Projet Mémoire

Ethel Rowell (source primaire)

« On allait automatiquement à notre poste d’embarcation pour savoir ce qui allait se passer ensuite. Alors l’ordre d’abandonner le navire a été donné, et nous sommes montés dans notre canot de sauvetage. »

Pour le témoignage complet de Mme Rowell, veuillez consulter en bas.


Prenez note que les sources primaires du Projet Mémoire abordent des témoignages personnels qui reflètent les interprétations de l'orateur. Les témoignages ne reflètent pas nécessairement les opinions du Projet Mémoire ou de Historica Canada.

Photo d'Ethel Rowell prise en Italie, 1944.
Photo d'Ethel Rowell prise en Italie, 1944.
Avec la permission de Ethel Rowell
Photographie d'une assiette - un histoire peinte de l'hôpital Général canadien No. 14. Faite à Perugia, Italie, en 1944 ou 1945.
Photographie d'une assiette - un histoire peinte de l'hôpital Général canadien No. 14. Faite à Perugia, Italie, en 1944 ou 1945.
Avec la permission de Ethel Rowell
Photo de la salle Westmount à Perugia, Italie. Ethel Rowell est photographiée ici debout près du poteau à l'extrème gauche, en 1944 ou 1945.
Photo de la salle Westmount à Perugia, Italie. Ethel Rowell est photographiée ici debout près du poteau à l'extrème gauche, en 1944 ou 1945.
Avec la permission de Ethel Rowell
Article de journal provenant de la Gazette de Montréal en 1988. L'article décrit l'histoire du SS Santa Elena torpillé.
Article de journal provenant de la Gazette de Montréal en 1988. L'article décrit l'histoire du SS Santa Elena torpillé.
Avec la permission de Ethel Rowell
Description du SS Santa Elena, le 6 novembre 1943.
Description du SS Santa Elena, le 6 novembre 1943.
Avec la permission de Ethel Rowell
C’était automatique, aller automatiquement à votre poste d’embarcation pour savoir ce qui allait se passer ensuite, alors quand l’ordre d’abandonner le bateau arrivait, bon, on est montés dans notre canot de sauvetage.

Transcription

Nous sommes allés à Liverpool et nous sommes embarqués à bord d’un bateau américain appelé le Santa Elena, ce qui était très excitant parce qu’ils avaient de la vraie nourriture, de la bonne nourriture et du pain blanc, ce qu’on n’avait pas vu depuis deux ans et demi. On n’avait eu que du pain noir. Après quelques jours, ils nous ont réprimandés pour avoir mangé tout le pain blanc.

De là, on a voyagé jusqu’en Italie. À ce moment-là, on ne savait pas où on allait, mais on l’a éventuellement su. On est partis de Liverpool en octobre, je ne sais pas la date exacte, mais c’était en octobre 1943. Et ça a duré peut-être une dizaine de jours ou deux semaines, je ne me souviens pas vraiment, mais le 6 novembre vers 6 heures du soir, alors qu’on venait juste de passer le détroit de Gibraltar, on a entendu des actions ennemies et j’ai pensé : « Bon, ce n’est rien, c’est impossible parce qu’il ne nous arrive jamais rien. » Puis ils ont commencé à mitrailler le pont et j’ai entendu des tirs nourris, et soudain, boum ! Et le bateau a basculé. Moi, j’étais en bas dans ma cabine. Et là je me suis dit : « Bon, ça, c’est une urgence. »

J’avais acheté une petite flasque lors de mon dernier voyage en Écosse, simplement parce que je trouvais c’était une jolie petite flasque. Mais alors, on ne sait jamais comment on va réagir dans une situation pareille. Mon esprit disait « c’est une urgence, et j’ai acheté cette petite flasque en cas d’urgence », alors j’ai sorti la petite flasque de mon sac à main que j’ai laissé sur ma couchette et je suis montée à mon poste d’embarcation. C’était un automatisme, on allait automatiquement à notre poste d’embarcation pour savoir ce qui allait se passer ensuite. Alors l’ordre d’abandonner le navire a été donné, et nous sommes montés dans notre canot de sauvetage.

J’ai été chanceuse; j’étais dans un canot de sauvetage qui avait un moteur. Alors je n’avais pas à ramer. Mais les gens qui faisaient descendre les canots, ils n’étaient pas très expérimentés parce qu’un des canots a frappé le suivant. Éventuellement, on a été mis à l’eau, et à partir de là, le temps a cessé d’exister pour moi parce qu’on naviguait à l’aveuglette en essayant de trouver quelqu’un qui nous prendrait à son bord. Nous avons croisé un destroyer et ils nous ont dit « non, vous ne pouvez pas monter parce qu’on est en train de couler ». On ne savait pas où on allait. On ne savait rien de ce qui se passait, mis à part que les tirs semblaient avoir cessé à ce moment-là.

On a croisé un autre destroyer et « non, vous ne pouvez pas monter, on est en train de couler », mais il est possible que ç’ait été le même en fait. Mais finalement, on a vu cette immense forme sombre, magnifique et imposante, immobile sur l’eau, et c’était un paquebot. Et il s’était arrêté. Il avait reçu l’ordre de s’arrêter pour prendre des survivants à son bord en cas de problème. Alors quand on l’a longé, ils nous ont dit qu’avec chaque vague, quand le canot remonterait, il fallait agripper le filet d’abordage, un grand filet qui pendait sur le flanc de ce grand navire. Alors c’est ce qu’on a fait. Le canot de sauvetage est monté haut et on s’est agrippés au filet d’abordage et je me suis accrochée de toutes mes forces à ce filet comme une araignée à sa toile. Alors c’est un bon nom pour cette chose parce que c’est grand filet solide fait de cordes. Je ne sais pas quelle était son épaisseur, mais il était assez pour épais pour supporter le poids de plusieurs personnes.

Alors on a grimpé, je crois que c’était d’environ soixante pieds. On est montés à bord et c’était un navire amical et accueillant. On ne savait pas où se trouvaient les autres membres de notre unité parce qu’on avait été dispersés dans différents canots de sauvetage, et certains se sont retrouvés en Afrique du Nord et la plupart d’entre eux sont montés à bord du Monterey.

Je ne me souviens pas, on a peut-être dérivé pendant six heures parce que je pense qu’on a été frappés un peu après 6 heures du soir. Quand on a été secourus, il était minuit lorsque je me suis retrouvée sur le pont. Et voilà, c’est comme ça qu’on a été secourus.