismes qui ont reçu le prix Nobel de la paix. (Voir aussi Lauréats canadiens d’un prix Nobel.)

Comment a été créé le prix Nobel?
Dans son testament, l’inventeur de la dynamite, le Suédois Alfred Nobel (1833-1896), demande à ses exécuteurs testamentaires de créer cinq prix. Ces distinctions doivent récompenser les contributions positives à l’humanité dans les domaines de la physique, de la chimie, de la physiologie ou médecine, de la littérature et de la paix. La fondation Nobel est créée en 1900 pour exécuter cette mission et elle décerne les premiers prix en 1901. En 1968, la Sveriges Riksbank (banque d’État suédoise) crée un sixième prix, le prix Sveriges Riksbank en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel.
Quel est le processus de sélection?
Plusieurs personnes peuvent nommer des candidats, soit des professeurs d’université, des scientifiques, des parlementaires et d’anciens gagnants du prix Nobel. Un individu ne peut pas se nommer lui-même.
Le saviez-vous?
La fondation Nobel a gardé secrets les noms des candidats et des personnes qui les ont proposés durant 50 ans. Pendant cette période, elle a également gardé sous silence les détails sur les « enquêtes et opinions » entourant le processus de sélection.
Quatre institutions différentes sont chargées de sélectionner les lauréats parmi les candidats. L’Académie royale des sciences de Suède, un organisme indépendant qui promeut les sciences, décerne les prix de la physique, de chimie et d’économie. L’Académie suédoise, une institution culturelle indépendante, décerne le prix Nobel de littérature. L’Assemblée Nobel de l’institut Karolinska, une université de médecine suédoise, décerne le prix Nobel de physiologie ou médecine. Le comité Nobel norvégien (nommé par le parlement norvégien) remet le prix Nobel de la paix.
Que reçoivent les lauréats?
Chaque prix Nobel consiste en une médaille d’or, un diplôme avec la citation du prix, ainsi qu’un prix en argent. Bien que sa valeur monétaire (en couronnes suédoises) varie, les prix sont d’une valeur de plus d’un million de dollars canadiens dans les récentes années. Souvent, deux ou trois gagnants se partagent le prix, et le prix Nobel de la paix peut être remis tant à des organismes qu’à des individus.
Prix Nobel en physique : les lauréats canadiens
Six Canadiens remportent le prix Nobel de physique. Le premier est Richard E. Taylor, qui partage le prix en 1990 avec les Américains Jerome I. Friedman et Henry W. Kendall pour leur travail à l’Université de Stanford sur le développement du modèle des quarks, en physique des particules.
En 1994, Bertram Brockhouse partage le prix avec l’Américain Clifford G. Shull. Bertram Brockhouse remporte la moitié du prix pour avoir développé la spectroscopie des neutrons.
En 2009, Willard S. Boyle et George E. Smith partagent le prix avec Charles Kuen Kao, qui a les citoyennetés britannique et américaine. Willard S. Boyle et George E. Smith sont récompensés pour avoir inventé le capteur photographique à transfert de charges (ou CCD) en 1969, un appareil qui transforme les motifs lumineux en information numérique utile. Le CCD est largement utilisé dans les caméras numériques modernes et il est une importante composante des appareils télescopiques, comme le télescope spatial Hubble.
En 2015, Arthur B. McDonald partage le prix Nobel de physique avec Takaaki Kajita du Japon. Ils découvrent que les neutrinos (une des plus petites particules fondamentales) ont une masse. On croyait auparavant que les neutrinos étaient dépourvus de masse. Selon l’Académie royale des sciences de Suède, « la découverte a changé notre compréhension du fonctionnement interne de la matière ».
En 2018, Donna Strickland partage le prix avec Gérard Mourou de la France et Arthur Ashkin des États-Unis. Donna Strickland et Gérard Mourou, son directeur de thèse, sont récompensés pour le développement d’impulsions de lumière laser de haute intensité et ultracourtes. Cette technologie est utilisée en chirurgie oculaire et dans la production de petits appareils médicaux.
En 2019, une moitié du prix est décernée à James Peebles. Les collègues suisses Michel Mayor et Didier Queloz se partagent l’autre moitié. Le comité Nobel cite les « découvertes théoriques en cosmologie physique » de James Peebles. À partir du milieu des années 1960, ce dernier développe un cadre théorique qui est à la base d’une grande partie de ce que les physiciens comprennent au sujet de l’univers aujourd’hui (voir Cosmologie).
Geoffrey E. Hinton, professeur émérite à l’Université de Toronto, partage le prix de physique de 2024 avec John Hopfield de l’Université de Princeton. Selon l’Académie royale des sciences de Suède, Geoffrey E. Hinton et John Hopfield reçoivent le prix « pour leurs découvertes et inventions fondamentales qui permettent l’apprentissage automatique avec des réseaux neuronaux artificiels ». (Voir aussi Intelligence artificielle [IA] au Canada.)
Prix Nobel en chimie : les lauréats canadiens
Quatre Canadiens remportent le prix Nobel de chimie. Le premier est Gerhard Herzberg. En 1971, il remporte le Nobel de chimie pour sa recherche sur la structure des molécules. Son travail se concentre sur les radicaux libres, des petites composantes de molécules qui se détachent durant les réactions chimiques.
En 1986, John Polanyi partage le prix de chimie avec le Taïwanais Yuan T. Lee et l’Américain Dudley R. Herschbach. Chacun étudie la dynamique des réactions chimiques. John Polanyi remporte sa part du prix pour le développement d’une méthode visant à cartographier les réactions chimiques en mesurant les faibles émissions infrarouges qu’elles émettent.
En 1989, Sidney Altman partage le prix avec l’Américain Thomas Cech. Ils découvrent que l’ARN, un matériel génétique, peut agir comme biocatalyseur ou enzyme.
En 1993, Michael Smith partage le prix avec l’Américain Kary Mullis pour le développement de la mutagenèse in vitro, une technique d’importance cruciale utilisée en génie génétique. Cette découverte permet aux chercheurs de mieux comprendre comment fonctionnent les gènes reliés au cancer et aux virus.
Prix Nobel de physiologie ou médecine : les lauréats canadiens
Deux Canadiens remportent le prix Nobel de physiologie ou médecine. Le premier est attribué à sir Frederick Banting en 1923. Sir Frederick Banting partage le prix avec J.J.R. Macleod, physiologiste écossais, pour la découverte de l’insuline.
En 1981, David Hubel partage le prix avec Torsten Wiesel, Suédois de naissance, pour leur travail révolutionnaire sur la cartographie du cortex visuel du cerveau.
Prix Nobel en littérature : les lauréats canadiens
Alice Munro remporte le prix Nobel de littérature en 2013 pour sa maitrise de la nouvelle. Cette victoire suscite un débat quant à savoir si c’est Alice Munro ou Saul Bellow qui est le premier Canadien à remporter le prix en littérature. Certains commentateurs suggèrent que Saul Bellow, originaire de Montréal, qui remporte le prix en 1976, aurait abandonné sa citoyenneté canadienne lorsqu’il devient Américain en 1941. (À l’époque, peu d’Américains ont le droit de posséder la double citoyenneté.)
Prix Nobel de la paix : les lauréats canadiens
Les prix Nobel de la paix ont une dimension politique plus explicite; ils sont remis à des organismes comme la Croix-Rouge et UNICEF, ainsi qu’à des individus.
Lester B. Pearson remporte le prix Nobel de la paix en 1957 pour les solutions diplomatiques qu’il apporte dans la crise de Suez de 1956.
La moitié du prix Nobel de 1995 est décerné aux Conférences de Pugwash sur la science et les affaires internationales, une série de rencontres entre scientifiques et décideurs politiques fondées en 1957 à Pugwash en Nouvelle-Écosse. L’objectif de ces conférences est la réduction du rôle, et l’élimination éventuelle, des armes nucléaires (voir Pugwash gagne le prix Nobel).
En 1999, James Orbinski, président du conseil international de Médecins Sans Frontières, accepte le prix au nom de cet organisme.
La moitié du prix Nobel de la paix de 2007 est décerné au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies, dont l’un des auteurs principaux est le climatologue Andrew Weaver.
Prix Nobel d’économie : les lauréats canadiens
Le prix d’économie ne fait pas partie des cinq prix créés par Alfred Nobel. Officiellement appelé Prix de la banque de Suède en sciences économiques à la mémoire d’Alfred Nobel, il est financé par la banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel en 1968. Néanmoins, il est communément appelé « prix Nobel d’économie », car l’Académie royale de Suède le remet annuellement depuis 1969, en même temps que les autres prix scientifiques.
Deux Canadiens reçoivent le prix Nobel d’économie. Le premier est Robert Mundell, qui reçoit le prix en 1999 pour ses travaux sur la politique monétaire et fiscale et les zones monétaires optimales. (Voir aussi Robert Mundell remporte le prix Nobel d’économie.) David Card remporte la moitié du prix Nobel d’économie en 2021. Il reçoit le prix pour son utilisation d’expérimentations naturelles sur les impacts du salaire minimum, de l’immigration et de l’éducation. L’autre moitié du prix est décernée conjointement à Joshua Angrist et Guido Imbens.
Questions de nationalité
Il existe plusieurs cas où des lauréats du prix Nobel ont vécu ou travaillé dans plus d’un pays, ou ont renoncé à leur citoyenneté canadienne. Par conséquent, il n’est pas toujours facile de déterminer quels pays peuvent raisonnablement « revendiquer » les lauréats du prix Nobel comme les leurs. Le Canada a plusieurs exemples de victoires « canadiennes » contestables, en plus de Saul Bellows, déjà mentionné en lien avec le prix Nobel de littérature.
Les chimistes d’origine canadienne William Giauque (prix de 1949), Henry Taube (prix de 1983) et Rudolph Marcus (prix de 1992) font carrière aux États-Unis et deviennent des citoyens américains à une époque où la double citoyenneté n’est pas accessible à la plupart des gens. Ils doivent fort probablement renoncer à leur citoyenneté canadienne dans le processus.
De même, deux lauréats du prix Nobel d’économie naissent au Canada et deviennent ensuite américains : William Vickrey (1996) et Myron Scholes (1997).
Deux lauréats du prix Nobel de physiologie ou médecine qui sont d’origine canadienne, Charles Huggins (1966) et Ralph Steinman (2011), deviennent également des citoyens américains naturalisés et sont affiliés à des institutions américaines presque tout au long de leur carrière. Le Britannique de naissance Jack Szostak (2009) passe une partie de sa jeunesse et de ses études au Canada avant de plus tard devenir citoyen américain.
Politique et controverses
Les prix Nobel prennent une dimension politique dès 1936, lorsque le prix Nobel de la paix est décerné à Carl von Ossietzky, un citoyen allemand qui est alors prisonnier dans un camp de concentration. Adolf Hitler décrète qu’aucun Allemand ne peut accepter le prix Nobel. Trois scientifiques allemands qui sont contraints de refuser des prix en 1938 et en 1939 reçoivent donc leurs médailles (mais pas le prix en argent) après la Deuxième Guerre mondiale. Les autorités de l’Union soviétique interdisent à Boris Pasternak d’accepter le prix Nobel de littérature en 1958. La politicienne birmane Aung San Suu Kyi et le militant chinois pour les droits de la personne Liu Xiaobo sont tous deux prisonniers politiques lorsqu’ils remportent le prix Nobel de la paix, respectivement en 1991 et en 2010.
Deux personnes refusent leur prix Nobel : Jean-Paul Sartre en France (littérature, 1964), et Le Duc Tho au Vietnam (paix, 1973). Les prix Nobel en sciences sont généralement perçus comme apolitiques, et aucun n’a jamais été refusé. Ils ne sont cependant pas dépourvus de controverse, surtout dans les cas où plusieurs scientifiques contribuent à une découverte. La découverte de l’insuline au Canada est l’un de ces cas.
Le prix Nobel de littérature est décerné sur des critères plus subjectifs que ceux des sciences (où les citations de recherche indiquent la réputation internationale d’un individu). Alfred Nobel stipule dans son testament que le prix de littérature doit être décerné à « l’œuvre la plus remarquable dans une direction idéale », quelle que soit la nationalité de l’auteur. Toutefois, l’Académie suédoise est longtemps critiquée pour avoir décerné la plupart des prix à des auteurs européens. En 1984, l’organisme admet que le manque de représentativité mondiale est un problème. Bien que depuis elle déploie des efforts soutenus pour « parvenir à une répartition mondiale », les plaintes selon lesquelles le prix est trop eurocentrique persistent dans les années 2000. De plus, les femmes sont largement sous-représentées dans les lauréats du prix de littérature puisqu’elles ne représentent que 15 % de la liste.
Le prix Nobel de littérature de 2018 est reporté lorsque 18 femmes portent des accusations d’agression sexuelle contre Jean-Claude Arnault, le mari d’une membre de l’Académie suédoise, Katarina Frostenson. Plusieurs des présumées agressions auraient eu lieu à l’Académie suédoise. Katarina Frostenson est démise de ses fonctions au sein du comité.